‹ Notices littéraires sur le dix-septième siècleChapitre 14 sur 29 · DE MADAME LA COMTESSE DE MAURE A M. LE COMTE DE LA VAUGUYON · texte numérisé non relu

DE MADAME LA COMTESSE DE MAURE A M. LE COMTE DE LA VAUGUYON

Du septembre 1655 (2).

Bon Dieu ! que n'estes-vous icy ? vous y verriez des choses ou vous prenez assez d'interest, que l'on ne vous sauroit faire entendre par lettre. Il faut cependant que j'essaye de vous faire comprendre une partie de celles quy nous regardent. Je vous ay mandé de Beaumont aussitost après le mariage que j'allois escrire à Madame de Mesmes (3). Je jugeay depuis que la devant voir si tost, il suffisoit de lu y faire faire un

(1) M. de la Vauguyon était Tonde du comte de Maure et du duc de Mortemart. Leur mère, Louise, comtesse de Maure, femme de Gaspard de Rochechouart, était fille unique de Charles, comte de Maure et de Diane d'Escars, princesse de Carenty et comtesse de la Vauguyon. Diane d'Escars avait épousé en secondes noces Louis Estuert de Caussade dont elle eut un fils unique Jacques Estuert de Caussade, comte de la Vauguyon, à qui cette lettre est adressée. Il mourut en 1671, âgé de quatre-vingt-trois ans.

(2) Ms. de Conrart, t- XI, iu-f», p. 263.

(3) Marie des Fossés, marquise d'Everly, veuve du marquis de Lansac ; veuve en secondes noces du président Henri de Mesmes, mort en 1650. « Elle donna sa fille en catimini, dit Tallemant, à Vivonne fils de Mortemart. >»

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compliment et à la nouvelle mariée. Je manday donc au jeune Ménard , de les aller visiter de notre part pour leur tesmoigner la joye que nous avions et qu'encore que je ne pusse craindre qu'elles en doutassent, nous n'aurions pas manqué de le leur tesmoigner par nos lettres, si je ne les devois voir bientost; et pour M. de Vivonne, que nous luy faisions des reproches de ne nous avoir pas fait part de sa joye. Vous jugez bien, que faisant ces compliments-là, c'auroit esté rompre avec les autres (i) que de ne leur en pas faire aussi; mais nous voulusmes qu'ils fussent succincts, et nous mandasmes au jeune Ménard de leur aller dire, qu'ayant appris le mariage (il n'auroit tenu qu'à nous de dire par la Gazette) nous envoyions leur tesmoigner que nous en avions de la joie. Madame deMesmes et sa fille (2) reçurent le mieux du monde nos compliments, montrant une grande joye de ce que je parlois de revenir bientost. M. de Vivonne (3) dit aussi ce qu'il falloit dire. M. de Mortemart estoit dans le jardin de Madame deMesmes, causant avec elle; le jeune Ménard, après avoir fait son compliment à Madame de Mesmes, en fit aussi un à M. de Mortemart. La réponse fut, qu'il nous remercioit, et que nous luy faisions beaucoup d'honneur, et voulant demander de nos nouvelles il se trouva qu'il nous croioit encore à Rouen, lorsqu'il y avoit cinq semaines que nous en estions partis; et vous remarquerez que durant toutes ces cinq semaines M. le comte de Maure avoit esté toujours malade. Pour ce qui est de Madame de Mortemart, ce fut chez elle que l'on la trouva. Elle manda qu'elle ne pouvoit pas parler.

(1) M. et Madame de Mortemart, père et mère de M. de Vivonne.

(2) Anloinette-Louise de Mesmes, unique héritière du président de Mesmes. Elle avait une sœur au couvent de la Visitation de Chaillot.

(3) Louis-Victor de Rochechouart, duc de Vivonne-Mortemart, pair, maréchal général des galères. Le mariage s'était fait au château de Beyne au mois de septembre 1655.

