‹ Notices historiques sur les généraux et marins du XVIIIe siècle [microforme]Chapitre 21 sur 143 · LUYNES, IV · texte numérisé non relu

LUYNES, IV

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eLobtenir leur concours, apprit bientôt que Frédérie, abandonnant notre alliance, venait de signer le traité de Breslau (47 mai) avec Marie-Thérèse, qui lui cédatt la Silésie, et que l'électeur de Saxe avait adhéré à ce traité, La France allait avoir à supporter seule tout le poids de La guerre en Aflemagae, et son armée, enfermée en Bohème, allait avoir à lutter contre toutes les forces de Autriche, Hibres désormais.

La paix de Breslau mettait en effet à Ja disposition de Marie-Thérèse l'armée du prince Charles", forte de 19,000 hommes et jusqu'alors occupée en Silésie contre le roi de Prusse, Bellesle et Broglie n'avaient pas 39,000 Francais et Bavaroiïs à opposer au prince Charles qui, dès le 15 juillet, investit Prague.

Une lutte continuelle existait entre Belle-Isle et Broglie., Ce dernier, se sachant soutenu à Versailles, contrecarrait en tout le maréchal de Belle-fsle, et cette mésintelligence paralvsait l'armée, Broglie établit un camp sous Prague et sv retrancha. Belle-Isle resta dans Prague ei sv défendit avee talent el intelligence. HN avait élevé de nombreux ouvrages avancés, qui furent seuls attaqués et qui empéchérent les Autrichiens d'approcher du corps de Ta place, C'est, je crois, le premier ou Fun des premiers exemples d'une place employant pour résister la méthode excellente de se défendre par des ouvrages avancés”.

1. Charles de Lorraine, frère de Francois, grand-duc de Tos cane et époux de Marie-Thérèse,

2. C'est cette méthode qui à permis à Belfort de résister aux Prussiens et de ne pas être pris par eux {1870-71).

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Le prince Charles fut obligé de lever le siège aprés lrente jours de tranchée ouverte (L4 septembre),

Pendant ce temps, le comte Maurice de Saxe, qui servait dans nos rangs, prévoyant l'issue fatale de Ta campagne, avait occupé Egra, afin d'assurer la retraite de l'armée francaise, où de rendre plus facile l'entrée du maréchal de Maillebois en Bohème, En effet, ce maréchal arrivait au secours de Belle-fsle, entra en Bohème par Egra, poussa jusqu'à Elbogen:; mais devant linaction de l'armée de Prague, 1 battit en retraite, evidemment avec Lrop de précipitation, repassa les montagnes et rentra dans le Haut-Palatinat.

A la nouvelle de l'approche du maréchal de Maillebois, un général autrichien, M. de Kænigseck, proposa une entrevue à M. de Belle-fsle pour signer une convention relative à Prague, L'entrevue eut Heu à Koænigsgralz. L'Autrichien demanda au maréchal de livrer Prague et de se rendre à discrétion, Belle-[ste refusa net el déclara que ses troupes sauraient conserver leur Hberté par leur courage.

L'investissement de Prague continuait, Apres le départ du prince Charles, le prince de Lobkowitz, avec 20,000 hommes et 4,000 hussards, bloquait étroitement la ville. À la fin d'octobre, le maréchal de Broglie alla prendre le commandement de l'armée de Bavière, où il ne fit pas mieux qu'à Prague ; mais son départ rendit l'unité du commandement à l'armée de Bohême et permit à Belle-Isle d'agir seul.

L'hiver approchait ; il fut rude, Les vivres devenaient

rares : 11 fallait faire sans cesse de grands fourrages

31 BELLE-TSLE,

pour nourrir les éhevaux et s'emparer, Fépée à la main, du pen de vivres qui se trouvaient encore dans les environs de Prague, L'armée semblait perdue,

Le maréchal recut enfin l'ordre d'évacuer la ville et de sauver l'armée 5 il se prépara à effectuer sa retraite «ur Egra, malgré la rigueur de lhiver, malgré les difficultés de la route, la longueur du chemin à parcourir, malgré surtout le découragement de «es officiers, I écrivait, le 6 novembre au ministre de la guerre: « Le découragement s'est emparé du cœur et de l'esprit de chaque officier, J'apprends journellement avec la plus vive douleur que, non contents de tenir les propos les plus criminels devant la troupe, ils n'exécutent aucun ordre, etque, à la honte de la nation, il sont les premiers à prendre età piller tout ce qu'ils trouvent... Ge mal intime et domestique est de tout point bien plus fâcheux que les autres ©»,

A force de volonté el de dévouement, le maréchal, quoique malade, parvint à remonter le moral de son armée, Aidé surtout par son frére, le chevalier de Belle-fsle, 11 avait rassemblé des vivres, des chevaux, et préparé, par un travail obstiné, ce qui était nécessaire pour assurer le succès de l'entreprise qu'il voulait accomplir À.

Le maréchal a raconté l'histoire de cette belle retraite.

