‹ Notices sur la commune et sur l'hospice d'ArgenteuilChapitre 2 sur 17 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Quoique je n'eusse d'abord que l'intention de faire une description analytique des faits qui se rapportent à la fondation et à l'accroissement de l'hospice d'Argenteuil, j'ai dû, dans ce but, tout voir, tout examiner, tout compulser par moi-même. Mais comme en réunissant tous les documents, tous les matériaux que j'ai pu recueillir, j'ai rencontré une multitude de faits et d'anecdotes qui se rattachent à l'histoire de notre commune ; comme aussi je me suis procuré l'ouvrage de l'abbé Lebeuf, intitulé Histoire du diocèse de Paris, ouvrage dont le quatrième volume traite spécialement d'Argenteuil dans les trente pre-

mièrcs pages; que de plus j'ai eu la patience de feuilleter aux archives du département les vingt-six fortes liasses et les dix ou douze registres plus ou moins considérables qui composaient la bibliothèque des religieux bénédictins, anciens seigneurs d'Argenteuil ' ; qu'en outre il m'a été communiqué une chronique tenue par un sieur Valentin Gagnon, ancien buraliste de la poste aux lettres, que j'ai connu, laquelle chronique, commencée l'an 1734, a été suivie d'année en année jusqu'à 1703 ; et qu'enfin, étant septuagénaire, je possède, avec les traditions de mes pères, la mémoire des faits dont j'ai été témoin, j'ai cru devoir faire précéder mon histoire de l'hospice d'une notice sur la commune d'Argenteuil. On trouvera dans cette notice la date des améliorations successives qui ont été faites pour assainir cette commune, et pour y rendre la circulation plus facile.

M. l'abbé Lebeuf, dans son histoire du diocèse de Paris, donne sur Argenteuil des détails qui m'ont paru si intéressants que j'ai cru devoir les transcrire ici. Cet ouvrage est d'ailleurs devenu très-rare; j'é-

' J'ai eu le regret de n'y trouver aucune uole sur l'administralion des anciens svadicsde la commune.

pargne donc à mes lecteurs la peine d'y recourir en mettant sous leurs yeux les détails qu'il contient sur notre commune, et j'y joins un article pris dans le Dictionnaire de M. de la Martinière.

Enfin, et pour tout exorde, je prie le lecteur d'avoir pleine confiance à ce qui lui sera dit ou raconté dans ce recueil, attendu que mes renseignements sont pris sur des notes authentiques, sur des rapports de personnes dignes de foi, et, je le répète, sur ce que j'ai vu moi-même. Si ce travail n'est pas d'un intérêt général, il répondra, du moins je l'espère, à la curiosité bien naturelle de ceux de nos neveux qui, comme moi, tiendront à la commune oii ils sont nés, et dans le cimetière de laquelle reposent leurs aïeux. Quant aux miens, c'a été, je l'avoue, avec satisfaction que j'ai reconnu que dans les deux lignes soit paternelle, soit maternelle, jusqu'à la quatrième génération ascendante, les chefs de ces familles ont tous été syndics, marguilliers, administrateurs ou trésoriers de l'hospice. Après la lecture des délibérations auxquelles ils ont pris part, il me semblait avoir été témoin de leurs discussions préliminaires et pouvoir me faire une idée du caractère de chacun

d'eux comme si j'eusse été leur contemporain. C'est ce qui me confirme dans l'opinion que cet écrit pourra offrir plus d'intérêt aux membres des anciennes familles qu'aux habitants nouvellement établis.

Je ne suis pas écrivain, il s'en faut de beaucoup, et sans doute un autre que moi eût mieux traité ce sujet, qui pouvait être revêtu de formes plus élégantes et conséquemment plus agréables pour le lecteur. Mais l'amplification n'est pas ici nécessaire : la vérité suffît à l'autorité du narrateur et à la curiosité de ceux qui lisent ou qui écoutent. Dans tous les cas, je ne pense pas qu'on puisse découvrir d'autres documents que ceux que j'ai laborieusement amassés, et dont je me suis servi pour lier les temps passés aux temps actuels et faire ainsi l'histoire de notre commune et de notre hospice.

E.-O. Chevalier,

Membre de la Légion d'IIonncnr.

NOTICE

VILLE D'ARGENTEUIL

-©Oo-

Deux choses ont rendu Argentcuil mémorable, premièrement un monastère de l'ordre de Saint-Benoît, recommandable par son antiquité et par les reliques qui y sont conservées; en second lieu, le territoire du pays, célèbre par la bonté de son vin. Si l'on voulait ajouter foi aux traditions populaires, et suivre les idées que les noms des lieux font naître, on s'imaginerait que celui à'Argeyitueilwiendvait de quelque mine d'argent qu'on aurait aperçue sous la montagne voisine; mais il y a tant de lieux en France et ailleurs dans le nom desquels le mot argent se trouve, tels que Argental, Argentan, Argentelles, Argentenmj, Argentières,

Argentine, Argentolle , Argenlon , Arcjentré, etc., sans qu'il y ait aucun vesiige de ces sortes de raines, que, sans hésiter, on doit prendre le parti de croire que le imm Argent, dans tous ces noms, est un terme celtique, ou plutôt que ce sont deux syllabes de cette langue, Arg et Ant ou And, que l'usagé a f^iit adoucir en sorte qu'au lieu dédire Argant on dit Argent. On a dans les Itinéraires romains, à l'article des Gaules, Argantomagus, Argentunria, ce qui prouve que le mot Argent est très-ancien et qu'il n'y n'est point dérivé du latin dans les noms de lieu. Ainsi croie qui voudra, avec le peuple, que les mines ou les trésors d'argent sont sous la montagne, aux environs du ciiâteau" de May ou Mail situé sur le territoire d'Argenteuil, vers le nord, et que euil signifiait autrefois montagne, en sorte qu'Argentueil » voudrait dire Montagne d'Or ; ce n'est point à ceux qui recherchent la vérité avec droiture à se repaître de ces fables. Ils doivent se contenter de savoir que dans les premiers titres ce lieu a élé appelé : Argentoïalum, puis Argentoilum, Argeutogilum, et enfin Argentolium.

Argenteuil était peut-être un lieu inculte, et la montagne voisine était probablement couverte de brous-

'Depuis M. l'abbé Lebeuf, Torlhographe de ce mot a encore change et au lieu de Argentueil, on écrit Arcjenleuil.

Nous suivrons celte dernière manière d'écrire, dans le co.;rs de cet ouvrage.

sailles lorsque ce nom lui fut donné. Quoi qu'il en soit, un riche seigneur français, nommé Ermenric, et Nummane son épouse, y fondèrent au vu* siècle un monastère de filles, dont le roi Clolaire III approuva l'établissement vers l'an 665 Les fondateurs le soumirent dès lors à l'abbaye de Saint-Denis ; car les grands monastères d'hommes avaient quelqueJois, alors, des monastères de filles de leur dépendance. Un diplôme, par lequel Childebert III donna à cette nouvelle maison, l'an 697, ce que le fisc avait dans la forêt voisine, appelée en latin Connolelus, marque que l'abbesse s'appelait Leudesinde, et que l'abbaye était sous le titre de la Suinie-Viercje, Saint-Pierre et Saint- Paul.

Lorsque le roi Pépin donna au monastère de Saint- Denis une grande partie de la forêt d'Iveline *, l'an 768, il en excepta ce qu'il avait déjà donné à d'autres églises, comme à Notre-Dame du monastère d'Argenteuil. Carioman, son fils et frère de Charlemagne, approuvant les Chartres des rois ses prédécesseurs en faveur de ce monastère, l'an 770, spécifie qu'alors il avait pour abbesse Ailine. Le gouvernement de cette

1 J'ai reconnu par la lecture de l'ouvrage entier de l'abbé Lebeuf que la forêt d'Iveline commençait où est encore celle de Sainl-Germain, et se prolongeait jusqu'à Chevreuse, llambouillet et Dourdan. A Rambouillet lu forêt porte toujours le même nom. (lil.-O. Chevalier.)

abbaye de filles était entre les mains de l'abbé de Saint-Denis, dont le monastère n'en est éloigné que d'une lieue et demie, lorsque Charlemagne l'obtint de lui pour le peupler d'autres religieuses qui seraient gouvernées par Tliéodrade, sa sœur, avec promesse de le lui remettre dans la suite. Théodrade gouvernait cette maison l'an 824, époque où elle fit un échange avec un abbé Einhard ; et encore l'an 828, auquel temps elle obtint des princes Louis le Débonnaire et Lothaire une charte par laquelle il était permis à l'abbaye de Saint-Denis d'en reprendre le gouvernement après sa mort, ou en cas qu'elle allât demeurer dans un autre monastère.

Ce diplôme rappelle les titres primordiaux du vu» siècle et marque l'intention des fondateurs. Nonobstant ces diplômes, la restitution n'en fut point faite à Saint-Denis. Il y a preuve que ce monastère était rempli de religieuses de la famille royale, et de celles qui étaient protégées par les princes, et cela fut ainsi jusqu'aux guerres des Normands, époque où elles furent obligées de s'enfuir. Alors le monastère, auquel la princesse Berthe, fille de Charlemagne, avait fait présent d'un grand terrain pour se mettre plus au large, loin d'en profiter, alla en décadence le reste du siècle. Ode était abbesse dans le temps des premières courses des Normands, et depuis elle, on n'en trouve plus aucune.

Après un siècle et demi, la reine Adélaïde (ou Adelaïs), mère du roi Robert, entreprit de rétablir le monastère d'Argenfeuil, que les Normands avaient détruit. Son fils entra dans ses vues, et y accorda beaucoup de terres, commençant par ce que le roi Hugues-Capet, son père, avait possédé àArgenteuil même, y ajoutant le droit de marché, celui du passage des voitures par terre, et le droit du tensement de vin. Son diplôme est de l'an 1003. Ce qui fit dire à Helgaud, en la vie de ce pieux prince, qu'il avait bâti ce monastère, et qu'il y avait placé un grand nombre de religieuses bénédictines, quoique, dans le vrai, il n'en fut avec sa mère que le restaurateur. On n'a le nom d'aucune des prieures ou supérieures de cette maison, depuis sa restauration, si ce n'est celui d'Héloïse, qui l'était six-vingts ans après son rétablissement '.

* Héloïse, ou Louise, nièce de Fulbert, chanoine de Paris, aumônier du roi Henri l"', belle, mais surtout spirituelle, se livra avec arùeur ù l'étude des sciences et se fit un nom dans le monde par une érudition rnre chez les femmes, surtout au temps où elle vécut. Apres avoir été d'abord la maîtresse et ensuite la femme d'Abailard, elle devint religieuse, puis prieure au couvent d'Argenteuil et enfin première abbesse de la célèbre abbaye du Paraclet oiî elle mourut, en 1164, âgée de 63 ans. Héloïse est un des personnages du xil* siècle qu'on connaît le plus, mais non pas le mieux. La première partie de sa vie nous la montre livrée aux égarements d'une passion ar-

Ce fut alors, c'est-à-dire l'an 1129, qu'en vertu d'une ordonnance du concile tenu à Saint-Gerraaindes-Prés, où présidait le légat Mathieu, évêque d'Albane, le monastère d'Argenteuil rentra sous la dépendance de l'abbaye de Saint-Denis, par les mouvements que l'abbé Suger se donna pour cela; et, non-seulement l'abbaye en reprit le gouvernement, mais même on y mil des religieux de la maison, après qu'on eut

deote, égilemeat réproavée par la religion et par la morale ; la

seconde, au contraire, l'absout et l'honore. Mais c'e^îl à ses erreurs surtout qu'elle doit sa célébrité. Les gens du inonde la voient comme une espèce de figure poétique qu'ils aiment et jugent d'après des romans, sans tenir compte de ce qui f^il le vrai mérite de cet esprit distingué, ei de ce grand caractère que sa vie révèle à quiconque l'a dépouillée des fictions. Ceux qui voudront bien connaître Héloïse chercheront dans ses lellres originales ce qui peut pallier ses fautes. Apres la mort d'ALailard, elle obtint la translation de son corps au Paraclet (1142) et vécut encore 22 ans dans celte retraite; mais sans conserver aucune relation avec le monde, ne parlant plus que pour prier et iustraire, s'abstenant même de prononcer le nom d'Abai* lard, et ne s'entretenant plus du passé qu'avec Dieu seul. A sa mort, elle fut réunie à son mari dans le tombeau, comme elle l'avait demandé, et, dans les translations diverses du monument qui renferme les cendres des deux époux, on a respecté leur voeu et on ne les a jamais séparés. Depuis le mois de mars 1817, leur tombeau est au cimetière di Père L-i Ciiaise.

