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bizarre : N’Gulu-Maza signifie « cochon d’eau » ; il tirerait son origine du fait que l'écorce rappelle la peau du porc et de ce que l’arbre préfère les terrains bas et maré- Cageux.
Nous avons eu, comme nous le rappellions plus haut, l'attention attirée à nouveau sur cette espèce, par les renseignements que nous communiquait M. L. Pierre; le fragment de bois qu'il avait envoyé à Bruxelles est connu au Gabon sous le nom de N'Bilinga, et il l'avait rapporté au genre Sarcocephalus, sous le nom de Sarcocephalus Trillesii, en l'honneur du R. P. Trilles qui l'avait récolte en novembre 1899; l'arbre mesurait 85 em. de diamètre et 25 mètres de hauteur. Ce bois est jaune et rappelle tout à fait celui du N’Gulu-Maza ; il est très usité au Gabon dans les constructions. Il est reconnu incorruptible et n’est pas attaqué par les insectes. Autre renseignement, qui à son intérêt : « On recueille de son écorce, nous dit M. Pierre, une liqueur rosée jugée souveraine contre la fièvre des bois. »
Nous n'oserions certifier que notre S. Diderrichii est identique à la plante découverte par le R. P. Trilles, mais il y a cependant de grandes probabilités pour faire croire à cette identité, d'autant plus que M. Pierre a vu un échantillon de Sarcocephalus, provenant de Brazzaville, paraissant devoir se rapporter à sa nouvelle espèce. Néanmoins, avant de nous prononcer, nous attendrons de nouveaux matériaux d'étude que nous espérons recevoir bientôt.
Mais ce n’est pas la seule espèce de Sarcocephalus que nous ayons à signaler ; de l’avis de M. Pierre, qui
possède sur la flore du Gabon-Congo des matériaux précieux, il existe dans l'Afrique occidentale plusieurs espèces de ce genre; nous décrivons ci-dessous l’une d’entre elles, qui nous à été envoyée par le F. J. Gillet, de la Mission de Bergeyck-Saint-Ignace à Kisantu.
SARCOCEPHALUS GILLETI De Wild. (1).
Arbre à rameaux à écorce brunâtre, profondément sillonnée à l’état sec. Feuilles simples opposées, oblongues-elliptiques, entières, atteignant 26 cm. de long et 14 cm. de large, obtuses et subarrondies à la base, subobtuses ou arrondies au sommet, assez longuement pétiolées, à pétiole épais, de 3,5 cm. de long et de 4 mm. d'épaisseur, canaliculé supérieurement; nervure médiane creusée sur la face supérieure, nettement proéminente sur la face inférieure; nervures latérales au nombre de 9 environ de chaque côté de la nervure médiane, proéminentes en dessous, légèrement concaves au-dessus. Inflorescence solitaire, terminale, à pédoncule de 2 em. environ de long, formée de fleurs nombreuses sessiles, réunies en un capitule sphérique de 4,5 à 5 cm. de diamètre, soudées par les ovaires et les calices ; calice régulier à 4 lobes petits, épais, ces derniers n’atteignant pas 1 mm. de long (parfois, mais rarement, 5 lobes), persistants, légèrement velus au sommet, devenant ligneux; corolle tubuleuse dépassant longuement le calice, à tube de 8 mm. environ de long, infondibuliforme, ne s’élargissant pas fortement à la’
(1) in Rev. des cult. col., n. 80 (1901), p. 8.
gorge, à 4 lobes (rarement 5), de 2,5 mm. environ de long et de 1 mm environ de large, munis sur la partie médiane de la face supérieure de quelques poils apprimés, glabres extérieurement, de même que le tube ; étamines sessiles, alternes avec les pièces de la corolle, de 1,5 mm. de long, biloculaires ; ovaire infère terminé par un style filiforme de 14 mm. environ de long et muni à son sommet d'un stigmate ovoide-allongé renflé, villeux, de 2 mm. environ de long.
Hab. — Bas-Congo: Kisantu, 1900 (J. Gillet, n. 1069).
