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» Repose
>> Françoise de Castellane, Marquise de Mirabeau, modèle de » p.eie et de vertus, heureuse épouse, mère heureuse, néu en » Dauphiné eu 1G8S morte à Paris en 1769, déposée à Saint- » Sulp.ce, puis transportée ici pour être réunie sous I« mémo ^ tombe avec son digne fils, Victor de Riquetty, marquis de » Mirabeau, surnommé l'ami des hommes, né à Pertuis ea Pro-
j! » vence le 4 octobre 1715, moit à Ar^^enteuil le 11 juil- I » let 1789. »
« Priez pour leurs âmes. »
La porte communiquant à l'ancien cimetière, dite ^ porte Saint-Gond, est de construction moderne. Depuis 1833, elle a été bouchée pour fournir un emplacement à la chapelle de la Sainte-Robe. Auparavant, les enterrements sortaient de l'église pour aller au cimetière par une grande porte qui existait dans l'endroit où sont aujourd'hui les fonts baptismaux, dansl'angle ouest de l'église. Il en reste encore le cintre avec des ornements d'architecture assez bien conservés. Ces fonts, qui étaient du côté opposé, n'ont été transportés à la place qu'ils occupent maintenant que depuis environ 25 ans. La chapelle de la Sainte-Vierge, qui était près de la sacristie, n'a été changée de place qu'en 1840. Un badigeonnage complet et bien exécuté a été fait cette même année. Le pilier de la nef du chœur, le plus près du clocher, a été reconstruit en 1782; en 1839, il en a ; été fait un autre enfermé dans l'intérieur du bancd'œuvre, ainsi que le remplissage en maçonnerie de l'espace compris entre le mur de façade et le premier pilier de la nef du chœur, en entrant à droite sous les orgues.
En l'année 1843, on a refait les trois piliers suivants, et, sur la recommandation d'un membre de la
Commission des arts, les chapiteaux de ces piliers ont clé modelés sur les anciens dont rarcliiteclurc datait, , dil-on, du xiir siècle. |
La couverture en ardoises de cette même nef du chœur a clé aussi remise à neuf en la même année 18-13 ; enfin, à ma connaissance, il s'est fait beaucoup de changements dans notre église; en voici un encorei dont j'ai été le témoin :
M. Lcquin, curé de 1717 à 1746, avait, de son vivaut, donné les grilles qui fermaient le chœur, ainsi i que la belle boiserie qui le décore. En l'année 1841, on a démonté ja travée qui faisait face à l'autel, et on l'a remplacée par une petite grille en fonte, ce qui démasque la vue du chœur, mais n'est plus en rapport ' avec les anciennes grilles laissées sur les côtés.
Dans toutes mes recherches, je n'ai rien trouvé qui ait rapport au jeu d'orgues. Cependant, en faisant une forte réparation à cet instrument, en 1842, on a trouvé dans le plancher du buffet une incrustation qui porte le millésime de 1672. Il est possible que ce soit la date de son établissement. A l'égard du tambour à trois portes au-dessous du jeu d'orgues, il provient de l'église de l'abbaye des Bénédictins. Il a été apporté et mis à la place qu'il occupe, en 1792, ainsi que la grille de la chapelle du Saint-Nom de Jésus; je me rappelle les avoir vu poser.
Continuant de suivre pas à pas l'abbé Lebeuf, nous
voyons qu'il parle Me la cure d'Argenleuil et des curés qui l'ont desservie.
Voici les noms de tous les ecclésiastiques qui ont occupé cette cure depuis 1597 :
M. Adrian, de 1597 à 16 19, en remplacement de M. Jérôme Pillegrain, qui a été forcé de résigner, , étant accusé de malversations^.
M. Biaise (Pierre), de 1619 à 1634. Il était natif d'Argenteuil. C'est cette même année que la Confrérie de la Charité a été fondée, et que ce curé a résigné à cause de son grand âge, au profit de M. Olivier Blondis, aussi natif d'Argenteuil.
M. Blondis (Olivier), de 1634 à 1686. C'est deux ans après l'installation de ce curé que la grosse cloche que nous possédons toujours a été fondue. M. Blondis a fait beaucoup de bien dans la paroisse. Le roi Louis XIII est venu plusieurs fois le voir, ce qui fait supposer que, de son côté, M. le curé allait à la cour, quihabitait Saint-Germain-en-Laye, d'où il devait rapporter des secours pour les pauvres habitants. Il existe un portrait de ce digne prêtre. Il se trouve entre les mains du sieur François-Nicolas Guérin, gendre Guérln, arrière-neveu maternel de M. Blondis. Ledit sieur
» Voir pages 29 et 30.
2 Voir les plus anciens cahiers des registres de l'état civil de la commuae d'Argenleuil, et page 30 de cet ouvrage.
Giiérin est propriétaire de la maison de son grand oncle, rue de la Corne, près de la Cour-de-Fer, et y demeure.
M. Rez, de 1686 à 1694.
M. Tiret, de 1694 à 1699. Ce curé, dont le buste est à l'hospice, est mort d'apoplexie à l'âge d'environ 40 ans. C'est par ses soins et ses démarches, qu'ont été vaincues les nombreuses difficultés soulevées par les prétentions des religieux Lazaristes sur les biens de Saint-Marc, donnés à l'hospice par ordonnance du Roi, . en date de 1697 (octobre).
M. Desraoulins, de 1699 à 1704.
M. L.-F. Cassin, de 1704 à 1710.
M. Grouet, de 1710 à 1717.
M. Lequin, de 1717 à 1746.
M. Guérard-Dumoutier, de 1746 à 1764.
M. Leguen,dit Grand-Pierre, de 1764 à 1789.
Le surnom de ce curé lui fut donné à cause de sa haute taille. C'était un homme grave, favorisé de la nature tant au physique qu'au moral. Il était Breton d'origine. Il avait étudié le droit civil et donuait des conseils en matière judiciaire. Il était souvent nommé arbitre parle bailly, ou choisi à l'amiable par les deux parties, et était craint en même temps qu'aimé de tous ses paroissiens. Il est mort à Versailles, étant député du clergé aux Etats-Généraux qui prirent bientôt le nom d'Assemblée constituante. J'ai connu M. Leguen, et
je n'en parle que d'après mes appréciations et celles de mon père, de ma mère et de mes autres parents.
M. Gaidechen, Claude, d'abord de 1789 à 1792.
Ayant refusé alors de prêter le serment à la constitution civile du clergé, il fut obligé de quitter sa cure. Un curé intrus le remplaça temporairement (de 1792 à 1806), M. Osé, qui, naguère vicaire d'Argenteuil, y avait, jeune encore, déployé pendant une grande mortalité, en 1783, un zèle qui lui avait acquis la reconnaissance des habitants. Bon nombre d'entre eux étant allés lui offrir la cure d'Argenteuil en 1792, il l'accepta, quitta la paroisse de Maurecourt qu'il desservait alors, et où il avait prêté serment, et resta à Argenteuil jusqu'en 1806, époque où le curé titulaire, M. Gaidechen, rentra en possession de sa cure, M. Osé passa alors comme desservant à la petite paroisse de Suscy, près de Boissy-Saint-Léger. M. Gaidechen resta dans sa cure d'Argenteuil jusqu'en 1819, date à laquelle il fut nommé curé de l'Abbaye-aux-Bois, à Paris. Il exerça cette charge jusqu'à sa mort, le 14 juin 1837, à l'âge de 85 ans.
Le lendemain, 15 juin, suivant la recommandation qu'il en avait faite, M. Gaidechen a été inhumé dans le cimetière d'Argenteuil, près de la grande croix du milieu. Son exécuteur testamentaire lui a fait ériger un rhonument en marbre blanc, sur lequel on lit une inscription latine dont voici la traduction :
( L'Abbave-anx-Bois , )
« MONTREUIL . , „ . IRGENTEUIL.
