RÉPONSE DE MADAME LA COMTESSE DE MAURE
Vous savez que je ne vous saurois pleindre médiocrement quand vous perdez vos amis, sachant de quelle sorte vous les aimez. Et vous savez aussi que j'ayme mieux ne vous avoir point vue que si cela eust esté cause que votre mal s'est tant soit peu augmenté. Je vous dis donc à Dieu en la manière qu'il m'est permis de vous le dire. Et quant à M. de la Rochefoucaut, je n'ay jamais creu qu'il eust parlé sérieusement de cette belle affaire dont il est question ; mais je n'ay pu souffrir qu'il en eust parlé de sorte qu'on l'ayt pu conter parmy ceux quy en parloient. Je ne me serois pourtant pas empeschée de luy témoigner le sentiment que j'ay eu de Testât où il a esté (1) si ce n'eust esté que je ne voulois point faire de compliments à M. de Nemours, de peur qu'il ne creust que c'eust esté pour attirer la visite dont il avoit tant parlé et que j'avois plustost dessein d'éviter que d'attirer. Et comme il avoit pu savoir que je m'estois plainte de M. de la Rochefoucaut aussi bien que dé lui, quoique j'y aye toujours fait bien de la différence, n'ayant rien sceu de M. de la Rochefoucaut de pareil, je creus que je ne me pouvois sauver, qu'en faisant la mesme chose vers tous les deux. Mais enfin je seray
(I) Il y avait deux mois que la Hochefoucauld avait reçu au combat du faubourg Saint-Antoine le coup de feu qui le rendit aveugle quelque temps.
fort ayse de m'estre plutost trompée dans les plaintes que j'ay faites que dans l'affection que vous savez que j'ay toujours eue pour M. de la Rochcfoucaut, qui m'a beaucoup plus fait ressentir ce qui s'est passé que je n'aurois fait sans cela. Je vous supplie de le lui dire et à Madame sa femme que je suis leur très-humble servante à tous deux, et pour ce qui est de vous, je pense que vous ne doutez pas que je ne sois autant la vostre que personne du monde.
4'. — DE l'abbé de la victoire {i) A MADAME DE MAURE.
Février 1663 (2).
Je m'attendois fort à vous voir aujourd'hui pour vous faire une belle leçon afin que vous appreniez à vous connoistre en gens. Ni Mademoiselle Legendre (3) n'est discrète, et cela elle le peut avoir gagné avec Madame Cornuel (4) ; ni M. de Berville un homme aysé, quand ses grands mots sont attaqués (5) : et ce n'est que par le choc qu'on donne à ses termes et non pas par les choses qu'il est sensible. Mais sérieusement je luy fis une très simple narration de tout cela sans croire que la chose méritast quelque réflexion. Vous estes payé de tous vos gens à tendresse. Bon Dieu! ne vous faut-il que des fous, et devez-vous tenir à aucun party que pour vous moquer de tous les deux comme moy ?
(1) Claude Duvalde Coupeauville.
(2) Mélanges de vers et de prose. B. 1. 146, p. 167.
(3) Marie Legendre, belle-filie de Cornuel trésorier de l'extraordinaire des guerres.
(4) Anne Bigot, femme du trésorier de l'extraordinaire des guerres. Elle était célèbre pour ses bons mots.
(6) C'est qu'il parle énergiquement de toutes choses et y employé de grands mois et fort expressifs. {Note du manuscrit.)