‹ Notices historiques sur les généraux et marins du XVIIIe siècle [microforme]Chapitre 58 sur 143 · Eloge du comte de Saxe · texte numérisé non relu

Eloge du comte de Saxe

2, Les Réveries sont imprimées depuis longtemps, mais avec quelques inexactitudes et suppressions, Les deux manuscrits qui se lrouvent aux archives de Dresde ont permis à M. de Vitzthum de corriger et de compléter les éditions huprimées.

Jde nai nulle compétence pour juger un ivre sur lequel on a donné les opinions les plus contradictoires: aussi me bornerai-je à dire que les Méveries contiennent deux récits fort curieux des batailles de Poltava et de Denain, ainsi qu'un portrait trés bien fait du prince Eugène !, que Maurice avait connu dans sa jeunesse et qui élait resté pour Jui le modéle e0 idéal du grand

capitaine.

Napoleon? se mel pas le maréchal de Saxe au nom bre des sept plus grands capitaines dontilexaimine les campagnes, et Jomini® Le compare à Kléber: mais de maréchal est certainement Fun des premiers parmi tes grands généraux du second ordre,

Voici ce que les contemporains pensaient de fur, Li due de Luynes, rapportant ce qu'il avait entendu dire à son fils, le due de Chevreuse, colonel général de: dragons et esprit fort disüngué, écrivait dans <e: Mémoires, le 4 novembre 1744:

Mon fils m'a beaucoup parlé de M, le maréchal de Saxe, etil lui donne tous les éloges qu'il mérite, A lui trouve de la justesse dans l'esprit, quoique ses lumières soient bien

éloignées d'être supérieures. FE va naturellement droit au

1. Voir ce portrait dans l'ouvrage de M, DE VITZTHUM, p. 329 2, Mémoires, VU.

J Vie politique el militaire de Vapolr :, 902 ‘eité par Sainte

Beuve.

but et prend le meilleur parti; et, n'étant point détourné par une intinité d'idées et de projets différents qui souvent éblouissent, et dont les dangereuses combinaisons lont perdre au moins un temps précieux, M, de Saxe suit son objet sans le perdre de vue, Exact pour la discipline, il n'y mêle aucune humeur; le soldat, le cavalier font-ils quelques fautes, il punit les officiers, leur disant avec une douceur froide que c'est à eux à tenir la main à leurtroupe, La punition une fois ordonnée, il est inflexible sur les grâces, L'u'a point ce que l'on appelle l'extrème politesse du monde; mais il a le ton du militaire, est craint, aimé et estimé,

Ecoutons maintenant le prince de Montharey!,

Le maréchal de Saxe avait été fait maréchal-général des camps et armées du roi, et par ce grade prééminent il ne voyait personne au-dessus de Tui, La confiance du roi pour lui était sans bornes, et les intrigues de cour ne pouvaient l'atteindre, tant que la guerre le rendait indispensablement nécessaire,

Sa cour, à Bruxcles, était quasi aussi brillante que celle de Versailles, Elle était composée de tous les militaires qui n'espéraient qu'en lui; et 11 savait distinguer d'une facon très marquée les officiers généraux ou particuliers qui avaient rendu de; services, où dans lesquels il avait reconnu du talent... Si celte manière de récompenser par la considération lui attachait les officiers généraux vraiment militaires, la vie licencieuse qu'il avait l'air d'ignorer, mais qu'il facilitait dans son quartier général, le rendait cher à ious les jeunes officiers, qui, à la discipline près qu’exigeaient les jours de service, trouvaient à l'armée tous les plaisirs et ioules les facilités jusqu'alors ignorées pendant la guerre «1 prohibées dans les camps.

Les goûts satisfaits du maréchal de Saxe, et très publi-

| WMemoures, {, Le L. 5N.

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quement, servaient d'autorisation à ceux de la jeunesse française ; et tous ces moyens, réunis à la gloire qu'il avait acquise et à l'utilité dont il était, donnaient à ce général un empire absolu sur toutes les tètes françaises, qui se portent si facilement à l'enthousiasine,

Ajoutons, pour Lerminer, que l'on doil au maréchal de Saxe l'introduction dans nos troupes de l'exercice ascomposé et à temps marqués, selon la méthode allemende, — de la précision dans les mouvements, — du pas emboîté ou cadencé, c'est-à-dire réglé par le tambour où par une musique militaire, — de l'uniforme étroit, afin de ne pas gêner les mouvements de l'exereice, — des buffleteries en croix qui comprimaient là poitrine, — des longues guêtres qui génaient la circulation, — du col raide qui étranglait ou congestionnait le soldat, — du schako lourd, agrémenté de plumes, de torsades, — de la queue serrée, — toutes choses qui gênaient le soldat dans tous ses mouvements et lui enlevaient sa légèreté, sa mobilité, «I n'a pas fallu moins de cent ans d'expérience, et la guerre d'Afrique, dit avec raison le général Suzane, pour ramener à peu près la tenue de l'infanterie au point où elle était en 1740 ».

Ajoutons que, si le maréchäl de Saxe alourdit Île costume des troupes, il fit un grand usage des troupes légères d'infanterie et de cavalerie, que ses marches furent rapides et qu'il disait que c'était avec les jambes

des soldats que l'on gagnait les batailles.

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el { | | | | LE COMTE DE LOWENDAL.

e - ‘4 MARÉCHAL DE FRANCE, e e À Prise de Berg-op-Zoom (1747).