(E.-O. Chevalier.)

dispersé une partie des religieuses à Malenoue », et envoyé les autres au Paraclet, diocèse de Troyes, avec Héloïse. L'arrangement qui s'était fait alors déplut, au bout de trente ans, à Maurice de Sully, évèquc de Paris. Corame depuis le rétablissement fait par le roi Robert, ce monastère avait été sous la direction de l'ordinaire, ce prélat demanda, en 1163, qu'on y remît des filles, ou qu'il eu nommât le prieur ou l'abbé, s'il restait dans la nature de monastère d'hommes. Odon, abbé de Saint-Denis, et lui mirent cette affaire en arbitrage. La décision fut que l'union du prieuré d'Argenteuil à l'abbaye de Saint-Denis tiendrait pendant trois ans, au bout desquels l'évêque pourrait reprendre le procès. Maurice resta tranquille le reste de son épiscopat. Mais Eudes de Sully, son successeur, renouvela celte affaire, qui ne fut terminée qu'en 1207 par un accord. L'évêque et le chapitre de Paris promirent de ne plus agir pour rétablir un abbé ou un abbesse à Argenteuil, mais d'en laisser la jouissance libre à l'abbaye de Saint-Denis, en qualité de prieuré, moyennant que l'évêque aurait, par chaque année, deux procurations (c'est-à-dire deux repas) à Argenteuil, et l'archidiacre tout autant; que l'évêque jouirait de ses droits épiscopaux, et que l'abbaye de Saint- Denis n'obtiendrait aucun privilège, au sujet de celle

< Une notice récente dit : Notre-Dame-de-Malnoé.

église d'Argenteuil, contre l'évûque ni contre le chapitre ; de sorte que si l'évoque jetait un interdit dessus, les religieux l'observeraient; et enfin il fut convenu d'une certaine redevance de blé que l'abbaye de Saint- Denis payerait aux évêquesde Paris, chaque année, à la Saint-Remy.

Au reste, lorsque les moines de Saint-Denis vinrent demeurer dans ce monastère , la règle était déjà beaucoup déchue de son ancienne sévérité, et ce qui regardait la nourriture des religieux faisait une des plus importantes affaires de ce prieuré. On voit, par une charte de l'an 1300, que la fonction de chef de cuisine était dans ce couvent un office héréditaire, dont Hugues, abbé de Saint-Denis, régla alors les droits conjointement avec Hugues, prieur du lieu. Le règlement parle de pitances de chair pour le couvent. Le queux ou cuisinier était tenu de cuire en sa maison tous les oiseaux que les moines achetaient, de quelque espèce qu'ils fassent; et, moyennant le droit de pain et vin conventuel que le couvent lui accorda et à ses héritiers, il fit la remise des queues de tous les poissons qui lui étaient dues, et de quelques rentes assises sur des vignes à Orgemont. Il reste encore dans l'abbaye de l'Essay, en Basse-Normandie, un exemple d'office de queux du monastère, qui est héréditaire et même féodal. C'est ce que les nouveaux éditeurs du Glossaire observent après avoir inséré en entier dans

eur ouvrage la charte qui regarde celui d'Argeni tejjil. Il y a apparence que ce furent les pèlerins de conséquence attirés par la relique de la Sainte Robe dont je parlerai ci-après, et auxquels on ne pouvait refuser l'hospitalité, qui rendirent l'usage du gras plus commun dans le monastère d'Argenteuil '.

Nous avons dans le nouveau Gallia chrialiana un catalogue des prieurs d'Argenteuil depuis leur origine, à commencer par Hugues et Odon, qui le furent sous Suger, abbé de Saint-Denis. Voici quelques faits notables de leur temps, suivis de quelques remarques nouvelles. Sous le prieur Geoffroy, en 1152, le roi Louis YII accorda la mairie ^ d'Argenteuil à la même abbaye. Sous le prieur Ansolde ou Aleaume fut découverte, en l'an 1156, la relique que l'on appelle la Robe de Notre-Seigneur. Nicolas de Bôissy, prieur sur la fin du règne de saint Louis, fut lié d'amitié avec Pierre de

'Je ne parle pas de Rigonl, médecin de PhiH pe-Auguste, qui raconte l'observation astronomique qu'il y fit l'an 1128. Sa résidence à l'abbaye de Saint-Denis pouvait le mettre à portée d'aller souvent à Argenteuil. (Note de Duchône, t. IV, p. 28.)

- On lit dans une lettre de Louis Vil qu'en 1152 les domestiques du maire d'Argenteuil qui pouvaient être des parents de l'abbé Suger, ayant tué un bomme pendant la foire du Landy, le roi cassa le maire et remit son office au prieuré d'Argenteuil, à condition d'en faire iO livres d'argent de redevance à l'abbaye de Saint-Denis. [Histoire de l'abbaye de Saint-Denis, parDom Michel Félibien, liv. iv, p. 194.)

Condé, chapelain de ce saiiii roi à la Terre sainte. Il reste des lettres que ce chapelain' lui a écrites sur la croisade. Il m'a paru que Philippe de Dampierre, que l'on compte pour le troisième prieur commendalaire, en 1523, était de quelque ordre religieux. J'ai trouvé que, le 9 juin 1526, Hugues de Montchanin fut nommé prieur par l'évêque de Paris, à cause de l'incapacité de frère Philippe de Dampierre, et qu'ensuite le prieuré fut conféré par le même à Guillaume Josse, docteur en théologie de l'ordre de Cluny. L'incapacité de frère Philippe n'était autre que son mauvais gouvernement : il avait dissipé les biens de la maison et en avait vendu les cloches. Jacques Foïiin ou Foing, chanoine de Paris, qui fut prieur de ce lieu, dès l'an 1573, fit dresser un procès-verbal de l'incendie de l'église et des maisons causé par les calvinistes. Sous Pierre de Serres, 1 aussi chanoine de Paris et prieur commendalaire, Louis de Lorraine, abbé de Saint-Denis, statua, en 1609, que, dans la suite, il y aurait dans ce prieuré quatre religieux prêtres et deux novices. Enfin, l'an 1646, la congrégation de Saint-Maur y fut introduite ; depuis lequel temps celte maison a eu deux illustres prieurs commendataires, qui sont M. du Cambout de Coislin, évoque d'Orléans, décédé en 1706, et M. Claude Fleury, qui avait été sous-précepteur des trois princes, l)etits-fils de Louis XIV, et qui est fameux par son histoire ecclésiastique. Il est mort en 1723.

L'église du prieuré n'a rien que de fort simple dans sa construction, tant par le dehors que par le dedans. Comme elle a été reblanchie, il n'y a que le dehors des cintres et des vitrages qui peuvent faire voir que ce qui reste est du xii^ siècle. Il consiste en une nef nue et sans ailes ou bas-côtés. On y a pratiqué un chœur pour les religieux en place de l'ancien, qui fut détruit par la chute du clocher arrivée le 21 janvier 1G99. Lorsque l'église eut été ainsi raccourcie et refaite, elle fut bénite de nouveau le 6 novembre 1701. Le cloître, qui est du côté méridional, est d'un travail très-délicat et formé de petites colonnes qui ont cinq ou six cents ans.

On conserve dans cette église une relique que quelques historiens appellent Cappa Salvatoris nostriinconsulilis, et d'autres Tunica Salcatoris inconsuiilis. La découverte y en fut faite miraculeusement l'an llôG, suivant les auteurs, auxquels il faut ajouter le témoignage de Hugues, archevêque de Rouen, qui déclare qu'alors, en présence de plusieurs évèques et du roi Louis le Jeune, il la tira du trésor et l'exposa à la vénération des fidèles, la qualifiant : Cappam puerl Domini Jesu. Le premier historien, qui était contemporain, assure qu'on avait trouvé avec ce vêtement des lettres qui marquaient que c'était la robe que sa glorieuse mère lui avait faite lorsqu'il était encore enfant. On ajoute que les évêques présents, y compris

celui de Paris, accordèrent des indulgences à ceux qui visiteraient cette relique : mais c'est un fait dont les historiens du temps ne disent rien, et la charte peut avoir été augmentée de quelques additions. L'abbé Chastelain, chanoine de Paris, écrit qu'il vit la relique, le jeudi 28 juillet 1672, dans une châsse de bois, celle ■ qui était d'argent ayant été prise par les Huguenots que celte robe paraît comme un gros crêpe usé, ou plutôt comme un canevas (in d'une couleur de rose sèche brune, et que c'est une robe d'enfant. Robert du Mont, auteur du xii« siècle, assure qu'elle était coloris subrufl (roussâtre). On prétend que celte relique avait été donnée à ce monastère par Cliarlemagne en même temps que le corps de sainte Christine, apporté d'Italie, lorsque sa fille Théodrade se renferma dans ce couvent avec d'autres dames de la cour. Ainsi, il faut croire que les religieuses, qui prirent la fuite à l'arrivée des Normands , avaient caché en quelque lieu trèssecret et fort sec toutes ces reliques, au lieu de les emporter avec elles; car ou ne voit pas de raison pour laquelle, depuis le rétablissement du monastère par le roi Robert, elles eussent été cachées; et d'ailleurs il n'y avait qu'un siècle et demi d'écoulé jusqu'à l'an 11 5G, ce qui n'avait pas sutlî pour que la charte de celte année-là pût mettre : ah antiquis temporibu^. On juge par un ancien Graduel où la messe en l'honneur de la relique du Sauveur se trouve entre la Saint-

Laurent et l'Assomption, que la translation avait été faite le 12 ou 13 août.

Il est surprenant, au reste, qu'à la fin du xiii^ siècle, les religieux d'Argenteuil eussent fait venir de Rome des indulgences pour ceux qui visiteraient leur église aux fêtes de l'Annonciation, de la Nativité, de la Purification, de l'Assomption de la Vierge et à la fêle de sainte Christine, martyre, sans faire aucune mention de la robe de Notre-Seigneur ni de sa fête. Il n'en est pas moins vrai qu'en 1486 Jean Fardonas, prieur, ordonna qu'on tînt une lampe allumée devant le corps de Notre-Seigneur et la sainte robe. Il est égalemeni certain que la châsse où elle était renfermée fut portée en procession d'Argenteuil à Saint-Denis, le 1" mai 1529, et dans une autre à Paris en 1534, avec la vraie croix et autres reliques de la sainte chapelle. Ce fut aussi sans doute la même relique qui attira à Argenteuil plusieurs prélats et plusieurs princes et princesses en différents temps, ainsi que je l'ai insinué ci-dessus : entre autres les archevêques de Sens, Gautier Cornu, l'an 1236; Gilon Cornu, en 1254; Henri Cornu, en 1255; Pierre Charny, en 1268; Odon de Tiiscule, légat en France, en 1245; les évêques de Paris, Guillaume d'Auvergne et Gauthier de Chàtean- Tliierry, en 1246 et 1250. Saint Louis s'y rendit durant le carême de l'an 1255, et au mois de janvier 1260. Henri III, roi d'Angleterre, y vint vénérer la sainte

robe, et donna une coupe de dix arpents de bois pour rétablir l'église.

Louis XIII y vint trois fois. Marie de Médicis, sa mère, y est aussi venue ainsi que Anne d'Autriche, sa femme, la pieuse reine d'Angleterre, femme de Jacques II, et le cardinal de Richelieu. Mademoiselle de Guise, ne pouvant souffrir que cette relique fût dans une châsse de bois, en lit faire une magnifique dans laquelle on la transféra le 22 octobre 1680. Alors elle obtint une parcelle de cette relique.

