‹ Notices littéraires sur le dix-septième siècleChapitre 5 sur 29 · DE M. DE SERISAY (2) A MADAME LA COMTESSE DE MAURE · texte numérisé non relu

DE M. DE SERISAY (2) A MADAME LA COMTESSE DE MAURE

Du 6 septembre 1652 (3).

Ce pauvre gentilhomme de qui je vous parlois dans mon dernier billet, mourut avant hier, après quatre jours d'a-

(J) Le 7 juin précédent, M. de Montausier avait été blessé au combat de Montasais. « Abandonné de ses troupes, il se défendit seul contre un parti de l'armée des princes ; couvert de blessures, il fut sauvé par quelques gentilshommes qui se dévouèrent pour lui. » Vie du duc de Montausier. Paris, 1729, t. II, p. 116. Le langage de Madame de Longuevilie est plus modéré que celui de l'historien. Il est vrai que c'étaient les gens de la duchesse, peut-on dire, qui avaient fait le coup. Les amis de la famille nommaient cet événement ]a grande blessure de M. de Montausier.

(2) Jacques de Serizay, de TAcadémie française, domestique de la Rochefoucauld.

(3) Ms. de Conrart, t. X, in-f», p. 263.

I2i NOTICES LITTÉRAIRES SUR LE XVII« SIÈCLE,

gonie, et pour me remettre du tourment qu'il ^ a à voir ses amis en ce triste estât, et à les accompagner au tombeau, je me suis trouvé avec plus de douleurs que je n'en avois eues depuis quelques semaines, sans conter mon rhume duquel je ne suis pas encore défait. Ainsi vous jugez bien que je pourrois mal aysément vous aller dire à Dieu, sans hasarder fort ma chétive santé (1) pour vous donner une satisfaction encore plus chétive, puisque mon esprit est présentement aussi peu à moy que le temps qui vous reste à passer icy pourra estre à vous, et que nous n'aurions qu'une conversation fort interrompue. Cependant je ne puis m'empescher de vous dire que M. de la Rochefoucaut continue à maintenir que pour vostre honneur il ne doit jamais croire que vous ayez pu prendre sérieusement ce qu'il a dit, et que si vous estiez tellement arrestée à ne vous vouloir réconcilier qu'à condition qu'on ne parleroit plus de voleries, il feroit un efifort sur soy pour se taire d'une chose qu'il trouve la plus plaisante du monde, à considérer celuy de qui elle s'est dite. Mais que s'il se relâche jusque-là pour l'amour de vous, il prétend au moins qu'il lui sera permis de se déchaisner contre les violences de celuy de qui vous voulez étouffer les exactions, et qu'il aime mieux n'avoir point de paix avec vous que d'autoriser par son silence des crimes aussi publics que ceux dont je vous parle. Voyez après cela si toute vostre raison vous pourra jamais faire traitter cette matière-là raisonnablement avec lui ; ou pour mieux dire, consultez-vous bien vous mesme pour délibérer si elle y doit estre traittée, et si vous ne feriez pas mieuX de dire qu'après les folies, que vous savez qu'il dit sur ce sujet, vous ne pouvez pas vous mesme vous empêcher de rire et de croire que véritablement il n'en a

(1) Serizay mourut en 1663.

parlé en vostre absence que comme il auroit fait devant vous. C'est, en ma conscience, le conseil que je me donnerois à moy-mesme en semblable rencontre, et vous n'en devez point douter si vous ne doutez aussi que je sois autant que vous l'avez cru autres fois votre très-humble et très-obéissant serviteur.

Page 1