(. paroisse de Pans. )
A DIEU TRÈS-BON ET TKÉS-CKAXD.
Ci-gît Claude GAIDECHEN, prêtre,
Né il Paris,
« Reru licencié à la faculté de théologie en Sorbonne, cha » rioine honoraire de l'Eglise métropolitaine de Paris.
» Modèle et honneur du clergé, I
» il remplit avec un zèle digue des plus grands éloges, les fonc- 1 » lions de curé, pendant six ans à Montreuil, près Paris, pen- îf « dant trente-un ans à Argenteuil, et enfin pendant dix-sept ' » ans dans l'église de la bienheureuse Vierge-Marie-aux-Bois.
» H exerça secrètement à Rouen le suint ministère pendant » les temps orageux de la Révolution.
» Confesseur de la Foi,
» il sut la conserver pure, malgré les nombreuses attaques dont » elle fut l'objet.
» 11 brilla par la connaissance des Saintes Écritures, et plus » encore par la pratique des vertus évangéliques. Sa parole » était douce et puissante; la douceur de ses mœurs le rendit » l'ami de tous, et lui mérita le titre de père des lévites et des » plus jeunes prêtres placés sous sa tutelle.
» Il fut le soutien du faible, » Le guide do raveuj,'!e, » Le père des pauvres.
» Il mourut à Taris, après nne heareuse vieillesse, le i i juin, » 1837 âgé de 85 ans.
» Quoiqu'il fût l'objet des regrets de tous, il a voulu et a » ordonné que soa corps fût déposé aa milieu de son ancien » troupeau. »
« Mes chers enfants, aimons nous les uns les antres car la » charité vient de Dren. »
(Saint Jean, chapitre 4, y. 7.)
Ayant personnellement bien connu M. Gaidechen, je me plais à porter ici le témoignage que c'était un bien digne ecclésiastique. Son portrait lilhograpliié a été très-répandu dans la commune d'Argenteuil ; il en existe un à l'hospice.
M. Getfroy, curé, de 1819 à 1825,
A résigné sa cure par suite d'une incapacité résultant d'une maladie dont il est mort dans l'année même de sa résignation.
M. Dantan, de Versailles, de 1825 à 18 iO, chancine honoraire, a aussi résigné 'sa cure pour cause de maladie. Il est toujours existant, et est attaché à la cathédrale de Versailles à titre de chanoine titulaire.
M. Millet (Honoré), né en 1800 à Gonesse, chanoine honoraire de Versailles, curé actuel, promu en 1840. Ses œuvres le loueront au delà de ce que pourraient faire les plus éloquentes paroles. Grâce à son activité, à son zèle, à son bon goût, l'église d'Argenteuil est
oans UQ état parfait de restauration intérieure : la réparation des orgues, les boiseries ajoutées depuis le petit portail, jusques et y compris la chapelle du Calvaire, les admirables sculptures en bois de la chapelle de la Sainte-Tunique, la chapelle de Saint-Vincent, l'autel en marbre blanc, et la magnilixiue décoration de la chapelle de la Sainte-Vierge ; les nouveaux vitraux de couleur que possède notre église ; et enfin dans l'exercice du culte une dignité, une pompe que l'on rencontre rarement dans les églises des petites villes, tels sont les titres que M. Millet s'est acquis à l'estime de ses paroissiens, en même temps que la bonté de son cœur lui a concilié leurs sympathies.
M. Millet, grand-vicaire de Mgr Gros, évêque de Versailles, a été remplacé en 1851 par M. Lucien Quentin Duvau, chanoine honoraire, auquel il succédait à Versailles dans les fonctions de grand-vicaire.
Ce digne et savant ecclésiastique étant mort le 1" mars 1853, des démarches furent faites auprès de M. Millet, alors curé de Manies, qui consentit à quitter cette belle paroisse pour revenir au milieu de son troupeau. Cette seconde installation eut lieu le 1" juillet 1853.
N'oublions pas de compter aussi parmi les curés d'Argenteuil le célèbre Jacques de Vilry ', élevé au cardinalat en 1230.
* Voir page 30.
J'ai parlé de notre grosse cloche qui fut fondue du temps de M. le curé Blondis. Voici ce qu'on lit à l'exergue du bas de cette cloche.
« L'an de grâce 1636, au mois d'août, j'ai été fondue des charités des habitants de ce lieu, bénite par M. Olivier Blondis, curé, et nommée Marie, par Messire Charles de Vienne, protonotaire du Saint-Siège, prieur et seigneur d'Argenleuil et autres lieux, et dame Marie de Lagnes, épouse de haut et puissant seigneur René de Vienne, chancelier et conseiller du roi en ses conseils, marquis d'Ossouveram, de Vauvillars, Mangerelle et Ravant, comte de Chasteouse et de Confolans, baron de Clervant la Villatte, au nom de Fauccon la Chaux, et par les soins et diligence de M. Biaise Pierre, ancien curé, Etienne Daviot, vicaire, Pierre Marine, avocat au Parlement et baiily, Mathurin Touzelin, lieutenant, André Gentil, procureur fiscal, Jean Bonjour, marguillier, et Jacques Bricard, syndic de ce lieu. »
Et, plus bas : « Simon Jacobus me fecit. »
En 1746, époque à laquelle futécrit par l'abbé Lebcuf
l'article de son ouvrage sur Argenteuil, Paris avait
encore pour limites les boulevards intérieurs, qui sont
aujourd'hui de belles promenades ; c'est donc avec
raison que cet historien disait qu'il y avait deux lieues
et demie d'Argenteuil à Paris, ce qui fait dix à onze
kilomètres. Maintenant il n'y en a plus que 8 kilom.
250 mètres, reconnus exister ainsi qu'il suit : Du milieu du pont d'Argenteuil au milieu de celui d'Asnières 4 kilom. 339 mètres, de ce point à la barrièrede Monceaux 3 kilom. 911 mètres. Du pont d'Argenteuil à l'axe de la route de Ponloise, bout de la route annexe d'Argenteuil à Sannois, on compte 3 kilomètres 60G mètres.
Quant à la population de notre commune, l'abbé Lebeuf nous apprend que dans le cours du xiv« siècle, par suite des guerres et de maladies graves, cette population se trouvait réduite à mille habitants. Il faut, pour apprécier les désastres de ces guerres et de ces maladies, s'en rapporter à cet historien, qui a puisé ses renseignements dans les anciens auteurs qu'il a compulsés, comme je l'ai fait moi-même à la Bibliothèque royale, en i)etite partie, il est vrai, mais suffisamment cependant pour reconnaître toute l'exactitude des citations de l'abbé Lebeuf.
Depuis bien longtemps néanmoins celte population s'est beaucoup augmentée, et il faut croire qu'il y a déjà plusieurs siècles qu'elle *a atteint le chiffre do 4,000 âmes, qu'elle dépasse aujourd'hui de 7 à 800. Voici le montant très-exact de la population d'Argenteuil au 20 juin 1841 :
Garçons 900
Hommes mariés 1159
Hommes veufs 87
Filles 797
Femmes mariées 1160
Femmes veuves 274
Nombre de feux 1510
Parmi les dits habitants on compte dans celte même innée 640 vignerons faisant valoir ou récoltant, d'après la déclaration au recensement fait par les capitaines de quartiers pour le payement de la garde des portes et d'autres frais de surveillance, la veille des vendanges.
La population, au recensement de 1851, s'est trouvée montera 4767.
Si dans le xiv" siècle la population ne s'élevait qu'.à 1,000, il y aurait donc augmentation quadruple depuis bien longtemps.
