Gazette, 1159, page
3 L'armée autrichienne.
il renforça la garnison de Hanau et de Giessen, et prit les plus justes mesures pour que toutes les troupes du corps d'armée qu’il commande puissent se rassembler au premier ordre.
Le prince Ferdinand, qui avait fait défiler les siennes par les gorges de Fulde sur plusieurs colonnes, déboucha le 10 et parut avoir dessein de se porter sur Hanau. Nos postes avancés avaient été forcés de se replier, mais sans perte. Le duc de Broglie envoya ses ordres à tous les différents quarliers, et son armée fut toute rassemblée le 12 au soir sur la hauteur de Bergen, entre Francfort et Hanau.
Le 13, on vit les ennemis se former sur une hauteur vis-àvis de nous, à environ une demi-lieue de distance, Leur armée élait composée de Hessois, de Brunswickois, d'Hanovriens, d'Anglais et de Prussiens, et forte de 40,000 hommes, La nôtre consistait en 36 bataillons, en 8,000 Saxons et en plusieurs corps de cavalerie, de dragons et de troupes légères, et pouvait monter en fout à 28,000 hommes. Le duc de Broglie, pour couvrir le village de Bergen, avait placé, le 12 au soir, dans les vergers, les régiments de Royal- Suédois, de Royal-Deux-Ponts, de Waldner et de Planta, commandés par le baron de Closen et le sieur de Paraviciny, brigadiers.
Le 13, dès le grand matin, le duc de Broglie placa son infanterie aux deux ailes ; les 8 bataillons postés autour du village de Bergen formaient la droite. Derrière ce village, il mit en colonnes les 5 bataillons de Piémont, de Royal- Roussillon et les 2 d'Alsace pour soutenir ce village en cas de besoin ; derrière ces régiments, ceux de Castellas et de Diesbach formés en colonnes, ainsi que les régiments de Rohan et de Beauvaisis, pour être en état de marcher au village au premier commandement.
A la gauche furent placés le corps des Saxons, et derrière eux en réserve les régiments de Dauphin, d'Enghien, de Royal-Bavière, de Nassau, de Benheim, de Berg et de Saint- Germain, composant trois brigades.
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La cavalerie fut formée sur trois lignes. Les régiments de dragons furent placés en réserve, deux derrière les lignes de cavalerie, et le régiment d'Apchon derrière la gauche des Saxons,
L'artillerie fut disposée sur le front de la ligne dans les endroits les plus avantageux, et on forma deux dépôts de munitions derrière la droite et la gauche de l'infanterie pour qu'on n'en manquät pas an besoin.
Toute celte disposition fut finie à huit heures, et on viten même temps arriver quelques troupes légères des ennem's, qui attaquèrent nos volontaires dans un bois en avant de la gauche et à la tête des haies du village de la droite.
Les ennemis parurent sur les neuf heures et demie, Après avoir fait leurs dispositions à la faveur d’un rideau qui les couvrait, ils vinrent sur trois colonnes attaquer le village de Bergen. L'attaque commença à dix heures avec la plus grande vivacité. Le duc de Broglie, voyant que les ennemis portaient beaucoup de forces (sur ce point), chargea le chevalier Pelletier de diriger sur la tête du village, par où les ennemis arrivaient, la plus grande partie de l'artillerie du pare, et il fit entrer par la rue du village le régiment de Piémont et celui de Royal-Roussillon, en mème temps que les deux bataillons d'Alsace et les régiments de Castellas et de Diesbach se portèrent sur le flanc droit, Cela arrêta les ennemis, qui revinrent cependant sur le champ avec de plus grandes forces, et firent même reculer nos troupes quelques pas.