: 1 ” k: Ulric-Frédéric-Woldemar, comte de Lowendal, fils a ; d'un prince danois réfugié à la cour de Saxe, naquit à : Hambourg le 41% avril 1700. À l'âge de treize ans, il at 1 servait en Pologne comme soldat dans les troupes im- 6. 1 périales ; en 1714, il était capitaine dans le régiment de é. 1 Slahrenberg, et il alla en Danemark servir contre Îles rs | Suédois. En 1716, il était revenu dans les troupes de Le Ë l'Empereur et il se trouva à la bataille de Peterwaradin, gagnée sur les Turks par le prince Eugène, qui le À remarqua les grandes qualités du jeune officier et dé- “a Ë clara, dit-on, qu'il serait un jour un habile général, es "1 En attendant, Lowendal se formait à l'école du prince KE) Là È Eugène, Après la bataille de Peterwaradin, Lowendal Hi AN € ET ; prit part au siège de Temeswar, et, en 1717, à la ba- ts fl : 4 taille de Belgrade. En 1718, il est en Italie, toujours i 1 DE 4 au service de l'Empereur, parmi les troupes qui dé- j La LS fendent Messine et quelques autres villes contre les red

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Que: En 1721, Lowendal revint en Pologne, où le roi Ÿ Auguste [If le nomma colonel d'infanterie; il entra AL ensuite dans l'armée saxonne où it sut fait maréchal de 2 camp en 1728. A la mort d'Auguste Il, en 1733, la ji guerre éclala de nouveau à propos de la Succession de HU Pologne, Lowendal, sous les ordres du prince Eugène, in ! fit la campagne de 173% sur le Rhin. — En 1736, il HAN passa au service de limpératrice de Russie, Anne [vaa novna, qui le nomma lieutenant général; la Russie était : alors en guerre contre les Turks, Lowendal fut chargé is du siège d'Otchakov et enleva d'assaut cette forte Î place, Ensuite il chassa les Tartares de l'Ukraine (1738), | REA baltit les Turks à Choczim et s'empara de cette ville ea ; É (1739). Nommé général des armées russes après cette !|| RER victoire, Lowendal combat{it les Suédois de 1741 à 1743. | Le comte Maurice de Saxe, depuis longtemps son $ ami et qui était alors au service de la France, engagea À M. de Lowendal à entrer dans l'armée francaise, Il 1! accepta, el on dit généralement que Louis XV le nomma : HS dr: lieutenant général le 4% septembre 1743, Le duc de ( SN Luynes, dans ses Mémoires, ne parle cependant de ete M. de Lowendal qu'en février 1744", el annonce qu'il va je: lever un nouveau régiment allemand, Le # mars, f Na fl entre dans quelques détails? «M, de Lowendal, dit-f, Le. pi " fut présenté au Roï il y à quelques jours par M. d'Ar- FH0S ne AE genson. Cest un homme de 45 à 50 ans’, grand et l'E ni" d'une belle figure. Il est Danois; il a été au service de Mira " 4. LUYNES, V, 320.

“es hi * ul 2, Ibidem, V, 349.

MAG , 3, Il avait exactement 44 ans

en

Prusse! el à celui de Russie, IPentre au service de France, où le Roi lui donne le grade de lieutenant général; il désirait en avoir un plus considérable, mais n'y en a aucun entre celui de lieutenant général el de maréchal de France. [lève un régiment pour le service de France ».

Envoyé à l'une des deux armées de Flandre, le comte de Lowendal prit part, pendant Ja campagne de 1744, à différents sièges (Menin, Ypres, Furnes), et, quand l'armée du maréchal de Noaïlles alla sur le Rhin, il fut blessé au siège de Fribourg. — En 1745, 11 était à la bataille de Fontenoy, où il se distingua par sa grande bravoure, quand il chargea, à la tête de la brigade de Normandie, la colonne anglaise, Il prit ensuite les villes de Gand, Oudenarde, Ostende et Nieuport. — En 1746, il fut encore employé à l'armée de Flandre : prit la ville d'Huy et alla assiéger Namur, sous les ordres du comte de Clermont, Il se trouva à Raucoux.

- En 1747, de concert avec M. de Contades, il s'empara de tout le pays entre l'Escaut et la mer. Après la bataille de Laufeld, M. de Lowendal fut chargé de faire le siège de Berg-op-Zoom, dont la prise d'assaut a été l'acte important de sa vie militaire.

Berg-op-Zoom est une place très forte située sur l'une des bouches de l'Escaut. Elle résista au due de arme en 1588 et à Spinola en 1662. Plus tard le cé-

lèbre ingénieur hollandais Cohorn augmenta ou per-

{. Lowendal avait servi un moment en Prusse, en 1730, mais surtout en Autriche.

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4 fectionna encore les défenses de celle place; aussi, : quand M. de Lowendal fut chargé de ce siège, tout Le monde regarda son suceès comme impossible. « Les us ouvrages de Berg-op-/00om, dit M. de Valfons', sont ‘16 les plus simples en apparence, mais les mieux dirigés;

un chemin couvert très large, avec de petits réduits | dans les angles: les places d'armes capables de contenir 1 Le un demi-bataillon en bataille; des galeries de mines de : ni | la plus grande beauté, leurs rameaux avancant jusque R'IArS sous les glacis; la garnison était très forte? et souteà nue d'une petile armée que sa position rendait inattaquable, ayant la Hollande derrière elle, et, par consé- 4 (

quent, abondance de tout au milieu du siège ». De plus, Ë | la ville ne pouvait, grâce à sa situation sur l'Escaut qui | ‘ est un bras de mer, être entièrement bloquée, ce qui lui 1 S permettait de recevoir tous les Jours les vivres qui |

maintenaient l'abondance dont parle M. de Valfons”*. | 5. Le comte de Lowendal ouvrit la {ranchée dans la nuit du 4% au 45 juillet 1747, et en deux mois il devint maître de Berg-op-Zoom. La Gazelte* entre dans de

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