Je crois qu'on peut attribuer la cause de cette augmentation aux soins du sieur Chambellan dont l'abbé Lebeuf nous a transmis l'épitaphe, et surtout à ceux du roi François l", qui a sans doute voulu former d'Argenteuil un avant-poste pour protéger Saint- Germain, où la Cour résidait en été. En effet en 15'.5
notre commune lïit entourée de murs, tours, tourelles \\ > et fossés de défense, avec seize portes. Or pour garder i| ces fortifications, et peut-être aussi pour y travailler, jl le roi fit placer dans le canton d'Argenteuil un régiment de Gardes-Suisses logés chez les habitants, où ils restèrent plus de deux cents ans, puisqu'ils ne i quittèrent le pays qu'après l'achèvement des casernes de Courbevoie et de Rueil, commencées en 1755 et is finies en 1760. Quelle qu'ait été d'abord la répugnance •: avec laquelle les anciens habitants reçurent cette gar- ■ ; nison suisse dont le logement leur était imposé, force i leur fut de se soumettre et de faire bon accueil aux r nouveaux-venus; bientôt aussi ces derniers, qui de- i valent avoir du loisir hors de leur service, ont dû, de leurs bras et à bon marché, aider les habitants dans l'exploitation des terres et des carrières; bientôt encore il a dû se faire des alliances entre les indigènes et les étrangers, dont plusieurs avaient déjà des femmes de leur i)a)s, et bientôt enfin la population a dû s'accroître, se doubler, se quadrupler. Ce que je dis ici des familles originaires suisses et des alliances avecdes soldats decelte nation restés dans la commune est digne de remarque. En eflet je connais bon nombre de familles d'origine suisse, ou issues de Suisses alliés à des femmes d'Argenteuil, qui tiennent parmi nous un rang fort honorable. Il n'est d'ailleurs pas douteux qu'il se sera opéré une fusion entre ces troupes suisses
elles habitants, ce qui aura, je le répète, puissamment contribué à augmenter la population.
Il y a déjà beaucoup de ces familles suisses éteintes dont les noms n'existent plus que dans la mémoire des anciens du pays ou dans les titres des propriétés que ces familles suisses avaient acquises. Dans la commune de Courbevoie et dans celle de Rucil, qui n'étaient, il y a un siècle, que de très-petits villages, on trouve que presque la moitié des familles portent des noms suisses. Ces villages n'ont donc dû l'augmentation de leur population qu'aux casernes.
Les officiers suisses étaient en général fort riches, et presque toutes nos maisons bourgeoises ou nos grandes maisons de vignerons ont appartenu à des officiers suisses dont plusieurs avaient en outre des propriétés rurales. L'hôtel actuel de la Mairie, qui en 1600 a été habité par le fermier du bac, a été bâti par un capitaine nommé M. Schnisser dont j'ai connu les descendants qui n'ont quitté la commune qu'à l'époque de la révolution de 1793.
Cette propriété, quai de Seine, 1 8, fut achetée en 1 836 des héritiers Desains dont le parent, ancien maire du 7^ arrondissement de Paris, la tenait directement de M. et M"^ Schnisser. Lors de l'acquisition par la commune, il y eut un grand débat parmi les habitants; une forte majorité ne trouvant pas cette maison assez centrale. Il n'y a pas encore quarante ans on voyait,
dans un assez grand nombre de rues, des escaliers en saillie qui avaient été pratiqués ainsi en dehors pour la commodité des propriétaires et de leurs hôtes, et qui conduisaient à ce que l'on appelait des cabanes à Suisses. 11 en existe encore quelques-unes çà et là.
L'abbé Lebeuf, et aussi les historiens qu'il cite, Amelot, de la Houssaye, et de la Martinière, tous les trois auteurs modernes, font une description bien avantageuse de l'Argenieuil de leur temps, si on le compare avec le même endroit tel qu'il était du temps du roi Jean (de 1 350 à 1364). Ce sont en eiïel les chroniques de ces temps-là qui représentent Argenteuil comme le plus gros et le plus sale bourg de France. Cependant quand l'abbé Lebeuf, Amelot et de la Martinière ont écrit, aucune rue n'était pavée, et les fortifications ne devaient pas donner d'agrément à la ville ou au bourg, comme on voudra le nommer. Si, au milieu du xiv* siècle, la population n'était que de mille habitants, ce qui me parait bien peu, je le répète, il ne devait pas y avoir autant de maisons qu'aujourdhui, puisque jusques à l'an 1635, encore, le couvent des Bernardines établi sur remplacement du nefRobiolles (dit des Lombards) était considéré, est-il dit, comme situé dans le cœur de la ville. Or l'emplacement dont il est question se trouve être l'enclos entouré de quatre rues qui sont : au nord-ouest celle de Sainl-Oermain, en face la rue de Gurraeilles, au sud-est le quai de Seine, au levant
la rue l'Évêque et au couchant la rue de Seiue ; mais "il ne me paraît pas admissible que, même à celle époque, 1635, cet emplacement ait pu être le milieu de la commune, car la rue de Carême-Prenantel le quartier de Guienne ainsi que celui de la porte Sannois devaient déjà exister, à moins qu'ils n'eussent été considérés comme faubourgs. A ce sujet j'ai entendu dire à mon grand-père qu'il avait vu bâtir beaucoup de maisons dans la grande rue, notamment entre la nie du Port etxîelle de Caréme-Prenant. J'ai fait, depuis, plusieurs découvertes, qui m'ont porté à croire qu'il y a eu erreur de la part de l'abbé Lebeiif, et que l'empla cément du fief des Lombards devait être rue de Poutoise où était, en dernier lieu, le couvent des Ursulines, car c'est là qu'il faut placer le centre de la ville, comprise comme aujourd'hui entre les fossés que j'ai vus et les seize portes dont parle l'abbé Lebeuf.
Puisque nous en sommes avec cet historien à l'iiistoire civile d'Argenteuil, qui déjà, comme il nous l'a raconté, a beaucoup souffert, victime tour à tour des guerres et des maladies, nous allons donner une conliiuiation de l'histoire civile de celte commune, et des phases diverses de maladies, de temps de révolution et de guerres auxquelles elle a été en proie depuis l'abbé Lebeuf.
L'année 1775 a été marquée par un rigoureux hiver, par une grande cherté du pain, par une révolte aux
environs de Paris, et, pour Arsenteiiil, en outre de la révolte, par de grandes fièvres. Cependant, il n'est mort que 183 personnes dans l'année, ce qui a été tout au plus, le double de la mortalité ordinaire, quoiqu'il y ait eu des malades dans toutes les maisons.
En 1783, la plus forte année de mortalité que l'on eût eue depuis bien longtemps à Argenteuil, il y a eu 385 victimes, particulièrement dans les quartiers avoisinant la rivière. La maladie a commencé dans le mois de juin. En juillet il y a eu 42 décès, en août G3 (dont huit le 29) ; en septembre 81, dont 7 dans la journée du 28; en octobre 80, dont 4 le 30 ; en novembre 43, en décembre 32, enfin en tout 385 comme il vient d'être dit.
On dira un peu plus loin les causes de celte mortalité.
[Ces renseignements sont tirés du registre de l'état civil de l'époque.)
En 1806, année des fièvre typhoïdes, à Argenteuil seulement, la mortalité a été de 17 3. Presque tous les cas ont encore eu lieu dans les quartiers compris entre le quai et la grande rue, mais plus particulièrement dans les rues de Carême-Prenant, des Murs-Fondus, du Port, des Gobelins,de Traverse, et des Vaches, aujourd'hui rue Centrale, qui ont été le principal foyer de cetie maladie.
