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276 DUCOUÉDIC.
Louis en 4777, il prit le commandement de la frégate la Surveillante à la construction de laquelle il avait présidé, en déclarant au ministre de la marine, M. de Sartines, que « celte frégate serait son tombeau ou son char de triomphe », et, comme le dit justement un de ses biographes, elle fut l'un et l'autre,
En 1778, la Surveillante faisait partie de la flotte du comte d'Orvilliers et prit part à la bataille d'Ouessant. L'année suivante (1779), Ducouédic fut envoyé en croisière dans la Manche ; il s'empara d'un assez grand nombre de bâtiments de commerce anglais, eoula bas un corsaire et en prit un autre après un vif combat.
En septembre 1779, Dacouédic fut encore envoyé en croisière, avec le cutter l'£rpédition, commandé par M. de Roquefeuil, Il devait, à la hauteur d'Ouessant, observer une division de 6 vaisseaux qui allait sortir de Portsmouth, À ce moment même, le gouvernement anglais, instruit qu'une escadre allait sortir de Brest, chargeait /e Québec, capitaine Farmer, et le cutter /e Rambler (rôdeur) d'observer la direction des vaisseaux qui allaient quitter Brest.
Les deux frégates sortirent le même jour, le 4 octobre, de Brest et de Portsmouth, et, le 6, elles eurent connaissance l'une de l'autre’,
Les deux frégates étaient absolament de même force en
1. Nous empruntons le récit du combat à l'excellente Histoire de la Marine française de Léon Guérin, heureux de faire connaître ce livre à nos lecteurs. Parmi les sources dont Léon Guérin s'est servi, la principale est la Relation publiée en 1817 par le chevalier de Lostanges, l’un des officiers de la Surveillante.
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canons et en équipages, équipages d'élite des deux côtés, et que l’on avait laissés aux choix des commandants. Le veut, qui soufflait de l’est, était propice, la mer était belle, el l'on eût dit que les vagues ne semblaient se soulever mollement que pour être les innombrables spectatrices de la tragédie qui se préparait, Les deux frégates, après avoir manœuvré uniquement pour s'observer, et s'être reconnues ennemies à leurs signaux, arborèrent chacune leur pavillon national, et l'assurèrent respectivement d'un coup de canon à boulet, Elles manœuvraient pour se rapprocher, et néanmoins ne donnaient que peu de voile au vent pour avoir le temps de mieux prendre leurs dispositions. Sur l'invitation de Ducouédic, l’aumônier de la Surveillante, lorsque tout le monde fut à son poste, fit une courte exhortation concluant par ces mots: « Que Dieu récompensait les braves guerriers, ceux qui servaient le prince et le pays avec zèle et courage, et qu'il rejetait loin de lui les âmes timides.
Il était onze heures quand, se trouvant à portée de canon, la Surveillante commença le feu ; Le Québec ne répondit que quand il fut à demi-portée, Ducouédic fit en sorte d’être plus près encore de son adversaire, et bientôt on s’atteignit avec la mitraille et la mousqueterie. Au bout d'une heure de combat dans cette position, Ducouédic, voyant que Farmer manœuvrait pour se laisser dépasser, et jugeant que son intention était de lui envoyer en poupe sa volée d'artillerie. fit une si rapide évolution, que, lorsque le Québer placé effectivement en arrière de {a Suwrve:llante làcha sa bordée, elle lui fut incoutinent rendue pai la frégate française, qui déjà présentait son côté de tribord dans toute sa
longueur, et dont l'équipage n'avait fait qu'un bond, de gauche à droite du bâtiment, pour charger à mitraille et tirer, Quoi que pût entreprendre Farmer, jamais il ne put gagner l'avantage du vent sur Ducouédic, qui profita jus-
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qu'au bout de sa posilion, comme dans cette première circonstance, pour déjouer les combinaisons de son adversaire et le tenir en échec, Quoique l'affaire duràt depuis près de quatre heures, et que les boulets, la mitraille et la mousquelerie eussent causé de grands ravages sur les deux ponts, on était loin de se ralentir de part et d'autre. On en vint presque bord à bord, et les fusils, les pistolets même portaient coup ; il y avait des moments où les refouloirs, à l'aide desquels les artilleurs poussaient la charge au fond de leurs canons, se touchaient et s'embarrassaient d’une frégate à l’autre. Ducouédic à recu deux blessures à la tête qui ne sont que les avant-coureurs d’une troisième plus fatale ; ilne prend pas le Lemps de se faire panser, el la face ruisselante de sang, noircie de poudre à canon, mais sublime d'attitude et d'héroïsme, il ordonne, montre à tous ce qu'il faut faire, et, dans son regard étincelant jusqu'à travers la fumée et le feu, ses intrépides matelots ont pu lire ce que leur commandant veut aujourd’hui : c’est le triomphe ou lu mort,
Chacun le seconde avec ardeur en s'inspirant de son exemple; aussi combien paient, comme lui, le tribut de sang à la guerre. L’enseigne de vaisseau, M. de Labentinaye, à été obligé d'aller se faire amputer le bras droit, il revient sur le pont, et ne quitte définitivement la partie qu’alors qu’un nouveau coup, lui faisant tomber trois doigts de la main gauche, le laisse dans l'impossibitité d'agir. Un autre enseigne, qui, à quarante ans de distance, devait retracer les scènes palpitantes de ce combat, le chevalier de Lostanges, ayant longtemps lenu malgré deux graves contusions qu’il a reçues, ne se retire au poste des blessés que quand il a perdu un œil. Sur trois ofliciers auxiliaires qui étaient à bord de la Surveillante, l'un, nommé Yauthier, est grièvement atteint d'un éclat de bois à la poi-
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trine et au bras droit; un autre, nommé Peuquière, est frappé à mort sur le gaillard d'avant : tout en expirant, ce jeune infortuné cherchait encore à obéir aux ordres de son chef, Si les officiers et les matelots de marine ne sont pas épargnés, les officiers mariniers! ne le sent pas davanlage; c'est à peine si l'on en voit quelques-uns encore qui ne soient pas couverts de leur propre sang. Toutefois le Québec n’est pas encombré de moins de morts, de mourants et de blessés que la Surveillante, et il est encore plus maltraité qu'elle dans ses gréements. L'exaltation de l'héroïsme était au comble des deux côtés, el tout le monde, ayant fait d'avance le sacrifice de sa vie à la gloire, était sans regard pour compiler ses morts, sans réflexion pour sentir ses blessures, Un cri de joie s'est fait entendre à bord de l'ennemi : un boulet vient de faire tomber à l’eau le pavillon que la Surveillante portait en poupe: mais le second pilote, nommé Le Mancq, saisit un autre pavillon, monte sur les haubans d’artimon, et, debout, et poussant des cris victorieux au milieu de la mitraille, des balles et des boulets dirigés contre lui, il déploie, il agite dans l'air son étendard français; il ne descendit que quand il eut vu le pavillon hissé à la poupe de la Surveillante.
Peu après, les trois-mâts de la noble frégate tombèrent tous à la fois. Ducouédic rendit grâces au ciel de ce que cette épouvantable chute eûi eu lieu du côté par lequel on ne se battait pas, et laissät dégagé celui par lequel on répondait à l'ennemi. Cinq minutes après le démâtement de la Surveillante, ce fut le tour du Québec, Les trois mâts de cette frégate s’écroulèrent aussi comme d'une seule pièce, et ce fut en outre de telle manière qu'ils écrasèrent beau-