‹ Notices sur des plantes utiles ou intéressantes de la flore du CongoChapitre 2 sur 40 · GARDEN · texte numérisé non relu

GARDEN

Rp =

Par hasard, nous sommes arrivé à connaître l’espèce appelée Sekegna par les indigènes. Ce Sekegna sert non seulement comme bois de teinture, mais donne encore un bon et beau bois d’ébénisterie et, en outre, l'écorce laisse écouler un suc à pouvoir tinctorial très puissant. Voici d’ailleurs les notes fournies à ce sujet par M. Fuchs

« Cette essence, qui donne un bois de toute beauté et de couleur lie de vin, est assez rare et n'est guère agglomérée. Les arbres très âgés seuls donnent un bois pareil à l'échantillon qui a été envoyé poli par le gouvernement central et qui provenait de la Lemba (oc. cit., p. 13).»

« Cet arbre, dont l’écorce fournit un suc d'une vertu tincioriale puissante dont les indigènes se servent pour colorer leurs pagnes, leurs paniers et d’autres objets, donne un bois d’ébénisterie précieux d’une belle couleur lie de vin et produit également un fruit comestible dont les indigènes sont très friands. Ce fruit s'appelle Mongenia. On le récolte à la saison des pluies (loc. cit., p.190=

Ce « Sekegna, Sekena, Sekenia ou Saccagna - est le Bosqueia angolensis (Welw.) Ficalho (1), de la famille des Moracées (2). Avant de donner quelques renseigne-

(4) Ficalho Plantas uteis de Africa Portugueza (1884), p. 271.

(2) Bosquera ANGoLENSIS (Welw.) Ficalho (B. Welvitschii Engl.). — Arbre rameux, à rameaux extrêmes courts; stipules lancéolées, pétioles de 7-9 mm de long, lame foliaire de 9-10 cm. de long et 4-5 em. de large, oblongue, rétrécie à la base, à acumen triangulaire, obtus, nervures latérales primaires au nombre de 4 à 5 de chaque

côté de la nervure médiane. Inflorescences solitaires à l’aisselle des

de

DR f ge nie

ments sur les caractères et la dispersion de cet arbre, il nous faut signaler les divergences des botanistes sur le nom à donner à l'espèce.

Le « Sekegna » ou « Muguenga ja muxito » de l’Angola à été signalé dans le « Genera plantarum + de Bentham et Hooker (1880-1883, p. 370) comme Centrogyne angolensis Welw., nom sous lequel Welwitsch avait distribué cette plante récoltée par lui pour la première fois en 1856 dans la Sierra de Alto Queta (Angola). Le nom générique Centrogyne ne pouvant être admis par suite de double emploi avec Bosqueia Thou., trouvé à l’état de manuscrit par Baillon, mais publié par ce dernier déjà en 1863, M. Ficalho a, en 1884, créé le nom de Bosqueia angolensis. En 1898, M. le professeur Engler, n'ayant pas eu connaissance des données du travail de M. Ficalho, a décrit à son tour cette même plante sous le nom de Bosqueia Weliwilschii Engl. dans sa remarquable monographie des Moracées africaines (3). Ce dernier nom doit donc être relégué dans la synonymie, comme l’a fait M. Hiern (4); c’est bien sur le même numéro de l'herbier de Welwitsch que les deux déterminations sont basées.

feuilles, réceptacle entouré de 5 bractées extérieures de 1 mm. environ de long, les intérieures atteignant 5 mm. Fleurs mâles à étamines filiformes. Ovaire immergé dans le réceptacle, à style dépassant les étamines, divisé en deux stigmates.

Distrib. — Angola, Bas-Congo.

(3) Enczer, Monog. Afrik. Pflanzenfam. und Gatt. I. Moraceae (1898), p. 36.

(4) HierN, Catalogue Welw. Afr. plants Part. IV (1900) p. 1020.

Le « Sekegna » est un arbre dont la hauteur varie, d'après les renseignements des voyageurs, de 7 à 20 mètres, à tronc droit, dépourvu de branches dans sa moitié inférieure ‘ou parfois rabougri, tordu, à couronne plus ou moins pyramidale, à branches étalées.

D'après Welwitsch, un suc résineux, amer, un peu caustique et aromatique, exsude des parties âgées du tronc; primitivement blanc, ce suc se change assez rapidement en une résine rouge pourpre, mais Welwitsch ne décrit pas les usages de cette résine. Notre regretté confrère Alf. Dewèvre, chargé par l'État du Congo d'une mission botanique, à aussi récolté cette plante, il a vu la résine, mais ne fait pas mention de ses usages. M. Luja, un autre chef de mission scientifique, a également rencontré cette plante dans le district des cataractes et a vu son latex blanc, mais ne parle pas de sa coagulation ni de son emploi. M. Fuchs est le seul qui, dans le passage rappelé plus haut #7 extenso, dit avoir vu les indigènes utiliser cette masse comme matière tinetoriale.

