‹ Notices littéraires sur le dix-septième siècleChapitre 22 sur 29 · DE MADEMOISELLE DE SCUDÉRI A MADAME DE MAURE · texte numérisé non relu

DE MADEMOISELLE DE SCUDÉRI A MADAME DE MAURE

Juillet 1660 (2).

J'ay leù avec beaucoup de plaisir, Madame, le livre que je vous renvoyé (3), il y a deFesprit partout et je ne say quel air de qualitéqui marque lamaind'oii il vient, lly a mesme une ingénieuse raillerie en beaucoup d'endroits qui ne s'apprend point dans les livres ; et si mon nom n'estoit point placé aussi avantageusement qu'il est dans cet agréable ouvrage, je n'aurois eu que de l'admiration et du plaisir en le lisant. Mais malgré moy il a fallu avoir de la confusion de savoir que je ne mérite pas les louanges que Ton me donne et que tout ce que

(1) De l'Académie française.

(2) Ms. de Conrart, t. XI, p. 79, in-K

(3) L'Ile imaginaire ou la Princesse de Paphlagonie, par Mademoiseli<e.

j'ay escrit en ma vie ne mérite non plus que moy la gloire d'estre loué par une si grande et si illustre princesse. Voilà tout ce que vous peut dire une personne qui vous écrit avec beaucoup de précipitation et qui est à vous, avec tout le respect qu'elle vous doit.

Nous avons plusieurs fois, dans ce volume cité, les manucrits de Conrart. Nous voudrions en tirer pour nos lecteurs quelque chose de plus intéressant que des documents sur les agréments de Madame de Maure. Les correspondances que nous allons ajouter à celles que nous avons déjà données ne contiennent aucun fait nouveau, et tous les détails des belles cérémonies, dont il y est question, sont consignés dans les Mémoires de Mademoiselle et dans ceux de Madame de Motteville. Toutefois, il nous paraît que les lettres que nous avons recueillies ne sont pas dépourvues d'intérêt : à travers l'agrément du style et le charme de la narration, on reconnaît l'émotion des témoins de ces belles fêles, où tant d'intérêts se trouvaient en présence, au milieu de tant de splendeur, de jeunesse et de joie.

La cour était dans le midi de la France depuis près d'un an. Un souffle de galanterie de roman et de passion partagée et vaincue se mêlait alors à la politique. Le mariage de Savoie avait été rompu, bien que le Roi eût trouvé sa cousine Marguerite fort belle et qu'il se fût empressé à la complimenter. Tous les désirs de la Reine étaient au mariage de l'infante d'Espagne : elle y trouvait la satisfaction de son orgueil de

mère, de sa gloire de fille d'Autriche, et tous les triomphes de sa politique. Mazaria voyait à cette union la réalisation de ses rêves pour la grandeur delà France.

Tout en arrêtant les conditions de la paix entre les deux couronnes, il gourmandait affectueusement le Roi sur son caprice pour Marie Mancini. Celle-ci avait été envoyée à La Rochelle avec ses sœurs ; elle y était aussi triste pour le moins que le Roi, écrivait madame de Montausier ; mais le Roi, à cette époque, était chaste; il atoujourséléaccessibleà la raison: il écoutait les avis de sa mère, les observations du Cardinal, il triomphait de sa passion et suivait les inspirations de sa gloire. Les grands événements de la paix d'Espagne, confondus ainsi avec des fantaisies d'amoureux, animaient les correspondances. Elles sont nombreuses pendant les années 1659 et 1660. Ceux qui accompagnaient les princes et les princesses étaient heureux de faire fête de tout ce qu'ils voyaient à leurs amis restés à Paris.

Dans la compagnie de Mademoiselle se trouvait Mademoiselle de Vandy. Madame de Motteville était parmi les femmes de la Reine. Ce sont les lettres écrites de Saint-Jean de Luz par ces deux dames, que Conrart a conservées et que nous reproduisons aujourd'hui. Nous avons déjà nommé M'^^ de Vandy, etM. Cousin a parlé d'elle dans son travail sur Madame de Maure. Tout ce qu'il en dit se résume à faire savoir qu'elle était fille de qualité et d'esprit, parente de madame de Maure, qu'elle avait longtemps vécu chez celle-ci et qu'elle était ensuite entrée dans la maison de Mademoiselle (1). Je ne sais pas pourquoi M. Cousin, qui aime la saveur des pièces inédites, voulant faire connaître Mademoiselle de Vandy, s'est con-

(J) Bibliot. de l'Éc. des chartes. M. Cousin a parlé de nouveau de Mademoiselle de Vandy dans la Société française au dix-septième siècle, sans en rien dire de plus.

tenté de reproduire un fragment tiré des Divers Portraits.

