‹ Notices littéraires sur le dix-septième siècleChapitre 19 sur 29 · DE MADAME LA COMTESSE DE MAURE A M. LE MARESCHAL DE VILLEROY · texte numérisé non relu

DE MADAME LA COMTESSE DE MAURE A M. LE MARESCHAL DE VILLEROY

Du juin 1656 (2).

Monsieur,

La diligence et la civilité avec laquelle vous m'avez fait la grâce que je vous ay demandé justifie bien la confiance que j'ay eue en votre générosité, quelque grande qu'elle ayt esté et me fait trouver du plaisir à vous estre aussi obligée que je le

(1) Ms. de Conrart, t. XI, in-fo, p. 291.

(2) Ms. de Conrart, t. XI, in-fo, p. 291.

suis. Si M. le comte de Maure estoit icy, il ne manqueroit pas de joindre ses très-humbles remercîments aux miens ; mais je vous puis assurer qu'il ne ressentira pas moins que moy la faveur que vous venez de nous faire et ne désirera pas avec moins de passion de la pouvoir reconnoistre. Je suis, Monsieur, d'une maison qui a eu de long temps grand attachement pour la votre ; mon père ayant esté serviteur particulier de Messieurs vos grands-pères et surtout de M. deSancy(l), avec qui il estoit en fort grande amitié. Faites-moy la grâce de croire, que j'auray désormais pour votre personne les sentimentsqu'ilavoitpourvotremaison, etqu'il ne vous sauroit plus rien arrivera quoy je ne prenne très-grande part. Gela tout seul me feroit extrêmement regretter la pauvre Madame de Lesdiguières (2) ; mais. Monsieur, vous avez quelque connoissance de la bonté qu'elle avoit pour nous. Elle vous a quelquefois escrit pour quelque chose de pareil à ce qui m'a fait avoir recours à vous, et je suis assurée que si elle estoit encore en estât d'avoir de la joye, elle en auroit beaucoup que vous m'eussiez obligée comme vous avez fait. 11 faut avouer que c'est un furieux dommage, et que vous estes bien à pleindre de faire une telle perte. Je croy, en mon particulier, en faire une fort grande. J'ai peine à m'empescher de vous en dire davantage; mais je crains d'augmenter votre douleur et d'abuser de votre civilité par une trop longue lettre. Faitesmoy l'honneur de croire, Monsieur, que je seray toute ma vie autant que vous m'y avez obligée

(1) Nicolas de Harlay, baron de Sancy, surintendant des finances, mort en 1629. Sa fille Jacqueline avait épousé Charles de Neuville, seigneur de Villeroy, gouverneur de Lyon. Le maréchal de Villeroy était né de ce mariage.

(2) Anne de la Madeleine, duchesse de Lesdiguières, serait morte, selon M. Monmerqué, le 2 juillet 1656. D'après la lettre de Madame de Maure, il faudrait reporter cette mort au mois de juin ou croire à une erreur de date dans toute cette correspondance de Madame de Maure avec Villeroy.

23. — DE MADAME LA DUCHESSE d'ÉPERNON (1) A MADAME LA COMTESSE DE MAURE.

Paris, 30 octobre 1657 (2).

J'avois prié Mademoiselle de Vaudy de vous assurer de mon service très-humble. Je ne voulois point, Madame, vous escrire mes affaires parce que c'est un détail importun ; et à moins que d'estre aussi bonne que vous estes, cela ennuyé d'entendre parler d'une chose qui est désagréable de soy. Mais l'honneur que vous me faites de prendre part à ce qui me touche et d'une manière si obligeante m'oblige à vous rendre compte de Testât où elles sont. Vous saurez donc, Madame, que M. d'Espernon m'ayant fait proposer par Mademoiselle sa fille (3), le dernier voyage qu'elle estoit icy, de me séparer de biens et de renoncer à la communauté ; et, que cela estant, il me donneroit trente-quatre mille livres de rente, ma vie durant comme une pension, en comptant mon bien, et que je n'aurois quoique ce soit à disposer en cas qu'il mourût avant moy, (4) voulant que tous les avantages quej'espérois légitimement de sa maison y retournassent,sans que j'eusse nulle disposition. Je ne trouvay pas ce party raisonnable (5)

( I ) Marie du Cambout, nièce du cardinal de Richelieu, seconde femme de Bernard duc d'Épernon.

(2) Ms. de Conrart, t. XI, in-fo, p. 1379.

(3) Anne-Louise-Christine de -Foix de la Valette d'Épernon, fille du duc d'Épernon et de sa première femme, Gabrielle de Bourbon, fille de Henri IV, Mademoiselle d'Épernon était carmélite sous le nom d'Anne-Marie de Jésus depuis seize ans. Elle était née en 1624.

(4) Le duc d'Épernon mourut en 1661.

