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LE BAILLI DE SUFFREN. a13
à partir avec lui pour l'inde el à emmener les 3,000 hommes qui composaient la garnison de l'île.
Le 17 février 1782, Suffren, en vue de Madras, battil la flotte anglaise de l'amiral Hughes; mais la victoire ne fut pas complète, parce que plusieurs de ses capitaines ne le secondèrent que mollement?. Après le combat, Suffren débarqua ses troupes à Porto-Novo, et signa avec Haïder-Ali un traité portant que l'armée francaise, qui allait agir de concert avec la sienne, serait cependant indépendante dans son action, qu'on lui adjoindrait 4,000 hommes de cavalerie et 6,000 d'infanterie, que l'armée recevrait annuellement environ 7 millions de livres, et que cette somme serait remboursable sur les revenus du territoire que le sultan devait céder à la France. Après la signature du traité, Suffren partit de Porto-Novo, et, le 12 avril, il battit encore une fois l'amiral Hughes.
A la nouvelle de ce combat, Haïder-Ali, transporté de joie, s'écria : « Enfin, les Anglais ont donc trouvé jeur maître ! Voilà l'homme qui m'aidera à les exterminer ; je veux qu'avant deux ans il n'en reste pas un seul dans l'Inde et qu'ils n'y possèdent plus un pouce de terre ». Puis, s'adressant à l'envoyé de Suffren : « Ecri-
vez, lui dit-il, à cet homme extraordinaire que j'ai le
4. M. d'Orves mourut peu de temps après, et Suffren devint alors le chef des forces navales francaises dans les mers de l'Inde,
2, Dans presque toutes les batailles qu'il livra, à celle de Trinquemalé surtout, les capitaines de Sutfren ne le secondèrent pas comme le devoir l’exigeait. Ils étaient jaloux de son mérite, et mécontents d’'obéir à un homme moins noble qu'eux. Deux furent cassés et emprisonnés,
plus grand désir de le voir, de l'embrasser et de lui témoigner loute mon admiration pour son héroïque valeur ». En même temps, il expédia des dépèches à Suffren pour lui témoigner le désir de le voir entreprendre le siège de Négapatam. Aussitôt Suffren fit embarquer sur les bâtiments de transport tout ce qui élait nécessaire pour le siège, et mit les troupes sur ses vaisseaux. Il était alors à Gondelour ; il y apprit que l'amiral Hughes venait d'arriver à Négapatam. Il mit à la voile, s'avanca contre l'ennemi et le batlit encore (6 juillet).
Quelques jours après (26 juillet), eut lieu l'entrevue de Suflren avec Haïder-Ali.
« Le Nabab, dont le camp était éloigné d'environ deux lieues de Gondelour, envoya un détachement de 500 cavaliers, sous les ordres du général en chef de sa cavalerie, pour servir d'escorte au commandeur. Suffren descendit à terre avec 6 de ses capitaines et plusieurs officiers de son escadre. Après avoir été complimenté par le général du Nabab, il monta, ainsi que sa suite, dans les palanquins qui leur avaient été envoyés, et il sortit de Gondelour escorté par la cavalerie d'Haïder el par un bataillon de cipayes.
« En arrivant aux premières lignes de l’armée, il trouva toute l'infanterie du Nabab rangée en bataille et présentant les armes; les tambours battaient au champ. L’amiral et sa suite furent introduits immédiatement auprès d'Haïder, qui, aussitôt qu'il apercut le commandeur, se leva, vint le recevoir à l'entrée de sa Lente et lui dona l'accolade, Revenu à sa place et ayant
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mis le commandeur à ses côtés, il lui présenta son second fils Kérim-Saïb, ainsi que les seigneurs de sa Cour, les chefs de son armée et tous les envoyés des différents princes souverains de l'Inde résidant près de lui. Après les premiers compliments, le Nabab exprima toute la joie qu'il éprouvait de voir le commandeur, et son admiration pour les victoires qu'il avait remportées sur les Anglais. « Avant votre arrivée à la côte, lui dit-il, « je me croyais un grand homme; mais vous m'avez « éclipsé, vous seul êtes un grand homme et un grand « général ».
« Suffren de son côté lui dit les choses les plus flatteuses sur ses faits d'armes dans la guerre qu'il soutenait contre les Anglais, et le Nabab répétait à sa Cour tout ce que disait le commandeur ; mais, s'apercevant (out à coup que la position dans laquelle il était placé lui devenait fort incommode à cause de son embonpoint!, il fit apporter des carreaux et l'engagea à s'asseoir à l'européenne, sans égards pour l'étiquette de sa Cour, qui, lui dit-il, n'était pas faite pour lui.
« Le commandeur, avant de se rendre au camp du Nabab, avait recu la nouvelle de l'arrivée de M. de Bussy à l'île de France, avec 6 vaisseaux de guerre, 2 frégates et un grand nombre de bâtiments de transport, portant environ 5,000 hommes de troupes; il en fit part à Haïder-Ali, et lui apprit en même temps que ses frégates venaient de s'emparer d'une goëlette anglaise qui portait à Négapatam le colonel Horn, officier
1. M, de Suffren était d'une taille ordinaire, mais très gros.
d'un mérite distingué. Le Nabab recut ces nouvelles avec la plus grande joie, et, pour la témoigner, il détacha de son turban une aigrette en diamants dont il orna le chapeau du commandeur; il lui présenta aussi un serpeau! fort riche et deux bagues d'un grand prix.
« Chaque capitaine recut un serpeau en gaze d'or, un châle et une plaque d'or enrichie de diamants et de pierres précieuses.
« L'usage étant d'ajouter un cheval, ou d'en donner la valeur en argent à ceux pour lesquels ce présent est - inutile, l'équivalent, dans cette occasion, fut estimé par le Nabab à 1,000 roupies? qui furent comptées à chaque capitaine. L'éléphant qu'il destinait au commandeur de Suffren fut représenté par 10 sacs de 1,000 roupies chacun.
« Gette première entrevue, où 1l ne fut point question d'affaires, dura cependant près de trois heures, Le Nabab, en la terminant, demanda à Suffren un entretien particulier et le pria d'accepter un déjeuner pour le lendemain.
« Il se leva ensuite; toute sa Cour l'imita, et 1l reconduisit le commandeur jusqu'à la sortie de sa lente. Les mêmes honneurs qu'il avait recus à son arrivée lui furent rendus à son départ. Le général de la cavalerie, ainsi que plusieurs seigneurs, l'accompagnérent jusqu'à la tente qui lui avail été préparée non loin de celle