Ce morceau a été composé par Mademoiselle, mais Madame de Maure a entrepris de le corriger ; sa version, encore inédite, a été conservée par Conrart. La comparaison entre les deux portraits serait assez piquante ; il est facile d'y reconnaître que Madame de Maure est un écrivain autrement savant et exercé que Mademoiselle. Dans Tamphigouri de la petite-fille de Henri IV, la comtesse distribue le jour et la lumière, elle aiguise les compliments et les épigrammes, elle adoucit les coups de pinceau plus énergiques et capricieux que fins et délicats de celle qui visait à l'humeur d'un héros plutôt qu'à celle d'un philosophe (1).

Si Madame de Maure l'emporte sur Mademoiselle dans l'art ingénieux de tourner une phrase et de dissimuler l'un par l'autre en les mélangeant d'une façon très- agréable les critiques et les louanges, on verra qu'elle ne l'emporte pas sur la princesse en modestie ni en humilité. Elle parle d'elle-même, de la considération qui l'entourait, de l'importance et de la qualité de son goût et de son esprit d'une manière qui n'étonnera pas nos lecteurs après les renseignements que nous avons déjà donnés sur cette amie de Madame de Longueville et de Madame de Sablé.

portrait de mademoiselle de vandy, compose par mademoiselle et corrigé par madame de maure (2).

« L'on peut faire votre portrait tout de votre haut sans qu'il tienne beaucoup de place, Dieu ne vous ayant pas faite

(1) Voir les Mémoires de Mademoiselle de Montpensier.

(2) Ms. de Conrart, in-f% t. XI, p. 89T.

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si grande que vous voudriez bien estre ; mais dès qu'il commencera à vous ressembler, on verra bien que ce n'est que par l'espace qu'il peut estre petit. Vous estes donc plus lost petite que grande, et vostre taille est de celles qu'on appelle jolies (1) ; vos cheveux sont blonds, vos yeux bleus, fort brillants et fort beaux; votre bouche n'est ni petite ni grande (2), et elle n'est point désagréable. On oublie ordinairement le nez dans la description de la beauté (3), mais pour moy, qui ayme qu'on Tait bien fait, je n'ay garde d'oublier de dire que le votre est de cette sorte-là. Enfin, à tout prendre, vous estes bien faite, et vous avez aussi bonne mine qu'on la peut avoir sans estre grande.

« Pour de l'esprit, personne n'en a davantage que vous ; aussi estes-vous d'une race dont tout ce que j'ay connu en a infiniment, et j'ay ouy dire la mesme chose de tout ce que je n'ay pas connu. On ne sauroit l'avoir plus agréable, plus vif ni plus brillant que vous l'avez ; vous Tavez mesme fort plaisant pour peu que vous soyiez en bonne humeur, et quoyque vous avez toujours esté médiocrement galante, vous ne laissez pas de l'avoir galant.

« Les premières>nnées de votre vie, que vous avez passées à la campagne, ont été employées en lectures de tout ce qu'il y a jamais eu de romans en notre langue et en la langue italienne, que vous possédez comme si elle vous estoit naturelle, de'sorte qu'avec la plus grande mémoire du monde et cette grande vivacité que vous avez, il ne faut pas s'étonner si dès lors votre esprit a beaucoup paru. Cette lecture des romans

' (1) « Mademoiselle disait: Pour faire votre portrait tout de votre haut, c'est ce qui tiendrale moins de temps et de place, comme Dieu vous a faite des plus petites,^;toutefois fort bien proportionnée, et cela s'appelle une jolie taille. »

(2) « Vostre bouche est grande, mais pas désagréable, avait dit Mademoiselle.

(3) Mademoiselle l'avait oublié en effet.

porte d'ordinaire à la galanterie, et les jeunes personnes surtout; maisj'ay toujours esté persuadée que ceux qui y sont arrivés par ce chenîin-Ià y seroient arrivés par un autre, et votre exemple fait voir que cela n'est dangereux que pour celles qui y ont de la disposition (l).