Dom Gerberon rapporte que, quelques années avant qu'il publiât le livre qu'il a composé sur ce sujet, on avait fait des informations juridiques touchant les anciens titres qui regardaient ce précieux monument. Que le sieur Duchêne, procureur de ville, avait déposé en justice qu'il avait vu parmi les papiers de l'église paroissiale un litre latin, d'écriture fort ancienne, sur parchemin, où il avait lu ces mots : Tunica incoimitiiis, et ceux-ci : una hom. Ce qui lui avait fait croire que ce titre regardait la sainte robe, parce qu'on tient de tradition qu'elle était arrivée à Argenleuil à une heure après midi, lorsque Charlemagne l'envoya, et même que depuis on y sonnait tous les jours une cloche à la même heure; que ce titre avait deux sceaux sur chacun desquels il avait lu Epii^-copus. Que le syndic d'alors avait déposé qu'il avait tenu un litre écrit en français, dont la date était de huit cent et tant d'années

I (c'était apparemment une traduction de l'autre), et qu'il y était dit que Constantin, fils d'Irène, impéraratrice (d'Orient), fit donner la sainte robe à Charlemagne, qui la fit apporter à Argenteuil, avec solennité, y étant présent avec douze évêques et les seigneurs de la cour; qu'elle y arriva à une heure après midi, en mémoire de quoi on sonne tous les jours, îf la même heure, trois coups de cloche, et qu'enfin ce prince la donna à Théodrade, sa fille, religieuse du lieu. Le savant bénédictin ajoute que ces titres ne se trouvaient [Jus lorsqu'il imprima son livre. Ce qu'il cite ensuite louchant la singularité de la sonnerie demande à être développé.

On avait toujours été exact à sonner à la paroisse, à une heure après midi, pour conserver le souvenir de l'arrivée de la relique, qui fut à la même heure. Mais vers l'an 1666, quelques particuliers, croyant que cet usage n'avait commencé qu'avec l'établissement de l'Angelus à midi, entreprirent de l'empêcher; c'est pourquoi il y eut sentence du baiUy d'Argenteuil, au mois de décembre 1667, par laquelle celui qui avait voulu abolir cette coutume, fut condamné à la rétablir, et ordre aux marguilliers de faire sonner, à peine d'amende.

Dès le mois de janvier précédent, l'archevêque de Paris avait ordonné la même chose. Quelques-uns ayant usé de violence contre ceux qui sonnaient à une

heure, il y eut décret de prise de corps contre un d'entre eux. Sur de nouvelles représentations, l'archevêque donna ordre au curé, le 27 mai 1667, de tenir la main à ce que l'ancienne coutume ne fût point changée. On y obéit pendant sa vie. A sa mort on cessa : nouvelles plaintes furent portées au successeur, qui ordonna la même chose, et son ordonnance fut signifiée aux marguilliers. Dom Gerberon ajoute que depuis on y a toujours obéi. L'abbé Chastelain, chanoine de Paris, qui observait toutes les particularités de chaque lieu, remarque, dans le voyage qu'il fit à Argenteuil en 167:2, que l'usage était à la paroisse de ne sonner l'Angclus qu'à une heure au lieu de midi. Mais cet usage était encore combattu par le sacristain nommé Jean Morin, ainsi qu'il se voit par un factum qui fut présenté à la cour du parlement, et l'affaire n'était pas encore terminée en 1678. Il paraît, par le mémoire imprimé en 1719 (p. 17), que cette alfaire était assoupie*.

Il resterait à examiner sur quel fondement on a pu chanter autrefois, à la messe, en l'église de ce prieuré, que cet habit sans couture avait été joint à la Croix, Cornes quoque fuit crucis; serait-ce que Charlemagnc

< Celte sonnerie comraôraoralive a élé inlorrompue depuis la révolution de 1789, jusqu'en 1844, où elle a été rôlablie par M. l'obbé Millet, alors curé doyen de In paroisse d'.Vrgi'nlcuii.

(E.-O. Chevalier.)

aurait donné en même temps quelque morceau de la vraie croix? Ou serait-ce qu'un morceau de la croix aurait été renfermé dans une grande croix de matière précieuse dont le Christ aurait été quelquefois couvert de cette tunique, robe ou chape? Quoi qu'il en soit, on lit que vers la fin du dernier siècle, un morceau de la vraie croix fut placé au-dessus de la châsse de la robe de Notre-Seigneur.

On voit encore, dans l'église de ce prieuré, le tombeau du chevalier de Hautepierre, décédé en 1298, qu'on dit avoir été frappé de maladie subite pour avoir voulu faire couper une partie de cette relique par son domestique, afin de l'emporter par dévotion.

Il y avait dans ce même prieuré, ainsi qu'il a été dit ci-dessus , une dévotion particulière envers sainte Christine, martyre du lac de Bolsène en Italie, et cela par rapport à son corps, que l'on y possédait. Ces reliques furent mises en 1711 dans une châsse nouvelle, où l'on renferma l'ancien titre qui en faisait mention aussi bien que quelques reliques de saint Eugène, martyr, dont le corps avait été transporté autrefois de Duëil (lisez Deuil) à Saint-Denis. Il est visible que c'était l'abbaye qui avait donné à Argenteuil ce qu'on y a de saint Eugène. On y conserve aussi d'autres reliques dont je ne parlerai que dans les propres termes de l'abbé Chastelain :

« On voit, dit-il, à Argenteuil, dans le Prieuré, des

» coi'poraux de Saint-Denis. Ce sont des linges qu'oï » faisait toucher, dès la première antiquité, au toni- » beau de ce saint, et depuis, à son cercueil d'argent, » et qu'on envoyait ensuite à ceux qui ne pouvaient y » venir en pèlerinage, au lieu d'envoyer de ses reli- » ques, de la même. manière qu'on faisait à Rome à » l'égard du tombeau de saint Pierre, comme on voit, * par saint Grégoire, pape, dans ses lettres. On a cru, » dans les siècles d'ignorance, que c'étaient des corpo- » raux dont saint Denis s'était servi à la messe; mais » ils tirent leur nom de corporal, non du corps de » Noire-Seigneur, mais de celui de saint Denis, saint » Pierre, etc. »

Le monastère d'Argenteuil comprenaitanciennement quelques chapelles situées dans l'église et dans l'étendue de l'enclos, et ces chapelles étaient des bénéfices en titre. J'ai trouvé à l'année 1502 une permutation de la chapelle de Saint-Maurice, qui|y est dite située, et en 1558, le visa d'une chapelle de Saint-Pierre, qui était proche de l'église. On a découvert en effet, dans le siècle dernier, que ce qui sert de jardin est rempli de quantité d'anciens fondements, et que ce qui sert de cour était autrefois un cloître ou un cimetière. La chapelle Saint -Pierre existe encore devant le portail de l église, la place étant entre deux : sa construction est de la fin du xiii'' siècle ou du siècle suivant. Quelques-uns assurent qu'elle a servi de paroisse pendant

quelque temps. Mais la chapelle de Sainl-Jean, qui est séparée de la nef par une ruelle, du côté du septentrion, est d'un travail qui semble être du x^ siècle : elle est presque en forme carrée et soutenue par de l)Clils piliers. Au côté septentrional est incrustée dans le mur l'épitaplied'un nommé Addalaldus, diacre, qui enseignait le chant aux religieuses dans le x^ ou xi" siècle. Comme elle est gravée et figurée avec ses lettres entrelacées dans le IIP tome de l'histoire de Paris, par Félibien, page 24, je me contente d'en rapporter ici la teneur : Sub hoc titulo conditiim est corpus Addalaldi, indigni Diaconi, qui fuit in isto monaslerio magister arte musicâ. Qui legis, ora pro ipso : et est depositus xv spb '.

Je pense que cette pierre était primitivement hors de cette chapelle, sur le mur septentrional, et qu& c'est le corps de ce diacre qui a été trouvé par dehors, au même lieu, dans un cercueil de pierre, en 1736.

Le prieuré d'Argenteuil était autrefois à la nomination de l'abbé de Saint-Denis. Depuis la réunion de l'abbaye au monastère des Dames de Sainl-Cyr, le roi y nomme. Le revenu est de 5 à 6,000 livres.

On ne trouve point la raison pour laquelle, depuis

* Traduction de l'épitaphe :

Sous celte inscription est renfermé le corps de Addalaldus, diacre indigne, qui fut maître de chant dans ce monastère. Vous qui la lisez, priez pour lui. 11 fut déposé ici le XV septembre.

quelques siècles, ce monaslèrc a été appelé le Prieuré de V Humilité de Notre-Dame ou Xotre-Dame de l' Humilité. Ce ne peut être que relativement au 3» verset du cantique Magnificat.

On voit à l'entrée de cette église, à main droite, de même que dans celle de l'abbaye de Saint-Denis, une pierre dans laquelle sont taillées des cavités rondes, pour servir de règles aux mesures du lieu.

Il n'y a qu'une paroisse à Argenteuil. L'église est sous l'invocation de Saint-Denis. On sent assez que les abbés du fameux monastère voisin, étant chargés du gouvernement des premières filles qui furent mises dans l'abbaye d'Argenteuil, veillèrent à ce que les habitants qui s'établirent en ce lieu, pour en faire valoir les biens, eussent une église particulière, et que, moyennant des linges du tombeau de saint Denis, il fut facile de dédier une chapelle ou basilique sous son invocation. Il peut donc avoir existé une paroisse de Saint-Denis à Argenteuil, dès le vm» ou ix^ siècle; mais alors elle était fort petite. Elle aura, sans doute, été détruite par les Normands, ainsi que celles qui se trouvaient sur le bord de la Seine; et depuis elle aura été rebâtie à diverses fois. Il n'y a rien dans l'édifice que l'on voit aujourd'hui qui puisse remonter au delà du xiii» siècle. Celle église a été construite à plusieurs reprises ; on y voit du genre de structure des xiii% xi\% xv<= et xm' siècles, et presque

rien n'y est régulier. Le chœur est de biais; du côié septentrional, il y a double aile avec des chapelles, et, du côté du midi, il n'y a qu'une aile toute seule.

Il y a au fond une chapelle en espèce de rotonde; les piliers qui supportent le clocher par dedans l'église sont du xiii^ siècle ainsi que quelques autres Le reste, dont les chapiteaux sont en volutes, est beaucoup plus moderne. Le grand autel est sous une voûte en forme de calotte, qui paraît être une addition récente. Dans le côté septentrional, proche le mur de la nef, se lit cette inscription en lettres gothiques :

— La mort toujours présente aux périlleux faits d'armes, Voyant de Chambellan le laurier sur le front Combattre vaillamment ès-plaines de Piedmont, Sous le grand roi François [l") entre ses preux gens d'armes, Le sauva des hasards courus en faits d'alarme;:. Partout à main hardie et le courage pront, Pour n'eslranger (préserver) ses os qui à jamais se; ont Honorés en ce lieu de copieuses larmes. Car lu sais, Argenteuil, qu'ayant fait de son corps Un boulevert (vard) pour toi et dedans et dehors, 11 a fondé les murs dont Vaccint (la ceinture) l'cnvii'onnc. Pourtant garde icy son tombeau de meschef (mal) Comme assure là haut, il porte sur le dief (tête) Des anges bienheureux l'immortelle couronne.

