‹ Notices littéraires sur le dixseptième siècleChapitre 4 sur 51 · RÉPONSE DE MADAME LA COMTESSE DE MAIRE · texte numérisé non relu

RÉPONSE DE MADAME LA COMTESSE DE MAIRE

Vous savez que je ne vous saurois pleindre médiocrement quand vous perdez vos amis, sachant de quelle sorte vous les aimez. Et vous savez aussi que j'ayme mieux ne vous avoir point vue que si cela eust esté cause que votre mal s'est tant soit peu augmenté. Je vous dis donc à Dieu en la manière qu'il m'est permis de vous le dire. Et quant à M. de la Rochefoucaut, je n'ay jamais creu qu'il eust parlé sérieusement de cette belle affaire dont il est question ; mais je n'ay pu souffrir qu'il en eust parlé de sorte qu'on l'ayt pu conter parmy ceux quy en parloient. Je ne me serois pourtant pas empescbée de luy témoigner le sentiment que j'ay eu de Testât où il a esté (1) si ce n'eust esté que je ne voulois point faire de compliments à M. de Nemours, de peur qu'il ne creust que c'eust esté pour attirer la visite dont il avoit tant parlé et que j'avois plustost dessein d'éviter que d'attirer. Et comme il avoit pu savoir que je m'estois plainte de M. de la Rochefoucaut aussi bien que de lui, quoique j'y aye toujours fait bien de la différence, n'ayant rien sceu de M. de la Rochefoucaut de pareil, je creus que je ne me pou vois sauver, qu'en faisant la mesme chose vers tous les deux. Mais enfin je seray

(i) Il y avait deux mois que la Rochefoucauld avait reçu au combat du faubourg Saint-Antoine le coup de feu qui le rendit aveugle quelque temps.

fort ayse de m'estre plutost trompée dans les plaintes que j'ay faites que dans l'affection que vous savez que j'ay toujours eue pour M. de la Rochefoucaut, qui m'a beaucoup plus fait ressentir ce qui s'est passé que je n' au rois fait sans cela. Je vous supplie de le lui dire et à Madame sa femme que je suis leur très-humble servante à tous deux, et pour ce qui est de vous, je pense que vous ne doutez pas que je ne sois autant la vostre que personne du monde.

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