UN FÉBRIFUGE DU CONGO
M. le professeur Éd. Heckel, l’'éminent directeur de l’Institut colonial de Marseille, a, il y a déjà quelque temps, attiré l'attention sur les produits fournis par le Carapa Touloucouna Guill, et Perr., un arbre de l'Afrique tropicale, qui avait été indiqué vaguement dans l’État Indépendant du Congo. Dans diverses études, il à fait ressortir les divergences qui existent entre plusieurs auteurs sur les espèces du genre Carapa, dont une seule, le Carapa procera D C. (— Carapa Touloucoun«a Guill. et Perr.) existerait en Afrique.
Dans un envoi récent, arrivé au jardin botanique de Bruxelles, par l'intermédiaire de M. H. Droogmans, secrétaire du département des finances de l’État Indépendant du Congo, se trouvait une plante du genre Carapa, trouvée à Luluabourg par M. L. Gentil, et accompagnée de ces notes : « L’écorce est découpée en tronçons et mélangée au malafu ou vin de palme et employée comme succédané de la quinine. »
Les notes de M. Gentil ne signalent pas d'usage de l'huile extraite des graines.
Grâce à l’amabilité de M. le professeur J. Briquet, directeur du jardin botanique dé Genève, nous avons
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pu étudier les échantillons authentiques récoltés au Sénégal par Leprieur et sur lesquels les études systématiques de M. C. de Candolle ont porté.
Dans la description originale du Carapa Touloucouna parue dans le « Florae Senegambiae Tentamen », Guillemin et Perrotet décrivent cette plante comme un grand arbre, atteignant 24 mètres de haut, à folioles de 20 à 30 cm. de long, disposées en 6 à 12 paires le long d’un rachis. Les fleurs rosées-blanchâtres sont disposées en longues panicules, leur calice est décrit comme pubéruleux,
M. C. de Candolle, dans les Monographiae Phanerogamarum, en reprenant la description de cette espèce, donne comme caractères à comparer à ceux que nous venons de signaler, des folioles de 21 em. de long, disposées par 6 à 9 paires. Des fleurs à calice glabre. L'examen des échantillons authentiques conservés à Genève dans l’Herbier Delessert, montrent que l’indication de glabréité du calice, fournie par la description de M. C. de Candolle, est très exacte, les sépales ne présentent pas trace de villosité sur le dos, mais ils sont munis de quelques poils sur le bord et par suite plus ou moins ciliés.
Les matériaux de Carapa provenant de la région du Kasai, et dont les graines mises en culture au Jardin colonial de Laeken ont germé et donné naissance à plusieurs plantes, ne possèdent pas ce caractère. Les lobes calycinaux, de même que les pédicelles et le rachis, sont courtement mais nettement velus-pubéruleux, la villosité brunâtre qui les recouvre donne une teinte rouille
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aux diverses parties de l’inflorescence de cette plante, dont les fleurs seraient rouges.
Malheureusement tous les caractères morphologiques des fleurs de la plante du Congo et de celles du Sénégal sont très semblables; on ne pourrait se baser donc uniquement sur cette présence de villosité pour décrire une espèce nouvelle, mais on peut cependant distinguer aisément les deux formes glabres et pubéruleuses. Les C. procera de l'Afrique occidentale (Sénégal), dont nous avons pu examiner des échantillons sont glabres; par contre, ceux du Kameroun (Bipinde,Zenker, n.2, 354; Johann-Albrechtshôühe, Staudtn. 933), comme ceux du Congo présentent un indument nettement caractérisé sur le rachis et le calice, peut-être plus accentué dans le n. 933 de Staudt que dans les échantillons du Congo.
