MARQUISE DE SABLÉ
Du septembre 16&5 (S).
Je suis fort surprise de ce que M. de Lenoncourt m'a encore dit que Madame la comtesse de Maure se pleignoit de
(1) Sébastien Zarnet, mort en 16S&.
(2) Louis Dont d'Attiehy, frère de Madame de Maure.
(3) Anne de Rohan.
(4) Madeleine de Souvré.
(4) Ms. de Conrart, in-fr, t. XI, p. 271.
Digitiz
n'avoir trouvé que des sièges dans ma petite chambre. M. de Laon (1) m'en avoit déjà parlé. J'attendois d'elle une autre manière d'agir, au cas qu'elle eust creu avoir sujet de sepleindre de moy, qui estoit, ou qu'elle s'en fust esclaircie en me le disant, ou qu'elle n'en eust au moins parlé qu'à vous jusqu'à ce qu'elle eust veu si elle en seroit pleinement satisfaite. Je ne sçay comment elle se pourroit imaginer que je fisse difficulté de luy donner une chaise, puisqu'elle sait bien que quand je la suis allée voir, je n'ay jamais souffert qu'elle en eust une différente de celle qu'elle me donnoit. Il me semble qu'il n'en faut plus d'autre preuve. Mais puisqu'il se faut justifier de ce qu'il n'y avoit que des sièges, j'en diray ces deux raisons, l'une que dans les petits lieux, je trouve que les chaises occupent trop déplace; l'autre que depuis que les plus grandes dignités du royaume ont esté multipliées à l'infiny, tout le monde a prétendu estre autant l'un que l'autre, et la moindre petite Dame s'offense de n'avoir pas des chaises, lors mesme qu'il ne s'en trouve plus dans les chambres, si elle en voit aux personnes de qualité. C'est ce qui en a obligé plusieurs de ne mettre que des sièges, mesme dans les grans lieux. Pour moy, je suis fort résolue d'user les chaises quej'ay dans ma grand'chambre , mais je le suis aussi de n'en point mettre dans mes petites ; et ainsi il me semble que cela n'offense personne. Mais je préfère si fort l'amitié et l'aveu de mes amies à celte commodité-la, que si elles y estoyent si attachées, j'en ferois plus tost faire à double bras pour elles. Comme Ton a retranché toutes les conduites, il me semble aussi que pour la commodité, l'on devroit retrancher toutes les autres contraintes de droite ou de gauche dans les visites. Pour moy, quand j'en fays, je me mets sou-
(D César d'Bstrées, fils du maréchal.
vent au lieu le moins honorable. Mais quand j'aurois quelque prétention, aussi bien fondée que d'autres, je croy que Madame la comtesse de Maure a intérêt de maintenir ma maison, puisque Monsieur son mary en vient, et j'attendois d'elle des avis pour la relever, au lieu de se pleindre d'une manière contraire, en faisant trouver à redire ce que j'ay fait sans dessein particulier. Si tout le monde retranchoit les chaises pour les raisons que j'ay dites, trouveroit-on étrange que j'en suivisse la mode ?