« David de Chambellan, écuyer, ey-gisant, décéda le dernier » jour de décembre 1343, et damoiselle Marguerite de Brette, » sa femme, aisanle en même lieu, d'céda l'an 1359. Frère

» Jérosme de Chambellan, leur fils, Grand-Prieur de Saint- » Denis, en France, leur a consacré ce monument. »

Dans le côté méridional est en gothique l'épitaplie suivante :

« Cy-devant gisl noble damoiselle Catherine de Rueil, veuve » de feu noble homme M. Jehan Ruzé, chancelier des feu roi » et reine de Navarre; laqiieile décéda en sa maison d'Argen- » teuii le Xj d'août 1377, laquelle défunte a donné à Tégliso » de d'ans, pour une fois payer la somme de cent livres pour » être participante aux prières des gens de bien. »

Dans la nef, à un pilier, vers l'orgue :

« Cy-devant gist honorable homme Macé Girardin, marchand )) laboureur, demeurant à Argonteuil, et marguillier de céans; » et à la poursuite de cette église a été recourbé par les Hu- » gucnols, et est mort le 14 décembre 1580. »

A un pilier du chœur, sur la pierre :

» Cy gist Jaccpies Lepeultre, sieur du Plessis Trappe, lequel » est décédé en ce bourg d'Argenteuil le XV aoiit MVFXV. »

Dans les côtés du nord est l'épitaphe en marbre de Toussaint Fauvette, laboureur, demeurant en ce lieu, qui, mourant sans héritiers, lègue sa maison à gens d'église qui voudront vivre en congrégation, sous l'obéissance de M. le curé.

Le contrat fut passé par-devant du Mas, notaire au

i Chastelet, le 1 8 septembre 1627. Il mourut le 29 octo- ; bre suivant, et Martine Polheron, sa femme, le 18 mars 1645, Au même côté, sur marbre noir, taillé en rond :

I « Cy gist Calheririe de Mory, dame de la Mole Lamyre, I » morte le 25 sepU-nibre 1651. »

Dans une épilaphe de marbre noir, proche l'entrée du chœur, et de l'an 1655, Argenteuil est qualifié tille: aussi bien que dans celle en marbre blanc de Jacques d'IIemel, chevalier de l'ordre de Saint -Louis, décédé en 1729.

Enfin, près de la porte méridionale, est le mausolée en marbre blanc de Jacob d'Erlach, baron Spictcetisis, converti du calvinisme, et décédé le 29 octobre 1694.

La cure est marquée à la nomination de l'évèque de Paris dans tous les Fouillés ' du diocèse, à commencer par celui du xiii" siècle, et c'est lui qui y nomme en effet. Le Pouillé du xv^ siècle lui donne soixante-dix livres de revenu ; ce qui était beaucoup alors, relativement aux autres cures. Le plus ancien curé qui soit fourni par les titres que j'ai vus, est : Balduinus Presbyter Argenlolii, témoin, en 1186, dans une charte de l'évèque de Paris, Maurice de Sully. Dans le siècle suivant, cette paroisse eut quelque temps pour curé

• Pouillé, dénomljremcQl, élat de ^revenus d'un iHocèse.

Jacques de Vilry, qui passe pour en avoir été originaire, et qui devint par la suite cardinal-évéque en Italie, auteur assez célèbre, principalement par son Histoire des Croisades. Il mourut en 1244.

André Hoius, professeur à Douai, a fait autrefois son éloge en vers hexamètres, où on lit :

Natales Argentolei puer editus auras,

Sequana quam Uquidis argenteus alluit undis •.

Mais d'autres croient qu'il était natif de Vitry-sur- Seine, au-dessus de Paris.

Sur la fin du xv° siècle, cette cure fut possédée par Nicolas d'Argouges, puis par Arlur de Vaudetar, oflicial de Paris, qui la résigna en 1483 à Martin Ruzé, conseiller du roi, après la démission duquel, en 1484, elle fut conférée à Jean Guy, doyen d'Orléans, le 6 août. Il ne faut point douter qu'elle n'ait été souvent gouvernée par d'illustres curés. Je voudrais pouvoir me dispenser de parler de Jérôme Pillegrain, qui fut accusé et convaincu de faux en son ministère, dans l'année 1597, et qui fut chassé. M. Thiers, en sou Traité des superstitions y fait mention de M. de Rex, curé de ce lieu, pour y avoir aboli l'usage de dire sur le corps des femmes qui étaient mortes en couches

1 Traduction des deux vers de Hoïus , parlant du cardinal de Vitry : II vit le jour à Argenteuil, ville que baigne la Seine de ses floti argentés et limpides.

— Biles prières des relevailles avant que de les enterrer. Ce fut en 1690, le il avril, du temps du même curé, que l(j Parlement donna un arrêt pour régler la manière d'élire les niarguilliers. Ce fait me rappelle qu'en 1402 i'évêque de Paris et le prieur du lieu y avaient assisté, l'évêque présidant aussi bien qu'à l'audition des comptes. Il y avait eu, quatre ans auparavant, un arrêt rendu le 10 mars au sujet de la reddition de ces comptes.

On montre dans cette église un ornement de velours, couleur de pourpre, que l'on dit avoir été donné par le roi Louis XIII, à la prière de M. Blondis, curé natif du lieu, chez lequel ce prince venait souvent se reposer au retour de la chasse.

En 1612, on avait érigé en la même église une confrérie de la Trinité, de Sainte-Geneviève et Saint- Adrien ; l'évêque de Paris l'approuva le 20 janvier, et accorda des indulgences à ceux qui visiteraient la chapelle de Saint-Michel-du-Charnier ou cimetière.

Les Pouillés depuis celui du xv^ siècle font mention de deux chapelles situées dans cette église, dont la nomination appartient à l'évêque; savoir, une de Notre- Dame, et une autre du titre de Saint-Thomas de Cantorbéry. J'ai vu des collations de cette dernière du 5 janvier i486 et 12 août 1516. Il y en a une troisième du titre de Saint-Pierre, qui est à la nomination du prieur, la même peut-être dont j'ai parlé ci-dessus.

— sali existait aussi autrefois sur le territoire d'Argenteuil une chapelle que l'on appelait Saint-Jean-des-Lombards, Sancti Joœnnis Lombardorum. On en trouve un acte de permutation du 6 mai 1491. Cette chapelle à subsisté tant que les religieuses bernardines, et après elles, les Ursulines ont occupé la maison dite le Fief des Lombards; mais elle ne subsiste plus depuis que les religieuses se sont retirées en d'autres endroits du bourg, parce qu'elles se trouvaient trop resserrées dans cette maison.

Je remets à parler des quatre nouvelles communautés qu'on a vues à Argenteuil, après que j'aurai dit ce que l'on sait sur le bourg et sur les habitants.

Argenteuil est regardé par quelques auteurs comme situé à deux lieues seulement de Paris. D'autres écrivains en marquent trois. Le plus sûr est de dire qu'il y a deux lieues et demie, en passant même par le plus court chemin qui est celui du bac d'Asnières. On est aussi fort peu d'accord sur la quantité des habitants et feux qui y sont de nos jours. Le premier dénombrement de l'élection de Paris y comptait 1,020 feux; ce que le Dictionnaire universel de la France évalue à 3,800 habitants ou âmes. Le sieur Piganiol marque tout au long qu'il y a environ 1,800 feux. Le Dictionnaire de la Martinièie se contente de dire environ 1,000 feux, et le sieur Doisy, en sa description du royaume, n'y en marque que 863. Ou doit, ce semble,

s'en tenir au calcul le plus bas, ou à ceux qui l'excèdent de peu et ne pas s'arrêter à celui du sieur Piganiol. Je ne déciderai pas non plus si Argenteuil est ville ou bourg. Les anciennes inscriptions qui sont dans l'église paroissiale, le qualifient de bourg, les nouvelles lui donnent le titre de ville. Les auteurs modernes sont aussi partagés là-dessus. Amelot de la lïoussaye a fait de ce lieu une description qui porterait à lui donner le nom de ville comme a fait Corneille. De la Martinière convient qu'il mérite le titre de ville mieux que quantité d'autres lieux, et ajoute que, cependant, ce n'est qu'un bourg, mais peut-être le plus beau bourg de l'Europe. Il est entouré, ajoutent ces auteurs, de murailles flanquées de tours défendues par un fossé; et cette enceinte a trois quarts de lieue de circuit. Il y a seize portes; huit le long du port, et huit du côté de la campagne. On le trouve figuré en profil dans la topographie de France du sieur Chastillon, gravée vers l'an 1610.

Au reste, quoiqu'il n'y ait aujourd'hui qu'environ 1,000 feux dans Argenteuil, il faut convenir qu'il est bien changé de ce qu'il était sous le roi Jean, puisqu'on n'y en comptait alors que 117.

Le continuateur de Nangis, qui a marqué ce fait à l'an 1363, regardait ce nombre comme considérable; car voulant faire comprendre combien la mortalité qui avait couru durant l'été de cette année, avait enlevé

de monde à la campn^ne, il choisit Argenteuil pour exemple ; el il dit qu'au lieu qu'on y avait vu 1 17 feux, on n'en compta plus après la mortalité de l'an 1363 que 40 ou 50 Qualre ans aupar.ivant. Ciiarles, régent de France, appréhendant que les Anglais ne se logeassent en divers forts de ces quartiers-là, ordonna parlellres du mois de juillet 1359 à RegnauddeGouillons, capitaine de Paris, de faire détruire, entre autres, le fort du Prieuré d'Argenieuil.

Ce lieu eut aussi fort à souffrir en l4il, lors de la guerre des Armagnacs et des Bourguignons. Comme il n'était pas fermé de murs, les troupes y entrèrent à discrétion : c'était dans le temps que le parti d'Orléans ' avait formé le blocus de Paris, vers la Toussaint : la fureur de ce parti et de ses adjoints était telle que, passant par Argenteuil, ils y pillèrent la châsse, foulèrent les reliques aux pieds, et que, sortant du prieuré, ils se repentaient de n'y avoir pas tout mis en cendres, et de s'être contentés d'avoir mis le feu à la tour du clocher où les paysans s'étaient retirés. La paroisse subit le même sort, les vases sacrés furent enlevés, les fonts baptismaux brisés, de manière qu'il fallut porter à Saint-Denis un enfant pour le baptiser. Depuis ce temps le nombre des feux diminua; en sorte que l'an 1-470 on n'y comptait plus que 100 feux.

" Ou d'Armagnac.

Afin d'éviter dans la suite ces anciens maliieurs.les habitants obtinrent de François I" au mois de novembre 1544 des lettres qui leur permettaient de clore le bourg de murailles, le fortifier de tours, portes et fossés, ensemble de se munir de poudres et bâtons à feu. On a vu dans l'épitaphe de David Chambellan, ci-dessus rapportée, que ce fut par ses soins que les fondements en furent jetés tout aussitôt. Ces fortifications n'empêchèrent pas les Huguenots de se rendre maîtres de ce bourg vingt ans après. Tout ce que j'en ai lu dans le journal de M. Brulart, c'est qu'ils le prirent le 12 octobre 1565 et qu'ils mirent le feu à l'église du prieuré. Mais cet auteur pourrait bien avoir été trompé pour l'année, parce que la Popelinière rapporte la prise d'Argenteuil au mois d'octobre 1567. « Il dit que le capitaine Boury mena alors son régl- » ment de fantassins à la prise de ce lieu, qu'il qua- » lilie de petite villette, fermée de légères murailles, » mal pourvue de défenses, sans fosses, sans remparts » que la Seine qu'on passe au bac, gardée de quelques » soldats qui se servaient des habitants .»

Boury résolut de la prendre par ruse au changement de garde à la pointe du jour. Sur ce, il fut convenu qu'on en approcherait par les vignes et par les masures voisines. Les uns tâchèrent de monter avec leurs piques et hallebardes aux plus faibles endroits des murailles, les autres s'éfforcèreut de rompre les

portes, et quelques-uns percèrent les murs, enlin Rou- «'* vray suivi de quelques-uns des siens y entra aux dépens d'un coup de hallebarde qu'il y reçut. 11 parait d'après le délai qu'apporta Jacques Fouin, prieur commendalaire, à faire dresser un état des dégâts causés par les calvinistes, qu'ils en furent lus maîtres pendant plusieurs années. L'épitaphe de Macé Girardio rapportée ci-dessus fortifie cette pensée*.

Mais le parti catholique reprit depuis ce bourg. ^ On lit que le roi Henri IV vint à Argenteuil, sur l'avis i de Pierre de Gondi évcque de Paris, dans le temps qu'il songea à obtenir de Rome sa réconciliation.