Nous ne savons si le C. procera du Kameroun peut être employé aux mêmes usages que la plante du Congo, mais ce qu'il est utile de faire remarquer, c’est que le C. Touloucouna possède, d’après Guillemin et Perrotet, des propriétés fébrifuges marquées. L'huile qui a été extraite des graines de (Carapa est très amère et d’après M. Boullay cette amertume serait due à un principe alcaloïdique analogue à ceux des écorces de quinquina ; deux autres chimistes, MM. Pétroz et Robinet, ont publié dans le tome VII du Journal de Pharmacie de l'aris une étude sur la présence du même alcaloide dans les écorces de cet arbre, qui seraient fébrifuges.
Depuis cette époque on n’a plus jamais attiré l'attention sur cette propriété, mais bien sur la valeur des
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graines au point de vue de la production de l'huile; celle extraite des graines du Carapa Touloucouna serait toujours solide même en été, tandis que celle extraite des graines du C. quyanensis serait toujours liquide.
Le Carapa Touloucouna ou C. procera DC. est très abondant au Sénégal, où il forme un grand et bel arbre, et ses graines donnent dans toute la région une huile dont on se sert surtout comme cosmétique, mais qui est parfois aussi employée dans la médecine indigène, pour guérir les douleurs, les plaies, dartres et autres affections de la peau et du cuir chevelu. Cette huile est même considérée comme purgative et vermifuge et peut être employée pour l'éclairage et le graissage des machines. Elle à été amenée pendant un certain temps sur le marché de Marseille et a servi à la fabrication de savons pour laquelle elle convient très bien; depuis quelques années les importations ont notablement diminué et pratiquement cette huile ne se trouve plus dans le commerce à Marseille. On serait parvenu à enlever de cette huile son amertume et à la rendre presque comestible en la faisant bouillir avec de l’eau légèrement acidulée par l'acide sulfurique.
On donne pour cette graine une proportion de 60 p. c. d'huile.
Pendant ses deux voyages en Afrique, M. le professeur É. Laurent avait remarqué dans le Mayombe, en 1893, et entre Lusambo et le Lomami, à Balubo, des arbres qui lui rappelèrent les Carapa; dans son cahier de notes il inscrivit pendant son second voyage, à la date du 9 décembre 1895, quelques mots qu’il nous a
permis de reproduire et qui sembleraient prouver que la plante est assez répandue en Afrique centrale, mais, comme M. Laurent n’a point rapporté d'échantillons botaniques, il ne nous est pas possible de spécifier s’il peut rapporter les plantes qu’il a observées au Carapa procera DC. ou à la variété, observée par M. Gentil.
M. Laurent disait : « Vu dans la forêt, de grosses graines grises, comprimées, en abondance, contenues dans un péricarpe volumineux, aplati aux deux pôles. Les graines sont fort huileuses au toucher. Serait-ce le Carapa Touloucouna? Les jeunes pieds qui ont levé en grande quantité ont les six premières feuilles entières, luisantes comme celles de l’arbre trouvé dans le Mayombe, en 1893, et le Carapa cultivé à Gembloux (1). »
L'étude des Carapa africains mérite d’être reprise car l’huile qui pourrait être extraite sur place par expression, laisse un tourteau qui, s’il n’est pas équivalent au tourteau de ricin, peut cependant être de orande utilité pour la fumure. Il pourrait donc y avoir là, pour les planteurs du Kasai, une source de revenus accessoires.
Comme la plante du Congo présente certaines}particularités remarquables, nous croyons bien faire en la décrivant comme suit :
(1) Cette plante de culture provient des serres du Muséum d'Histoire
naturelle de Paris et est probablement le Carapa Touloucouna type.
CARAPA PROCERA DC. var. GENTIL De Wäild. (1).
