DE MADAME LA COMTESSE DE MAURE A M. LE MARKSCHAL
DE V ILLEROY (1).
Du mai 1656 (2).
Monsieur,
Je ne say si n'ayant jamais eu le bonheur de vous rendre aucun service, vous ne serez point surpris que j'aye recours à vous dans un embarras où je me trouve, et que je le fasse mesme sans l'entremise de Madame votre femme. C'est, Monsieur, que revenant d'Attichy,j'ay rencontré le régiment des gardes qui ont dit qu'ils y alloyent loger. Je creus que si je pouvois mettre ordre à cela ce seroit plus tost en venant icy le plus viste que je pourrois,que de retourner sur mes pas; et j'ay trouvé que M. de Froulé, ni Descurs, ni Langlée n'ont point donné d'ordre pour ce logement-là ; de sorte, Monsieur, que n'ayant point creu d'abord ce que ces mesmes gardes ont dit que c'estoit le Roy mesme qui l'avoit donné ; j'y trouve à cette heure quelqu'apparence, puisque l'on ne trouve point qui c'est et que le bruit de ce logement continue. Et comme M. de
(1) Nicolas de VMeroy, gouverneur de Unis XIV, petll-ffls du secrétaire d'État sous les règnes de Charles IX, Henri III, Henri IV et Louis XUI.
(2) Ms. de Conrart, t. XL ln-1*, p. 29 1.
LETTRES INÉDITES DE MADAME DE MAIRE. 157 Morte mart ni M. de Viyonne ne sont point à la cour, ni aucun de ceux que je puis aToir droit d'employer pour mes intérests ; j ai creu, Monsieur, que vous n'auriez point désagréable que j'eusse assez de confiance en votre générosité pour espérer que vous voudriez bien me protéger en ceste occasion et demander au Roy la délivrance d'un lieu qui est déjà fort ruiné par les fréquents logements qu'il y a eus depuis quelques années ; et par des tailles tout à fait excessives. Je nesaurois m'empescherde vous dire, Monsieur, qu'encore que M. le comte de Maure ayt eu le malheur de faire des choses qui ont pu déplaire au Roy, il me semble qu'il ne seroit pas raisonnable qu'il (le Roi) voulust s attacher à me faire un mal, qui proprement me seroit particulier; ce lieu-là estant à moy ; et je croy que ceux qui ont du zèle pour la personne de Sa Majesté, peuvent désirer qu'il ayt d'autres sentiments que ceux-là. Mais ce qui me presse encore plus que cette considération à vous faire cette prière, est la compassion que j'ay de ces pauvres gens, qui ne me permet pas seulement d'attendre que je puisse avoir une lettre de Madame votre femme pour vous, bien que je sois assurée qu'elle ne me la refuserait pas, et mesme très-favorable, estant sa servante de longue main comme je la suis ; et pour votre regard, Monsieur, quand je n'attendrois pas de vous, la grâce que j'en attens, il sufûroit bien que vous eussiez le mérite que vous avez pour me faire estre la votre.
iH8 NOTICES LITTÉRAIRES SUR LE XVII- SIÈCLE.