Le fruit est drupacé, d’un jaune doré ou rougeûtre, un peu plus gros que le fruit de nos rosiers sauvages qu'il rappelle plus ou moins; il ne contient qu'une seule graine et est mangé par les noirs, mais tandis que M. Fuchs le signale comme très recherché, Welwitseh dit qu'il n’est pas très prisé et notre correspondant J. Gillet nous le décrit comme mangé par les indigènes seulement en temps de famine.

Au Mayombe, c’est donc sous le nom de « Sekegna, Saccagna où Sekenia + que le Bosqueia angolensis est

HS

connu; dans l’Angola son nom est « Munguenga 10 muzito ou Muguengo io muchito »; dans l’État du Congo le fruit seul porterait lenom de « Mongenia ». Mais « Mongenia » et « Munguenga » ne sont que deux facons différentes d’orthographier le même nom. Si dans l’Angola on ajoute « io muxito +, qui signifie des bois, c’est pour distinguer le Bosqueia du Spondias Mombin L. qui est, lui, désigné par les mots : « Muguenga où Muguengue » ; nous ne connaissons pas les noms indigènes congolais de cette dernière espèce.

Si cet arbre n'est pas très abondant, nous ne connaissons pas sa dispersion détaillée, il existe néanmoins dans diverses parties du Bas-Congo et même jusqu'à l'Équateur. Nous possédons, en effet, dans l’herbier du Jardin botanique de Bruxelles des échantillons de cette espèce provenant des localités suivantes :

Mayumbe (bois rose), septembre 1893 (Ém. Laurent) ;

Forêts du Mayumbe (bois rouge) août 1893 (lieut. P. Dupuis);

Coquilhatville, 31 janvier 1896 (Alfr. Dewèvre';

District des Cataractes (forêts), 20 janvier 1899

. (Éd. Luja):

Kisantu, 1900 (TJ. Gillet).

En dehors de l’État, il n’est connu que dans l’Angola, dans la Sierra de Alto Queta et dans les environs de Sange.

Cette dispersion fait supposer que la plante est plus

répandue ; c’est pourquoi nous avons tenu à signaler la valeur de son bois, si elle existe au sud et au nord du fleuve Congo, elle se retrouvera sans doute dans le Congo français. Ce Bosqueia vaut donc la peine d’être recherché, outre le bois d’ébénisterie de valeur qu'il fournit on pourra tirer parti de l'écorce comme matière tinctoriale; celle-ci devrait, il est vrai, être étudiée, afin de savoir si ses vertus se conservent et si l'écorce séchée, séparée du tronc, peut encore fournir la subs-

tance colorante.

IT

MUSANGA SMITHIL À. Br. où PARASOLIER

Le « parasolier + est une des plantes les plus répandues de l'Afrique tropicale occidentale, où il existe de Sierra-Leone au Congo et jusque dans la région des erands lacs et partout constitue une des essences les plus caractéristiques de la forêt.

Le Musanga est un arbre atteignant 15 mètres, dont les feuilles sont longuement pétiolées et divisées en 11-15 folioles disposées autour d’un point central. Son tronc, à écorce grisätre, à couronne épaisse, est soutenu par tout un échafaudage de racines aériennes (1).

(4) Musaxca Suivant R. Br. — Arbre simple ou ramifié, atteignant 15 mètres de haut, à tronc de 40-60 cm. de haut. Racines aériennes atteignant parfois 2,5 de long. Pétioles atteignant 55-60 cm. de long. Les divisions du limbe disposées en rayons autour du sommet du pétiole, atteignant 40 cm. de long et 7-9 cm. de large, rétrécies vers la base et triangulaires aiguës au sommet. Inflorescences mâles longuement pédicellées, ramifiées, les fleurs mäles sont constituées par une enveloppe florale renfermant une étamine. Inflorescences femelles géminées à l'aisselle des feuilles, à pédicelle de 5-12 cm. de long, formant une masse ovalaire aplatie, les fleurs femelles sont serrées les unes contre les autres, l'ovaire est terminé par un pinceau de poils disposés radiairement.

Distrib. — Mombuttus, Région des lacs, Sierra-Leone, Guinée

supérieure, Sar-Thomé, Cameroun, Gabon, État du Congo.

Page 1