OBS. — Comme on pourra en juger en comparant
la description ci-dessus avec celle que nous avons donnée plus haut, il y a entre le S. Diderrichii ct le S, Gilletii une différence notable dans la grandeur des feuilles ; il faut surtout tenir compte de la grardeur des inflorescences et des fruits; d’après les données ce M. Diderrich, ces derniers n’atteindraient guère plus Ge 2 cm. de diamètre, tandis que dans le S. Gillelai la partie centrale de l’inflorescence formée par les ovaires et calices soudés a, en plein stade de floraison, environ 2,5 em. de diamètre. L’inflorescence complète mesure jusqu'à 5 cm. de diamètre dans le S. Gilletu, tandis que chez le S. Trallesi Pierre elle atteint 3 cm. environ.
Nous ne savons malheureusement pas exactement ce qu'est le diamètre de l’intlorescence du S. Diderrichri, mais d’après les données graphiques de M. Diderrich elle ne mesure certainement pas 3 cm. de diamètre, elle serait même beaucoup plus petite.
Nous ne savons pas non plus si le bois de S. Gilletii est comparable à celui de M'Bilinga et de N'Gulu-Maza, ni si l'écorce est employée par les indigènes.
M. le Prof. D' K. Schumann, du Jardin botanique de Berlin, a divisé dans son étude monographique des Rubiacées (in Engl. et Prantl, Natürl. Pflanzenfam., IV, 4, p. 59), le genre Sarcocephalus en deux sections : Eusarcocephalus K. Schum. et /latanocarpus K. Schum. La différenciation de ces deux sections est basée sur le calice’, dans la première, les lobes sont munis d’appendices filiformes, épaissis au sommet; dans la seconde, les lobes du calice ne sont pas appendiculés. Nous admettons volontiers ces deux sections, mais nous comprenons plus difficilement comment l’auteur fait passer dans la section Platanocarpus le S. cordatus (Roxb.) Miq. dont il figure le calice, entier et en coupe longitudinale, présentant des lobes très allongés, filiformes, libres sur une assez grande longueur.
Dans les trois plantes dont nous venons de parler : S. Trillesii Pierre, S. Diderrichii De Wild. et Th. Dur. et S. Gilletii De Wild., rien de pareil : les lobes sont à peines proéminents au-dessus des portions soudées, jamais filiformes, et n’ont jamais possédé d’appendice terminal ; rien ne peut faire supposer que des appéndices soient tombés. Nous avons pu comparer à ces dernières espèces des échantillons nombreux du S. sambucinus (Winterb.) K. Schum. au même stade de développement et jamais nous n'avons observé dans
l'inflorescence de cette dernière espèce l'absence complète ni la chute rapide des appendices, qui nous ont paru persisier assez longtemps pour ne pas permettre de confusion ; d’ailleurs, le nombre de lobes du calice et de la corolle différencie semble-t-il assez nettement les trois espèces citées en premier lieu du S. sambucinus toujours pentamère, d’ailleurs très répandu au Congo.
Quant au S. Russegeri Kotschy, dont on peut trouver un dessin dans les Reliquiæ Kotschyanaæ publiées par Schweïinfurth (pl. XXXIII), c'est peut-être une forme de la section lPlatanocarpus, bien que M. K. Schumann n’y puisse voir qu'un S. sambucinus dont les prolongements caliculaires seraient tombés. Il faudrait pour trancher la question pouvoir étudier les échantillons originaux.
MELIA AZEDARACH Z. ou LILAS DES FALLS
Le Melia Aredarach (À) n'est certes pas indigène au Congo comme on l'a parfois cru, mais il y a été introduit par la culture comme d’ailleurs dans la plupart des régions tropicales C'est un arbre pouvant atteindre 40 pieds de haut, à tronc assez court, dressé, à couronne large, recouvert de bouquets de fleurs d’un blanc violacé, qui lui ont fait donner dans certaines parties du Congo Indépendant le nom de « Lilas des Falls ».
Ce Melia parait originaire de l'Himalaya, où on le rencontrerait à l’état sauvage entre 2,000 et 3,000 pieds d'altitude. Il aurait été, croit on, introduit dans les régions méridionales des Indes par les mahométans; mais d'autres auteurs assez nombreux lui assignent comme patrie le nord des Indes, la Perse et la Chine. De l'Europe méridionale, où il à élé sans nul doute importé, le Melia Azedarach a été transporté aux États-Unis, après la colonisation de la Caroline et de
(4) MerraA Azeparac L — Arbre pouvant alteindre 12 mètres de haut, à feuilles réunies au sommet des ramificalions, bipennées, à folioles ovales, aiguës, plus ou moins profoudément dentées ou lohées, glabres sur les deux faces, Fleurs disposées en panicules axillaires, dressées, rosées ou violacées, à odeur assez douce et agréable. Fruit
drupacé de la grosseur d’une cerise.