On doit attribuer l'insalubrité de ces quartiers au séjour dans le bas de la rue des Murs-Fondus, qui n'avait pas alors d'égout, d'une grande quantité de sang, provenant de la tuerie d'un boucher qui demeurait au milieu de celle rue, lequel faisait ce qu'on appelait la Halle de Paris et tuait cinn ou six bœufs par semaine. La morlalité attaquait particulièrement des sujets de 25 à 50 ans. Les personnes atteintes n'étaient que 5 à 6 jours malades, et, des le 3^ ou le 4^ jour, elles gonflaient extraordinairement. Dans l'espace de six semaines, il est mort sept personnes dans les cinq maisons qui font face à la mienne (rue du Port, 4). La rue de Carême-Prenant et celle des Wurs-Fondus ont aussi été des plus affligées.
Eu 1832, année du choléra, il y a eu à Argenteuil 275 décès arrivés très-promptement, au printemps, et à l'automne, lors de la recrudescence du fléau. Il y eut des victimes dans tous les quartiers delà commune; cependant, cette fois, le quai de Seine et les rues y aboutissant ont été les moins frappés de mortalité. C'est le 3 avril que les deux premières victimes ont succombé; le 4 quatre autres; le 5 deux; le 6 six; le 7 trois; le 8 six; le 9 trois; le 10 six; le 11 quatre; le 12 neuf; le 13 huit; le 14 six; le 15 dix; le 16 trois; le 17 six; le 18 trois; le 19 neuf; le 20 trois; le 21 deux; le 22 personne. Le 23 un décès ; le 24 quatre ; le 25 un ; le 2Q un ; le 27 quatre ; le 28 un ; le 29 deux ; le 30 un ;
au total dans ce seul mois 132. La recrudescence a commencé en juillet. Le 16, si.\ décès; le 17 quatre; le 20, trois; jusqu'en septembre, voir le registre de || l'état civiL Dans le fort de la maladie, on enterrait | sans sonner les cloches, et souvent par convois de plusieurs morts ensemble. Toute la commune était dans une telle affliction que tous les travaux furent suspendus; toute réunion de société cessa : plus de cabarets fréquentés, plus de bals, plus de danses, plus de circulation même dans les rues, encore moins au dehors; et pour peu qu'on se rencontrât, c'était pour se coui muniquer les uns aux autres la crainte, l'anxiété et é la tristesse dans lesquelles on était plongé. î
Enfin, à défaut de place pour les inhumations, on fut obligé de creuser des fosses dans les allées du cimetière; elles furent bientôt remplies, et il était question de chercher un terrain dans les champs pour faire un cimetière provisoire, quand la pensée vint à M. Récappé, alors maire, de proposer aux habitants l'acquisition, à l'aidede soumissions collectives, d'un terrain assez grand, hors de la ville. Les soumissions s'eirectuèrent d'après ses nombreuses démarches; le terrain fut bientôt enclos de murs avec portes et grilles, et la commune posséda un nouveau cimetière en remplacement de l'ancien qui, on le sait, tom haità l'église, etn'exislait, depuis l'ordonnance de 1778, que par tolérance de l'autorité supérieure. Cependant la
première inhumation clans le nouveau cimetière n'a eu lieu que le 12 août 1834 '.
M. Récappé, par sa conduite dans le choléra, par l'établissement de ce nouveau cimetière, qu'il a décoré gratuitement de la belle croix qui est au milieu; par la peine qu'il s'est donnée pour l'agglomération d'un ter-
* Au commencement de juillet 1848, on exhuma les ossements de l'ancien cimetière, partie à l'aide d'une souscription, pour donner du travail aux ouvriers. Le défaut de ressources a empêché alors d'agrandir le nouveau cimetière pour consacrer à ces débris de nos aïeux un terrain spécial. Us ont été inhumés dans l'allée transversale du haut, à une profondeur de deux mètres sur pareille largeur, recouverte d'un demi-mètre de terre.
Suivant l'abbé Lebeif il y aurait plus de mille ans que l'on enterrait dans notre ancien cimetière. Avant la preuve qui résuite de mes calculs et toisés que j'ai faits avec le sieur Chailloux, chef des ouvriers du port, qui dirigeait les travaux d'exhumation et de translation de ces restes, je ne croyais pas que les ossements humains pouvaient durer aussi longlemps en terre avant d'atteindre leur dissolution complète.
Quatre ans plus tard, par un décret impérial du 16 juillet 1832, la commune d'Argenteuil a été autorisée à acheter le terrain nécessaire pour l'agrandissement du nouveau cimetière, reconnu insuffisant au besoin des inhumations. Les fonds pour cette acquisition et pour la construction des murs ont été réunis grâce au concours d'un nombre de personnes auxquelles il a été fait des concessions à perpétuité. Ce système employé a été le même que celui dont on avait fait usage en 1832.
rain servant de port à gadoue à 500 mètres en aval de la commune, lorrain qu'elle a acquis ainsi gratui tementetqui maintenant lui appariient; enfin par son concours pour rétablissement du chemin de grande ; communication d'Argenteuil à Cormeilles, M. Récappé, dis-je, a de justes droits à la reconnaissance de la commune.
Depuis le choléra de 1832, la mortalité n'a pas dépassé les proportions de l'inévitable tribut à payer à la nature.
Argenteull avait eu aussi dans le dernier quart du xviii« siècle sa part de troubles et de vicissitudes.
En 1775 la disette. Le pain se vendait cinq sous la livre et il n'y en avait pas pour tout le monde. Or, la faim fit sortir de chez eux les habitants de Sartrouville qui s'attroupèrent, et vinrent à Argenteuil pour y chercher des vivres et enlever de vive force toutes les farines qu'ils pouvaient trouver chez les marchand>. Bientôt des particuliers d'Argenteuil, qui n'éprouvaient pas de moindres besoins, se réunirent à l'attroupement étranger, afin d'avoir leur part de butin. Mais tout à coup l'autorité intervint, et, soutenue par les plus notables habitants qui lui prêtèrent main forte, elle parvint à faire triompher la loi, ce qui ne fut toutefois, il faut l'avouer, qu'après que tous les boulangers et les marchands de farine de la commune eurent été pillés. Cependant une inslruciion judiciaire eut
lieu; des arrestations furent faites, tant à Argenleuil qu'à Sartrouville, plusieurs condamnations à quelques jours de prison furent prononcées, et tout rentra dans l'ordre. La révolte fut presque générale dans les environs de Paris : aussi cette année de 1775 a-t-ellelongtem])s été appelée l'année de la révolte.
A cette occasion, le 8 mai de la même année, le syndic réunit les habitants pour leur communiquer une lettre qu'il avait reçue de Mgr l'intendant, par laquelle ce magistrat proposait la formation d'une garde bourgeoise composée de 200 hommes, y compris les officiers de tous grades qui seraient nommés pour les commander. Après délibération, il fut répondu que pour pouvoir se conformer à la requête de Mgr l'intendant, la commune n'ayant point d'armes, elle suppliait Mgr de vouloir bien en envoyer. Rien n'indique quelle suite eut la proposition; mais, comme on le voit, l'idée de l'organisation d'une garde nationale est assez ancienne. La lettre de l'intendant est datée du 4 mai 1775 (voir le registre des délibérations du conseil municipal d'alors de 1772).
Depuis 1775, il ne s'est rien passé de remarquable dans notre commune jusqu'en 1789. La révolution, commencée en 1787 parla convocation des assemblées provinciales, faisait tous les jours des progrès; mais ils ne furent point connus des habitants des campagnes,
jusqu'au 14 juillet 1789, où le canon de la prise de la Bastille se fit entendre.
