‹ Notices littéraires sur le dix-septième siècleChapitre 15 sur 29 · DE MADAME DR MAURE A MADAME DE SABLÉ · texte numérisé non relu

DE MADAME DR MAURE A MADAME DE SABLÉ

11 septembre 1655 (2).

Hélas ! m'amour, vous avez eu votre grand rhume! J'espère que vous en serez tout à fait quitte à cette heure et j'en prie Dieu de fout mon cœur. Vous avez bien raison de me

(1) C'est sans doute la lettre suivante adressée à Madame de Sablé.

(2) Ms. de Conrart, in-f», t. XI, p. 268.

LETTRES INÉDITES DE MADAME DE MAURE. iSl

faire valoir de m'avoir écrit en cet estat-là. Mais vrayment quand je serois encore plus malade que vous ne Testiez, je ne croy pas que je me pusse empescher un moment de vous faire réponse sur l'article de M. d'Avaux. Vous rirez, sans doute, d'y trouver en teste, Madame de Soussy, si déjà Une vous l'a nommée ; et moy-mesme, encore que je sois fort fâchée d'avoir ce nouvel embarras avec M. d'Avaux, je n'ay seu me tenir de rire quand j'ai veu d'où cela me venoit. Ce qui en est de meilleur, c'est que hors de l'article de gagner des juges, où il y auroit quelqu'apparence encore qu'il n'y ayt point de vérité , je ne pouvois du tout juger ce que M. d'Avaux vouloit dire. Enfin je me suis souvenue, que j'avois veu Madame de Soussy à Rouen, et que devant Madame de Longueville on avoit parlé de cette affaire-là, et que j'avois fait la déclaration que j'ay faite à toutes les occasions, qu'il eust esté à désirer que le nom de M. de Vivonne n'eust point esté meslé à cela, et qu'il n'y eust paru que lorsque Madame de Mesmes eust eu rompu publiquement avec ces Messieurs (1), comme elle disoit qu'elle Tavoit fait en particulier; et que nous estions fort fâchés, M. le comte de Maure et moy, qu'ils pussent se pleindre qu'on ne leur eust pas gardé assez de considération; que c'estoient des personnes que nous avions toujours aymées et honorées ; que M. et Madame de Mortemart disoyent qu'ils s'estoyent toujours déclarés à Madame de Mesmes qu'ils nevouloyent point estre nommés; mais qu'il falloit qu'ils ne se fussent pas bien expliqués puisqu'elle n' avoit pas laissé de le faire. Voilà, m'amour, tout ce que j'ay jamais dit sur ce sujet, et là, et ailleurs ; et par ce seul mot de bourbier, il est aisé à juger, du moins à vous, que cela est plus tost du style de la Dame que du mien. Car

(1) Messieurs de Mesmes, le père, anciennement M. d'irval, et le fils, M. d'Avaux.

152 NOTICES LITTÉRAIRES SUR LE XVIl« SIÈCLE.

VOUS savez que je ne me sers pas volontiers de telles expressions. Pour ce qui est des railleries, si elle avoit dit que j'en eusse fait du Maréchal de Graminont (1), et un peu aussi, en quelque façon de Madame de Mesmes, elle auroit eu quelque raison; car nous nous jouâmes un peu, Madame de Longueville et moy, sur ce que le Maréchal de Grammont n'estoit pas accusé d'estre assez désintéressé pour s'estre retenu de songer à cette fille par la considération de ces Messieurs, s'il y avoit trouvé son compte, et je me tuay d'expliquer que je ne doutay point qu'il ne les considérast fort; ce que vous remarquerez, s'il vous plaist. Et pour Madame de Mesmes, ce fut sur le peu d'apparence qu'il y avoit qu'elle eust jamais songé à ce mariage de M. d'Avaux, quelque mine qu'elle en eust faite. Et pour cet article-là c'estoit en correspondant à Madame de Longueville, quy disoit que des amies de Madame de Mesmes avoient découvert ce secret-là, il y avoit longtemps. Mais enfin dans tout cela il ne fut jamais dit un mot dont M. d'Avaux eust sujet de se pleindre. Vous savez si je connois cette créature (2), et si j'ay pu ne pas prendre garde à ce que j'ay dit, la voyant assez animée contre Madame de Mesmes pour ne pouvoir pas douter qu'elle ne fust pour M. d'Avaux. J'avoue pourtant, qu'il me manquoit encore cela pour la connoistre. Je m'attendois bien qu'encore que je répondisse assez superficiellement à ce qu'elle disoit contre Madame de Mesmes, elle ne manqueroit pas de dire à M. d'Avaux, que je l'excusois de tout mon pouvoir. Mais d'avoir fabriqué de telles choses, j'avoue que cela passe tout ce que je pouvois jamais imaginer d'elle. Madame de Longueville, quy est arrivée icy comme je commençois ma lettre, en est dans le dernier épouvantement. J'ay eu beau luy dire de quelle façon

(1) Antoine duc de Grammont; maréchal de France, né en 1604.

(2) Madame de Soussy.

elle est faite, elle revenoit toujours à dire : J'entends bien, si vous luy en aviez donné le moindre sujet du monde; mais où a-t-elle pu prendre cela? J'avois envie de vous conter mot pour mot tout ce que je me suis souvenue qui avoit esté dit dans cette conversation-là; mais il auroit fallu faire une terrible lettre, ayant encore bien d'autres choses à vous dire. Faites, m'amour, qu'il [M. d'Avaux) vous die ces choses qu'il dit qu'il ne peut dire; je croy qu'il n'en fera point de difficulté, quand il verra que tout est découvert, car c'est sans doute, que par ces choses, il craignoit que l'on ne découvrit la personne (Madame de Soussy). Assurez-vous que quoy qu'elle ayt pu dire, je rendray fort bon compte de ce que j'ay dit; mais je croy qu'il ne sera guère besoin déplus ample justification, quand vous luy aurez dit ce que c'est que Madame de Soussy , et que je la connois assez, pour n'avoir pas seulement pu estre tentée de rien dire contre luy devant elle, quand je n'aurois pas pour luy les sentiments que j'ay. Mais il ne faut pas oublier l'affaire des juges. C'est une pure invention, pour se faire de feste, parce que l'on sayt que j'ay des parents et des amis à Rouen ; je ne l'ay point fait, et je say qu'on ne le luy a point dit. Et il y a bien plus, car si M. d'Avaux avoit simplement plaidé pour la charge, je n'aurois point voulu solliciter contre luy. Vous entendez bien qu'il y a de certaines choses publiques dont on ne sauroit se défendre; mais vous savez aussi, que ce n'est pas ce que les gens d'esprit appellent solliciter. Enfin je crains assez ces sortes de peines-là pour ne pas bazarder de les prendre inutilement. C'est pourquoy j'aurois toujours attendu que l'affaire y eust esté renvoyée. Il faut parler à cette heure de Madame de Guéméné. Vous savez que tout ce que j'ay prétendu de vostre négociation a esté de me délivrer honnestement de l'aller voir, si elle ne se mettoit à la raison. Voilà qui est donc fait

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