(6) Nous supprimons un récit des démêlés d'intérêts de madame d'Épernon avec son mari et les enfants qu'il avait de sa première femme.

... Si M. le cardinal (l)vivoit,cette fortune estropiée iroit plus droit, mais je ne serois pas plus heureuse, puisque je compte le bien pour rien et que ce n'est pas cela qui contente. Vous avez une bonté sans exemple de souhaiter l'avantage d'une parente d' une personne que vous n'avez pas sujet d'ay mer (2) . Mais en cela vous considérez que les fautes sont personnelles et que je n'en ay point de ce costé-là; au contraire, vous honorant comme je fays, je suis au désespoir que des gens que je dois respecter, vous ayent causé du déplaisir. En vérité, cela m'en donne infiniment. Je vous demande pardon d'avoir entamé un discours fascheux, mais pour vous faire voir mes sentimens il a bien fallu vous en dire quelque chose. Mademoiselle de Vandy a esté nourrie à votre escole, cela suffit pour qu'elle soit fort généreuse : elle l'est à mon esgard infiniment, et je luy en suis très-obligée. Elle a raison d'estre persuadée de l'estime que j'ay pour elle. Voicy une lettre dont je vous dois faire mille excuses, puisqu'elle est d'une longueur insupportable et qu'il n'y a rien qui vous puisse donner un moment de divertissement. Mais comme vous me faites la grâce de m'aymer, j'ay creu que je vous devois informer de toutes choses. Si j'ay tort, vous me condamnerez; et si j'ay raison, vous me ferez l'honneur de me pleindre d'estre entre les mains des gens qui n'entendent que celle [la raison) qui leur est utile. Mais il faut prendre patience et se consoler avec ses amis des traverses de la fortune. Je m'estimeray très - heureuse , si vous me faites l'honneur de croire que je suis dans la reconnoissance que je dois de vos bontés, et que personne du monde n'est avec

(1) De Richelieu.

(2) Richelieu à cause du procès du maréchal de Marillac dont Madame de Maure était nièce et héritière. Les biens de Louis de Marillac avaient été confisqués.

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plus de passion que moy votre très-humble et très-aff. servante,

Marie du Cambout.

M. le comte de Maure me fait plus d'honneur que je ne vaux. Trouvez bon que je Tassure de mon service.

24. — DE MADAME LA COMTESSE DE MAUBE A MADAME LA DUCUESSE D'ëPERNON.

AUichy, novembre 1G67 (1).

Vous me faites, Madame, des excuses d'une chose dont je ne vous puis faire assez de remercîmens. Il seroit mal aisé qu'une lettre comme celle que vous m'avez fait l'honneur de m' écrire fust trop longue, mais quelque obligeant que soit le soin que vous prenez de mlnformer si particulièrement de vos inlérests, je vous puis dire qu'il n'est pas mal employé, prenant autant de part que je fays à Testât où vous vous trouvez. J'ay esté étonné de voir ce que vous me mandez à l'égard de Mademoiselle d'Epernon et de M. de Caudale (2). Je croiois que cela alloit tout d'une autre façon. Je suis pourtant persuadée qu'ayant fait voir que le chemin qu'on a pris n'est pas celuy qu'il falloit prendre, vous verrez que les choses changeront de face. Je ne say comme il est possible de vous offrir la condition qu'on vous offre pour un droit tel que celuy que vous avez sur la communauté de Monsieur votre mary, et il n'est pas de besoin d'avoir, ce me semble, autant de bon sens que vous en avez pour en user comme vous

(1) Conrart, t. XI, p. 1381.

(2) Le duc de Candale, fils du duc d'Epernon, mort en 1658.

faites. J'ay toute ma vie autant souhaité l'opulence à ceux qui ont Tame faite comme vous l'avez, que je Tay plainte aux autres : de sorte que quand je n'aurois rien eu de particulier pour vous, je n'aurois pas laissé d'estre de votre parti en cette occasion. Et, bien loin que la raison dont vous me parlez avec tant de bonté et de civilité, m'empescbast d'avoir pour vous des senlimens équitables, mon inclination m'en a fait avoir de favorables avant mesme que j'y fusse obligée par l'honneur que vous me faites. Véritablement je ne saurois m'empescher de vous dire que quelque aymable que vous soyez, ce n'est pas la moindre marque que vous en avez donnée, que d'avoir touché autant que vous avez fait Tinclination d'une personne qui avoit dans le cœur ce que j'y ay. Car encore que les choses soient personnelles, comme vous dites si bien, il y a une certaine répugnance que je croy qu'on peut avoir, sans estre injuste, et cela mesme, je ne lay point senty pour vous (1). Je ne croyois pas, Madame, entrer jamais si avant avec vous dans cette matière, mais il y a des personnes avec qui le cœur s'ouvre, comme d'autres avec qui il se ferme. Je veux pourtant m'arrester tout court, ne voulant point me soulager en vous faisant de la peine. J'ay une vraye impatience de savoir ce que deviendra votre affaire, et j'espère que vous voudrez bien me faire la grâce de m'en faire quelquefois savoir des nouvelles, encore que vous ne douterez pas que Mademoiselle de Vandy me fasse part de ce qu'elle en saura. Mais, Madame, vous entendez bien qu'on ne voudroit pas abuser de votre civilité, et que l'on ne désire cela qu'au cas que vous ayez des heures de loisir. Nous avons eu ici une affliction, dont on croit vous pouvoir faire part, estant bonne comme vous estes. Ce pauvre petit Saint-Mes-