On sait avec quelle rapidité la révolution marchai ensuite. A cette époque, notre territoire d'Argenteuil, comme tous ceux des difTérenls lieux clrconvoisins, était couvert de gibier : de troupeaux de lièvres au nombre de 40 ou 50 réunis, de perdrix dans la plaine, de lapins sur les côtes, rongeant les vignes et les arbres et toutes les récoltes céréales. Cetétat de choses portait un j grand préjudiceauxcultivateurs. Le sel coûtait quatorze > sous (0 fr. 70) la livre (i/2 kil). La noblesse et le clergé ; étaient exempts de l'impôt territorial. D'un autre côté, »; peut-être une rigueur un peu trop grande était-elle •■ exercée par les gardes-chasse, et également de la part des employés des aides et gabelles qui étaient ce que sont de nos jours les employés des contributions indirectes. Toutes ces causes réunies faisaient fermenîor un levain de mécontentement et prédisposaient les esprits au changement. On comprend donc aisément que l'amour de la nouveauté chez les uns, et, chez les autres, l'espérance de voir réformer un ordre de choses aussi vexaloire et aussi préjudiciable à leurs Intérêts, en le remplaçant par une égalité proportionnelle dans les charges publiques, dût enflammer l'esprit des habitants d'Argenteuil, comme celui de tous les autres Français de leur classe, et leur faire accueillir avec joie le commencement de celte révolution, reconnue
ii,'€Ossaire, même par des princes et seigneurs. Ajoutez à ces prétextes le mépris de l'autorité, prêché par la philosophie de ce siècle, et l'abandon des sentiments de foi, suite des sophismes et des sarcasmes irréligieux de ses derniers coryphées, et vous comprendrez pourquoi, au lieu d'une réforme des abus et d'une ' abolition pure et simple des privilèges onéreux au peuple, nous avons eu une révolution sanglante qui nous a conduits, par la terreur, à deux doigts de notre perte. Quoi qu'il en soit, quelques enrôlements volontaires eurent d'abord lieu; mais le 8 septembre 1792, alors que les armées prussiennes étaient dans la Champagne, à la suite d'une pressante allocution de deux commissaires venus de Saint-Germain, un enrôlement considérable de jeunes gens de 18 à 30 ans s'effectua spontanément en plein champ, sur le bord de l'eau, où est aujourd'hui le quinconce, qui était alors une prairie naturelle. Ils partirent tout aussitôt pour rejoindre les divers corps d'armées. Depuis, la commune n*a fourni que les contingents demandés.
On connaît les excès de la révolution de 1793, la Terreur, ses arrestations, ses proscriptions et ses innombrables victimes. Eh bien ! quoique à la porte de Paris, quoique fréquentant tous les jours les halles, Argcnteuil n'a compté aucune victime. Deux ou trois personnes seulement furent arrêtées par suite de propos, alors, indiscrets, et envoyées à Saint-Germain.
Mais revenons à la description de notre commune Je crois être fondé à contester aux auteurs cités par labbe Lebeuf la qualité qu'ils ont donnée à Argenleuil d'être peut-être, ont-ils dit, le plus beau bourg de
l'Europe; et je me range du côté d'autres chroniqueurs qui ont affirmé que cet endroit était très-sale. En e^fct pendant bien longtemps, Argenteuil était un trou d'où on ne pouvait faire sortir aucune marchandise qu'à 1 aide de charrettes puissamment attelées. Au levant comme au couchant, il n'y avait aucun chemin pavéet, au midi, il fallait passer trois fois la rivière dans des bacs ou des batelets, pour aller à Paris. Dans l'intérieur il n'y avait que la rue de la Chaussée qui fût pavée, non pas en pavés de grès comme elle l'est aujourd'hui, mais en blocage grossier, et c'est cette première chaussée, laquelle a longtemps existé ainsi, qui a donné son nom à la nie dont l'étendue commence à la rue des Saints-Pères et finit à la place de l'Fglise En 1807 ou 1808, elle a été réparée à neuf. Toutes les autres rues n'étaient pas môme cailloutées, excepté la Grande-Rue qui l'était fort mal, et mal entretenue quoiqu'elle fit partie de la route de communication hors la banlieue de Paris, entre la route rovale de Ponioise et celle de Saint-Germain. Elle était assez fréquentée, et fort souvent en état de dégradation, ne recevant d'entretien que do la part des habitants, qui n'avaient dans ce temps-là que des chevaux de somme
Il y avait des aubergistes qui fournissaient des chevaux de renfort que les voiluriers se voyaient obligés de prendre, soit qu'ils eussent à aller à Saint-Germain, ou à Saint-Denis. Cette profession d'aubergiste était alors importante et lucrative.
Avant l'établissement de la route royale n' U de Paris à Rouen, au Havre et à Dieppe, construite de 1720 à 1730, le transport des provenances de ces villes maritimes, pour les marchandises peu encombrantes et qui demandaient delà célérité, commela marée, par exemple, se faisait à dos de cheval. Un conducteur menait dix ou douze chevaux sommiers de Pontoise. Leur itinéraire était par Montigny etCormeilles, soit qu'ils vinssent par la montagne et le chemin de Rosières; soit par le chemin de la Frette, que les habitants de CormeiUes nomment encore le chemin des Beurriers. Argenteuil, où il fallait passer deux fois la rivière dans deux bacs différents, était un lieu de station; circonstance que je savais par la tradition de mes pères, et que j'ai reconnue exacte par la lecture de beaucoup d'anciens titres de mes voisins et autres de la même rue, dont les maisons ont servi d'auberges. La mienne ( la 2' à droite en entrant dans la rue du Port, par le quai,) suivant un procès-verbal d'estimation en date du 2t août 1737, avait pour enseigne l'image de Saint-Pierre. A cette époque elle était tenue par un
vivandier des Gardes-Suisses.
Avant l'usnge de la gadoue, introduit dans les années 1781, 1782 et 1783, par M. Noblet, ancien marchand plâtrier demeurant à la porte Sannois, et ancien trésorier de l'hospice, les vignerons d'Argonteiiil fumaient leurs vignes avec des fumiers provenant des beuveries et des vacheries de Paris et des faubourgs. Chacun avait dans sa cour un grand trou que l'on remplissait tous les ans, de sorte que quand on transportait ces fumiers dans les champs, à dos de bêles, il devait y avoir une permanence de mauvaise odeur dans toute la commune. Cette infection élait augmentée encore par celle que devaient répandre leseaux de ces fumiers que l'on jetait dans les rues mal entretenues et mal nivelées. Enfin toute la ville devait être un vaste foyer de matières en putréfaction, cause incessante d'insalubrité. Ajoutez à cela le manque d'égouts vers la rivière dans chaque rue, et vous comprendrez combien le séjour de la ville devait être désagréable.
Un bout de la rue du Port avait sa pente sur la grande rue, dont une portion d'égout, à l'époque du premier pavage, allait depuis la rue de la Dîme (aujourd'hui de la Liberté) et celle de Pontoise se décharger dans le ruisseau de Bicherel, près du carrefour de la porte Buttée. Le carrefour de la rue du Port, en face de la rue dos Gobelins, a été surbaissé en deux fois d'environ un mètre, et le bas de la dite rue du Port tenant au quai, a été rechargé de 60 à 80 centimètres,
insi que l'a fait voir la fouille des fondations de la petite porte d'entrée delà première maison en entrant dans cette rue à droite. Dans ma jeunesse j'ai entendu dire que la largeur qui existe dans la partie de la grande rue comprise entre la rue de la Dîme (de la Liberté) et la rue des Vaches (rue Centrale) n'était due qu'à la nécessité dans laquelle les propriétaires riverains avaient été d'éloigner leurs constructions du cloaque qui existait en cet endroit, et qui n'a été comblé que lors du pavage de la grande rue. Cet endroit en est devenu l'un des points culminants. Mon père m'a dit avoir vu bâtir les principales maisons de ce quartier.
