La guerre n'était pas déclarée
présumer que la frégate anglaise, qui est de 28 canons de 12, était réduite!, puisque, à ce moment, elle profita du vent qui s'était élevé, arriva vent-arrière et se replia sur son escadre, Dans cette position, elle essuya plus de cinquante coups de canon de la frégate française sans qu'elle ripostàt par un seul.
I était impossible à la Belle-Poule de la poursuivre ; cette route l’eût portée au milieu des vaisseaux anglais. Le sieur de la Clochetterie prit le parti de courir sur la terre, et, à minuit et demi, il mouilla au milieu des roches, près Plouascat, où, le 18, la frégate était observée et gardée par deux vaisseaux anglais: mais les roches qui lentourent paraissent devoir la mettre à l'abri d’insulte?,
L'action a été des plus sanglantes. On ignorait encore, le 18, le nombre des morts ; mais on l’évaluait à 40 au moins. Le sieur Gréen de Saint-Marsault, lieutenant de vaisseau, commandant en second, a été tué. Le sieur de la Roche de Kerandron, enseigne, ayant eu le bras cassé après deux heures de combat, alla faire mettre un premier appareil sur la blessure, et vint reprendre son poste qu'il a gardé pendant les trois heures que l’action a encore duré. Le lendemain du combat, on a été obligé de lui couper le bras. Le sieur Bouvet, officier auxiliaire, blessé grièvement, n’a pas voulu quitter le pont pour se faire panser. Le sieur de la Clochetterie a eu deux fortes contusions, l’une à la cuisse, l’autre à la tête. Le nombre des blessés est en tout de 57.
L'action s’est soutenue avec un feu égal et la même vivacité jusqu'au moment où la frégate anglaise à abandonné Île combat. Le chevalier de Cappellis commandait la batterie et élait secondé par les sieurs Damard et Sbirre, officiers auxiliaires, el les sieurs de Basterot et chevalier de la Galer-
1. Une barque trouva en mer un de ses mäts et une chaloupe (Gazette, p. 463.)
2, Le19, la Belle- Poule sortit de l’anse de Kervin, sous Plouascat, et mouilla dans la rade de Brest, le 21 (Gazette, p. 463.)
nerie, gardes de la marine, L'équipage, animé et soutenu par l'exemple de ces officiers, a donné les plus grandes preuves de bravoure et de sang-froid.
Le sieur de Sartine, ministre et secréraire d'Etat au département de la marine, ayant rendu compte au Roi du combat de la Belle-Poule, S. M. à accordé au sieur de la Clochetterie, qui la commandait, le brevet de capitaine de vaisseau! : au sieur de la Roche-Kerandron, enseigne de vaisseau, la croix de Saint-Louis et une pension ; au sieur Bouvet, le brevet de lieutenant de frégate en pied, et elle a donné des témoignages de satisfaction à tous les officiers et gardes de la marine,
S. M. a pareillement accordé une pension sur les fonds des Invalides de la marine à la demoiselle Gréen de Saint- Marsault, sœur de l'officier de ce nom qui a été tué dans le combat. Elle a pourvu d’ailleurs au sort des veuves et des enfants des officiers mariniers et matelots tués dans l’action, et elle a accordé aux blessés des gratifications proportionnées à leurs blessures, ainsi qu’une gralification générale à tout l'équipage, au partage de laquelle les veuves des morts seront admises.
1. Ce fut Louis XVI qui annonca à La Clochetterie sa nomination. Le brave capitaine était venu à Versailles et faisait une partie de piquet chez M. de Maurepas, premier ministre. Le Roi entra et ne voulut pas qu'on se dérangeàt., Alors, quelqu'un des assistants ayant dit que M. de la Clochetterie avait beau jeu, S. M. prit la parole et ajouta : « M. de la Clochetterie a beau jeu partout. » Un momen.: près, le Roi, s'adressant à cet officier, lui dit : « J'ai des reproche à vous faire, monsieur de la Clochetterie, je ne vous croyais pas si inconstant., — Comment, Sire, ai-je pu mériter? — Oui, oui, je sais que vous êtes infidèle à la Belle- Poule. — Moi, Sire !... — Ne cherchez pas à vous défendre; il er! sûr que vous la quittez pour un vaisseau de 64 canons ». A ces mots, M. de la Clochetterie se jette aux pieds du Roi, qui le relève avec bonté ». (DE LoxGcnamps, Histoire des événements militaires el politiques de la dernière guerre, en 1781. — Cité par L. Guérin.)
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Aussitôt après le combat de {a Belle-Poule, Louis XVI ordonna l'achèvement de l'armement et la sortie de la flotte de Brest. M. d'Orvilliers la commandait, Elle se composail de 32 vaisseaux, dont 2 à trois ponts Le duc de Chartres, licutenant général en sa qualité de prince du sang, était à la tête de l'arrière-garde; on lui avait donné, ilest vrai, pour capitaine de pavillon M. de la Motte-Piquet,.
M. d'Orvilliers sortit de Brest le 8 juillet. L'amiral Keppel sortit de Plymouth le 12, avec 30 vaisseaux, dont 3 à trois ponts.
Le 93 juillet, en ‘roisant à l'entrée de la Manche, par un temps brumeux et chargé de grains, M. d'Orvilliers aperçut la flotte anglaise; il était à environ 30 lieues à l'ouest-nord-ouest d'Ouessant et à peu près à la même distance des Sorlingues", Le comte d'Orvilliers fit aussitôt le signal de branle-bas. Mais, pendant trois jours (24, 25 et 26 juillet), le mauvais temps, la nécessité de réparer les désordres qu'il causait, et les habiles manœuvres de l'ennemi auxquelles M. d'Orvilliers riposlait par de savantes évolutions, empêchèrent les deux amiraux d'engager l'action. Chacun ne voulait combattre qu'avec l'avantage du vent, que d'Orvilliers sut
conserver”.
La bataille s'engagea enfin le 27. Elle dura trois heures, Par une savante défensive, d'Orvilliers rendit nulles toutes les manœuvres de Keppel. Le feu fut très
1. Le Supplément à la Gazette du 3 août 1778, et le Supplément placé à la page 573 sont nos principales sources. 2. Gazette, 1718, page 573.
vif,et le nôtre supérieur à celui de l'ennemi; plusieurs bâtiments anglais furent désemparés et mis hors de combat. Keppel dut se retirer devant la flotte francaise, qui le suivit de près et lui présenta le combat à plusieurs reprises sans que l'amiral anglais osàt l'accepter. La nuit venue, Keppel éteignit ses feux pour nous cacher sa route, et il profita de l'obscurité pour échapper à d'Orvilliers, Les Anglais eurent 133 hommes lués et 373 blessés: nous avions perdu 163 hommes Lués et 517 blessés!
A son arrivée en Angleterre (34 juillet), Keppel annonca que nous avions été baltus?, qu'il nous avait poursuivis, qu'il nous avait offert le combat et que nous avions refusé. La nouvelle de cette prétendue victoire produisit un grand effet en Angleterre; mais bientôt on connut la vérité, On lit dans la Gazette, sous la rubrique de Londres :
Mais quand on sut qu'aucun vaisseau français n'avait été coulé bas, aucun amené à la suite de notre flotte", et qu'au contraire on lut5 que nos ennemis avaient si bien réussi dans leur projet de désemparer nos vaisseaux, que plusieurs d’entre eux avaient été mis hors de combat, de manière que l'amiral n'eut pas même le choix de ce qu'il était propre et convenable de faire dans une pareille situation, là
. Gazelle de 1778, pages 568 et 571.
2, Ibidem, page 566. d 3. Ibidem, page 568.