(i) On sait que Madame de Maure avait refusé de voir Madame d'Aiguillon, nièce du cardinal de Richelieu.

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grin (1) ! Il estoit le plus joly du monde, et plusieurs raisons nous le font beaucoup regretter (2). C'est grand dommage encore de ce pauvre petit Châtillon. Voilà une terrible perte pour sa mère (3). Les deux pauvres enfans ont eu un pareil sort en la mort comme en la naissance, estant nez tous deux après la mort de leur père et ayant si peu vescu (4). L'on a de la peine à vous quitter mesme par lettres ; il faut pourtant finir, après vous avoir assurée que personne ne peut estre davantage que moy votre très-humble et très-obéissante servante.

M. le comte de Maure, à qui je n'ay pas manqué de faire part de votre lettre, en a eu les mesmes sentimens que moy. Il ne vous souhaite pas moins de repos et de satisfaction que je fays et est votre très-obéissant serviteur.

25. — de madame la comtesse de maure a m. le mareschal d'albret.

AUichy, novembre 1657 (1).

Comme vous avez deviné nos sentimens sur Testât où se trouve M. de la Vauguyon, nous savions^ les vôtres sur la perte de ce pauvre enfant, avant que vous nous les eussiez fait savoir. J'ay quasi autant songé à vous, en cette occasion, qu'à ceux qui y ont le plus d'intérest, sachant que la noblesse de

(1) Petit-fils de M. de la Vauguyon.

(2) M. et Mme de Maure n'ayant pas d'enfants, avaient-ils quelque projet de faire leur héritier de cet enfanl au détriment des Mortemart dont on sait qu'ils croyaient avoir à se plaindre ?

(3) Isabelle Angélique de Montmorency: elle se remaria en 1664 au dur de Mecklembourg.

(4) Le duc de Châtillon avait été tué en 1649 à Gharenton. (6) Conrart, t. XI, p. 1303.

votre âme vous feroit sentir quelque chose d'approchant de ce que le sang et Tintérest leur peut faire sentir. Le pauvre enfant! je regrette que vous ne l'ayez point veu, vous l'auriez sans doute trouvé assez joly, pour juger qu'on le peut regretter par luy-mesme. J'en ay esté tout à fait attendrie en mon particulier. Et pour M. le comte de Maure, ayant veu comme vous avez fait la grande affection qu'il avoit pour son cousin (1), vous pouvez juger comme il a esté pénétré de voir périr tout ce qui restoitde luy. Je vous supplie de croire qu'il prend grande part à l'obligation que vous a toute la parenté, de la façon dont vous parlez sur leur perte, et qu'il a tout le ressentiment qu'il doit des marques que vous luy donnez en toutes occasions de l'honneur de vostre amitié. Nous avons extrêmement pleint aussi ce pauvre petit Chastillon. C'est, comme vous dites, un grand dommage que de telles maisons soyent éteintes. Je ne doute pas que Madame de Chastillon ne soit fort affligée. Les deux pauvres enfants ont eu un pareil sort en la mort comme en la naissance. Vous savez qu'ils sont tous deux nés après la mort de leur père. M. de la Vauguyon est d'autant plus à pleindre qu'il a une grande aversion pour le remède que chascun propose pour luy (2) ; une autre aversion (3) pourtant pourroit estre encore plus forte. Vous m'entendez bien sans que je m'explique davantage. Mais Madame de Chastillon, qu'en dites-vous? Pour moy, je ne la connois pas assez pour en pouvoir juger. Il me semble seulement qu'il faudroit bien avoir envie de laisser quelque chose de soy pour préférer cela au bonheur de la condition où elle se trouve.

(1) Fils de M. delà Vauguyon, il portait le nom de comte de Saint-Mégrin.

(2) M. de la Vauguyon, par la mort de son petit-fi!s, se trouvait sans héritier. Il avait soixante-neuf ans. 11 est difficile de croire que chacun lui proposât de se remarier.

(3) L'aversion des Mortemart sans doute ? c'est le cas de rappeler ce que l'abbé de la Victoire disait des termes exagérés de Madame de Maure.

iC« NOTICES LITTÉRAIRES SUR LE XV11« SIÈCLE.

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