Je réunirai ici en peu de mots, ce que j'ai trouvé sur le temporel et la justice de ce lieu dont le prieur est seigneur. L'abbé de Saint-Denis y avait en lUO un avoué [adtocaium] appelé Richard, qui fit régler par le roi Louis le Gros, la même année, le dilférend qu'il avait avec Tabbé. Cette avouerie fait voir qu'avant Suger l'abbaye avait eu des droits en ce lieu qu'elle pouvait avoir aliénés. Je soupçonne que ce Richard est le même que Richard de Eanterlu que l'on ne fait vivre que cent ans après, auquel temps ou dit qu'il vendit cette avouerie d'Argenleuil et tout ce qu'il y

' Note de l'abbé Lebeuf. L'ouvrage de l'auliquité des villes^ qu'on attribue à Duchène, dit, en parlant d'Argenleuil, que dans les derniers troubles, « La robe de Notre Seigneur étant » en ce lieu fut la fuble et le jouet de l'impiété. »

possédait à Guilkiiime de Garlande. Ou trouve dans les registres du Parlement que le prévôt de Paris, ayant réclamé un faux-nionnayeur, que le prieur d'Argenteuil avait fait arrêter, le prieur fut maintenu, et l'empêchement du prévôt levé. On y lit aussi les poursuites que Guillaume du Bois fit en <378 contre l'abbaye de Saint-Denis, pour lui avoir ôté leTabellionage d'Argenteuil qu'il avait à vie. Item, le 24 mars 1563, on enregistra au Parlement les lettres obtenues le 49 février par François de Rabodanges, prieur, par lesquelles il était déclaré qu'il n'y aura à Argenteuil qu'un bailly qui connaîtra de toutes les causes ressortissantes au Parlement; et que les prévôts, présidents et conseillers, tenant les Grands-Jours à Argenteuil, et établis par le prieur, demeureront éteints. Derechef il y eut en 1593 des lettres du roi qui supprimaient en ce bourg un degré de juridiction. Les appels du bailliage de ce lieu vont droit au Parlement.

On ne voit point qu'il y ait eu de léproserie à Argenteuil, parce que celle de Franconville lui en servait, et à tout le voisinage. Mais il y avait sûrement au xiv^ siècle une Maison-Dieu :

Le livre du visiteur des léproseries de l'an 1351 en fait mention. On la trouve aussi nommée dans l'acte d'une donation qui lui fut faite en 1475, par un habitant de ce lieu, et que l'évêque approuva.

Les biens des maladreries de Franconville, Cor-

nieilles et tic Saint-Leu-Taverny y furent réunis p^ lettres patentes de l'an 1G97. En conséquence M. ra(| chevêque de Paris donna, Tan 1703, la permission ai curés de ces paroisses d'y célébrer, et le corps de communautés en ii;énéral a droit de placer un maladel La maladrcrie de Franconvilie, en particulier, jouissait encore dans l'avant-dernier siècle d'une petite dîme de blé et de vin à Argenteuil qui fut affermée 23 livres en 1535.

Les Bénédictins du prieuré furent pendant long^ temps les seuls religieux habitant dans Argenteuil, Les premiers qu'on vit s'y établir depuis eux furent les frères de la Charité Notre-Dame, espèce d'hospitaliers qui commencèrent en France, dans la Champagne, sur la fin du xiii« siècle, et qu'on appela les BiHetles à Paris. Ils y furent reçus au gouveruementj d'un hôpital pour les pèlerins et pauvres passants. Comme cet ordre était sur son déclin, il y a cent ans, ces Billettes d'Argenteuil, avec le consentement du prieur d'Argenteuil et des habitants, cédèrent cet hôpital, l'an 1629, aux Augustins déchaussés qui l'admi-» nislrèrent jusqu'en 1672, que, le roi ayant uni les biens de tous les ordres hospitaliers de son royaume à l'ordre de Notre-Dame de Mont-Carmel et de Sain^ Lazare, ils en firent cession à cet ordre.

Les Augustins déchaussés ne quittèrent point pour cela Argenteuil. Claude Viole, seigneur du Chemin et

maître des comptes à Paris, conjointement avec Marie Poussepin, son épouse, leur fil bâtir une autre église et un couvent. La première pierre de l'église fut posée au nom de Jean-François de Gondi, archevêque de Paris, par Dominique Séguier, évoque d'Auxerre, le 6 juin 1632, et la nouvelle église fut consacrée le 5 août 165T par François Faure, évêque d'Amiens. Neuf ans après Olivier Blondis, curé de ce lieu, obtint un règlement de Tarchevèque sur l'heure de leurs sermons. Leur couvent est placé à l'extrémité de la ville le long des murs, du côté du nord. Un ruisseau d'eau vive, dont la source est un peu au delà des murs et du fossé, traverse le jardin, et y forme un petit étang dont l'eau fait aller ensuite un moulin qui est dans la ville. L'ordre de Cîteaux a aussi eu dans le siècle dernier un couvent de filles à Argenieuil. Denis Desnault, natif d'Argenteuil même, aumônier de la reine, mère de Louis XIV, curé de Colombes, était seigneur du fief de RobioUes, dit \es> Lombards, dans le cœur de la ville d'Argenteuil. 11 eut la dévotion d'y fonder, du produit de ses bénéfices, un couvent de filles de l'ordre de Cîteaux, sous la direction de Catherine Leroy, abbesse de la Virginité, diocèse du Mans. L'archevêque de Paris lui permit, le 13 février 1635, d'établir ce couvent sur son fief, qu'il céda à cet effet avec d'autres biens, se retenant le droit de présenter trois religieuses qui seraient reçues gratis de son vivant, et, après sa mort,

une par l'archevêque, et deux par le plus ancien des parents du fondateur, lequel les prendrait natives d'Argenteuil, les parentes toujours préférées. Dès le 29 juin suivant, l'église était achevée, et elle fut bénite par l'archevêque. On appela depuis ces dames du nom de Denmrdiim, suivant l'usage de France. Mais ce prieuré, qu'on disait fort nombreux en religieuses, s'est ressenti de la circonstance des derniers temps, et ayant été réuni à la communauté de Pentemont, située dans Paris, par un décret de M. l'archevêque, et en vertu de lettres patentes, on a vu affiché en celte ville en 1747, au mois de novembre, que le terrain où était celte communauté, consistant en six arpents d'étendue, était à vendre, soit pour loger une antre communauté, soit pour tout autre emploi.

Les Ursulines qui sont à Argenleuil, ont commencé par une petite colonie de quatre religieuses qui y vinrent du couvent de Saint-Denis, le 26 juillet 1646, s'il en faut croire Sauvai. Mais je trouve que la permission de s'y établir ne fut donnée par l'archevêque de Paris que le 17 juillet 1647. Un mémoire imprimé en ces temps-là marque que la supérieure, traitant avec Olivier Blondis, curé du lieu, s'engagea à faire olfrir à la messe paroissiale, chaque année, le jour de Saint- Denis, un cierge d'une livre auquel serait attaché un écu d'or. Ces religieuses, se trouvant trop à l'étroit en ce lieu qu'elles avaient acquis des Bernardines, obi in-

reni une nouvelle permission du prélat, du 15 janvier 1G58, pour se transplanter dans l'endroit delà ville où elles sont aujourd'hui. Elles y ont fait bâtir une église du litre de Sainte- Anne, que l'abbé Chastelain en 1672 trouva très-belle quoique petite. Le portail était selon lui d'architecture grecque. On lit dans un dictionnaire que cette communauté est coinposée de cent religieuses, et d'un nombre presque pareil de pensionnaires; que l'enclos en est spacieux, et que la maison est aussi bien bâtie que l'église.

Les vignes forment presque tout le revenu des habitants d'Argenteuil. Aussi la dîme de vin était-elle d'un produit considérable à l'abbaye de Saint-Denis. Un nommé Ferry le Verd lui restitua vers le commencement du \iii^ siècle ce qu'il en avait usurpé, dont le pape Innocent III donna une bulle de confirmation l'an 1217. On ignore de quel endroit était venu à l'église de Saint-Martin-desChamps la portion qu'elle avait en cette dîme de vin : ou sait seulement qu'elle en fit l'échange avec celle de Saint-Denis pour une quantité fixe de vin en 1193. Le payement de cette dîme de vin par les habitants d'Argenteuil au monastère de Saint-Denis, après avoir été sujet à quelques variations, il fut enfin prononcé par arrêt du grand Conseil le 14 septembre 1673 qu'ils continueraient à payer cette dîme à l'abbé de Saint-Denis, à raison de 2 sous 6 deniers par chaque arpent. Le vignoble est

grand, et le vin en est estimé. On a soutenu une foij: dans une thèse publique des écoles de médecine di Paris, que les vins d'Argenteuil devraient avoir la préférence sur ceux de Bourgo:,me et de Champagne Un comte de Boulogne, nommé Regnaud, y avait des vignes en 1200. Philippe-Auguste, étant devenu possesseur de ces vignes, en fit présent l'an 1215 à Guérin, évêquede Senlis, son chancelier, et à ses successeurs, ajoutant dans sa charte : Et hoc fecimus, in augmejitinn refjalinm nosirorum de Silianedis. Les Chartreux de Paris regardèrent comme un legs considérable celui que Jean Boileau, vicaire de l'église de Paris, leur fit d'une vigne située à Argenteuil, sous le règne de Philippe le Bel. Etant décédé le 26 juillet 1304, ils l'inhumèrent dans leur grand cloître.

Les habitants d'Argenteuil regardèrent en 15G2 comme un fléau de Dieu les divers insectes qui gâtaient leurs vignes dans le printemps : l'évêque de Paris ordonna qu'ils feraient des prières publiques pour la diminution de ces insectes et où ils seraient nommés, et qu'on y joindrait desexorcismes sans sortir de l'église. L'ordonnance les appelle Bpsiams scu Diablotinos, Liujsetas, Becardos. Ou lit dans le Diclinnnaire des Arrêts, au mol Natales, page 625, que dans le siècle dernier les habitants d'Argenteuil ont été maintenus dans la possession de ne payer pour la dîme que 2 sous 6 deniers par arpent.

On recueille aussi quelques grains sur ce territoire, et des petits fruits de primeur qui ont un très-bon goût. Dans les environs d'Argenteuil il y a quantité de carrières de plâtre, dont on fait commerce; on en enlève beaucoup en pierres dans de grands bateaux pour la Normandie et l'Angleterre.

Les religieux de Saint- Denis et d'Argenteuil ont donné quelques biens de leurs seigneuries à fief et hommage. C'est pour cela que l'on trouve que, vers l'an 1200, Gautier de Saint-Denis reconnut tenir de l'abbé Henri une dime de blé à Argenteuil. C'est peutêtre aussi pour la même raison que quelques militaires de ces cantons-là prirent autrefois le surnom d'Argenteuil ; comme un Thibaud d'Argenteuil (Armiger), écwjer sous Philippe le Hardi, dont le fils, Jean d'Argenteuil, est mentionné à l'an 1288 comme bienfaiteur de l'abbaye du Val. Ne faudrait-il pas aussi compter parmi les descendants de ces anciens chevaliers, surnommés d'Argenteuil, un Thomas d'Argenteuil, prévôt de l'église d'Arras, qui fut tué, le 2 juin 1226, dans sa cathédrale ?

Voici les noms de quelques lieux remarquables situés sur la paroisse d'Argenteuil, tels que les titres les fournissent :

Le fief de Bonne-Mine, dont, en 1421, Guillaume Boursier, prieur, reçut l'hommage par un seigneur de Sartrouville.

Le Clos-VAbbê, où Etienne Martin, cur(^, fut main] tenu, par arrêt du Parlement du 25 mai 1425, de recel voir du blé et du vin. Il était de dix arpents, suivan l'acte d'abandon que l'abbé de Saint-Denis en fit au sieur Pillegrain, curé, le 24 février 1597.