Alors le duc de Broglie mena le régiment de Rohan le long des vergers, fit entrer celui de Beauvaisis par la rue du village, et ordonna qu'ils fussent soutenus par Dauphin et Enghien. Ces troupes réunies attaquèrent les ennemis avec tant de courage, qu'elles les chassèrent et les mirent en grand désordre. Quelques-unes s’emportèrent un peu trop; le duc de Broglie leur envoya plusieurs ordres de s'arrêter et de regagner le village, et enfin il fut obligé de faire avancer 10 escadrons pour faciliter leur retraite ; mais avant
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que ce secours leur fût arrivé, elles furent obligées de la faire, la cavalerie ennemie venant fondre sur elles, tua ou prit une centaine d'hommes et quelques ofliciers,
Les ennemis se replièrent alors derrière le rideau qui les avait couverts le matin, et le feu d'artillerie cessa presque entièrement, Ils firent de nouvelles dispositions, portérent toute leur infanterie et leur artillerie à leurs ailes, et leur cavalerie au centre, Dans cet ordre ils s'avancèrent sur le village et sur la pointe du bois de notre gauche où nous avions des volontaires, et ils établirent leur artillerie pour battre ces deux points.
Le duc de Broglie crut alors qu'ils allaient faire attaquer à la fois les deux ailes, et que, s'ils réussissaient d'un des deux côtés, ils feraient avancer leur cavalerie pour profiter de cet avantage et combattre la nôtre. Mais, comme la position qu'il avait choisie était très resserrée, il se contenta de mettre en réserve, dans le terrain qu'il était venu occuper après l'attaque du village et d'où il voyait tous les mouvements des ennemis, les régiments de Bentheim, de Berg, de Saint-Germain 2t ceux de Royal-Bavière et de Nassau, qu'il tira de derrière la gauche, afin de pouvoir les y renvoyer ou les porter à la droite suivant le besoin. Il attendit ainsi à quoi allaient aboutir les manœuvres des ennemis. Mais tout se passa en canonnades extrêmement vives, qui firent beaucoup souffrir les brigades qui étaient à la tête du village ; ils tiraient à cartouches avec de grosses pièces, ce qui rendit ce feu très meurtrier.
Les ennemis se replièrent ensuite derrière le rideau, ayant toujours une nombreuse artillerie avec laquelle ils ne cessèrent de tirer avec la plus grande vivacité sur la tète du village. Leurs chasseurs fusillèrent jusqu'au soir avec nos volontaires dans le bois de la gauche. Un moment avant la nuit, plusieurs corps d'infanterie se portèrent vers le village, comme pour recommencer une nouvelle attaque, et, à onze
heures du soir, les ennemis firent leur retraite et marchèrent toute la nuit.
Le 14, le duc de Broglie les suivit avec un petit détachement pour savoir ce qu'ils devenaient ; il vit leur armée arrêtée entre Weindeckein et Rosdorf, et elle y campa.
On ne peut donner assez de louanges à la valeur des troupes qui ont chargé, et à la constance avec laquelle elles ont essuyé la canonnade la plus vive depuis une heure jusqu'à huit.
On a pris, près du village, 7 pièces de canon, dont 3 de gros... On évalue la perte des ennemis à 6 ou 7,000 hommes, et la nôtre à environ 3,000 tant tués que blessés... L'artillerie a été parfaitement bien servie; le chevalier Pelletier, qui la commandait, s'est acquis beaucoup d'honneur; il a pourvu exactement à tout, el il a dirigé avec habileté les différents emplacements de ses batteries pendant le courant de la journée.
L'ennemi battit en retraite et en désordre. On le poursuivit en ramassant ses blessés qu'il abandonnait eten lui faisant de nombreux prisonniers, On s'empara aussi d'un courrier envoyé par le prince Ferdinand au landgrave de Hesse-Cassel pour lui porter la relation de la bataille du 13. Elle contenait ce qui suit : « Nous avons attaqué hier l'armée française à Bergen. La position avantageuse de l'ennemi ne nous a pas permis de
. l'entamer, et nous a mis dans l'impossibilité de faire
agir notre cavalerie, La perte à été considérable de part et d'autre, Le brave prince d'Isembourg' a été tué?,
Le duc de Broglie fut créé prince de l'Empire pour lui
et ses descendants.