« Vous avez esté à la cour en arrivant à Paris, et vous y estes descendue chez la personne du monde la plus propre (2) à corriger ce que la province pouvoit avoir gasté, et qui sait le mieux tout ce qu'il faut pour rendre les gens tout à fait aymables. Mais d'entreprendre le portrait de la comtesse de Maure avec le votre, ce seroit une grande hardiesse, et cela est au-dessus de mes forces. Je ne say si vous avez apporté chez elle le tour que vous avez à écrire, ou si vous Ty avez acquis, mais il n'y a rien de plus agréable que vos lettres ; on y remarque même beaucoup d'air de celles de Voiture: et après avoir tant leu de romans, on voit bien que vous en feriez aisément vous-mesme.

v( Je vous ay vcuë plusieurs fois vous servir fort heureusement de ceux que vous aviez leus pour entretenir les dames de

(1) « Pour de l'esprit, vous en avez naturellement, et cela ne me surprend pas; vous êtes d'une race dont tout ce que je connais en a. infiniment, et j'ai ouï dire la même chose de tout ce que je n'ai pas connu. Comme vous l'avez fort vif et que ces sortes d'esprit demeurent rarement sans agir, j'ai su que les premières années de votre vie que vous avez passées aux champs, ont été employées à la lecture de tout ce qu'il y a jamais eu de romans en notre langue, en italien et en espagnol : car il est bon que l'on sache que vous possédez ces deux langues. Cette lecture porle>olontier8 à aimer la galanterie ; les jeunes personnes y sont assez souvent conduites par ce chemin là et la province n'y nuit pas; mais cette galanterie n'est pas d'un bon tour, non plus que les lumières que ces livres donnent, si tout cela n'est corrigé par quelques années de Paris ou de la cour ou de tous les deux ensemble; et quelquefois ne devient-on pas plus habile par là ; mais quand tout cela prend ce bon tour, que j'ai dit être nécessaire, cette lecture n'est pas absolument inutile. » Mademoiselle.

(2) « propre à faire les gens, pour les faire fort aimables. » Mademoiselle,

campagne qui venoient voir Mademoiselle à Saint-Fargeau ; ne sachant d'abord que leur dire, vous donniez dans Cyrus^ dans Clé lie y dans Polexandre et ce qui s'ensuit, leur demandant lesquels leur sembloyent les plus beaux des anciens ou des modernes ; si on ne se souvenoit pas du plaisir qu'on avoit eu à lire VAsti^éCy quoyque c'eust esté à douze ans qu'on l'avoit leu pour la première fois ; et si mesme les Bergeries de Juliette ne donnoyent pas quelquefois d'agréables souvenirs ; mais que Cyrus et Clélie n'estoyent pas seulement propres pour le divertissement, qu'ils Testoyent encore pour l'entretien, puisqu'on y peut apprendre la belle façon de vivre aussi bien que celle de parler ; et de la façon dont vous vous en démesliez, j'avoue, moy qui n'ay pas tant d'estime que vous pour les romans, qu'il y a des occasions où ils peuvent estre fort utiles.

« Vous avez sans doute beaucoup d'affabilité et de civilité, quand vous croyez qu'on en aura pour vous ; autrement vous estes fière au dernier point et quelque peu glorieuse ; et quand vous vous souvenez que vous estes princesse en Allemagne, vous oubliez que les chimères des autres vous donnent sujet de raillerie et vous seriez assez propre à leur en donner à votre tour.

« Vous faites profession de la dernière pruderie, et ceux qui endurent le plus difficilement qu'on fasse cette profession, l'endurent en vous, parce qu'on voit bien que la votre n'est pas fausse. Toutefois, si vous aviez trouvé un galant qui eust eu toutes les qualités que plusieurs ont séparément, je ne say ce qui en fust arrivé. Mais il n'est pas aisé de satisfaire un goût de chez la comtesse de Maure : les sentiments les plus relevés estant ceux qu'il faut avoir chez elle [{).

(1) Mademoiselle avait dit : « Avec tout cela si vous aviez trouvé un galant qui eust seul toutes les qualités que beaucoup de gens ont séparément, je ne