Le jl/arajs est une dépendance du prieuré; ce lieu est marécageux et entouré de fossés pleins d'eau, au, lieu de murailles, avec une chapelle de Sainte-Magde-i leine. Le 2 octobre 1448, l'abbaye de Saint-Denis Ht bail à Simon de Neuville et ses hoirs de l'hôtel du Ma-' rais et de plusieurs terres et vignes, à condition que les vignes payeraient pour droit de tensement huit pintes de vin par arpent. M. de Valois a conjecturé que ce lieu dit le Marais, situé entre Argenteuil et Resons, sur le bord de la Seine, pouvait être le Limoriacum où a été battue une monnaie de nos rois de la première race. Mais il n'y a pas d'apparence : on voit, parce que je viens de dire, d'où lui vient ce nom. Henri Razé, chevalier, s'en disait seigneur en 1651.

Chalucé ou Chalucet est une maison située sur la même paroisse, qui, en 1G59, appartenait à Etienne Pelet, élu de Paris, et en 1G98 au sieur Leroy, gentilhomme, servant chez le roi. J'en fais la remarque à cause du nom propre.

lioMolles, fief ci-devant possédé par M. Proult, lieutenant particulier au Chàtelet de Paris.

Le mont Trouillct, situé au nord, est de la paroisse

d'Argenteuil, d'un côté, et de celle de Sannois, de

l'autre.

Le château de May, dont on voit les ruines qui consistent en deux ou trois pans de murailles épaisses de trois à quatre pieds, et les terres qui en dépendent sont aussi de la paroisse d'Argenteuil et appartiennent au grand prieur de France. Ces ruines sont entourées de vignes et l'on en a même i)lanté dessus.

Je ne parle pas du fief de Montubois, que les mémoires sur le prieuré d'Argenteuil de 1719 disent être assis à Argenteuil même et que les religieux inféodèrent à un gentilhomme des mains duquel les Célestins de Paris l'eurent. Le possesseur, en 1494, était tenu de porter aux processions solennelles la verge du prieur. Il y a au-dessus de Taverny un autre Montubois dont il sera parlé en son lieu.

[Extrait de l'Histoire du Diocèse de Paris, par M. l'abbû

Lebeuf, t. IV, Argenteuil).

Voici maintenant ce que M. de la Martinlère dit d'Argenteuildans son Dictionnaire'.

Argenteuil, bourg de France, sur la Seine, à deux lieues de Paris et à cinq de Ponloise, entre la ville de Saint-Denis et celle de Saint-Gerndain, son nom latin est : Argentolium. M. Corneille le nomme ville, et il mérite ce titre beaucoup mieux que quantité de lieux qui en sont honorés; cependant, ce n'est qu'un bourg et peut-être le plus beau bourg de l'Europe. Il est entouré de murailles flanquées de tours et défendues par un fossé, et cette enceinte a trois quarts de lieue de circuit. Il y a seize portes ; huit le long du port et huit du côté de la campagne, une vingtaine de rues et environ mille feux. Ce bourg renferme une paroisse et quatre monastères, savoir : le prieuré des Bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur, dépendant de l'ab-

' Tome I•^ page 305 et suiv. Ouvrage eilô par M. lalibé Lebeuf.

baye de Saint-Denis, des Augiislins déchaussés, des Bernardines et des Ursulines. Les Bénédictins, qui en sont les curés primitifs, en sont aussi les seigneurs. Leur église est une grande fabrique , mais depuis quelques années le gros clocher, étant tombé sur la voûte du chœur, l'a entièrement écrasé et détruit. Ainsi le chœur étant ruiné, on l'a séparé du reste de l'église par une muraille contre laquelle on a adossé le grand autel. On y montre une relique que l'on dit être la robe de Notre-Seigneur, sans couture, d'une couleur tirant sur le roux, et que l'on assure avoir été trouvée dans cette église l'an 1156. Elle est enfermée dans une châsse de vermeil doré, et on la porte en procession trois ou quatre fois l'année. Le couvent des Augustins déchaussés est orné de menuiserie d'un bon goût. Un ruisseau d'eau vive, dont on voit la source un peu au delà du fossé de la ville, traverse leur jardin et y forme un petit étang poissonneux qui sert de réservoir pour faire aller un moulin à blé qui est dans la ville, et le ruisseau, avant que d'entrer dans la Seine, sert encore aux habitants pour d'autres usages. La communauté des Bernardines est considérable et fort nombreuse. Celle des Ursulines est composée de cent religieuses et d'un nombre presque pareil de pensionnaires. C'est un enclos spacieux, leur maison est neuve et aussi bien bâtie que leur église. La vente du vin fait presque tout le commerce d'Ar-

genteuil, où il y a une haute justice. Le vignoble est grand, et le vin en est estimé.

On y recueille aussi quelques grains, des légumes, • des cerises, des figues et de petits fruits de primeur t qui ont un très-bon débit, aussi bien que les lentilles .s de ce territoire. i|

Argenteuil est dans un terrain assez uni, l'air en est J fort subtil, et du haut de ses maisons on découvre la ville de Paris et plusieurs villages où sont de beaux édifices ; Colombes, Clichy et Cormeilles sont de ce nombre. Dans les environs d'Argenteuil il y a quantité de carrières de plâtre dont on fait commerce. On en enlève beaucoup dans de grands bateaux pour la Normandie.

(Corneille (Dictionnaire), Mémoires dressés sur ks lieux en 1703 '.)

* M. Piganiol de la Force a fait aussi un ou\Tage sur les antiquités et l'état présent delà ville de Paris et de ses environs. Argenteuil y est compris et désigné avec toutes ses circonstances et dépendances à peu près comme il l'est ci-dessus par m. de la Martinière; il devient donc inutile d'en rien transcrire ici.

NOTICE

VILLE D'ARGENTEUIL

NOTICE

VILLE D'ARGENTEUIL

L'ouvrage de M. l'abbé Lebeuf ayant été imprimé en 1755, et la description d'Argenteuil étant au commencement du quatrième volume, il y avait lieu de croire que cette notice sur Argenteuil avait été écrite vers l'année 1750, mais j'ai reconnu que c'était en 17-46. Quoi qu'il en soit, il s'est fait bien des changements depuis cette époque. En etïet, indépendamment de la marche ordinaire du temps, la révolution de 1789 en a opéré partout de bien grands, notamment dans notre commune, surtout relativement aux communautés religieuses qu'elle a supprimées.

Comme M. l'abbé Lebeuf commence par le couvent

des Bénédictins \ je vous dirai d'abord ce qu'est devenu ce monastère, ainsi que ce qui concerne les trois autres dont il est parlé dans son histoire d'Argenteuil, que je suivrai. .

Le couvent des Bénédictins fut, selon M. l'abbé Lebeuf, fondé vers l'an C65. Sauf les événements de dégradation et de reconstruction, cette maison a dure jusqu'à 1789. Tout l'établissement a été vendu en 1791, et partagé entre quatre premiers acquéreurs, puis divisé et subdivisé.

L'enclos était fort grand et comprenait depuis le milieu de la rue Notre-Dame, à gauche en suivant toujours, jusques et y compris la rue des Boucheries, et en retour le quai de Seine jusqu'au jardin de la première maison à la gauche de celui qui entrerait dans la rue de l'Hôtel-Dieu. J'ai vu démolir l'église. Les murs en étaient très-épais et parfaitement cimentés. Une portion du cloître existe encore, et la maison dite la Seigneurir, près de la ruedelTlùtel-Dieu, a été occupée pendant dix-sept ans par l'abbé Claude Fleury, qui fut nommé prieur en remplacement du cardin.il de Coislin 2. Installé dans ce bénéfice le 28 juillet 1706,

1 Voir page 7.

2 Cette maison a été en partie démolie. La portion qui faisait face au levant a disparu. Le reste a été converti par son propriétaire actuel, M. Dard, en une maison bourgeoise qui, par suite du nouvel alignement du quai, se trouvo au milieu d'un assez vaste jardin.

et décédé à Paris le 13 juillet 1723, l'abbé Fleury a été remplacé le 9 janvier 1724 i)ar M. Raguet. C'est dans cette maison que l'abbé Fleury a composé son Histoire ecclésiasliqup.

Les Bénédictins possédaient sur notre territoire environ six hectares de terres et vignes ' qui ont été vendus en 1791, entre autres trois hectares trente centiares de vignes, lieu dit le Clos; un hectare trentetrois centiares, lieu dit Morinml; deux hectares lieu dit Perrouset, tenant à la rue Verte, au chemin de halage et au petit sentier; environ trois hectares, lieux dits les Indes et les Courlis, et un hectare, lieu dit Lanoue, à droite et à gauche de la route de Besons, en face le ponceau.

A cette époque (1791), la commune a acheté des adjudicataires de tous les bâtiments l'ancienne geôle où existait une salle d'audience qui avait huit mètres de long sur six mètres soixante-six centimètres de large, avec deux petites chambres à côté. Le tout a servi de mairie pendant environ trente ans. Cependant cet éditice, menaçant ruine, a été abandonné et vendu en l'année 1840, avec réserve d'une portion de jardin concédée pour rélargir la rue des Boucheries et agrandir la place du Marché. L'acquéreur ayant fait reprendre

* Voir aux archives du département les titres provenant des religieux bénédictins, liasse n° 8, f° 3.

les murs, le bâtiment, maintenant divisé en logements d'habitation, devra exister encore longtemps.

Sous les prisons, qui étaient au rez-de-chaussée, on a trouvé de très-belles caves qui avaient été en partie comblées, ce qui a fait voir que les Bénédictins ont toujours récolté du vin. Avant la révolution de 1789, ils faisaient valoir trois à quatre hectares de vigne.

Quant à la relique de la Samte Robe dont parle l'abbé Lebeuf, ce n'était que le jour de l'Ascension et le lundi de la Pentecôte qu'on la portait processionnellement, comme cela se pratique encore aujourd'hui. . Je ne sais en quel bois était l'ancienne châsse ', mais elle était tellement dégradée qu'il fallut en faire faire

* Cette ancienne clulsse ne datait d'aiileurs que de l'année 1800. Elle avait remplacé la riche et magnifique chûsse donnée en 1680 par Marie de Lorraine, duchesse de Guise, et spoliée pendant la période révolutionnaire. — On se demande peutêtre comment la Sainte Robe a pu être préservée à l'époque de la Révolution. Le voici : lorsque l'église des Bénédictins fut fermée, on en transporta toutes les reliques à la paroisse, et pendant le terrorisme de 1793 et la fermeture des églises, ces reliques ont été cachées sur les voûtes de l'église môme, et soustraites ainsi au vandalisme d'alors. En même temps que la chclsse en fer doré de l'an 1804, dont il vient d'être parlé, il y eut un codre de bois peint en rouge dans lequel on plara la Sainte Robe et qu'on renferma dans la châsse de fer. Ce furent ce colTre et celte chAsse que M. l'abbé Cottret trouva lors de l'enquête dont il est question à la page suivante, et qui

une autre en 1804. Cette nouvelle châsse était tout en fer doré.

André Favin ', qui s'est appliqué avec beaucoup de zèle à l'étude des antiquités de la monarchie française, rapporte que ce fut dans le monastère d'Argenteuil que Charlemagne mit la robe sans couture de Notre- Seigneur, faite par la Vierge, sa mère, ayant reçu cette robe avec plusieurs autres reliques de l'impératrice Irène.

On voit, dans l'ouvrage de l'abbé Lebeuf, que la Sainte Robe avait disparu lors des invasions et des ravages des Normands au ixe siècle, et qu'elle fut retrouvée miraculeusement (par suite d'une révélation) dans l'église du Prieuré l'an 1156*.

Cette même année (1156), une charte émanée de Hugues, archevêque de Rouen, fait connaître que ce prélat s'étant transporté à Argenteuil avec dix autres archevêques et évêques, l'abbé de Saint-Denis et beaucoup d'autres abbés et dignitaires, ecclésiastiques et séculiers, en présence du roi Louis Vil et d'un immense concours de peuple, il découvrit avec une grande solennité la robe de Notre-Seigneur, qui se conservait

par erreur sont désignés dans le procès-verbal de cet ecclésiastique comme plus anciens qu'ils ne sont, erreur d'ailleurs sans importance.

* Il écrivait au commencement du xvii" siècle.