On fit la harangue à sa demoiselle, qui rapporta qu'elle nous remercioit, qu'elle alloit dans trois ou quatre jours en Poitou, et que si M. le comte de Maure y vouloit aller ils feroient les afifaires qu'ils y avoient. Vous jugez qu'aussi bien que son mary, elle ne fit non plus d'excuses de n'avoir rien mandé de ce mariage que si ç'avoit esté celuy du Grand-Turc. Je suis arrivée à Paris deux jours après que ces compliments ont esté faits, et dès le lendemain, je fus pour voir Madame de Mesmes. Elle estoit allée à Roissy (1) du jour précédent; mais M. et ]^me jg Vivonne y estoient. J'eus tout à fait de la joye de les voir. C'est en vérité un fort joly mariage. Je songeay à vous, souhaitant que vous les vissiez dans cette grande maison, y paraissant les maîtres; cela avoil quelque chose d'assez plaisant. Je trouvay la petite dame embellie; je ne say si c'est qu'elle parle avec plus de hberté ou si c'est qu'en effet elle le soit, mais je la trouvay fort agréable, et pour l'air de beaucoup d'esprit vous savez que je le luy ay toujours trouvé. On m'a dit que la Reyne, qui n'est pas prodigue de louanges, avoit tesmoigné qu'elle la trouvoit à son gré. M. de Vivonne estoit aussi d'un fort bon air avec elle. Ils partirent le mesme jour pour aller à Roissy, et ni les uns ni les autres ne sont encore revenus. Madame de Mortemart y est allée depuis deux jours; je ne l'ay point veue ny M. son mary; et pour luy je n'en ay ouy parler que par un remerciment qu'il fit à un compliment que je luy ay fait faire comme vous verrez; mais pour elle, deux jours après que je fus arrivée, elle sçut que Marins me venoit voir; elle luy dit de me dire qu'elle se réjouissoit de mon retour et de ce qu'il avoit appris que j'estois en bonne santé, et qu'elle me viendroit voir le plus tost qu'elle pourroit. Marins ayant trouvé compagnie icy, ne me

(1) Propriété venant du président de

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put faire son compliment ; mais m'ayant esté fait dès que je fus seule, j'écrivis le lendemain la lettre dont je vous envoie la copie, et je donnay charge à celuy qui la portoit, d'aller savoir des nouvelles de M. de Mortemart. On le trouva qu'il entroit dans la chambre de sa femme et l'on lu y fit mon compliment. Il répondit qu'il me remercioit. Deux jours après Madame de Mortemart m'écrivit une lettre dont je vous envoie aussi la copie : et voilà tout ce que je sus d'eux, c'est-ri-dire de leur part depuis que je suis à Paris, et comme vous voyez depuis le mariage. Mais Duché, que je vis hier, pour parler d'un embarras qui est entre Duloir et luy, pour lequel tout seul il faudroit bien vous faire une lettre aussy longue que cellecy, me fit entendre qu'ils croioyent que nous nous en estions allés pour ne point paraistre au mariage de leur fille afin de ménager M. d'Avaux (1). Vous savez si c'est cela, et si nous n'aurions pas tout quitté pour faire nostre devoir, si les autres (2) eussent fait le leur. Vous pouvez juger avec quelles exclamations je demanday à Duché comment il auroit esté possible qu'ils eussent peu se figurer cela, après ce que nous avions fait. Je luy dis, ensuite, que je ne croiois pas que Madame de Mesmes fust de leur opinion ; que nous luy avions dit expressément et moy surtout, avant que de partir, que si nous pouvions estre utiles nous ne songerions pas à nous en aller, quelques affaires que nous eussions, et

(1)11 ne s'agit pas du célèbre diplomate Claude de Mesmes, comte d'Avaux, ministre de France à Munster et plus tard, surintendant des finances ; il était mort en 1650, âgé de cinquante ans. Son nom fut relevé par un de ses neveux. Ce second comte d'Avaux, à la mort du président Henri de Mesmes, eut sa charge de président à mortier, et éleva aussi des prétentions sur la fille et l'unique héritière du président ; le président, avant de mourir, avait témoigné désirer cette union, dont le projet agréait au cardinal Mazarin, et que M. et Mme de Maure se flattaient, à ce qu'il paraît, d'avoir fait échouer au profit de leur neveu Vivonne.

