TA
vants sur les vaisseaux qui les avaient amenés,
« Lorsque les vieillards n'étaient encore que des enfants, il s'éleva pendant une nuit un ouragan furieux, qui renversa les toitures de leurs cabanes, brisa leurs arbres fruitiers, exerca dans l'île de grands ravages : deux grands vaisseaux se perdirent sur la côte sudouest de l'île, près des villages de Wannow et de Priow ; l'un d'eux s'engloutit, et l'autre se brisa contre les écueils, Les esprits qui montaient le dernier vais-
seau rassemblérent sur le rivage, à Priow, plusieurs objets qui leur servirent à construire un petit navire à deux mâts, sur lequelils s'embarquèrent, laissant derriére eux deux de leurs compagnons, J'étais sur les lieux où ce petit navire fut construit.
« Ces hommes étaient connus des insulaires sous le nom de Marx, L'un d'eux mourul environ (rois ans el demi avant mon arrivée; l'autre demeurait avec le chef detribu des Pawcories; il suivit son protecteur dans la guerre, où celui-ci, ayant été vaincu, fut contraint, pour son salut, de fuir dans une des îles voisines : l'homme blanc, son ami, l'accompagna dans ce voyage. Cet événement arriva une saison et demie (ou un an el demi, car ils calculent leur année d'après le retour de deux saisons, froide ou chaude), avant mon arrivée, Depuis ce temps, on n'a plus entendu parler de la tribu des Pawcories, Les naturels de Mannicolo rapportaient que de grandes guerres avaient cu lieu entre les blancs
LA PÉROUSK.
et les habitants de la côte ouest et sud-ouest de File, et que, pendant les guerres, cinq des chefs de Wannow el quarante de leurs hommes avaient été tués,
« Nous jetâmes l'ancre à l'est de l'île, dans la baie de WW, B, Bayley, el nous apprimes bientôt que les peuplades voisines étaient généralement en guerre avec celles qui habitaient la partie ouest et sud-ouest de l'île; qu'ils ne se mélaient pas des différends de leurs ennemis avec les blanes, et qu'ils n'avaient vu aucun des naufragés,
« Les naturels de la côte en vue de notre mouillage communiquaient volontiers tous les détails qu'ils connaissaient sur le malheureux événement, tandis qu'il en était tout autrement de ceux qui habitaient la parlie voisine du lieu du naufrage, Ils étaient bien moins portés à répondre à nos queslions, s'excusant sur ce que tous ceux qui pouvaient se rappeler cel événement élaient morts; mais ce n'élail qu'une réponse évasive, car la contenance débile, les cheveux blancs et l'âge avancé de ceux qui se servaient d'un pareil subterfuge, me prouvaient assez qu'ils avaient bien pu étre témoins ocvlaires, Le fait est que les habitants de Wannow et Priow me regardaient avec jalousie et soupcon; ils craignaient que je ne vinsse pour leur demander satisfaction des cruautés qu'ils avaient sans doute exercées sur les malheureux naufragés.
« Je partis de Mannicolo le 8 octobre, avec l'intention de visiter les îles sous le vent, pour chercher le Francais qui avait pris la fuite avee la tribu des Pawecories ».
Le capitaine Dillon fut nommé chevalier de la Légion d'honneur, Un décret de l'Assemblée constituante, de 1791, promettait une récompense au marin qui, le premier, découvrirait des traces du naufrage de La Pérouse; en conséquence le gouvernement francais accorda au capitaine 4,000 fr. de pension et 10,000 fr. d'indemnité pour ses dépenses personnelles !,
Pendant ce temps, Dumont-d'Urville avait été chargé, en 1826, du commandement de la corvette l'Astrolabe et de faire un nouveau voyage d'exploration dans le Grand océan, et ses instructions lui prescrivaient de faire tous ses efforts pour préciser le lieu où La Pérouse avait fait naufrage. Il avait déjà parcouru une partie de l'Océanie quand il apprit, à Hobart-Town, les découvertes de Dillon. Il partit aussitôt pour les Nouvelles- Hébrides, et c'est le récit de son séjour à Vanikoro que nous mettons sous les yeux de nos lecteurs.
Rade de Batavia, à bord de l'Astrolabe.
le 31 août 1828.
« Nous quittions Hobart-Town le 5 janvier au matin jouissant tous d'une santé parfaite et livrés aux plus flatteuses espérances ; d'excellents vivres, nos grelins et nos ancres remplacés garantissaient notre salut, même au milieu des iles les plus malsaines et des fonds les plus dangereux ; enfin le moral de l'équipage, jus-
1. Touslesobjets recueillis par le capitaine Dillon ont été placés au musée de la Marine avec ceux qui furent recueillis peu de temps après par le capitaine Dumont d'Urville,
Sion nte, , le » La ICAÏS ) fr.
rgé, labe s le t de ouse artie
dé- Iles-
que
JP,
cés
qu'alors vivement ébranlé par les épreuves terribles auxquelles nous n'avions pour ainsi dire échappé que par miracle, semblait se ranimer par degrés, et je
comptais sur des succès presque certains.
Arrivé à l’île Tikopia, Dumont-d'Urville y trouva le Prussien Buchert, qui avait beaucoup servi au capitaine Dillon et qui consentit à s’embarquer sur l’Astrolabe, si on lui permettait d'emmener se femme, Nouvelle-Zélandaise.
«Je le lui accordai, dit Dumont-d'Urville, quoique au fond celte proposition ne me fût pas du tout agréable.
J'envoyai les naturalistes !
et quelques officiers dans un canot, visiter l'ile et les naturels ; je passai la nuit en panne, à très petite distance, et le lendemain, pour faire route, j'attendis le retour de Buchert, Mais il avait changé d'avis dans la nuit; il refusa net d'aller à Vanikoro, sous prétexte que l'air y était très mauvais, et que la fièvre y faisait périr teus les étrangers ; et tous les naturels que je me fis désigner comme les plus susceptibles de m'être utiles par leur expérience et leur influence refusèrent également, témoignant par des gestes non équivoques que la fièvre et ses frissons y luaient tout le monde, Un témoignage aussi unanime, joint à ce que Dillon avait écrit de la Nouvelle-Zélande, ne nous laissait aucun doute sur les dangers que nous allions nous-mêmes y courir ; mais une pareille considération ne pouvait me retenir, quand les iois du devoir,