Or toutes les saletés des rues, des cours, des fumiers ; des eaux de ces fumiers que l'on jetait, dans des rues sans égouts, ainsi que les charrois à peu près journaliers, à dos de cheval desdits fumiers, devaient faire d'Argenteuil une commune très-sale, et occasionner le retour fréquent des maladies endémiques dont nos aïeux ont été si souvent affligés. Ajoutons à ces causes d'insalubrité que les maisons n'étaient ni percées ni aérées comme elles le sont aujourd'hui. Cette amélioration dans les constructions et le confortable intérieur ne datent que d'environ cinquante ans. Anciennement, tous les cultivateurs se retiraient, par économie, dans des étabies à vaches; car il paraît qu'il y avait jadis beaucoup de ce bétail dans la commune,
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puisqu'une rue portait encore naguère le nom de ces animaux. On pourrait ajouter une autre preuve. La commune possédait alors environ 16 ou 17 hectares de prés naturels situés de l'autre côté de la rivière, tout le long de l'eau, à partir d'environ 100 mètres du pont, jusque vers le port des Grands Saules, plus, ce qu'un appelait la Petite-île, qui contenait environ 4 hectares, à i)artir du pont jusqu'à la fontaine Ragaru ; au total 20 ù 21 hectares de prairies.
La récolte des foins se vendait à l'enchère, tous les ans au mois de juin, par lots de deux hectares; et le grand lot, qui était le dernier en face du port des Grands- Saules, contenait il y a 100 ans trois hectares, dont la récolte était abandonnée gratuitement à un nourrisseur, mais à la charge d'entretenir chez lui un taureau pour la saillie gratuite des vaches des habitants. L'usage du lot du taureau s'est conservé jusque vers 1765, après quoi ce lot a été vendu tous les ans comme les autres.
Quoi qu'il en soit, ces terres dites alors la Grande-Ile ont été aliénées par ordre du gouvernement en l8l3, et quoiqu'elles aient été vendues 74,000 francs, le gouvernement, qui a gardé les fonds, a entendu ne payer que 2,541 fr. d'intérêts, francsetquittes de toutes charges. Cette rente est toujours bien payée et fait les premiers' fonds du budget communal.
Je reviens à l'état de malpropreté et d'infection dans
lequel était la commune à laquelle cependant nos auteurs ont donné la qualité d'être l'un des plus beaux bourgs de France, et môme de l'Europe. Je ne puis m'empêcher de manifester ici ma surprise de tant d'éloges que, suivant moi, ce bourg ne méritait pas. II est bon de convenir cependant que, quand les auteurs que j'ai cités ont écrit, on n'avait nullement le goût de la propreté et du luxe en toutes choses comme on l'a aujourd'hui, surtout pour les maisons, les meubles, les vêtements, etc., etc.
A l'article des m.aladies, j'ai parlé de la mortalité de 1783 et j'ai promis d'en faire connaître la cause : la voici.
En 1777, lorsque les eaux étaient suffisamment hautes, c'est-à-dire pendant cinq à six mois de l'année, les bateaux passaient encore dans le bras de la rivière du côté d'Argenteuil. Dans la saison d'été il n'y avait plus assez d'eau pour les bateaux, mais il en restait trop encore pour faire passer les chevaux de la marine dans ce petit bras de rivière qui se remplissait de vase, et on était obligé de dételer les chevaux, et de les faire passer sur le petit bac ou dans des flettes de mariniers pour les atteler ensuite de nouveau ; puis, arrivés à l'extrémité de la petite île, il fallait recommencer la même manœuvre, ce qui devait faire perdre beaucoup de temps aux mariniers, et ce qui enfin a décidé la construction des deux petits ponts qui existent sous le
chemin de halage sous lesquels passent les eaux des fontaines Ragaru et du ru de Bicheret. Des remblais ayant été opérés immédiatement sur ces ponceauxpour le passage des chevaux de marine, la navigation n'a plus eu lieu que par la grande rivière, et l'année d'après (1778) d'autres remblais ont été opérés en face la rue du Port, {)0ur la construction d'une chaussée pavée à travers le bras de la petite rivière. Sous cette chaussée, on avait cru nécessaire de construire un troisième ponceau qui est en pierre dure de Saint-Leu, et a de treize à quatorze mètres de longueur; mais il n'a servi à rien ; car, quatre ou cinq ans après, il a été comblé des deux bouts: on en retrouvera les matériaux quand la commune aura besoin de s'en servir. La voûte de ce pont est à soixante mètres à peu près de l'angle de la rue du Port et du quai, et elle n'est recouverte que d'un mètre cinquante ou soixante centimètres d'épaisseur de terre. Avant cette première et déjà notable amélioration, presque tous les étés on était obligé de placer le grand bac au gravier à peu près à l'endroit où coule aujourd'hui le ru de Bicheret qui, alors, coulait dans la petite rivière; je laisse à apprécier l'incommodité qu'il devait y avoir pour la circulation et le transport des marchandises.
Mais après tous ces travaux, l'ancien bras de la Seine ne servait jjIus pour ainsi dire que de réceptacle aux égouts de la ville, dont le dépôt était d'autant plus insa-
liibre qu'il était formé des eaux ménagères et des vidanges des nombreux trous à fumier. On peut se faire i l'idée de l'infection que devait produire ce réceptacle d'immondices, principalement pendant les chaleurs. Elleallaenaugmenlantchaqueétéjusqu'àrannéel783. C'est à cette époque surtout que l'on en ressentit les émanations pestilentielles, et qu'on eut à déplorer la mort d'un grand nombre de victimes, notamment parmi les voisins de ce foyer d'infection. J'en ai fait connaître le nombre page 88.
Cette mortalité, presque aussi prompte, mais de plus longue durée que le choléra, a dû être portée à la connaissance de l'autorité supérieure dont la commune relevait; c'était alors l'intendant de la généralité d-e Paris. Ce magistrat, s'étant rendu sur les lieux accompagné de plusieurs médecins et chimistes distingués, fit faire des expériences dont il résulta la preuve que le foyer épidémique était bien dans le fond de cet ancien bras de la rivière. Convaincu de ce fait, M. l'intendant, ordonna, le printemps suivant, 1781, un remblai de près de deux mètres de hauteur, lequel a coûté 40,000 francs. Sur cette somme, la commune n'a payé que 6,000 francs, en trois ans (voir le registre des délibérations du corps municipal d'alors). Quelques années après, ce remblai ayant été reconnu insudisant, un second, d'à peu près la même hauteur, fat encore entrepris. Grâce à cette nouvelle mesure ainsi qu'à la
suppression des trous de cour, amenée naturellement par l'usage de la gadoue et parles prohibitions imposées en 1784 ^ la commune fut assainie, et l'on vit enfin disparaître toutes les causes d'épidémies. Aussi en 1803 ou 1804, tous les bas-fonds dont il est question, ainsi que le plateau de la ci-devant petite île, dont la '\ dernière coupe de pré naturel ne s'était vendue que 110 francs, ont été loués assez cher et mis en culture pour la première fois. j
Cependant une partie, près de la chaussée de la rue 1 du Port, avait été réservée pour servir de décharge I aux gravois. Cette décharge se faisait en même temps 1 dans les fossés de la ville, et les remblais étaient si peu avancés en 1816 que la garde nationale, nouvellement établie, qui allait manœuvrer sur le terre-plein de la petite île, ne pouvait déliler par pelotons de 15 ou 20 files qu'en mettant 3 ou 4 files en arrière, tant ils étaient étroitement serrés entre les rangs d'arbres de l'avenue de la rue du Port, nouvellement replantée, et le débord de la décharge. On peut donc juger quels progrès les remblais ont fait depuis cette époque.
Depuis peu d'années, le comblement de l'îlot entre la chaussée du pont ou du port et celle qui est à la suite de la rue Sainte-Barbe, a été achevé.
' Par un ivgkment de police du 9 mai de celte dite nnnëe, prescrivant de ne décharger les fumiers qu'à une certaine distance des dernières maisons.
Des chaussées en remblais ont été élevées concurremment en face de la rue derHôtel-Dieu,decelle des Boucheries, de la rue de Seine et de la rue l'Évêque.
