MARQUISE DE SABLÉ
Du septembre I6SS (i).
Vous savez, m'amour, que je n'ay point creu que Madame de Guéméné songeât à faire difficulté de me faire donner une chaise, pour ma considération particulière et que je jugeay dès lors, que c'estoit pour la raison qu'elle déclare dans sa lettre, que je n'en avois point trouvé chez elle. Ce qui ût ma surprise fut qu'elle savoit que j'irois, et que c'estoit un jour de médecine, où elle ne pouvoit craindre les conséquences. Pour ce quy est de la pleinte qu'elle fait que jaye parlé de cela à M. de Laon et à M. de Lenoncourt, elle sait que pour M. de Laon, il estoit chez elle au mesme temps que moy, et qu'ainsi ce nesloit luy rien apprendre, sinon, que je remarquois ce que je devois remarquer. Madame la princesse de Guéméné d'ailleurs le connoist trop pour ne savoir pas combien il est discret, et que je ne pouvois le regarder comme un homme capable de faire aucun bruit de cela. Pour M. de
(l) Ma. deConrart,ln-f*,t. XI, p. 273.
Digitiz
LenoDeourt, il est si particulier amy de la maison et parent si proche qu'il me semble que de le luy dire n'estoit que la mesme chose de vous l'avoir dit. Je ne le fis pourtant que par occasion sur ce qui s'estoit passé entre Madame de Longueville et Mademoiselle de Bouillon sur mon sujet ; et bien loin d'avoir rien cfeu faire en cela contre la profession que je fais d'honorer particulièrement M. et Madame de Guéméné, et d'estre fort persuadée de la grandeur de leur maison, je creus au contraire en donner quelque nouvelle marque, eu me servant de cet exemple, pour faire voir combien Mademoiselle de Bouillon estoitloin de son compte, en disant que si Ton pouvoit souffrir cela de quelqu'un de ceux qui le prétendoient, ce seroit de Madame de Guéméné parce qu'il n'y avoit point de comparaison des maisons ; et je suis assurée que personue n'a jamais exalté davantage celle de Rohan que moy. Je croy aussi que peu s'y sont attachés autant que j'ay fait; et véritablement ç'a cslé seulement par équité et par affection ; car pour l'intércst, encore que M. le comte de Maure ayt l'honneur d'estre leur parent, vous savez que cette alliance, pour relevée qu'elle soit, ne feroit pas qu'une maison qui ne le seroit pas par elle-mesme, le fust pour cela ; et qu'aussi lorsqu'elle l'est, ce qui se trouve de plus ou du moins dans une alliance, n'est pas de grande conséquence ; de sorte qu'encore qu'on tienne celle de Rohan à honneur ç'a esté sans doute par un sentiment qui leur doitestre plus agréable que celuy-là, que j'ay parlé comme j'ay fait. Je ne doute pas que quand vous avez parlé à Madame la princesse de Guéméné, vous ne luy ayiez témoigné que je vous avois dit que quelque prétention qu'elle eust, je ne ferois que m'abstenir d'aller chez elle ; que je ne ferois aucun bruit, ni rien dont elle sepust pleindre ; et que je ne laisserais pas de la servir dans tout ce qui me seroit possible. Je seray toujours dans les mesmes sentimens, et hors de faire
une chose où Ton croiroit se préjudiciel*, il n'y a rien que je ne v* voulusse faire pour la contenter. Mais vous savez qu'elle peut garder ce qu'elle veut garder, en voyant à des heures particulières celles qu'elle doit traiter d'une autre façon. Je ne vous dis rien sur celte commodité des petits sièges dont elle parle, vous savez que cela ne s'introduira point et qu'il ne seroit pas raisonnable aussi que tout le monde fust assis d'une
* mesme façon. Je se rois très marrie d'estre privée de la satisfaction de voir Madame la princesse de Guémené chez elle,
^ mais on ne voudroit non plus l'embarrasser que de faire ce qu'on croit ne devoir pas faire. Elle est si équitable, que je suis assurée que si elle avoit connoissance à fond de la maison de M. le comte de Maure elle conviendroitque je ne puis avoir là-dessus d'autres sentimens que ceux que j'ay.