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la Géorgie, régions dans lesquelles il s'est fortement répandu.
Cette vaste dispersion, en grande partie artificielle, fait que cette plante, fréquemment employée comme arbre d'ornement, a été décrite sous toute une série de noms différents et l’on à essayé son emploi en pharmacie.
Le Melia Azedarach croit rapidement, même dans des sols peu riches; cependant un terrain à sous-sol très humide nelui convient guère, car ses racines pourrissent assez rapidement. À l’âge de quatre à cinq ans, les plantes atteignent G à 7 m. de haut et parfois 50 em. de circonférence, portant pendant toute l’année des fleurs et des fruits.
On ne connait guère encore la constitution chimique de ce végétal et c'est pour essayer d’élucider cette question que M. J. Oudenampsen a consacré une intéressante étude à la chimie du Melia Azcedarach, le « Xoan > des Indo-Chinois, « Mindi + des Indes Néerlandaises et de Chine, ou « Lilas des Indes, de la Chine, du Japon, de Perse et des Barbades +, comme il a été dénommé par les colons de ces divers pays.
L'écorce desséchée du Melia Asedarach arrive dans le commerce, principalement en Amérique, en gouttières; elle a environ 1 cm. d'épaisseur et possède une odeur légèrement aromatique, un goût amer et nauséeux. Dans la pharmacopée des États-Unis de l'Amé:rique du Nord, l'écorce est décrite avec soin et on la considère comme un anthelmintique assez énergique.
M. Oudenampsen à, dans le travail auquel nous axons fait allusion (1), résumé en grande partie les propriétés qui ont été attribuées un peu partout à cette plante.
Dymock, dans le /’harmacographia Indica, rapporte que l'arbre exsude une gomme qui a beaucoup de rapports avec celle du Melia Azedarachta, une espèce du même genre qui n’a pas une dispersion aussi vaste.
On peut extraire des fruits du Melia Azedarach, par expression, 50 à 60 p. ©. d’une sorte de graisse d'un jaune sale, devenant assez rapidement rance et se liquéfiant vers 32 degrés. Cette huile, qui porte le nom d'« huile de margosa +, peut être employée dans la savonnerie; elle parait excellente comme huile d’éclairage et pour la peinture; elle jouirait même de propriétés antirhumatismales.
Les fruits verts entrent, au Texas, dans la fabrication du cirage et, pendant la dernière guerre, les fruits furent employés en Géorgie pour l'obtention par fermentation et distillation d’une sorte de whisky qui fut même préféré à l'alcool obtenu au moyen du blé et du Ze
On prétend aussi que les feuilles et les fruits de ce Melia préserveraient les fruits secs des attaques des insectes et éloigneraient les mites du linge ; une décoction des fruits pulvérisée sur les plantes est, dit-on en Amérique, un excellent insecticide.
Le fruit serait vénéneux, mais pourrait être employé
(1) Bijdrage tot de kennis van Melia Azedarach L. Utrecht, 1902.
en usage externe ct interne, comme d'ailleurs l’écorce et les feuilles, contre la lèpre et la scrofulose. Les indigènes ont foi en cette plante et fabriquent, à l’aide des fruits, des colliers pour se préserver des maladies contagieuses. On cite des cas où l’ingestion de fruits de cette plante a amené la mort, en particulier celui d'une jeune fille européenne chez laquelle s’est manifestéc d'abord une perte de sensibilité suivie rapidement de mort. Les Chinois, qui se servent de ces fruits comme vermifuge, les font cuire dans du vin et boivent cette décoction sans en être, semble-t-il, incommodés ; euxmêmes cependant considèrent les graines comme amères et les feuilles comme toxiques.
Descourtilz, Gans sa célèbre « Flore médicale des Anülles », considère que l’ingestion de 6 à 8 graines suffit pour provoquer des crampes et des symptômes cholériques, souvent suivis de mort.
* Mais s’il parait prouvé que les fruits constituent un poison pour l’homme, les chèvres et les moutons les consomment impunément et avec plaisir.
