‹ Notices sur l'amélioration des plantes par le semis et considérations sur l'hérédité dans les végétauxChapitre 12 sur 13 · PRINCIPE COLORANT DE LA GARANCE · texte numérisé non relu

PRINCIPE COLORANT DE LA GARANCE

Note lue à la Société Impériale et Centrale d’AgricuIture, séance du 20janvierl8D8.

J’ai déjà plusieurs fois entretenu la Société de la série de recherches que j’ai entreprises dans la vue d’améliorer les plantes cultivées, en développant en elles des qualités importantes, mais qui ne sont pas directement appréciables à nos sens : le sucre, dans la Betterave et le Sorgho; le principe colorant, dans la Garance; l’huile, dans la graine de Colza; la fibre textile, dans le Lin et le Chanvre^ etc. La méthode que j’emploie est, comme toujours, fondée sur la sélection et la multiplication des individus les plus richement doués ; mais il faut recourir à des moyens souvent délicats pour mettre en relief, c’est-à-dire pour rendre appréciables et mesurables les qualités sur lesquelles le choix doit être fondé.

C’est au sujet d’un moyen de rendre plus précise l’une de ces déterminations que je recourais, avant la séance, aux conseils bienveillants de notre président, M. Chevreul, qui m’engage à communiquer à la Société les observations que je lui soumettais à l’instant. Elles sont d’une nature peu agricole par elles-mêmes; mais si les perfectionnements apportés à un instrument destiné à cultiver le sol sont dignes de son attention, elle s’inté-

(1) Bulletin (les séances de la Société Impériale et Centrale d’AgricuIture, •2' série, t. XllI, p. 104.

— (Kl —

ressera. au mémo titre, aux modifications successives apportées à une méthode qui s’applique à l’amélioration des plantes.

Lors de la communication que j’ai eu l’honneur de faire à la Société, il y a à peu près un an, je n’employais encore qu’un moyen pour juger de la qualité des racines essayées. Ce moyen^ fondé sur la colorimétrie, consistait à comparer à des types fixes la coloration communiquée à des volumes connus d’un liquide alcalin par des poids égaux de Garance à essayer. Depuis, j’ai substitué au liquide ammoniacal que j’employais alors une faible lessive de potasse, qui n’a pas, au même degré, l’inconvénient de donner des teintes qui brunissent à la lumière. Mais, à partir de cet été, j’ai ajouté à la colorimétrie le contrôle d’une seconde épreuve par teinture directe. Cette méthode a le grand avantage de laisser derrière soi des échantillons à peu près inaltérables auxquels on peut toujours recourir, tandis que la colorimétrie ne laisse qu’un chiffre sur le cahier, sans aucun moyen de con- Irôle, si plus tard on vient à soupçonner une erreur.

La méthode de teinture que j’emploie est celle usitée dans toutes les fabriques d’indiennes ; elle est fondée, comme l’on sait, sur l’emploi d’une étoffe de coton mordancée par bandes de quatre couleurs. Seulement j’ai dû, pour pouvoir l’appliquer à des quantités de matière aussi petites que celles dont je puis disposer, la modifier un peu et m’assujettir à quelques précautions nécessaires pour rendre ses indications suffisamment précises.

La teinture se fait au bain-marie, à une température que l’on élève graduellement, en l’espace de deux heures et demie, de 30 degrés à l’ébullition, qui doit être prolongée une demi-heure; il est important que la température ne subisse pas de mouvement rétrograde. Les vases dans lesquels elle se fait sont de petites éprouvettes en verre très épais. Elles reçoivent chacune 20 centimè-

— (il —

très cubes d’eau de notre puits (qui est légèrement calcaire), 2 décigrammes de la Garance à essayer finement pulvérisée, plus, le petit coupon d’épreuve, qui pèse environ 65 centigrammes et qui présente 10 cent’'‘'T^^”“‘^ de surface pour chaque bande, mordancée, eu 40 centimètres carrés à teindre. Le bain-marie contient huit éprouvettes, dont une reçoit toujours un certain lot de Garance du commerce, et les sept autres sept lots à essayer. J’introduis ainsi dans chaque opération un lot (jui sert, en quelque sorte, de type; car, malgré les précautions les plus attentives, je ne puis encore empêcher ([lie des circonstances qu’il m’est impossible de maîtriser iniluent sur la réussite de l’opération de teinture, et, dans ce cas^ le lot commun à toutes les opérations me sert d’avertissement et de contrôle.

Mais son rôle se i-estreint à cet office, et je n’ai pu y trouver d’une manière suffisamment correcte un type [lour exprimer d’une manière absolue la valeur ou la richesse de mes Garances.

Cependant, toujours préocciqié de la recherche de ce type, j’ai essayé de me faire une échelle au moyen d’une série de coiqions égaux en surface à ceux que j’emploie aux essais et teints avec des poids connus d’alizarine pure. J’ai opéré, au moyen de magnifique alizarine, plusieui's fois sublimée, que M. Fontaine, fabricant de produits chimiques à Paris, avait préparée en vue de l’Exposition de '1855, et qu’il a bien voulu me céder, en la mesurant, pour plus de [irécision, sous la forme de dissolutions titrées très diluées. Mais il m’a semblé que cette belle matière n’était pas encore pure, et qu’elle contenait encore quelques matières pyrogénées huileuses ou hydrocarburées ; do sorte que j’ai voulu préparer moiméme mon alizarine. Ne pouvant aborder les méthodes trop délicates indiquées pour la préparation de l’alizarine, et voulant surtout éviter la sublimation, j’ai tenté

iiiie autre voie, et ce sont les résultats qu’elle m’a donnés (fue je soumettais, avant la séance, à notre illustre président.

Voici le pi'océdé aïKjuel je suis arrivé : du charbon sull'uricpie de Garance («arancine du commerce) est traité à chaud, en deux ou trois lavages, par moitié de son |)oids d’alun ammoniacal très pur; le liquide qui s’écoule sous le liltre est d’une magniti([ue couleur écarlate orange. Ou le lait évaporer en troublant par des agitations l'ré- (juentes la cristallisation de l’alun, qui forme de petits cristaux encroûtés d’alizarine amorphe. Ce produit est desséché, puis broyé et repris au bain-marie et loin de tout foyer, |)ar le sulfure de carbone bouillant qui dissout l’alizarine seule et laisse l’alun propre à resservir à une nouvelle, opération. La dissolution d’alizarine dans le sulfure de carbone est d’un jaune d’or brillant; elle est liltrée immédiatement, et par le refroidissement on voit les parois du flacon oîi elle est reçue se couvrir de charmants groupes étoilés d’aiguilles soyeuses. J’obtiens ainsi de l’alizarine parfaitement cristallisée par voie humide. L’extrême simplicité de ce procédé me fait penser qu’il pourra être adopté par l’industrie.

L’alcool absolu bouillant peut aussi être employé à la place du sulfure de carbone; c’est de lui (]ue je m’étais servi d’abord, et j’en ai obtenu, sur laine, des tons bien j)lus purs que ceux ({ue me donnait la solution alcoolique d’alizarine sublimée.

Page 1