« On ne peut pas dire que vous ayiez autant de vertu chrétienne que do morale, quoy que vous ne manquiez pourtant pas de piété. Je vous ay toujours veue porter une grande envie à ceux qui ont une véritable dévotion, et n'estimer qu'eux de vraiment heureux. Vous avez beaucoup de pitié des pauvres, et vous voudriez pouvoir secourir tous les misérables. Quoyque vous soyiez aussi libérale que l'on puisse l'estre, l'on reconnoist aux mouvements que l'on vous voit dans les occasions de charité, que c'est encore plutost la bonté que la libéralité qui vous fait agir. Il y a véritablement quelque chose dans votre naturel qui fait un assez grand obstacle à la dévotion, c'est que vous avez beaucoup de peine à pardonner, et ce n'est pas envers vos ennemis qu'on s'aperçoit de votre charité. Mais si vous estes infiniment sensible au mal que l'on vous fait, vous ne Testes pas moins au bien ; car personne n'a jamais esté plus reconnaissante que vous, ni plus officieuse ni meilleure amie ; surtout vous avez la fidélité à un degré que je n'ay veu qu'en fort peu de personnes. En récompense aussi vous prenez aisément feu quand vous croyez que l'on vous a fait quelque manquement d'amitié, et vous estes fort opposée à ceux qui tiennent pour maxime qu'il faut quasi tout dissimuler et vivre avec ceux qui ne nous ayment pas comme avec ceux qui nous ayment. Si cela n'est pas si honneste que ce que vous faites, il est au moins plus commode.

c( 11 me semble que voilà votre portrait achevée, hormis

sais ce qui en fût arrivé ; mais comme c'est une chose impossible à trouver que des gens qui fussent propres à satisfaire un goût de la comtesse de More, c'est pourquoy vous êtes prude, car on ne fait pas de bassesse chez elle, de quelque nature que ce soit. » On voit que la modestie de la comtesse de Maure a adouci les expressions de la princesse. Elle a retranché aussi ce que Mademoiselle disait de la vertu de Mademoiselle de Vandy, où « l'humilité n'est pas la dominante. »

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ce qui regarde Mademoiselle, mais à cause d'elle il faut encore y donner quelques coups de pinceau.

(( L'on n'auroit pas préveu, quand vous estiez chez la comtesse de Maure, qu'on vous pust jamais accuser de paresse ; car au prix d'elle vous estiez fort diligente. Mais Mademoiselle dit que vous estes fort paresseuse, et que vous voudriez toujours estre assise, pourveu toutefois que ce fust en bonne compagnie (1). Il n'y a pourtant personne qui ne s'estonne que vous puissiez fournir à tout ce que vous faictes auprès d'elle. Ce qui fait cette différence-là, c'est peut- estre que vous n'aymez pas plusieurs choses qu'elle ayme ; car vous n'aymez ni à danser, ni à vous promener, ni à faire aucun ouvrage. Pour ce qui est de monter à cheval, vous aymez cela à peu près comme celle avec qui vous avez esté nourrie qui n'a pas la réputation d'estre une grande cavalière (2). Véritablement si c'est estre paresseuse que de haïr les affaires et tous les soins domestiques, je suis d'accord de ce que dit Mademoiselle, car personne n'a jamais hay cela plus que vous; et mesme pour les petits soins qui ne sont pas essentiels pour l'amitié, mais qui servent pourtant à la conserver, vous vous en exemtez assez volontiers.

(1) Mademoiselle disait: «Vous êtes fort paresseuse; vous n'aimez ni à vous promener, ni à travailler, mais beaucoup à dormir et à être assise en bonne compagnie ; car la mauvaise vous lasse encore plus que la promenade. Je connois même de telles gens qui vous feroient monter à cheval, ce que vous haïssez fort, pour éviter l'honneur de leur entretien. Vous seriez volontiers toujours dans une chaise, si ce n'est qu'étant toujours avec des personnes qui en donnent à fort peu de monde, en cela seul vous préférez l'honneur à la commodité; j'entends l'honneur de la compagnie; car pour l'honneur personnel il va devant tout, et quand on vous reproche toutes ces chose-c, vous vous excusez sur la faiblesse de votre tempérament, quoique vous ayez plus de force de corps qu'à vous n'appartient ; mais l'esprit étant le principal ressort en vous, ceux qui vous connaîtront ne vous accuseront jamais d'avoir rien de faible.

(2) Madame de Maure.

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« Après tout, ce n'est pas vous mal connoislre de dire que vous n'aymez qu'à eslre en bonne compagnie. Vous n aymez mesme, ce me semble, plus guère à lire. Il est vray qu'au lieu où vous estes, il seroit difficile que vous en trouvassiez le loisir. Vous ne vous souciez ni des belles maisons, ni des beaux meubles; vous sortez des lieux les plus magnifiques sans y avoir presque rien remarqué. En un mot, de tous les plaisirs vous n'estes touchée que de celuy de la conversation, et de toutes les passions que de l'ambition ; car pour la hayne encore que j'aye assez marqué que vous n'en estes pas exemte, comme vous estes au fond fort bonne et que vous craignez vrayment Dieu, ce que vous avez là dessus ne va pas jusqu'à la passion. Vous devez estre si assurée de celle que j'ay pour vous, que quand ce portrait ne vous ressembleroit pas autant qu'il fait, je croy qu'il ne laisseroit pas de vous estre agréable venant de ma main. »

