‹ Notices historiquesChapitre 69 sur 78 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

f ai pris une autre femme, la plus semblable à celle que je pouvais trouver. Elle n'est pas, c'est vrai, tout à fait si belle, mais elle a autant de bon sens e( d'esprit, et elle m'aime inûniment : son étude continuelle est de me plaire. Elle est sortie actuellement chercber le meilleur nectar et ambroisie pour me régaler ce soir. Restez chez moi, et vous la verrez. — J'aperçois, disais-je, que votre ancienne amie est plus fidèle que vous ; car plusieurs bons partis lui ont été offerts , qu'elle a refusés tous. Je vous confesse que je l'ai aimée, moi, à la folie ; mais elle était dure à mon égard, et m'a rejeté absolument, pour l'amour de vous. — Je vous plains, dit-il, de voire malheur ; car vraiment c'est une bonue femme et bien aimable... — A ces mots, entrait la nouvelle madame Helvéïius ; à l'instant, je l'ai reconnue pour madame Franklin, mon ancienne amie américaine. Je l'ai réclamée; mais elle me disait froidement : « J'ai été votre bonne femme quarante-neuf années et quatre mois, presque un demi-siècle. Soyez content de cela. J'ai formé ici une connexion qui durera l'éternité. » Mécontent de ce refus de mon Eurydice, j'ai pris tout de suite la résolution de quitter ces ombres ingrates, et de revenir en ce bon monde revoir ce soleil et vous. Me voici; vengeons-nous. »

Mais il lui fallut bientôt quitter madame Helvétius, et avec elle son agréable demeure de Passy, et cette France où il avait tant d'admirateurs et tant d'amis. Son pays avait encore besoin de lui. Après la paix de 1783, la fédération américaine était près de se dissoudre, et les États particuliers, par un excès d'indépendance, semblaient sur le point de perdre la république, qu'on avait eu tant de peine à fonder. La présence de Franklin, qui avait enfin obtenu d'être remplacé par M. Jefferson comme ministre près la cour de Versailles, était nécessaire en Amérique pour arrêter une désunion menaçant de devenir fatale, c 11 faut absolument, disait Jefferson, que ce grand homme retourne en Amérique. S'il mourait, j'y ferais transporter sa cendre; son cercueil réunirait encore tous les partis. » Franklin, après avoir si habilement développé la civilisation de son pays, si puissamment contribué à l'établissement de son indépendance, avait à consolider son avenir en fortifiant sa constitution.

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282 VIE DE FRANRLIX.

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