‹ Notices historiques sur les généraux et marins du XVIIIe siècle [microforme]Chapitre 87 sur 143 · Mémoires, V · texte numérisé non relu

Mémoires, V

ENS Enr

dE LR 202 LE MARÉCHAL DE BROGLIE.

AS Ë) Les deux maréchaux rédigérent chacun un mémoire EU. contre son adversaire, Paris prit parti pour Broglie, Me de Pompadour pour Soubise, et Broglie fut exilé le 17 février 4762, L'opinion publique, consternée et indignée, ne se calma qu'en apprenant que le vieux et honnête maréchal d'Estrées était envoyé en Allemagne pour commander l'armée avec Soubise, qui se lit encore battre à Wilhemstadt. Enfin les préliminaires de la paix de Paris furent signés peu de temps après celle nouvelle défaite,

RUE En 1764, le maréchal de Broglie rentra en grâce et

rte obtint le gouvernement de Metz. En 1774, il fut nommé À comriandänt du camp de Vaussieux, à propos duquel ÿ il faut entrer dans quelques détails.

ME US Les armées de 1793 ont eu une nouvelle lactique,

qu'elles opposèrent à la tactique prussienne, établie par Frédéric le Grand et adoptée par loutes les armées de l'Europe, On répèle sans cesse que cette nouvelle méthode est l'œuvre du hasard, qu'elle est le résultat de l'enthousiasme révolutionnaire". Rien n'est plus faux.

est même absurde de prétendre qu’ l'exaltation révolutionnaire puisse créer une méthode, A toute époque Ke el partout, l'exallalion révolutionnaire à engendré l'anarchie, la confusion, le chaos, et n'a produit d'autre méthode que celle du « sauve-qui-peut »,

1. Voy. Considéralions sur la tactique de l'infanterie en Europe, par le général ‘belge) Renard, 4 vol. in-8°,chez Dumaine,—Je me suis beaucoup servi de cet excellent ouvrage, enle complétant par l'étude des pièces relatives au camp de Vaussieux, conservées aux Archives du ministère de la guerre.

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A la reprise de l'offensive, en septembre 1793, l'ennemi fut attaqué par des nuées de Lirailleurs soutenus par des réserves ; il était surpris ; on le chargeait ensuite à la baïonnette en colonne de bataillon, au pas de course ; on le culbutait et on lui enlevait ses positions, Cette manière de combattre éta . parfaitement d'accord avec l'élan, la bravoure et l'adresse du soldat francais, qui se l'appropria aussitôt. Mais il y avait longtemps que cette méthode était étudiée, méditée, discutée dans de nombreux ouvrages; on l'avait expérimentée en 1778, au camp de Vaussieux!, où Louis XVI, pendant la guerre d'Amérique, avait rassemblé une armée?, qu'il eut un instant l'idée de jeter en Angleterre. Le maréchal de Broglie en avait eu le commandement.

Pour instruire ses troupes, le maréchal résolut de l'aire l'essai des nouvelles manœuvres proposées par le général Ménil-Durand, savant officier, élève du chevalier Folard, et complètement opposé au comte de Guibert, partisan fanatique de la méthode prussienne. Les discussions de Guibert et de Ménil-Durand, déjà anciennes, occupaient toute l'armée. Le premier, Guibert, prônait l'école prussienne, c'est-à-dire les feux d'ensemble, l'ordre mince, les deux lignes déployées, les longues marches en bataille, les manœuvres par ligne et fractions de ligne, la cavalerie placée sur les ailes, l'absence de tirailleurs et de réserves. Le second, Ménil-

1. Vaussieux est un village de Normandie, situé à quelques kilomètres au sud-ouest de Bayeux.

2, Le camp de Vaussieux se composait de 60 bataillons, de 10 escadrons de dragons et de 40 pièces de canon.

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Durand, recommandait l'emploi des tirailleurs ; 1] voulait qu'on adoptât l'ordre profond, qu'on fractionnât les lignes en divisions et brigades, que l'on format des colonnes d'attaque chargeant à la baïonnette, et que l'on eût toujours des réserves, En résumé, Ménil-Durand proposait la méthode qui fut adoptée, plus tard, par nos généraux de la République et de l'Empire, avec quelques modifications, On ne saurait trop le dire et le répéter : les méthodes ne naissent pas de l'inspiration des chefs et de l'exaltation des troupes. L'inspiration,

le coup d'œil, le génie trouvent une manœuvre; par

< exemple, Condé à Rocroi, L'exaltation, l'enthousiasme ; unis au dévouement et à la discipline, permettent aux Le

troupes de faire un effort héroïque; exemples : la à

23° demi-brigade qui se fait tuer, au combat d'Am- fi

berg, mais sauve, par sa résistance, la division Col- ca

laud!'; la 32° demi-brigade, au combat de Monte-Le- 1 Fos gino; le passage du Leck, à la nage et sous le feu de gl Fa l'ennemi, opéré par l'armée de Moreau, en 1796, etc,

Mais la stratégie, la tactique, l'organisation d'ensemble,

tout cela naît de l'étude et de la réflexion,

Le maréchal de Broglie expérimenta done le système de Ménil-Durand, et déclara qu'il était convaincu de son excellence, que tous les officiers l'avaient com-

pris, qu'il satisfaisait à tous les besoins, et qu'il croyait

qu'on ferait bien de l'adopter?, Tout au contraire, le

que

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