Durant le voyage des Pyrénées, cette personne qui paraissait si active chez Madame de Maure et si paresseuse chez Mademoiselle, avait un commerce avec ses amies de Paris ; car elle s'entendait, on le voit, à écrire une lettre aussi bien qu'à tenir une conversation. Conrarta conservé plusieurs des lettres de Mademoiselle de Vandy adressées à Mesdames de Rambouillet, de Montausier, de Maure et autres précieuses (1) ; elles se font remarquer par un caractère de simplicité, je dirais volontiers de modestie, qui est surtout agréable auprès des fanfaronnades, des grands airs et de la morgue insupportables de Madame de Maure. Nous ne voulons pas d'ailleurs apprécier le mérite ni faire connaître les divers écrits de Mademoiselle de Vandy; nous nous contentons de citer comme d'agréables relations deux de ses lettres sur le mariage du roi.

(1) M. Cousin en a publié quelques-unes dans la Société' française au dixseptième siècle.

Le roi avait quitté une première fois Paris et ses environs pour s'acheminer vers Lyon, où avait eu lieu l'entrevue avec Marguerite, et où était arrivée la proposition d'Espagne, qui, au grand contentement de la reine et à la réalisation des désirs de Mazarin, avait rompu le projet de Savoie. En \ 659, la courjij avait quitté Paris le jour même où les conférences entre Mazarin et Don Luis de Haro s'ouvraient à Saint- Jean de Luz; elle était venue à Bordeaux, à Toulouse, rôdant pour ainsi dire autour du lieu où se décidaient les destinées de la France et du roi ; on avait passé l'hiver en Provence et en Languedoc, durant tout ce temps, la future reine avait été le sujet de toutes les préoccupations. Ces délais n'étaient pas nécessaires pour exciter la curiosité de la cour et irriter l'impatience du roi. Il était dans sa vingt-deuxième année ; tout en ayant cédé aux in-r^Q stances et aux raisons de la reine et du Cardinal, il n'en mêlait aux intérêts de pas moins la politique quelques-unes des considérations auxquelles un jeune cœur est ordinairement accessi- ' ble. 11 y avait près d'un mois que les deux cours étaient à Saint-Jean de Luz et à Saint-Sébastien, lorsqu'enfm toutes les discussions prirent fin, et le jour du mariage de l'Infante fut fixé au 3 juin 1660. Pour cette cérémonie, la cour d'Espagne se rapprocha des frontières de France et vint à Fontarabie. Pendant qu'elle était à Saint-Sébastien, l'impatience avait porté beaucoup de Français à la visiter, comme la curiosité de voir le roi avait excité beaucoup d'Espagnols à venir en France. Diverses versions et des renseignements de toutes sortes arrivaient à la cour de France sur la beauté et les agréments de Tlnfante. Lorsqu'elle fut à Fontarabie, Tempresscment des Français à se rendre auprès de leur future reine fut bien plus grand encore ; beaucoup surtout se promirent d'assister le 3 juin à la cérémonie, où don Luis de Haro, au nom et avec la procuration du roi de France, devait

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épouser Tlnfante d'Espagne. Parmi les plus impatients se trouvait Mademoiselle, que son haut rang et sa naissance ne défendaient pas de beaucoup de curiosité et d'un goût extrême pour les aventures. Le roi trouvait qu'elle n'était pas de qualité à montrer un pareil empressement; il s'opposa absolument à ce que son frère, l'héritier présomptif de France, allât en Espagne, « faisant remarquer qu'il n'y avait pas même de grands d'Espagne ni de principaux seigneurs de ce payslà qui fussent venus voir la cour de France. » Mademoiselle, oubliant qu'elle avait autrefois aspiré à la couronne, prétendit qu'elle était une demoiselle sans conséquence, et que puisque les filles n'étaient bonnes à rien en France, il ne fallait pas qu'elles fussent malheureuses jusque dans l'envie de voir une cérémonie. Elle se trouvait si malheureuse, en effet, qu'elle pleura bien, dit-elle, de la crainte de ne pas pouvoir satisfaire sa fantaisie. Enfin, on lui accorda la permission qu'elle demandait, et elle put se rendre incognito à Fonlarabie.

« lettre de mademoiselle de vandy a madame la comtesse

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