C’est un Anglais qui écrit
5. Dans la lettre même de Keppel au secrétaire de l'Amirauté; d' cette lettre se trouve dans la Gazette, p. 566. 6. Expressions dont Keppel se servait dans sa lettre, et qui indiquaient la nécessité d'une rapide retraite,
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joie publique Lomba tout à coup. Plus on relut cette lettre, plus elle fit naître de réflexions fâcheuses...
En effet, il était évident, par la lettre même de Keppel, qu'il avait eu plusieurs vaisseaux désemparés et qu'il avait été obligé de battre en retraite, On s'étonnait en Angleterre qu'il parlât de la retraite des Francais, «comme si, d'après lui-même, il avait pu en rester le témoin. On trouvait encore une preuve bien formelle de l'état désastreux où était réduit cet amiral dans l'aveu qu'il faisait, à la fin de sa lettre, d'avoir vu la flotte francaise se rallier et se former en ligne de bafaille sous le vent de la flotte anglaise, et d'avoir laissé les Francais se former dans cette situation désavantaseuse, sans daigner faire feu sur eux ».
Pour en finir avec l'amiral Keppel, disons que sir Hugh Palisser, qui commandait son arriére-garde, crul devoir accuser l'amiral d'incapacité et de Tâcheté, Le ministère élait (out disposé à sacrifier Keppel à l'opinion publique. Un procès s'ensuivit : commencé en février 1779, il se termina en janvier 1780 par l'acquittement de Keppel, qui eut plus de chance que l'amiral Byng.
On a dit et l'on répète volontiers que la bataille d'Ouessant était une bataille « indécise », c'est-à-dire douteuse, incertaine. Or, ce n'est pas exact. La bataille d'Ouessant a été absolument gagnée par les Francais. On verra plus loin que si elle n'a pas eu de plus grands résultats matériels ee fut la faute du duc de Chartres: mais d'Orvilliers n'en remporta pas moins une victoire
complète et obligea Keppel à prendre la fuite, Si la bataille n'a pas eu de grands résultats matériels, tels que la prise ou la destruction de quelques vaisseaux anglais, elle à eu un immense résultat moral, dont le combat de la Belle-Poule avait été le prélude, Ges loutpuissants Anglais, qui semblaient être invincibles, parce que quelques commandants de nos flottes ou de nos escadres s'étaient sauvés à leur approche, ces Anglais avaient été désemparés, vaincus et mis en fuite par des officiers qui savaient manœuvrer et se battre. Le charme élait rompu, et la fureur des Anglais contre Keppel prouve bien que la bataille n'était pas indécise, qu'ils l'avaient perdue et qu'ils pouvaient en perdre d'autres, ce qu'en France nous avions le droit d'espérer.
Louis XVI récompensa largement les braves marins qui avaient ramené la victoire sous le pavillon de la France, M. d'Orvilliers recut la grand'croix de Saint- Louis; des pensions et des croix furent données à plusieurs officiers, et, comme après le combat de la Belle- Poule, le Roi pourvut au sort des marins et soldats blessés, ainsi qu'au sort des veuves et des enfants de ceux qui avaient péri pendant l'action.
Nous avons dit que le duc de Chartres, devenu depuis duc d'Orléans et Philippe-Egalité, commandait l'arrièregarde de la flotte. Il avait pour capitaine de pavillon la Motte-Piquet, habile manœuvrier, lequel commandait réellement sous le nom du yrince. Vers la fin de l'action, l'amiral d'Orvilliers ayant commandé une manœuvre qui avait pour but de couper la ligne ennemie,
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ce qui devait amener un résultat important pour nous, le signal ne fut pas compris par le duc de Chartres, qui vint en demander l'explication à l'amiral, Le duc revint à son poste et exécuta l'ordre; mais on avait perdu du temps, et Keppel put se retirer sans que sa ligne eût été coupée.
Aprés la bataille, le duc de Chartres se hâta de venir à Paris, où il ful accueilli avec des transports de joie, Quelques jours à peine s'étaient écoulés que l'opinion changea. Il était accusé de désobéissance aux ordres de d'Orvilliers, et d'être cause que les Anglais avaient pu se relirer sans avoir éprouvé de grandes pertes; on allait même jusqu'à l'accuser de lâcheté et de s'être caché à fond de cale, La vérité était que d'Orvilliers avait écrit au ministre : « Que le défaut d'attention des premiers vaisseaux de l'escadre du duc de Chartres à ses signaux avait seul privé le pavillon francais du plus grand éclat dans la journée du 27 juillet ».
La Motte-Piquet prit pour lui le reproche de lamiralet se défendit vivement. Toujours est-il que, soit par inattention ou par difficulté de comprendre le signal!, la manœuvre importante sur laquelle d'Orvilliers avait compté pour infliger une défaite écrasante à l'ennemi avait manqué par la faute du duc de Chartres et de son capitaine de pavillon.
Le duc de Chartres était déjà assez mal avec la
1. Un nouveau système de signaux, dû au major-général de la flotte, M. du Pavillon, était mis en pratique depuis peu de temps. Ces signaux n'étaient pas encore tout à fait passés dans les habitudes.
25h LE COMTE D'ORVILLIERS,
Reine; il l'accusa d'avoir propagé, à l'aide de ses familiers, les bruits injurieux à son honneur, I devint dés lors l'ennemi implacable de Marie-Antoinette, et lon sait quelles conséquences eut plus tard a haine du prince,
Louis XVI ne voulut pas destituer brusquement le due de Chartres, I le laissa reparaître un instant sur la flotte pour couvrir sa disgräce, el ensuite on le nomma colonel général des hussards !
La vicloire d'Ouessant permit au gouvernement francais de préparer une descente en Angleterre, On
embla 40,000 hommes en Normandie el en Brelagne, Charles HT, rot d'Espagne, joignit sa flotte à celle de France pour assurer le succès de l'expédition. Mais d'Orvilliers, sorti de Brest le 3 juin 1779, ne put, à cause des vents contraires, opérer sa jonelion avec l'amiral espagnol, don Gaston, que le 925 juillet, et, Le 15 août, la flotte combinée, forte de 70 vaisseaux et d'un grand nombre de frégates, entrait dans la Manche el jetait la conslernation en Angleterre, Trois cents bâtiments de transport réunis au Havre et à Saint-Malo étaient prêts à embarquer les troupes que l'on devait Jeter en Angleterre. La flotte investit Portsmouth, que l'amiral anglais Hardy n'osait venir débloquer, n'ayant que 37 vaisseaux. Ce fut le vent qui vint au secours de l'Angleterre; il nous fallut sortir de la Manche, nous séparer des Espagnols et rentrer à Brest. Une épidémie avait enlevé 5,000 hommes à nos équipages.
On accusa d'Orvilliers de n'avoir pas su se servir des forces qu'il avait eues à sa disposition, el la violence de