VOUS & LOIS
ma personne le 17, à la pointe du jour, menant avec moi 1,100 hommes d'infanterie, Y compris 23 compaunies de grenadiers que j'avais formées sur les cavaliers à pied, 3,000 chevaux, cavaliers, dragons où hussards, 30 pièces de canon de campagne à la suédoise avec tout leur attirail, des chariots chargés de cartouches pour l'infanterie, pierres à fusil, outils, ete,, des caissons portant du pain où du riz pour six jours, le trésor, l'hôpital; le tout composant environ 300 voitures! et 6,000 mulets où chevaux de bàt d'équipasse,
Favais fait prendre aux troupes, en partant, du pain et du r1Z pour six Jours, el je conduisais avec moi des bœufs pour distribuer la viande journellement: j'en ai donné une livre par jour à chaque soldat, pour suppléer au pain; je leur ai aussi fait donner du lard et de l'eau-de-vie et une seconde distribution de riz, dans la marche; j'avais fait ficeler secrètement du foin ; j'en ai fait prendre à toute la cavalerie et aux équipages pour deux Jours, et pour quatre jours d'avoine.
Quoique j'aie laissé dans Prague une garnison de plus de 4,000 hommes, elle n'était composée que de convales-
L. Malgré les défenses expresses du maréchal, les officiers avaient emmené d'immenses équipages; il les fit brûler pour ne pas encombrer et retarder la marche de cette longue colonne,
cents, infirmes et malingies, qui n'eussent jamais pu faire deux jours de marche ; cette précaution était d'ailleurs nécessaire pour la sûreté de nos hôpitaux et des effets que je ne pouvais emporter, comme aussi pour faire diversion et empêcher que le prince de Lobkowitz ne fût averti sur-lechamp de mon départ, J'omets le détail d'une infinité d'autres précautions qu'il m'a fallu prendre pour dérober ma marche, en quoi j'ai parfaitement réussi, Le prince de Lobkowitz, ayant cru que ce n'était qu'un grand fourrage, n'a su la vérité que le 18.
J'avais fait alors huit grandes lieues; car, après que j'eus
Joint toutes les troupes, le 17 à la pointe du jour, par un
brouillard et un verglas qui rendaient ma marche extrèmement pénible, je la continuai jusqu'à Teuklowilz, où je surpris un régiment de cuirassiers, qui eût été enlevé sans le brouillard qui facilita sa retraite; on en tua une vingtaine, on en fit 17 prisonniers, et l'on prit 22 chevaux. Comme le pays est fort ouvert et qu'il y a douze où quatorze lieues de plaines à traverser, ayant affaire à un ennemi qui avait plus de 8,000 chevaux frais el sans bagages, j'avais partagé mon armée en cinq divisions, deux avant-gardes et une grosse arrière-garde : chaque division composée d'une brigade d'infanterie de 2,200 ou 2,300 honimes, de deux brigades de cavalerie d'environ 500 chevaux, d’une brigade d'artillerie de 6 pièces, et des équipages des officiers généraux et des troupes de la division. Ma première avant-garde était composée alternativement de mes carabiniers ou dragons, de mes hussards et de 18 à 20 compagnies de grenadiers: et la seconde avant-garde, des gardes ordinaires et du campe-
ment.
Il faut observer que le pays est fait de facon qu'il est impossible de marcher sur plus d'une colonne: il est aisé de comprendre la file que doit tenir tout ce que je viens de détailler, et c'est par cette raison que, mon armée étant toujours partagée en divisions, J'étais toujours en état de faire face en force à la tête, à la queue et le long de ma colonne,
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BULLEK-ISLH, 35
parce que, faisant à droite ou à gauche, selon le côté où paruitrait l'ennemi, je me trouverais toujours en bataille, mes armes mèlées, infanterie, cavalerie el canon, couvrant mes équipages que je faisais mettre derrière, et c'est ce qui est en effet arrivé; car, à mon départ de Teuklowitz, les ennemis firent mine d'attaquer mon arrière-garde avec quantité de hussards et de Croates, soutenus par 12 escadrons de cuirassiers avec leurs étendarts, Mes grenadiers, qui étaient postés derrière mes chariots, firent feu à propos; ce qui, joint à quelques volées de canon, obligea l'ennemi à se retirer en désordre hors de la portée, Ils attaquèrent, le même jour, presque en même temps, le centre de ma colonne à la troisième division, où étaient la brigade d'Auvergne et celle de la Reine et d'Orléans-cavalerie, Le comte de Bavière, qui la commandait, fit mettre ses troupes en bataille et tirer du canon, ce qui les écarta sur-le-champ.
Is se présentèrent aussi en assez grand nombre à l'avantgarde, où ils furent chargés avec encore plus de vigueur; tout cela ralentit un peu la marche et fit que l'arrière-garde n'arriva qu'un peu après minuit, La terre était couverte de neige; l’armée fit néanmoins ce jour-là six grandes lieues, ce qui m'obligea à ne partir le lendemain qu'a midi. Les hussards nous entourant de loutes parts à la portée du pistolet, je marchai dans le même ordre; il n'y eut que des escarmouches, Les ennemis avaient déjà rompu tous les ponts sur le chemin de ma gauche, ne s’attendant pas que
Je pusse prendre à droite comme je fis.