1. Revue des Deur-Mondes du 15 janvier 188%. Article de M.le duc de Broglie sur la Retraile de Praque.

2. Une partie des dispositions excellentes que prit le maréchal de Belle-Isle pour effectuer sa retraite lui avaient été indiquées par le chevalier de Folard, officier d'état-major fort instruit, qui

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qui lui fit le plus grand honneur: nous fui Tlaissons la

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LETTRE DU MARÉCHAL DE BELLE-ISLE a lun des ministres uu Roi dans une cour étrangère.

Amberg, 8 janvier 1742,

Vous me paraissez désirer, Monsieur, avec {ant d'instance d'être informé au vrai de ce qui s'est passé dans la marche de l'armée de Prague à Egra, que, quoique je n'aime pas à parler d’une chose où j'ai eu personnellement tant de part,

je cède néanmoins au bien qui peut en résulter pour l'hon-

neur des armes du Roi, surtout dans les circonstances présentes qu'il convient au bien des affaires générales de détruire toutes les menteries que débitent les écrits et les gazeltes autrichiennes. Je vais donc vous faire un récit sommaire, mais exactement vrai, de ce qui s'est passé relativement à cette expédition.

Lorsque le maréchal de Broglie m'a remis le commandement de l'armée de Bohême et de la ville de Prague, le 27 octobre, jour de sou départ, elle était peu approvisionnée ; il n'avait conservé que 12 à 1,300 chevaux pour loute cavalerie, et 250 pour les attelages, pour les vivres el pour l'artillerie; tous les environs de Prague, à trois lieues a la ronde, étaient totalement dévastés et fourragés; nous avions affure à environ 2,500 hussards et 1,500 Croates ou Pandours, sous le commandement des généraux Festetitz el comte de Forgatz.

Mon premier soin à été de remonter ma cavalerie; j'avais déjà trouvé 2,000 chevaux en six jours de temps et 7 à

avait servi autrefois sous les ordres du maréchal. M. le due de Broglie a retrouvé au Dépôt de la guerre les lettres de Folard à Belle-Isle {2 et 11 novembre 1742) et fait ressortir combien elles ont été utiles au maréchal.

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52 BELLE-ISLK,

800 chevaux d’attelage; j'avais étendu mes quartiers pour approvisionner mes magasins et ce pendant faire vivre plus commodément mes troupes, lorsque j'appris que le prince Lobkowitz avait été détaché de l'armée du Grand-Duct pour venir de nouveau bloquer l'armée dans Prague, Il campa, en effet, à quatre lieues de cette place, le # novembre, avec 13 régiments d'infanterie, 8 de cuirassiers où de dragons, 1,500 Croates où Pandours, et à peu près autant de hussards ou de chasseurs à cheval, ce qui, avec le corps du général Festetitz, formait une armée de {48 à 20,000 hommes effectifs,

à quois'est Jointencore, quelques jours après, 5 à 6,000 chas-

us seurs où milices de Moravie, J'ai donc été obligé de retirer

mes quartiers, dont j'ai formé un camp à une petite lieue de

la ville pour tenir les débouchés qui mènent à l'Elbe. Le prince de Lobkowitz a eu grand soin de se couvrir de

rivières et de se tenir hors de portée que je puisse le com- " battre ; mais la nécessité où j'étais d'user de toute mon industrie à rassembler des fourrages ou des vivres, et de d mettre mon armée en état de pouvoir agir dès que les opé- l rations de l'armée du Danube obligeraient le prince Charles ? ( S à rappeler M. de Lobkowitz, m'a uniquement occupé et n'a F empêché d'attaquer ses quartiers et de faire la petite } “uerre. I Il fai cherché à donner le change à mon ennenn, et tandis (L que je ne songcüis qu'a sortir, J'ai fait toutes les démonstra- F Hons de quelqu'un qui veut faire un établissement solide ; # j'en supprime ici tous les détails, Ce n'a pas été la partie la d L moins difficile, parce qu'il fallait que Je travaillasse aux deux $ contraires à la fois, que mon véritable objet fût caché en € tâchant de persuader l’autre. J'ai fait reconnaitre tous les d chemins qui conduisent de Prague à Egra; il y en a deux ; d 1 1. Francois de Lorraine, grand-duc de Toscane, époux de

Marie-Thérèse (1736), empereur d'Allemagne sous le nom de Li Francois Ler, ä 2, Charles de Lorraine, frère du grand-duc de Toscane,

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ordinaires auxquels le prince de Lobkowitz a donné toute son attention, J'ai cherché tous les moyens d'en pouvoir prendre un troisième au milieu des deux autres; il m'a lallu y envoyer des gens intelligents et déguisés, et, lorsque j'ai vu qu'il n'y avait aucune diversion à espérer de nos armées de Bavicre et du Danube, et que plus je différerais, plus les obstacles s'augmenteraient, et que ma retraite pouvait devenir impraticable, j'ai pris décisivement toutes mes mesures el ai mis mon armée en marche la nuit du 46 an 17 décembre, sur deux colonnes, leur donnant un rendez-

crandes lieues de la ville, où je suis arrivé de

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