Je viens de dépeindre Argenteuil comme étant, il n'y a pas encore longtemps, un trou d'où l'on ne pouvait sortir avec une voiture, pour peu qu'elle fût chargée, qu'à l'aide d'un fort attelage, et où l'on ne pouvait respirer un air salubre que dans les temps de gelée. Voici maintenant, par ordre de dates, tout ce qui a été fait chez nous et autour de nous depuis 70 ou 80 ans, dans l'intérêt de la salubrité et de la circulation publiques.
Ça été seulement, comme je l'ai dit, de 1721 à 1725 que le chemin de Pontoise à Paris a été érigé en grande route, classée depuis route royale n» 14." Nous en trouvons une preuve dans les archives de l'hospice , où il est rapporté que ledit hospice a fourni environ deux arpents de terrain à prendre dans les bois qu'il possède, sur les limites du territoire de Franconvilie, pour l'élargissement du chemin de Pontoise, et que la faible indemnité qu'il a reçue pour cette cession n'a été [)ayée qu'en 1724. — En 1753, le pont de Crould, près de Saint-Denis, et le pavé de la Briche, qui y conduit, ont été construits.
Sur une partie de l'emplacement de l'ancien chemin d'Argenteuil à Montmorency, dit la Corvée (parce que tous les habitants étaient requis de corvée pour l'en-
tretien de ce chemin , qui montait en zigzag) , fut établie en 1765 la belle chaussée qui fait partie main-i tenant de la route départementale n» 48, venant de i Saint-Germain. De ce côté, au sud de la commune, beaucoup d'autres améliorations de même genre ont été faites depuis, savoir :
Le beau pont de Neuilly, commencé en mai 1768 et terminé seulement en 1775. Indépendamment de la belle et rare maçonnerie que l'on voit, il y a eu des remblais considérables à faire au bout de ce pont, du côté de Paris. La rivière avait à peu près, en cet endroit, le double de la largeur qui lui resie. Elle s'étendait de 200 mètres au delà du pont. On peut se rendre compte de ces remblais en regardant à droite et à gauche, après la sortie dudit pont; car pour atteindre à sa hauteur et la projeter d'un seul niveau, jusqu'à la rencontre du sol primitif, il a fallu opérer des remblais jusqu'à l'église de Neuilly.
Cependant, l'énorme quantité de terre qu'il a fallu n'est rien en comparaison de la dilUcuIté éprouvée pour le tarissement des eaux, dont la rapidité était excessive. On s'est vu dans la nécessité de couler à fond six ou sept bateaux de moellons, dont plusieurs se sont trouvés placés les uns sur les autres.
Pendant les travaux du pont de Neuilly, en l'année 1769, sur la demande des habitants d'Argenleuil, appuyée par M. Prévôt, propriétaire à bail emphytéotique
du château du Marais, qui appartenait aux religieux Bénédictins , la route d'Argenteuil à Bezons a été tracée et construite, partie sur l'emplacement de l'ancien chemin de Saint-Germain, passant dans le fossé creux près du domaine du Marais, et partie depuis ce point à travers champs jusqu'à Bezons. Cette nouvelle route avait été plantée d'arbres (ormes et peupliers) que j'ai vus dans mon enfance, mais il y a déjà bien longtemps qu'ils n'existent plus.
Après la construction de cette route de Bezons et celle de la Corvée, devait venir enfin le pavage de notre Grande-Rue et de quelques autres rues latérales pour conduire les ég-outs à la rivière ; c'est ce qui a été fait en l'année 1770. Les travaux ont duré cinq mois (voir aux archives de la commune le registre des délibérations en 1776, 1777 et 1778). Ont été successivement pavées, la première, la rue du Port; la seconde, la rue de la Corne; la troisième, la rue de la Dîme (rue de la Liberté) ; la quatrième, celle du Haha ; la cinquième, la rue des Gobelins; la sixième, la rue de Traverse (autrefois rue Sainte-Garde) ; la septième, celle de l'Hôlel-Dieu, qui se nommait au commencement du XVII® siècle la rue des Charrons, et dans le xiv« siècle rue Richebord (archives des Bénédictins, liasse n° l", aux archives du département, hôtel de la préfecture, à Versailles).
J'ai parlé tout à l'heure des travaux de remblai de
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la petite rivière. Avant ces travaux, les quais n'élaienl'f''î point de niveau comme ils le son l et n'avaient pas non I •'' plus la largeur qu'ils ont aujourd'hui. Après tous les • travaux de terrassement, on avait planté un rang I d'ormes tout le long du quai, depuis la rue du Haha i jusqu'à la fontaine Ragaru, ce qui, avec le pavage des ) rues et le remblai du bras de la rivière, a commencé à donner à la commune un air de propreté qu'elle n'avait ;; jamais eu auparavant. L'ordonnance de police de 1784 dont j'ai parlé, enjoint aussi aux habitants des rues non pavées d'entretenir le sol de la rue, chacun devant sa maison, dans un état permanent de nivellement, et de remplir avec des cailloux les flaques qui pourraient se former, sans élever le sol plus haut que celui de son voisin. Le balayage est aussi prescrit pour être fait simultanément tous les dimanches et fêles de l'année. Cette ordonnance, qui paraît n'avoir été rendue que dans l'intérêt de la salubrité et sur la provocation de l'intendant, est fort bien combinée, et parfaitement appropriée aux besoins de la commune.
Grâce au pavage de nos rues et à la construction des deux routes d'Épinay et de Bczons, on pouvait enfin circuler dans Argenteuil et en sortir avec des charrettes attelées à moins de frais qu'auparavant, et les bourgeois pouvaient venir à leurs maisons de campagne en voilure suspendue. J'ai dit quelque part qu'avant l'élablissement des roules, les vignerons
d'Aigenleuii n'avaient que des bêles de somme pour leur service rural. L'abolition des droits d'entrée aux barrières de Paris pendant neuf à dix ans, l'abandon de toutes les routes pendant à peu près le même temps, le blocus des mers, et la présence des armées tant en Bourgogne qu'en Champagne; tout cela donna à nos vins, comme à toutes les autres productions de notre pays, une plus-value qui fit verser beaucoup d'argent et donna une grande aisance dans la commune. Aussi presque tous les vignerons se sont-ils montés de chevaux et de charrettes.
Cependant, il y avait peu de grands chemins sur le territoire. Les cantons les plus éloignés, devenus, depuis l'usage de la gadoue, les plus vignobles, n'étaient desservis que par des sentiers; tout le monde réclamait et demandait l'élai'gissement de ces sentiers, afin de les convertir en chemins de voitures. 11 y avait déjà plusieurs années que ces demandes avaient été faites et réitérées, lorsque, par un mouvement spontané dont l'impulsion venait de l'administration municipale, au printemps de 1798, en l'an VI de la République, temps de liberté illimitée, les compagnies urbaines ie la garde nationale, au grand complet, armées de pioches et de pelles, leurs capitaines et, deux membres iu conseil municipal en tête, se mirent à l'œuvre et 3n moins de quinze jours, convertirent tous les sen-
iers en chemins propres aux voitures. C'est ainsi
qu'ont été ouverts les chemins de Vobsenterre, de Pe tile Ruelle, de Puiseux, de Douces-Fêves, des Pieux, d Vùjnol, de Camion, de la Ilaie-Normande, des Champs Montois, de la Couronne, de Vignot, du Ferreux, de I; rote du Troupeau et quelques autres que je puis avoi. oubliés. Ces corvées étaient plutôt des parties d( plaisir qu'un véritable travail, car il ne s'agissait qu( d'arracher des ceps de vignes.
