DE MADAME DE MAURE A M. i/ABBÉ DE LA VICTOIHB
Février 1663 (1).
Il o'y a pas moyen que j'attende à vous voir pour vous faire des reproches du tour que vous m'avez fait avec M. de Berville. Il me semble que tout ce que vous aviez à faire estoit de m'avertir que cette personne avoit redit cela, afin que je misse ordre qu'elle ne le dist plus ; et que de l'aller redire tout courant à M. do Berville comme vous avez fait n'estoit bon à rien qu'à me faire un fort grand déplaisir, luy ayant donné sujet de croire que je ne le considère pas comme je fays, et feray toute ma vie quand cette belle affaire-là seroit cause qu'il ne m'aymeroit plus. J'avouë que croyant Mademoiselle Legendre une personne fort discrète et la trouvant ellemesme dans les sentiments de M. do Berville, je crus que je pouvois luy dire cela sans blesser l'amitié que je dois à M. de Berville ; et cela vint sur ce qu'elle me reprochoit d'avoir plustost donné le portrait de M. le Prince à Mademoiselle de Scudéri qu'à elle. Je luy dis qu'elle estoit admirable, faisant le mestier (2) qu'elle faisoit, et qu'elle savoit bien ce que j'avois dit à M. Conrart là-dessus, les mettant ensemble, et que j'y ajouterais M. de Berville, qui estoit aussi pestry de royauté qu'eux deux ensemble, et qu'il n'avoit sceu exprimer ce qu'il trouvoit de ce que fait M. le Prince sans se servir d'un tel terme (3). Enfin depuis quatre ans qu'il m'a parlé de cette
(1) Mélangea de proses et de vers. B. L. 1W.
(2) De parler toujours à l'avantage de la cour (Noie du manuscrit).
(3) C'est qu'il dit en exagérant la rébellion de M. le Prince, qu'elle alloit jusqu'au parricide (Note du manuscrit).
sorte sur ce qui s'est passé de cette nature, voilà la première fois que j'en ay ouvert la bouche, horsmis ce que je vous en ay dit à vous qui estes un autre luy-mesme. Et bien que j'aye regardé Mademoiselle Legendre comme une personne fort discrète, je n'aurois pa3 eu seulement la pensée de le luy dire, si ce n'est que comme M. de Berville et elle s'accordent dans leurs sentiments en cela et mesme dans quelque façon de les exprimer, j'ay creu que je ne faisois rien du tout contre l'amitié que je luy dois. Mais c'est vous qui avez bien fait
contre celle que vous me devez (1) Vous savez bien en
vostre conscience ce qui en est, que ce tour -là passe la raillerie et que je n'aurois jamais songé à vous en faire de pareils. Enfin, jusqu'icy j'avois seulement creu que vous aviez cessé de m'aymer, et à cette heure je croy que vous me haïssez.