On prétend queles fleurs et les feuilles appliquées sous forme de cataplasme guérissent les névralgies; le suc des feuilles, administré intérieurement, est réputé anthelmintique, antilithique, diurétique et emménagogue; il réduirait les humeurs froides. Ces mêmes feuilles pourraient aussi débarrasser les animaux des insectes parasites et fréquemment elles sont employées à cet usage à la Réunion.
Un cataplasme de feuilles jouirait aussi de la propriété de guérir les éruptions du cuir chevelu; les Chinois
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d’ailleurs emploient ces feuilles dans beaucoup de maladies de peau.
Là ne s’arrètent pas encore les propriétés de cette plante; on attribue, en effet, à la décoction de ses feuilles des propriétés stomachiques et astringentes et elles peuvent aussi servir à préparer une teinture, comme cela se voit aux Indes.
Quant à l'écorce, elle est non seulement un anthelmintique énergique, mais aussi cathartique, vomitive et, grâce à ses propriétés toniques, elle équivaudrait dans bien des cas à l'écorce de quinquina et pourrait rendre des services pour combattre, par exemple, le choléra morbus et d'autres affections de l'intestin. C'est la partie interne de l'écorce qui renfermerait surtout les principes actifs. Mais cette écorce, et en particulier celle de la racine, doit être employée fraiche, car sinon elle perd la plus grande partie de ses propriétés vermifuges. La décoction de l'écorce récoltée en mars et en avril produirait la stupeur et une dilatation de la pupille, mais ces effets disparaissent, semble-t-il, rapidement. Ce serait dans la couche interne de l'écorce de la racine que résiderait surtout le principe actif que l’on a isolé sous forme d'une résine jaunâtre. Préparé en extrait fluide, à base d'alcool fort, le Melia Azedarach parait un des meilleurs vermifuges, surtout quand on l’associe à un purgatif mercuriel.
Ce Melia où Mindi est employé en Chine pour la pêche. ,
Outre les emplois médicinaux, cette plante possèd encore une certaine valeur par son bois d’un jaune blan-
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châtre ou rose, dur et résistant; les cercles annuels apparaissent en brun foncé, ce qui donne de très belles veines. Le grain du bois de Melia est fin, serré, et cette particularité permet l'obtention d’un beau poli et de reflets d’un bel aspect. Ce bois peut être employé pour la menuiserie, l’ébénisterie, car il ne se fend guère; on peut également l’usager dans la fabrication des instruments de musique : il parait très recherché dans ce but en Chine et au Japon.
Nous devons cependant ajouter que certains auteurs out considéré ce bois comme de peu de valeur : c'est ainsi, par exemple, que l’on rapporte qu'à la Martinique et à la Guadeloupe ce bois est réputé comme mou et cassant et bon seulement pour le chauffage. On peut se demander s’il s’agit bien de la même espèce ou si une différence de conditions de végétation amène pour le bois un tel changement dans ses propriétés.
Eu Indo-Chine on rencontre deux variétés différant par leur bois : le Xoan-ITa à bois rougeâtre et Xoan- Trang à bois blanchâtre, tous deux très estimés, car ils résistent aux attaques des termites, grâce à leur amertume,
On a préconisé cette essence pour le reboisement des terres impropres à la culture, en moins de dix ans on pourrait obtenir des troncs de 25 à 30 cm. de diamètre; sous l'abri de ces arbres, dont le bois pourrait êlre employé à divers usages, il est possible d'introduire des plantes délicates. Aussi a-t-on, dans ces dernières années, conseillé le Melia Azedarach comme ombrage pour le caféier, à la condition de le tailler convenable-
parte
ment dans le jeune âge. Des essais de ce genre ont été faits surtout dans la Régence de Preanger, où l'on trouve, parait-il, actuellement des caféiers de Libéria croissant admirablement sous cet abri.
Les graines de Melia, semées en pépinières, germent facilement et les germinations sont transplantées très aisément quand les plantules ont atteint 30 à 45 cm. de hauteur à une distance de 4 mètres; si, dans l'avenir, l'ombrage fourni par ces pieds est trop considérable, il sera facile d'en enlever quelques-unes.
Cette plante, répandue à cause de la beauté de ses fleurs, mérite donc d'attirer l'attention du planteur à plus d'un titre; il faut cependant faire remarquer que les renseignements obtenus de planteurs de l'Afrique orientale allemande sont peu favorables, ils ont observé que le Melia souffre beaucoup lui-même du vent et que fréquemment il est attaqué par les Zoranthus.