(2) M. et Mme de Mortemart.

que nous reviendrions dès qu'elle nous le manderoit. Duché parut fort surpris de cela ; et plus encore, quand je luy dis que si nous avions besoin de quelque autre tesmoignage que de celuy de Madame de Mesnies nous avions le votre qui estoit assez bon et que vous saviez tous les mouvements que nous avions eus là-dessus comme si vous aviez esté dans notre âme. Que véritablement, de retarder des affaires qui nous estoient aussy importantes que celles que nous avions à Rouen pour demeurer icy à n'y faire autre chose que de guetter pour voir si M. de Vivoinne se marieroit, ç'auroit esté un personnage que personne ne nous eust pu conseiller de faire ; mais que sans doute M. de Mortemart avoit creu nous faire assez d'honneur d'avoir dit à M. le cardinal Mazarin que c'estoit nous qui avions fait l'affaire ; qu'encore, s'il Pavoitdit pour faire paroistre que l'on esloit de bon naturel, et pour n'avoir pu s'empescher de dire qu'il nous avoit cette obligation-là, on n'auroil seu s'empescher de luy en savoir gré bien loin de s'en pleindre , quoyque cela fust contre notre intention et la parole qu'il avoit donnée ; mais que de l'avoir dit d'une manière où il ne paroist autre chose que d'avoir voulu nous charger de la hayne de M. de Mesmes et de son fils (1) pour s'en garentir, ou de s'excuser envers M. le cardinal Mazarin d'avoir fait cette affaire sans luy , ou (ce qui seroit encore pire) par la seule angoisse de se trouver dans un embarquement qui luy faisoit des affaires , ce n'estoit pas une chose dont il pust aysément s'excuser ; qtie je luy disois tout cela dans le dernier secret ; que je ne voulois point d'esclaircissement ; que je croiois aussi, que quand j'en voudrois, il

(I) M. d'Irval, frère cadet du président Henri de Mesmes et du diplomate Claude de Mesmes, comte d'Avaux, avait pris le nom de de Mesmes après la mort de son frère aîné le président, arrivée en 1650, un mois après celle du premier comte d'Avaux. Le second M. d'Avaux était lils de M. d'Irval.

me seroit assez difficile d'en trouver l'occasion, du moins avec M. de Mortemart; qu'il n'y avoit pas d'apparence qu'il eust beaucoup d'envie de me voir de la façon qu'il s'y prenoil ; mais que de quelque façon qu'ils nous eussent traités en cette occasion-cy, je ne laisserois pas de vivre toujours avec eux en civilité ; que, ç'avoiteslé moy qui avois esté d'avis de ne pas faire de compliment à Madame de Mesmes et aux mariés, sans leur en faire aussi ; que M. le comte de Maure auroit fort voulu garder le silence de son costé, comme ils l'avoyent gardé du leur ; mais je m'y eslois opposée, parce que c'eust esté une sorte de rupture ; et qu'enfin on pouvoit vivre en civilité, sans avoir aucune amitié. Duché se récria fort, disant : Madame, que dites-vous? point d'amitié? Je luy dis, je leur donneray encore plus qu'ils ne peuvent donner, ils n'ont ni amitié ni civilité; et du moins, j'auray de la civilité. Et pour M. le comte de Maure, je n'en dis rien, c'est son frère ; il fera comme il l'entendra. J'ajoutay, ensuite, que quoy qu'ils eussent fait jusques icy, et qu'ils pussent faire à l'avenir, je n'aurois point de regret à ce que j'ay fait ; que ce n'a pas esté eux que j'ay regardez ; que je les connoissois déjà bien, comme il savoit; que c'a esté M. de Vivoinne non-seulement comme neveu de M. le comte de Maure, mais parce j'ayme sa personne et que je ne désavoue pas aussi d'avoir esté bien ayse de faire plaisir à Madame de Mesmes, que j'ay toujours honorée. Voilà, mon très-cher oncle, la substance de ce que je luy dis en celte occasion et je ne l'aurois pas voulu dire à Duché, du moins les premiers jours que j'ay esté icy, ayant voulu voir à pur et à plein de quelle façon ils en useroient, sans que rien eust pu les effaroucher. Car vous jugez bien que je n'ay pu me promettre que Duché se tinst tout à fait encore que je le luy aye fort recommandé. Je vous garde plusieurs lettres et vous verrez que les avis que j'ay eus

