RÉPONSE DB MADAME DE MONTAUSIEB A MADAME LA COMTESSE
DE MAURE
« De Fontainebleau, 30 septembre t662 (1).
« Vraiment je m'en fie bien en vous et en Monsieur le comte de Maure pour faire valoir vos amis en de telles occasions ; et je vous assure, ma chère sœur, que s'il estoit vray que mon mérite m'eust attiré quelque bonne fortune, j'en aurois une double joye pour votre intérest à tous deux, car on pourroit espérer de vous voir un jour les plus grands seigneurs du monde. Je ne saurois vous dire tout ce que je sens pour les boutés que vous me faites l'honneur de me témoigner l'un et l'autre, et quoy que j'attende le frisson, car ma fièvre s'est avisée de se mettre en tierce depuis huit jours, je ne puis m'empêcher de vous donner cette petite marque de ma reconnaissance en commun. Monsieur de Monlausier vous auroit remercié en son particulier et Monsieur votre mari, s'il n'étoit pour le moins aussi languissant que moi. Nous vous assurons de nos obéissances.
« juub d'angembs. »
a Comme je faisois écrire cette lettre, j'ay receu vostre seconde, dont je ne vous saurois assez rendre grâce non plus
(i) Ms. de Conrart, t. IX, in-f», p. 741.
que du billet que vous m'avez envoyé de Monsieur de Mortemar, car il m'a tout-à-fait pieu. Je vous conjure, ma bonne, de l'en vouloir remercier en mon nom. L'imagination de Madame d'Aumont est admirable ; jamais personne n'a pensé les choses si juste que vous. J'ayme bien mieux ma fille depuis que vous m'avez mandé que vous l'aviez trouvée à votre gré. Je vous embrasse de tout mon cœur. »
« DE MADAME LA COMTESSE DE MAURE A MADAME LA MARQUISE DE MONTAUS1BR, SUR LA NAISSANCE DU DAUPHIN.
« 3 novembre 166!
« Parce que j'ay la réputation d'estre une écriveuse, encore que je n'écrive plus volontiers comme autrefois, vous ne trouveriez pas bon que je ravisse à Monsieur le comte de Maure les compliments que l'on vous doit sur la naissance de Monsieur le Dauphin. Je vous diray donc, ma chère sœur, qu'il me semble que je m'y intéresse encore un peu plus par votre intérest que par celui d'une bonne Françoise, quoiqu'il soit vrayqueje fais fort bien mon devoir là-dessus, sans prétendre pourtant d'aller aussi avant que M. le comte de Maure. Je ne sais si vous savez que nous lui disions autrefois, Madame la marquise de Sablé et moi, en de certaines occasions : Vous voilà-t-il pas avec votre gauloiserie? Mais dans la vérité cette gauloiserie-là lui a donné une joye extraordinaire. Cependant il a été frondeur, et nous n'avons pas été frondeuses. Cela s'appelle qu'on ne peut fuir sa destinée. Mais parce que vous n'avez pas tant de loisirs qu'autrefois de lire de3 sornettes, je veux finir tout court
(1) M*, de Conrart, in-*>, t. lx, p. 742.
en vous assurant, nia chère sœur, que Madame votre mère n'aura guère plus de joye que moy quand vous reviendrez à Paris. »
Nous ne discuterons pas ici de nouveau les prétentions ni les assurances de Madame de Maure. Elles sont bien dans son caractère, et nous retournerons à la cour qui quitta Saint- Jean- de-Luz le 15 juin 16G0, pour revenir à Bordeaux. Le Roi paraissait de la plus belle humeur: il riait et sautait, dit Mademoiselle, et allait entretenir la jeune Reine avec des marques de tendresse et d'amitié qui faisaient plaisir à voir. Il avait remercié la Reine sa mère de lui avoir « ôté du cœur Mademoiselle de Mancini pour lui donner « T Infante, qui vraisemblablement alloit le rendre heureux « tant par sa beauté que par sa vertu, sa complaisance et l'af- « fcclion qu'elle lui témoignoit.» La Reine-mère n'avait à demander à Dieu que la durée de ce bonheur; il fallait l'espérer ; « mais, ajoute Madame de Motteville, par les fâcheuses « expériences qu'un chacun doit avoir de l'instabilité du bon- « heur des hommes, elle avoit toujours sujet d'appréhender « ce qui arrive souvent dans la vie. » On sait, en effet, tous les chagrins que causèrent bientôt à la Reine-mère les passions du Roi, qui jusqu'alors avait élé sage, dit encore Madame de Motteville, et semblait en toutes choses vouloir à bon droit porter le titre de très-chrétien. Il ne souffrait aucun vice : !< s débauchés ne lui plaisaient pas, et il avait de l'horreur pour les blasphémateurs et les impies. On était vraiment à l'aurore d'un grand règne. Malgré tout son éclat , on peut croire qu'il eût été plus grand encore si les bons sentiments, que les soins vigilants et pieux de la Reine-mère avaient jusque-là entretenus dans le cœur du Roi, y avaient toujours triomphé de ses passions.