Les recherches chimiques effectuées par M. Oudenampsen ont donné les principaux résultats suivants : L’écorce du Melia renferme une substance stupéfiante pour le poisson; cette substance est soluble dans l’eau mais perd ses qualités par la cuisson. L’écorce renferme une résine difticilement saponifiable, de la phytostérine, de l'acide azedarachique, un tanin qui donne un précipité vert par le perchlorure de fer, de la saponine, d'où la plante tire son action stupéfante, et une substance amère.
Malgré toutes les indications fournies par les auteurs, M. Oudenampsen croit pouvoir conclure que l’action anthelmintique du Melia Azedarach est douteuse. Il
serait donc vivement à souhaiter que de nouvelles recherches soient entreprises sur cette plante, afin de vérifier les données contradictoires qui ont été publiées à son sujet. Le Melia Azedarach est, en tous cas, une plante qui peut être utile au planteur.
LALO ou BALANITES AEGYPTIACA Del.
M. Chaltin, inspecteur d’État, ancien commandant du district de Lado (État Indépendant du Congo), a découvert dans cette région le Balanites, qui y est connu sous le nom de « Lalo ». Il est intéressant de faire remarquer tout d’abord que le même nom indigène est employé au Sénégal, pour désigner un aliment préparé par les nègres avec les feuilles desséchées du baobab. Cet aliment serait en même temps un remède qui provoquerait la transpiration et garantirait des affections des reins et de la vessie.
La découverte de cette plante, dans l’enclave de Lado, n’est pas très extraordinaire, car la plante paraît assez répandue dans les plaines arides de l’Abyssinie, de la Nubie, du Darfur, du Kordofan, du Sennaar, du Kasai, de la région des Lacs, de la Sénégambie méridionale, de la région du Tchad et de celle du Niger. La plante existerait même dans l’Angola, mais sous forme d’une variété angolensis qui serait très répandue dans l’Ambriz, le Barra do Bengo, le Loanda, l’Icolo e Bengo et le Mossamedes. Mais dans aucune de ces régions Welwitsch ne semble avoir obtenu de renseignements sur les usages de la plante, ni sur la production d’une huile.
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La même plante existe également aux Indes où elle est connue sous le nom de Balanites Roxburghii Planch., mais la plante des Indes n'est pas comme on l’a cru longtemps une espèce particulière ; tout au plus pourrait-on en faire une variété.
Le Balanitles aegypliaca se présente sous différents aspects. Au Sénégal c’est un arbre qui atteint au maximum 5 à 6 mètres de haut; en général il forme un buisson à rameaux verts, couverts de longues épines, vertes également. Il porte dans cette région les noms indigènes : Soumpa, odel, lol.
Dans l’enclave de Lado il forme tantôt un buisson épineux, tantôt un arbre qui, au dire de M. le commandant Chaltin, peut atteindre plus de 15 mètres de haut. Sous cette forme, le Balaniles aegypliaca (1) est des plus caractéristiques; son tronc est généralement assez droit, à écorce grisâtre, sillonnée, crevassée plus ou moins profondément, les crevasses pouvant mesurer 2 em. de profondeur.
A 1 mêtre du sol, l’arbre peut atteindre, dans des sujets bien développés, une circonférence de 3 mètres. Un Balanites ayant acquis tout son développement se ramifie généralement vers une hauteur de 3 mètres et
(1) BALANITES AEGYPTIACA Del. — Arbre ou arbrisseau des steppes sèches pouvant atteindre 6 m. de haut, à rameaux épineux, à feuilles bifoliolées, à folioles d’un vert grisätre, coriaces, entières, Fleurs d’un jaune verdâtre, odorantes, formant de petites inflorescences dressées à l’aisselle des feuilles. Fruit drupacé, jaunâtre, à enveloppe externe charnue, huileuse, renfermant une seule graine à tégument externe fibreux. (Syn. : Agialid aegyptiaca O. K.)
Distrib. — Nord de l’Afrique tropicale, Indes orientales.
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forme une couronne arrondie, dont le diamètre atteint souvent 15 mètres. Malgré ce grand développement, l'arbre ne donne guère d'ombre, ce qui se conçoit facilement lorsqu'on examine ses feuilles; celles-ci sont constituées par deux folioles relativement petites, portées au sommet d’un pétiole commun, et comme elles sont assez espacées, la lumière peut facilement filtrer entre elles. Les branches de l’arbre sont munies d’épines plus ou moins nombreuses et plus ou moins développées, qui peuvent atteindre 2 cm. et même davantage. A l’état jeune ces branches sont très estimées par le bétail, qui broute les massifs de Batanites.
