‹ Notices littéraires sur le dix-septième siècleChapitre 10 sur 29 · M. — DE MADAME LA COMTESSE DE MAURE A M. LE MARÉCHAL · texte numérisé non relu

M. — DE MADAME LA COMTESSE DE MAURE A M. LE MARÉCHAL

d'albret (1).

Du août 1655 (2).

Madame de Castelnau (3), Monsieur, a dit à un homme qui est à nous, que sur ce qu'elle vous a dit hier que je voulois avoir des portraits qui sont dans mon logis, vous avez dit : Je suis d'avis qu'elle emporte encore le plafond. Je vous avoue que rien ne m'a jamais davantage frappé le cœur que cette parole-là, et bien que je ne veuille pas faire envers vous la mesme chose que vous auriez faite envers moy qui seroit de vous condamner sans vous ouir, je ne puis pas tarder un mo-

(1) Caesar-Phœbus, comte de Miossens; il avait d'abord porté le nom de M. de Scandillac.

(2) Ms. de Conrart, t. XI, in-f», p. 275.

(3) Marie de Girard de Villetaneuse, femme de Jacques de Castelnau, qui devint maréchal de France.

ment à vous dire, que Madame de Caslelnau sait qu'elle n'a jamais parlé d'aucun de ces tableaux, que de celui de la Porcie qui est sur la cheminée de la grande chambre, dont elle parla à un de nos gens, qui traitoit avec elle avant qu'elle eust mis Mademoiselle Cornuel dans la négociation. Et comme c'a esté entre elles deux que cette affaire s'est achevée, c'a esté Mademoiselle Cornuel qui luy a parlé sur cette Porcie, luy disant, que parce que c'estoit un original de Juste, que j'avois fait faire avec beaucoup de soin, et que Juste n'estoit plus icy et n'y vouloit point revenir, je ne pouvois luy en donner qu'une copie ; mais que je la luy ferois faire par tel peintre qu'elle voudroit. Mademoiselle Cornuel sait si elle a trouvé rien à dire à cela et si durant tout le temps qu'elles ont négocié Madame de Castelnau luy a jamais parlé d'aucun de ces tableaux. Aussi, Monsieur, jugez la belle apparence qu'il y auroit eu de les demander, la plupart estant des portraits de la famille, et sachant, comme elle sait, que je n'ay laisse ni les uns ni les autres, que parce que je croiois retourner bientost dans mon logis, et qu'y mettant une personne propre comme elle, je luy pouvois faire aisément le plaisir de luy laisser cela pour l'embellissement de la maison. Mais enfin, il est question qu'elle n'a jamais parlé d'aucuns que de la Porcie, et que, quand elle vous a donc fait des pleintes de ce que je les voulois oster, elle ne m'avoit pas seulement fait paroistre de songer à les avoir; et il faut qu'elle vous l'ait dit pour commencer à chercher quelque prétexte de rompre. Je ne me saurois davantage expliquer par une lettre, et je vous supplie de ne témoigner à personne que je vous aye découvert qu'elle veuille rompre. Voilà pour ce qui regarde Madame de Castelnau. Pour ce qui est de son mary, qui ne sait pas, à mon avis, en ce sujet tous les sentimens de Madame sa femme et qui y va tout de bon, ayant envie d'avoir la maison, il a témoigné aujourd'hui à un

homme par qui nous lu^ avons envoyé faire compliment sur la conclusion du marché, qu'il seroit bien aise que nous leur laissassions M. de Vivonne et Mademoiselle de Tonnay-Charente (1). Et bien que pour elle [Mademoiselle de Tonnay- Charente)^ ce soit un des beaux portraits que Juste ait faits, la Reine mesme Tayant trouvé admirable, je me suis accordée à les y laisser, luy faisant pourtant proposer de se contenter delà copie pour celuy de Mademoiselle de Tonnay-Gharente. Voilà, Monsieur, le grand tort que j'ay dans cette affaire-là ; et bien loin d'avoir eu quelque sentiment d'intérest, il me semble que je fais assez paroistrele contraire, en voulant plus tost rompre ce marché-là, que de faire autre chose, que ce que je crois pouvoir faire avec bienséance; car enfin il pourra fort aisément arriver que ceux qui n'auront pas gousté cette maison, comme a fait Madame de Castelnau, ne voudront pas en donner ce qu'elle en donne, et vous pourrez bien voir que les tableaux ne valent nullement ce que je pourrois perdre sur ce marché-là : sans compter le retardement si l'on la vendoit à d'autres, ne pouvant faire sortir Madame de Castelnau qu'à la Saint-Remy.

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