'Voir page 18.

dans le monastère d'Argenleuil, et qui y était honorée depuis les temps les plus reculés. En outre, afin de perpétuer à jamais le souvenir de celte cérémonie, il accorda de grandes indulgences à tous ceux qui viendraient honorer la sainte relique et faire leurs dévotions dans l'église où elle est exposée.

La Sainte Robe ou tunique était sans couture, tlssue de laine de couleur brun rousuâire » et de forme allongée. D'après ce qu'on sait des coutumes des Hébreux, et ce que nous apprend l'Evangile, Notre-Seigneur Jésus-Christ avait pour vêtements un manteau, une robe, et une tunique, laquelle est l'objet de la vénération des (idèles à Argenleuil. Plusieurs de nos rois, de nos reines, des princes et princesses de leur famille, et nombre de célébrités dont le témoignage est du plus grand poids, ont accompli successivement le pèlerinage d'Argenleuil pour y vénérer la Sainte Robe. Le cardinal de Richelieu, le cardinal de Bérulle, le cardinal de Fleury sont de ce nombre, sans compter beaucoup d'autres très-illustres personnages qui, à des époques dilïérenies, sont venus lui payer un tribut d'hommages et de vénération.

Ce tribut d'hommages fut interrompu lors de la

* J'ai pu constatera cet égnrd rexaclitufle de l'abhé Lelteuf, ayant vu un morceau de cette robe, de huit à dix centimètre'' carrés, qui l'tailhien comme le dit cet historien.

icrrible époque appelée si juslemeni le Règne de la I Terreur, mais le calme n'eut pas plutôt succédé à la tempête qu'on vit reparaître dans le lieu saint la robe du Sauveur.

Les habitants d'Argenteuil, comprenant qu'il était nécessaire d'en référer à l'autorité ecclésiastique pour rendre à la sainte relique son caractère d'authenticité, s'adressèrent, par l'intermédiaire de M. Robin, prêtre, leur fondé de pouvoirs, à S. E. Mgr le cardinal Caprara, alors légat à latere en France (27 avril 1804).

Deux jours après, S. E. le cardinal légat écrivit à Wgr l'évêque de Versailles, en lui renvoyant la requête des habitants d'Argenteuil, pour qu'il eût à en connaître et statuer à titre d'évêque diocésain.

Enfin, le 18 mai suivant, Mgr Charrier de la Roche, évêque de Versailles', vu le procès-verbal qu'avait dressé, la veille, M. l'abbé Cottret -, nommé par lui commissaire aux fins de constater l'identité de la robe

• Jenn Marie, natif d'Argenteuil, alors curé de la paroisse de Sannois, et depuis évêque de Beauvais.

2 Voir la note page 54. — Cette chasse en fer de 1804 fut elle-même remplacée en 184 i par une nouvelle châsse en bronze doré, sortie des ateliers de M. Cahier, orfèvre à Paris, exécutée d'après les dessins du R. P. Martin, delà société de Jésus, et admise à l'exposition de 1840. — La translation solennelle de la Sainte Tuni([ue dans celte nouvelle châsse se fit le 12 août 1844. La châsse est due pour la grande partie (plusieurs autres

de Notre-Seigneui", transférée dans l'église paroissiale d'Argenteuil, suivant l'acte de translation, daté du 311 mai 1791, permit que ce vêlement, religieusement conservé, continuât d'être exposé à la vénération publique, suivant l'usage et les permissions accordées en 1156, par Hugues, archevêque de Rouen : « Al- » tendu, dit-il, qu'il est clairement prouvé, par la » déposition unanime des maire, adjoints et dix autres » témoins, tous anciens marguilliers et principaux » habitants d'Argenteuil, que cette robe, la châsse en » fer doré et le coffre de bois sont les mêmes que ceux » qui étaient dans l'église du prieuré de Notre-Dame » des Bénédictins, d'Argenteuil. »

La lettre de M, l'abbé Robin à S. E. le cardinal légat, celle du cardinal à Mgr l'évéque de Versailles, et la (Ucision dudit évêque, Mgr Charrier de la Roche, écrites sur parchemin, restent exposées aux regards des fidèles, à la gauche de la chapelle de la Sainte-Robe. Au pilier de droite est placé le bref, qui déclare prkilégié l'autel de cette chapelle.

On doit au zèle et à la piété de M. Millet, curé actuel

fidèles ayant aussi conconra à celle bonne œuvre) à la pieuse libéralité de feu M"* la baronne de Montverl, à laquelle l'éylise d'Argenteuil doit beaucoup d'autres embellissemcals. Au reste, voir sur la relique que possède l'église d'Argenteuil l'ouvrage publié sur ce sujet par M. L. F. Gucrin, et dans lequel so troaveut mentionnés quelques-uns des faits rapportés ci-dessas.

id'Argenteuil, le développement qu'a pris le culte de la 'Sainte Robe, ce qu'on ne peut s'empêcher de remarquer, ainsi que l'empressement des nombreux pèlerins que la pompe de nos solennités attirent à Argenteuil, i non seulement pendant la neuvame, de l'Ascension au ^ lundi de la Pentecôte, mais encore durant toute ; l'année.

L'abbé Lebeuf parle des chapelles existantes » ou qui auraient existé dans l'enclos de la commune d'Argenteuil, dont une, en 1502, s'appelait la chapelle Saint-Maurice, et qui était près de la rivière. Je ne sais pas précisément où a pu être située cette chapelle ; cependant je suis porté à croire que c'était celle du fief du Chalucet, quai de Seine, un peu avant l'hospice, où il y en a encore une sur le quai, entre la cour d'honneur de la maison bourgeoise et celle du logement du jardinier de cette maison.

Pour ce qui est de celle de Saint-Pierre et de celle de Saint-Jean, j'ai vu la première de ces chapelles en ' ruines. Il n'en restait que les murs éboulés jusqu'à la hauteur de deux à trois mètres, et l'autel qui était en pierre dure. A la place de cette chapelle a été bâtie une maison qui fait face à la petite place de l'entrée de la rue des Saints-Pères ; et, comme le dit l'abbé Lebeuf, en face du portail de l'église des Bénédictins,

1 Voir page 24.

qui était de l'autre côté sur l'emplacement où sont au-, jourd'hui la deuxième et la troisième maison à gauche en sortant de la rue Notre-Dame.

Sur la place, au milieu de celte rue de la Chaussée, j'ai vu un puits bien bâti, et que l'ou a comblé à l'époque du pavage de ladite rue.

La chapelle Saint-Jean subsiste toujours comme elle est décrite par l'abbé Lebeuf. Cette chapelle sert depuis bien longtemps de cellier à cuves au sieur Henri Boucher, propriétaire de la première maison à droite en entrant dans la rue des Rosiers par celle de la Chaussée. Elle est au fond de la courdudit sieur Boucher, et a une porte de sortie sur la petite place que l'on nomme toujours place Saint-Jean, et qui est à droite, au bout de la rue Notre-Dame. On voit encore dans ce cellier l'épitaphe du diacre Addalaldus, et un petit bénitier qui est placé à gauche, en entrant par la cour de la maison. Il serait à désirer qu'on pût les conserver l'une et l'autre, comme choses peutêtre des plus antiques que nous possédions dans la commune.

Pour ce qui est de la pierre dans laquelle sont taillées des cavités rondes pour servir de règles aux mesures du lieu, je me rappelle avoir vu cette pierre, je crois même qu'elle a été déposée à la mairie, mais je ne sais ce qu'elle est devenue. Quoique ce soit une question assez oiseuse de rechercher l'origine du nom

d'Argenteuil, cependant, comme l'abbé Lebeuf parle de l'opinion de ceux qui prétendent que ce nom est composé de argent et de euil qui, selon eux, veut dire montagne, syllabes qui, réunies, voudraient dire Montagne d'argent; jQ me rangerais asse^ à ce sentiment, non pas parce que notre pays posséderait des mines d'argent; mais à cause de l'exposition favorable de nos coteaux, et des plâtres qu'ils renferment, dont la plus grande partie, dans les temps primitifs, étaient tout à découvert, à ras du sol et voisins de la rivière qui a dû toujours en favoriser l'exploitation. Les premières vignes ont dû aussi être plantées sur les coteaux, ce qui les mettait à l'abri des gelées du printemps, et en faisait un revenu presque assuré; d'où je conclus qu'on a pu dire avec raison que ce territoire était, pour ses habitants, une mine, une source d'argent.

Je me souviens d'avoir entendu dire à des habitants de Gennevilliers, dans le temps que l'on vendait le vin communément de 80 à 100 francs la pièce de 2 hect. 28 lit., que notre terroir était un sol à argent, que le dessus comme le dessous de la terre produisait de Vargent, et que le nom d'Argenteuil lui avait été bien appliqué.

L'abbé Lebeuf fait la description de l'église paroissiale ^ et pense qu'elle a été construite en plusieurs

• Voir page 26.

fois. Pour peu qu'on se connaisse, non pas en arcliilecture, mais seulement en bâtisse ordinaire, on reconnaîtra au premier coup d'œil que l'église, telle qu'elle est maintenant, est le produit de trois adjonctions faites sur une très-petite construction. Ayant été deux fois adjoint et deux fois marguillier, j'ai eu bien souvent l'occasion de visiter en détail cet édiûce. J'ai reconnu que le bâtiment primitif se composait de la nef du milieu seulement. On y remarque de l'architecture du xiii° siècle. A celte nef, il en a été d'abord ajouté deux autres assez basses pour que la principale pût tirer du jour au-dessus des toits en appentis de ces nefs d'adjonction, ainsi que le montrent les baies de croisées qui ont été bouchées depuis la surélévation de ces toits en appentis remplacés par des combles.

A juger de la grosseur primitive des piliers du clocher, la (lèche ne devait pas être d'un fort poids (voir le plan de la commune levé par Chatillon en l'année IGIU). Le clocher élait probablement en rapport avec la grandeur de l'église, qui devait l'être également avec les besoins de la population, que l'abbé Lebeuf nous a dit n'être en 1400 que de 1,000 habitants et dont la demeure devait être rapprochée de l'église. Nous voyons d'ailleurs que le même historien nous cite le couvent des Bernardines comme étant au milieu du pays. Cette induction nous [)rouverail donc que la population s'est beaucoup accrue dci)uis le xn'= t;ièclc. Nous dirons

plus loin comment cette augmentation a ou lieu.

Indépendamment des nefs dont je viens de parler, on voit que le chœur est une adjonction à laquelle les hommes de l'art ne donnent que trois cents ans environ. Le rancel^ serait plus moderne encore et aurait été construit par la commune aidée des dames de Saint-Cyr, qui étaient décimatrices et propriétaires des produits du fermage du bac d'Argenteuil, ce qui ne peut pas remonter plus loin qu'au siècle de Louis XIV. La partie du nord, iWte Saint-Nom-de- Jésus, où sont actuellement les chapelles de la vSainte-Vierge, du Saint- Xom-de-Jésus et de Saint-Vincent (diacre et martyr), a été bâtie en 1622, ainsi qu'on peut s'en convaincre, en allant visiter le dessus de toutes les voûtes de cette église.

II y avait, avant la révolution de 1789, six cloches en rapport de diapason avec la grosse qui seule nous est restée, et qui a été fondue du temps du curé Blondis, en l'année 1636, J'y reviendrai. Nous avions alors une des plus belles sonneries des environs de Paris. Ces cloches tenaient beaucoup de place; or, dans les siècles religieux où elles auront été achetées, on aura été obligé de faire agrandir ethausser le clocher ; celte entreprise se sera faite sans consulter assez la force des piliers qui, dès le milieu du siècle dernier, s'affais-

• Mot ancien, remplacé aujourd'hui par le mot sanctuaire.

saient déjà sous le poids ; ce qui a déterminé nos pè-'l res à faire faire, en 1744, des travaux de réconfort qui , consistent, comme on peut le voir, en un grand cintre y appuyé sur deux embases, liées avec les piliers de \ droite et de gauche de l'entrée du chœur, ce qui, en i effet, a résisté au tassement et en a rejeté tout l'effet sur • le pilier opposé (celui sur la rue du côté du sud) . Cepen- i dant, en 1757, on a cru devoir faire démolir l'ancienne tour, qui était (comme elle est figurée au plan de IGIO) assez semblable à celle de l'église de Sartrou ville, pour la remplacer par quelque chose de plus léger.Quatre piliers d'angles, avec une simple chaîne de pierre entre eux, furent construits en remplacement de la tour démolie, jusque plus bas quelavoiitedu chœur ; et pour garantir de la pluie, il y avait des auvents qui remplissaient le vide, mais qui n'empêchaient pas de voir les cloches. Lorsqu'elles étaient en branle, leur mouvement avait quelque chose d'eflrayant. Le clocher était couvert par un pavillon carré, comme certains colombiers, et n'était pas d'un bel effet.

