DE MAURE
Du août 1655 (2).
En présence de MM. de Saint-Luc, de Rouville, de Gramont, d'Estrée et de beaucoup d'autres encore qu'il seroit superflu de vous nommer, je me pleignis hier au soir à Mail) Plus tard Madame de Montespan : AI. de Vivonne était son frère: ils étaient neveu et nièce de Madame de Maure. (2) Ms. de Conrart, in-f», t. XF, p. 276.
140 NOTICES LITTÉRAIRES SUR LE XVIl« SIÈCLE,
dame de Caslelnau de m'avoir fait faire un discours que je n'avois jamais fait et que mesme je ne serois jamais capable de faire. Tous ces mesmes Messieurs vous pourront témoigner que vingt fois de suite elle jura qu'elle n'en avoit jamais parlé et que toutes les fois que je lui voulus redire les mesmes mots qu'elle m'avoit supposés lorsqu'elle avoit parlé à M. Garnier, elle se récria toujours à ce bel endroit de plafond que je vous voulois faire emporter : — Quelle apparence que je vous aie fait dire cela? Je Tay bien dit, mais c'a esté de moy et je n'ay jamais songé à vous faire dire cela ni autre chose. Enfin, Madame, cette conversation qui dura fort longtemps, finit par la déclaration que je luy fis que je ne trouvois que du caprice à son procédé et beaucoup de raison au votre. Saint- Luc (1 ) et le petit Gramont (2) parlèrent presque dans le mesme sens ; et comme elle n'en estoit pas d'accord, je m'enallay du logis, les laissant encore criant et disputant de toute leur force. Voilà au vray, Madame, comme s'est passé l'éclaircissement que j'ay eu avec Madame de Castelnau, qui me doit ce me semble justifier pleinement vers vous et vers tout le monde. Cardans les sentimens d'estime, de respect et d'amitié, s'il m'est permis de me servir de ce terme, que j'ay pour vous, je ne serois pas satisfait, s'il y avoit une seule personne dans le monde qui me pust soupçonner d'un discours sur votre sujet qui eust besoin non-seulement d'excuse mais mesme de la moindre petite explication. Avant que mes manquemens d'égard aillent jusques à Madame la comtesse de Maure, je vous assure, Madame, que toute la terre aura sujet de s'en pleindre ; et enfin , puisque sur le témoignage avantageux que vous m'avez rendu de M. Garnier,
(1) Marquis de Saint-Luc, fils du maréchal.
(2) Amaus de Barthélémy, seigneur de Gramond, chambellan du duc d'Orléans. Conrart écrit Gramont ainsi que faisait Tallemant des Réaux.
j'ajoute foy à son rapport, contre toutes les assurances contraires que m'a faites Madame de Castelnau, je vous supplie aussi de me faire la mesme justice en me croyant fort véritable et fort sincère dans les assurances que je vous fais de n'avoir jamais parlé de plafond ni dit une seule parole en cette rencontre, qui vous pust déplaire et que pour mon honneur je fusse obligé de désavouer.