Arbre de 25 mètres de haut, croissant dans les endroits secs, brousses ou forêts, au soleil et à l'ombre, à tronc serré atteignant 2 mètres de diamètre, isolés, mais assez nombreux Bois dur, rouge; écorce rugueuse. Feuilles à sept folioles; folioles obovales-allongées, opposées, brusquement et assez courtement acuminées au sommet, à pétiole épaissi, à limbe glabre sur les faces, de 11.5-51 cm. de long et 4-16 cm. de large. Inflorescence en longues pauicules, lâches, de 30 cm. environ de long, à rameaux divariqués. pubéruleux comme le rachis principal, ferrugineux, lenticellés. Calice pubéruleux, pétales pubéruleux sur le dos, sauf sur les parties recouvertes dans le bouton.
Luluabourg, bassin de la Lulua, district du Lualaba- Kasai (L. Gentil, 30 mars 1902, n. 73).
Kameroun (Bipinde-Zenker, n. 2354 et Johann-Albrechtshôhe, Staudt n. 933).
OBs. — Nom indigène au Kasai « Monangu ».
Nous n'avons pas insisté sur le caractère du fruit, car tel qu'il est donné par M. Gentil, il prête à confusion; M. Gentil dit, en effet : « Fruits bruns, carrésarrondis, de la dimension d’une noix de cola. » Il s’agit probablement, dans le cas présent, de la graine.
(4) Bulletin de la Société d'études coloniales (1903) p. 198.
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La dimension des folioles est des plus caractéristiques; jamais on n'avait signalé chez des Carapa des folioles de 50 em. de longueur et de 16 cm de large.
Nous avons observé des folioles de près de 40 em. de long dans les formes du Carapa procera var. du Kameroun, mais ces folioles étaient relativement très étroites, leur diamètre ne dépassait guère 8,5 cm.
La couleur des fleurs pourrait peut-être donner une note distinctive.
Il faut encore faire remarquer que les premières feuilles qui apparaissent sur la plante après la germination, sont très différentes de celles des plantes adultes, elles sont simples ou bilobées.
Postérieurement à l’envoi que nous avons relaté nous
avons reçu, par l'intermédiaire du Département des
1 2 3 CaraPA PROCERA DC, Fig, 1 et 3. — Fruits entiers au moment de leur déhiscence.
Fig 2. — Deux valves du fruit, avec les graines, vues par la face interne (fortement réduites).
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Finances de l'État du Congo, des fruits, des graines*et des écorces d’une plante dont nous ne pouvons donner qu’approximativement la détermination, n’en ayant vu ni feuilles ni fleurs. Fruits et graines cadrent bien avec ceux du Carapa procera. L'arbre qui les a fournis est appelé « Bokalaka +» par les indigènes du district de l'Équateur, où il eroît dans les forêts peu épaisses et atteint de 8 à 12 mètres. A l’Équateur on ne paraît pas connaitre les propriétés médicinales de l'écorce de cette plante, qui n’est pas employée par l’indigène.
L'HERBE DE GUINÉE ou PANICUM MAXIMUM Jacq.
Le Panicum maximum Jacq. existe dans l'État Indépendant du Congo, où il a été à diverses reprises signalé, tant dans le Haut que dans le Bas-Congo; il ne peut être question pour le moment d'en donner une distribution complète pour le centre africain, car nous possédons encore trop peu de données précises ; un certain nombre des échantillons congolais sont trop incomplets pour permettre une détermination rigoureuse,
Le P. maximum Jacq. est d’ailleurs très variable ; il a été décrit sous plusieurs noms (P. polygamum Sw., P. laeve Lam., P. poiforme Wild., P. gongylodes Kunth, P. pubiglumis K. Schum., etc.) et se rencontre non seulement dans la plupart des régions tropicales, mais même en Europe, au Monte Pellegrino, en Sicile, où la plante, peut-être introduite dans le temps, se rencontre assez fréquemment; cette forme a été décrite sous le nom de P. compressum Biv.
Le P. maximum et ses nombreuses variétés possèdent souvent une base épaissie en tubercule, mais ce caractère ne parait pas être constant. La hauteur des tiges peut varier de 60 cm. à 2 mètres et même plus et elles acquièrent alors une très grande résistance; dans