J'arrivai à Jechnitz, qui, jusque-là, est la grande route qui mène vers Pilsen; j'y fis rester l'artillerie et quelques brisades pour faire croire à l'ennemi que je devais continuer; mais dès qu'il fut nuit, je fis marcher {out le reste de l’armée à Steben, qui est le grand chemin de Carlsbad et le plus fréquenté : c'est celui de la poste.
Comme c'est là que l'on commence à entrer dans les montagnes et dans les défilés, je changeai ma disposition qui ralentissail trop mes mouvements. Je {is séjourner
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toute Pinfanterie, Partillerie et les équipages, et is prendre les devants, par un chemin différent, à toute ma cavalerie que j'envoyai droit à Egra, ne réservant avec moi qu'une partie des carabiniers, tous les dragons et les hussards, Je remis l'armée en marche à une heure après minuit, au lever de Ja lune, mon infanterie entremèlée par division avec le canon et les équipages, et toujours une grosse arrière-garde, Je suivis le grand chemin de Carlsbad pendant une lieue, où Je pris tout court à gauche, à travers les montagnes et un pays où jamais armée n'a passé: je n'arrivai qu'à minuit à Luditz, d'où vous conclurez que les troupes furent ce jourla vingt-quatre heures en marche, par un froid el un vent du nord insupportable ; mais il faisait beau soleilt,
Jusque-là l'armée avait toujours campé en front de bandière ; mais ayant déjà mis 3 ou 4 lieues de grands défilés derrière moi, je lis cantonner les troupes dans les faubourgs de Luditz et leur iis donner toutes sortes de secours, Fy restai jusqu'au lendemain midi; et eomme le brouillard de la nuit n'avait faitqu'une glace, sur laquelle mon artillerie n'eût jamais pu monter une très haute el très raide montagne, je la fis tourner autour de cette montagnesurdes marais glacésetarrivai à onze heures du soir à Teusing,oû je restai encore jusqu'au lendemain midi, pour laisser le temps aux troupes de faire leur soupe, de bien manger et de dormir.
C'est là que j'appris que le prince de Lobkowitz avait fait rompre et brûler les ponts de Carisbad sur la rivière d'Egra et {ous ceux de la route de Pilsen, où il avait jeté plusieurs milliers de chasseurs, Croates et Pandours, n'ayant jamais voulu croire que j'eusse pu passer par le chemin que
j'avais tenu,
1. Le 21 décembre, le maréchal écrivait au ministre de la guerre : « Je suis étonné d'exister encore; mais comme l'esprit soutient le corps et que mon zèle est sans bornes, j'espère que j'arriverai au bout », Le maréchal était perclus de rhumatismes,; il ue se coucha pas pendant toute la retraite.
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Celui qui me restait à faire élail encore bien pis; mais comme j'étais alors au milieu des hautes montagnes! et des forêts, je vins mettre mon quartier à Einsiedl, et fis cantonner toutes les troupes dans les villages circonvoisins, laissant une grosse arrière-garde à Landek, qui est à la tête du défilé, F'y séjournai le jour de Noël pour laisser arriver mes traineurs, faire prendre les devants à l'artillerie, et faire faire du pain de portion que j'avais commandé dans tout le pays; ce qui me mit à mème de distribuer 40,000 rations à l’armée,
J'ai omis de dire qu'à mesure que j'ai fait faire des distributions, j'ai fait brûler Tes voitures, qui n'eussent jamais pu passer et m'embarrassaient beaucoup; par la mème raison je fis également brûler les caissons portant les cartouches de l'infanterie, infiniment trop lourds; je fis mettre les cartouches sur des chariots de paysans, conduits par des gens du pays, au moyen de quoi tout a passé légèrement et est arrivé sans accident.
Le 25, je remis l'armée en marche à minuit, el arrivai à la pointe du jour à l'entrée de la forêt qui couvre la haute montagne de Kænigswarth, d'où l'on descend par un chemin de précipices qui eût été impraticable sans la neige qui en adoucissait l'escarpement. Je placai à la droite et à lu gauche de l'entrée du défilé les deux brigades de Pitmont et d'Auvergne pour faire Parrière-sarde de tout. J'arrivai avec le gros de l’armée à Kænigswarth à midi, où je lis cantonner toutes les troupes le long de la petite rivière de Wonheim. Les bagages et l'arrière-garde arrivèrent à onze heures du soir,
H'parailra incroyable à la postérité qu'une armée composée de tout ce que j'ai dit, et surtout avec de l'artillerie, ait fait une marche de 38 lieues?, par la saison de l’année la plus rude el les jours les plus courts, à travers un pays armé et