Bien que cette nouvelle construction dût être bien plus légère que la masse de pierres qu'elle remplaçait, cependant les piliers étaient toujours trop faibles pour la charge qui leur restait à supporter, et ils continuèrent à s'écraser, notamment le pilier du côté du sud dont il vient d'être parlé. Enfin, le conseil municipal ne voulant pas souscrire pour la dépense du montant

du devis des réparations, lequel s'élevait à la somme de 2,000 francs et est resté aux archives de la commune, l'église étant d'ailleurs très-vieille, non arc-boutée, côté du sud, et généralement peu solide, le conseil municipal, dis-je, décida la démolition du clocher; ce qui fut exécuté dans le cours de l'année 1827.

Cette opération, loin de recevoir l'approbation de tout le monde, a été au contraire blâmée avec raison. La cloche, étant maintenant moins élevée, projette son timbre beaucoup moins loin, et, en outre, dans la campagne, on n'aperçoit plus la commune que quand on en est très- près. En participant à la démolition par la surveillance que j'ai dû y apporter, j'ai obéi à la décision du conseil municipal, mais contre mon avis, qui était de se servir des pierres d'un petit pont qui existe sous la chaussée du pont actuel et dont il sera parlé. Certainement que, avec le double de la dépense qu'a entraînée la démolition du clocher, et le secours des pierres dont il est ici question, nous aurions encore un clocher, et le son de notre belle cloche s'entendrait de plus loin.

Enfin, telle qu'elle est, notre église, qui n'a rien de bien au dehors, n'en est pas moins au dedans fort majestueuse. On y voit plusieurs ordres d'architecture. Elle prête beaucoup plus au recueillement et à la prière que quelques églises nouvellement bâties à Paris, lesquelles aussi splendides à l'intérieur qu'à l'extérieur,

n'ont que le mérite (réel cependant) d'ajouter par leur architecture aux ornements de la capitale. Mais revenant à la nôtre, je dirai que c'est toujours avec un grand respect religieux qu'en y entrant on prend l'eau i bénite dans ce temple où tant de générations nous ont précédés et où nos pères et mères ont été présentés aux trois principales époques de la vie : la naissance, le mariage et la mort, et, enfin, où nousmêmes, nous avons à paraître dans les mêmes circonstances.

L'abbé Lebcuf nous donne * la copie d'une épitaphe d'un sieur Chambellan, par les soins duquel les murs auraient été construits en 1545, ainsi que le texte de plusieurs autres épitaphes. Ces pierres tumulaircs ne sont plus chacune à la place où on les avait scellées, mais je crois qu'elles ont été employées à carreler quelques petites places dans l'église, et que si l'on faisait recarreler les nefs, qui en ont bien besoin, on pourrait en retrouver quelques-unes, hélas! devenues presque illisibles.

Cependant, celle de M. d'Hémel et celle de M. d'Erlach existent toujours à l'endroit où elles avaient été primitivement placées. Voici celle de M. d'Hémel telle qu'elle existe dans la chapelle actuelle de la Sainte- Vierge :

* Voir page 27.

« Dans l'attente de la Résurrection générale ici repose le » corps de messire Jean Jacques d'Hémel, écuyer, chevalier » de l'ordre militaire de Saint-Louis, colonel dun régiment » suisse et brigadier des armées du Roi ; lequel s'est distingué » pendant sa vie par sa piété envers Dieu, sa charité envers les » pauvres, sa valeur et son attachement pour le service du Roi » et de l'État.

» Il est mort universellement regretté de tout le monde, le » 16 mai 1729, âgé de 63 ans, et a choisi pour sa sépulture » cet endroit, oîi reposent ses père et mère, et un de ses en- » fants.

» Madame d'Hémel, son épouse, a fait apposer cette épitaphe » pour marque de sa douleur et de son amour envers lui, et fait » faire en cette chapelle un caveau pour la sépulture de sa » famille, et a donné à cette église 25 livres de rente pour » deux messes l'une haute, l'autre basse.

» Requiescant l\ page. »

' M. d'Hémel, Suisse d'origine, est mort dans sa maison qui était où est celle de M. Maingot, Grande-Rue, . et dont les dépendances contenaient toute l'étendue de terrain, depuis la rue de Brault, jusquesy compris la quatrième maison, Grande-Rue, parallèlement à toute la largeur des jardins de ces maisons donnant sur la rue des Augustins et longeant la rue de Brault. Quant à l'épitaphe de M. d'Etiach, que par erreur l'abbé Lebeuf nomme d'E/ôac/^, laquelle se trouve en entrant à droite, par le grand portail, côté du midi, elle est considérée comme étant d'un latin très-pur et

d'une haute poésie. D'après cela, il est bien étonnant que l'abbé Lebeuf ne l'ait pas transcrite dans son ouvrage, comme il en a transcrit tant d'autres. <-l Au surplus la voici littéralement copiée, avec la traduction en prose française :

Nobilissimus ac potentissimus D. D. Jonnnes Jacobus, d'Er- ', lach, Bnro spietcensis Helveticœ et prœtorianœ cohortis praefecliis, legionis ex eMem nalione chiliarclius, regiorum exer-i citiium legalus semper invictus.

Viro in memorià justonim nnnquam perituro.

Hie jacet Helveticae decus omne et gloria Gentis Erlacliius, palrum heroum non degener héros. Vix natiis patriam linqiiens ot castra secutus Gallica, perpetuum nomen sibi fecit in armis. Marti Condeo socius, per vulnera mille, Mille per exhaustos casus, per mille labores, Perque triumphali deniùm discrimina Rheni. Menle sagax, dexlràque potens, properavit ad omnes Et beiii et pacis lilulos et mortis honores. Exin, verus amor veri, super omnia verum Quœrenti, Deus iiluxit ; mendacia patrnm Erlachius subilô novit. Tune Gallia gandens Impia Calvini ejurantem dogmata vidit, Laclaque lloinano redeiintem Ecclesia sensit In gremio. Plenis tniidcm labenlibus annis Virtntum pienus^ sœvàque urgente podagrâ,

Ad Plures abiens, seternâ in pace quiescit. Honc gnati memores, tumulum posuère parenti; Fient, orant^ tu funde preces lacrymasque, vialor.

)biit Die 29 ' oct. 1694.

Traduction.

A Dieu très-bon et très-grand, très-noble et très-puissant

^seigneur Jean-Jacques d'Erlach baron de Spietz, chef d'une

» coiiorle de gardes suisses, commandant d'une légion de mille

» hommes de la même nation, toujours invincible dans les

)) commandements qu'il obtint dans les armées royales. »

« A un héros digne de vivre éternellement dans la mémoire » des justes. »

« Ici repose l'honneur, la gloire de la nation helvétique, » d'Erlach, héros non dégénéré d'une longue suite de héros. » Dès sa plus tendre jeunesse il quitte sa pairie, s'enrôle sous » les drapeaux français et se fait un nom immortel dans la car- » rière des armes.

» Compagnon d'armes de l'intrépide Condé, il affronta, à » travers mille blessures, les plus périlleux dangers, soutint » d'innombrables fatigues et partagea avec lui les périls et les » lauriers du passage du Rhin. Aussi puissant par la pénétra- » tion de son génie que par la force de son bras, il s'ouvrit un » chemin rapide aux honneurs militaires et aux récompenses » civiles. Cependant, comme c'était avec un sincère amour de » la vérité qu'il la recherchait, Dieu la fit descendre dans son » cœur; et d'Erlach reconnut bientôt les erreurs qui avaient » abusé ses pères. La France le vit avec joie abjurer la secte de » Calvin, et l'Eglise romaine applaudit à son retour dans son » sein. Enfin, riche d'années et surtout de vertus, il succomba

ï) a nnc attnque violinle de gouUe, et entra dans IVlernci )) repos.

» C'est à la reconnaissance de ses enfants qu'il a dû ce tno- » nument funèbre; à leurs [)leurs, à leurs pi ières, passants » joignez aussi les vôtres.

» Il mourut le 20 octobre 1691 '.

Il est fârheux qu'on ait vu disparaître l'épitaphe de' Toussaint Fauvette et de Martine Potheron sa femme, qui furent bienfaiteurs et de l'église et de l'hospice.

En effet, ces époux avaient de l'aisance, et sont décédés sans postérité, laissant en don à l'église la maison que, dans ma jeunesse, on appelait le Séminaire, où loi.',eaient et vivaient les prêtres habitués de la paroisse. Cette maison est celle du sieur Tartarin; elle forme l'angle à gauche de la rue de Calais et de celle des Ouches.

La classe et la maison communale de l'enseignement mutuel occupées actuellement par les frères de la doctrine chrétienne, ainsi que la maison plus bas, ont été construites dans le jardin de cette maison. Il y avait aussi un second jardin à l'autre angle de la rue des

' M. le baron d'Erlach était propriétaire de la maison appartenant maintenante M. Julien Collas, la quatrième à droite en entrant dans la rue des Ouches, bout du levant, elle comprenait les cinquième, sixième et septième maisons et avait pour jardin tout le terrain qui entoure ces maisims, ensemble environ deux heitares.

)iic'lics ei de la rue de Calais, qui faisait partie et déiciidait de ce séminaire. Les époux Fauvette ont aussi onné les vitraux de couleur de la grande croisée auessus de l'autel du Saint-Nom-de-Jésus, ainsi qu'on leut encore le lire dans le vitrage même, et de plus ils int constitué une rente sur particulier pour qu'il leur ût dit des messes aux époques fixées par le contrat de lonalion.

Ceci est tiré des archives de l'hospice qui a été aussi lonataire des époux Fauvette.

y Une ordonnance du roi, en date de 1778, défend de aire à l'avenir aucune inhumation dans les églises. Cependant mon aïeul, Jean Chevalier, ancien syndic de a communauté des habitants, a encore été enterré tout )rès de la porte du clocher, alors nef de la chapelle le la Sainte-Vierge, le 17 octobre 1781, mais le 22 du ïiérae mois le procureur fiscal a fait combler une fosse ique Convenait d'ouvrir pour la sépulture de M. Viger, receveur des aides, et, depuis, il n'y a plus eu personne d'enterré dans l'église. Toutefois, en 1789, le marquis de Mirabeau, surnommé ['Ami des hommes, étant mort à Argenteuil •, ily a eu exception en sa faveur, etj sans que j'aie jamais pu savoir en vertu de quelle autorisation, car je m'en suis bien des fois informé depuis, le corps de M. Riquetti de Mirabeau a

> 11 juiilol 178'.). — Pore du fameux Mirabeau.

été descendu dans le caveau de M. d'IIémel, où il esli toujours, ainsi que la tombe de sa mère que l'on a fait apporter de l'église de Saini-Sulpice à Paris, où elle était déposée.

Avant la cérémonie, je suis descendu dans ce caveau qui a un petit escalier assez facile. Il n'y avait aucun débris humain visible, parce qu'on avait réuni dans un même cercueil tout ce qui appartenait à la famille d'Hémel que l'on a sorti, puis redescendu, et ensuite placé à gauche de M. de Mirabeau et de sa mère; ce qui constitue, suivant moi, une violation et une usurpation de domicile. Le caveau peut avoir un mètre 66 centimètres carrés, et deux mètres de profondeur; il est bien bâti et cintré, en pierres de plâtre bien' taillées.

Voici l'épitaphe qui a été posée dans la chapelle et sur laquelle on marche :

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