Les fleurs se développent à l’aisselle des feuilles pendant la saison des pluies; les fruits apparaissent en novembre, décembre et janvier, pendant la période sèche. Ils sont drupacés, ellipsoides, atteignent 4 em. environ de long, sont recouverts d'un épicarpe lisse, jaunâtre à l’état sec, très fragile; le mésocarpe est charnu, brunâtre, huileux, parcouru de nombreux faisceaux fibrovasculaires ; à l’intérieur on trouve un noyau à cinq côtes inégalement espacées, aigu aux deux extrémités, osseux et monosperme. Ces fruits, qui rappellent un peu la datte, sont mangés ou plutôt sucés à maturité, par les indigènes de l’Afrique et des Indes, mais les Européens ne semblent pas les estimer. Cependant, quand les fruits sont arrivés à maturité complète, ils ont une saveur assez sucrée et l’on peut en extraire par fermentation une sorte de liqueur alcoolique. Avant la maturité, ils ont un goût assez âcre et amer, qu’ils conservent même à maturité; ils seraient purgatifs, anthel-
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mintiques, surtout avant maturité et pourraient même occasionner des diarrhées ; Baillon les dénomme à cet état « Myrobalans égyptiens +. Par fermentation les fruits mürs, dénommés parfois « dattes du désert », peuvent donner une liqueur alcoolique. Le noyau du fruit est très dur, on l’a parfois employé aux Indes dans les fêtes pyrotechniques ; à cet effet on y fore un trou, on enlève l’amande et on remplit la coque de poudre, on met ensuite le feu à ce noyau qui éclate avec bruit.
La racine, l’écorce et les feuilles sont également purgatives et vermifuges à doses modérées.
Les racines et l'écorce de cette plante dont le suc est employé parfois pour la pêche, renferment, semble-t-il, de la saponine et peuvent même être utilisées pour le nettoyage et le dégraissage des étoftes.
D’après l'explorateur Barth, dans le Baghirmi on fabriquerait avec les fruits une sorte de pain et Kotschy rapporte que, dans le Kordofan, des caravanes d'esclaves se sont nourries parfois pendant plusieurs jours des fruits de cette plante. Mais le principal produit que peut donner cette plante est l'huile que l’on extrait des graines. Cette huile très estimée par les indigènes et que les soldats de l’État Indépendant du Congo, accompagnant le commandant Chaltin, appréciaient fort, est parfois dénommée « Zachun » par les noirs africains.
Cette huile, qui peut s’obtenir par ébullition ou par rôtissage, est d'un beau jaune, assez limpide et laisse déposer des flocons blancs à une température supérieure à O°.
Dans la région de Madi, le colonel Grant a observé
que les indigènes employaient cette huile pour s’enduire le corps; dans la région du Latuka, Emin Pacha et: Stuhlmann ont également remarqué que cette huile était employée comme comestible.
D’après M. Barth, que nous avons déjà cité plus haut, les feuilles de la plante seraient employées dans le Bornu comme légume. On cite également, comme le fait remarquer M. Warburg (l’flanzenwell Ost-Afri- Ras, B p. 195), l'emploi des graines comme succédané du savon; c’est probablement le péricarpe qui est employé à cet effet.
Ce n’est pas seulement la graine qui peut fournir un produit utile, sur la valeur marchande duquel on n’est pas encore fixé, mais le bois semble également être bon; il est dur, serré, à grain fin. D’après M. Schimper, ce bois est employé en Abyssinie pour la construction des charrues, et d’après M. Schweinfurth, qui a eu l’occasion de rencontrer le Balanites dans ses nombreux voyages en Abyssinie, on fait avec ce bois très dur des massues et des bâtons. La teinte fondamentale du bois est un beau brun jaunâtre, les rayons médullaires colorés en jaune brillant et les couches concentriques assez mal marquées en font un bois d’ébénisterie de valeur. |
Le Balaniles ægyptiaca mérite donc d'attirer l’attention tout particulièrement dans les régions orientales de l'Afrique et du Sénégal, où il peut être exploité le plus facilement. Il serait désirable que des recherches approfondies fussent faites sur le rendement et la valeur commerciale et industrielle de son huile.