RAMBOUILLET
A Bordeaui, ce 4 juillet 165* (2).
Estes-vous morte ou croyez-vous que je le sois ? La voix publique ne m'a point appris la première de ces choses ; et pour la dernière elle n'est point, quoyque véritablement elle ayt pu estre ; car enfin depuis le temps que vous ne vous souvenez plus de moy, j'ay esté quasi tous les jours exposée aux mousquetades et depuis les coups de poing jusqu'à ceux de canon. Tout cela n'a point attiré vostre pitié ; au moins je n'en ay reçu aucune marque, et par là je juge que rien ne vous en peut donner ; car de me savoir perpétuellement au milieu des séditions, je ne trouve guère de choses au monde plus déplorables. Mes occupations telles que je vous les représente, et le peu de sensibilité qu'elles vous ont donné ne m'empeschent pas d'en avoir une extraordinaire pour le des-
(1) Angélique d'Angennes, première femme de M. deGrignan.
(2) Mb. de Conrart, t. X, p. 247, In-f».
plaisir que vous avez receu de la blessure de M, de Montausier (1) : on nous assure icy qu'elle est sans péril, et Madame vostre sœur mesme m'a mandé que les chirurgiens n'appréhendaient rien de fascheux des suites de ce malheur. La manière dont il aura touché madame vostre mère m'est tout à fait sensible ; ayez la bonté de le lui vouloir tesmoigner et celle de vous repentir de vostre oubly pour une personne quy n'en peut jamais avoir pour vous, quelqu'exemple que vous luy en donniez. Je vous supplie de demander à Madame de Sablé de ma part, si elle a receu et rendu à Madame la comtesse de More une lettre que je luy ay escrite sur la prison de son mary, il y a desjà assez longtemps; mais j'ay toujours oublié de luy demander ce qu'elle est devenue ; je vous supplie aussy de sçavoir de la mesme personne si elle m'a justifiée auprès de l'autre.