de ce que M. de Mortemart a dit à M. le cardinal Mazarin, sont bien circonstanciés, et c'est de M. d'Avaux que sont Tenus les principaux. Vous ne serez pas surpris que Son Eminence ayt eu grand soin de nous faire ce bon office. Il m'a pourtant fait un honneur à quoy je ne m'attendois pas de me mettre du nombre de ses ennemis ; je ne croiois pas qu'il se souvinst que je fusse au monde, luy ayant donné assez de moyens de m'oubiier, comme vous avez pu savoir. Je m'imagine qu'on n'aura pas manqué de vous mander qu'il a dit que c'estoient ses ennemis quy avoient fait ce mariage, savoir le comte et la comtesse de Maure, Beaumont et le commandeur de Jars. Pour ce qui est de M. d'Avaux, vous savez que j'ay toujours bien creu qu'il seroit difficile que de part ou d'autre ce que j'ay faitn'allast à luy, et que sij'ay leur hayne, j'ay bien voulu l'avoir, plus tost que de manquer cette affaire-là. Mais vous m'avouerez qu'il n'estoit pas raisonnable que cela arrivast par M. de Mortemart et de la sorte qu'il est arrivé. Car j'en reviens toujours là que si ç'avoit esté avec quelque marque d'amitié qu'il l'eust dit, ou seulement qu'il eust pris soin de dire, que nous ne l'avions fait, qu'après avoir veu clairement que M. d'Avaux n'y pouvoit prétendre, et que nous nous estions toujours expliqués à eux-mesmes [les Mortemart), que quand M. de Vivoinne eust esté noslre fils, nous n'aurions pas voulu nuire à M. d'Avaux, qu'ils [les deMesmes) esloyent de nos amis, et qu'en mon particulier, je luy [M. d'Avaux) avois de l'obligation. Mais vrayment quand vous saurez de quel biais \\ [31. de Mortemart) l'a dit, vous serez épouvanté encore que vous le deviez connoistre. Je say que l'on peut dire, pour son excuse, qu'il en a peut-estre parlé comme je dis qu'il devoit faire, et que M. le Cardinal n'aura dit que ce quy fait contre nous. Mais je say de science certaine, qu'il l'a dit encore à d'autres, et d'une

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pire façon que M. le Cardinal ne Ta redit, et ce sont des personnes dont vous ne pourriez disconvenir si je vous les pouvois nommer. Il faut encore vous dire que je n'ay nullement pris le party de nier ce que j'ay fait ; ce seroit la première fois que cela me seroit arrivé. Pay seulement dit, que nous n'avions rien fait contre M. d'Avaux, que ce que nous aurions fait contre un propre frère ; et qu'en pareille occasion, ayant les lumières que nous avions, nous aurions fait toute la mesme chose. Je l'ay mesme escrit dans une lettre (1) que j'ay bien jugé qu'il verroit et qu'en effet il a veuë. Je n'ay pas encore seu ce qu'il en a dit, et j'attends cela sans impatience. Ce n'est pas que je n'aye toujours de la considération pour ces Messieurs-là [MM. de Mesines) ; mais quand j'ay fait ce que je dois, je say me résoudre à de plus fâcheux événements. Je say seulement que les pleintes qu'ils ont faites de nous ont esté accompagnées de beaucoup de civilité, et je pense que vous nous connaissez assez pour croire que nous avons plus désiré de n'avoir point leur hayne à cause qu'ils nous avoyent tesmoigné de l'amitié, que par la crainte de leur crédit. Après vous avoir tant parlé de nos affaires, je vous veux dire quelque chose de celles du monde

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