De loin en loin on rencontrait quelques récalcitrant.' à cette mesure arrêtée par quatre-vingt-dix-neuf sui cent, mais on ne les écoutait pas, et pour peu qu'ils voulussent défendre d'entrer dans leurs vignes, ils étaient bientôt culbutés et forcés de se mettre à l'œuvre avec les autres. Depuis cette grande opération on a encore ouvert d'autres chemins : celui qui, de Félifeu fait jonction avec le Dois-Marin et celui qui de Rosières descend par celui-ci, tous deux faits à prix d'argent. L'élargissement du grand sentier de Buffé, devenu ainsi chemin à une voie, a eu lieu en 1834, spontanément, par accord unanime entre tous les riverains et sans indemnité. Maintenant, pour compléter la commodité de la circulation des voitures, il faudrait uq chemin de communication qui mettrait la Voie des Châtaigniers en rapport avec la route de Sannois et le chemin de Morinval, celui-ci avec ceux de la Pierre et de la Grande-Voie ; plus loin, vers le couchant, il faudrait encore un moyeu de communication entre le che-
min de Souizard, à la liaiilcur du canton de ce nom, la roule de Cormeilles et le chem in des Cham ps-Mon lois, et ainsi de suite jusqu'à la Voic-Duissoimeuse. Je suis sans aucun intérêt personnel pour ce projet, je le conseille et je désire beaucoup le voir se réaliser. On me trouverait disposé à prêter mon concours pour sa mise à exécution.
On a vu dans l'abbé Lebeuf (pag. 35) qu'Argenteuil avait été fortifié, en l'année 1545, par de larges fossés et une muraille d'enceinte, avec tours et tourelles. Dans mes recherches aux archives du département, j'ai trouvé (liasse 8^), dans les titres des Bénédictins, que les lettres patentes de François I" qui permettent aux habitants d'Argenteuil de fermer leur ville de murailles, pour la conservation de la Sainte Robe, sont en date du 21 janvier 1544. Celte muraille, construite primitivement en matériaux de Carrières- Saint-Denis et de Montesson, moellons trop tendres, ne devait pas affronter bien des siècles, et déjà nos pères avaient commencé à faire reprendre plusieurs brèches de ces murs dont la plus grande partie menaçait ruine, lorsque M. Dulong, alors maire, fit vendre ces murs sur pied par lots, d'une porte à l'autre, depuis la porte Butée jusqu'à celle de Paradis pour être démolis seulement jusqu'à fleur de terre de l'intérieur de ces murs. L'adjudication a eu lieu en l'an XI (1803) à la charge de déblayer le terrain l'année suivante.
Au mois de février 1779 la porle Saint-Germain, qui avait deux mètres de profondeur, et qui était cintrée et accompagnée de deux petites tourelles, fut heurtée par la voiture attelée de trois chevaux d'un voiturier étranger à la localité; le cintre, tout de pierre, tomba sur celte voiture qu'il brisa. Cet accident donna lieu à une action intentée par le voiturier contre la commune, dont il réclamait une indemnité qu'elle ne voulait pas payer. On ne voit pas comment a fini ce procès. (Archives de la commune, registre des délibérations d'alors.)
Gomme on le voit, notre commune est restée 258 ans entourée de murs et fossés, qui ont dû coûter beaucoup d'argent, mais qui n'étaient pourtant qu'une faible défense; puisque, vingt ans après l'établissement de ces fortifications , les huguenots s'emparèrent de la ville, ainsi qu'il est rapporté par l'abbé Lebeuf.
Cependant les fondations des murs démolis étaient restées, comme je l'ai dit, au niveau du sol. En circulant autour de la ville, on voyait la campagne, mais le terrain étant plus élevé, on pouvait tomber dans le fossé qui était assez profond en certains endroits. C'est ce qui détermina M. Collas (Grégoire), alors maire (1816), à provoquer du conseil municipal une décision ayant pour objet l'arrachement des fondations restées, et l'abaissement de l'intérieur du rempart. D'après les
combinaisons des gens de l'art, on a trouvé assez de terres pour combler les fossés dont déjà plusieurs étaient à moitié remplis de gravois. Les remblais et autres mouvements de terres ayant été opérés, on a planté des arbres que i'on voit aujourd'hui et qui sont d'un aussi bel et aussi ag.éable edet pour la génération présente, qu'ils seront profitables aux générations futures, particulièrement ceux des parties des boulevards-vers le nord-est de la ville qui croissent beaucoup mieux que ceux qui sont plantés sur le boulevard de l'ouest, où le fond du terrain, sec et pierreux, manque des sucs nécessaires à une vigoureuse végétation.
On a eu bien des obstacles à vaincre pour faire les terrassements de l'un de ces boulevards, celui dit des Grand' Fontaines qui n'a été planté qu'en I8l8. D'un côté beaucoup de difficultés dans le travail, de Tautre, et préalablement, des débats avec M. Aubry, propriétaire du moulin de Biciieret, qui se croyait aussi jiropriétaire du fossé où coulait à ciel ouvert l'eau provenant de la source qui existe sous le carrefour de la porte Sannois et dont voici à peu près l'emplacement :
A seize mètres de distance vers le nord de l'angle ouest du mur du jardin de la dernière maison à gauche, rue de Sannois; onze mètres de la maison nouvellement bâtie, entre le chemin de ronde et celui des Grand'Fon-
taincs (face de l'est-sud-est ; et à quinze mètres du jambage de gauche de la porte cochère de la posteaux chevaux, côlé du midi) ; il existe à environ deux mètres de profondeur le regard d'une voûte de cinq à six mètres de longueur, dans la direction sud du chemin de ronde de la porte Sannois à la porte Brault: sous cette voûte sort assez abondamment la source dont il est question, et dont les eaux sont conduites au ponceau, sous le boulevard en face du lavoir, par un petit aqueduc qu'on a construit le long du chemin sous le pied des berges des propriétés riveraines. La faculté de se servir de ce petit cours d'eau pour le faire passer chez lui a été concédée, moyennant 1,000 francs, par délibération du conseil municipal, à un M. Lecomte, propriétaire, rue de Sannois, qui avait établi des dépôts de sangsues dans son jardin.
Nos boulevards, notamment celui dont je viens de parler, sont maintenant très-beaux. Il est seulement à regretter qu'au sud-ouest ils finissent à la rue de Paradis, et ne se poursuivent pas en droite ligne jusqu'au quai dans la même direction que les anciens murs d'enceinte. Ces deux portions de remparts et fossés ont été cédées par nos aïeux aux propriétaires voisins. Le produit a servi à faire construire un presbytère que la commune a perdu en 1789. C'était la petite maison bourgeoise sise à gauche en entrant dans la ruelle de l'Église. A l'autre extrémité des dits boulevards, de la
porte Butée à la rivière, on n'a pas pu ménager un chemin de ronde parce que nos ancêtres ont aussi vendu l'intérieur du rempart aux propriétaires des maisons qui l'avoisinaient. La partie qui s'étend depuis la porte Saint-Denis jusqu'au clos de l'hospice, y compris la tourelle qui existe toujours, et que l'on voit liguréeau plan de 1610, envahie parles prédécesseurs de M. le comte deServasca, propriétaire des deux maisons placées entre le boulevard et l'hospice, lui a été concédée par transaction le 19 mars 1775, moyennant la somme de 120 francs une fois payée, à la charge de tenir la grille de son jardin donnant sur le fossé de la ville, fermée dans le temps de la maturité du raisin et pendant la durée des vendanges. (Voirie registre des délibérations de celte époque.)
Toutes les difficultés que l'on a eues à vaincre, ainsi que toutes les démarches que l'on a été obligé de faire pour la reprise des terrains anticipés sur les fossés, pour les mouvements de terres qu'il a fallu opérer, pour le petit aqueduc dont je viens de parler; enfin toutes les courses dans le but de se procurer la quantité d'arbres nécessaires à la plantation : toutes ces difficultés vaincues, dis-je, témoignent de la persévérance de l'administration d'alors dans cette entreprise. Ses contemporains lui ont voté des remercîments; la postérité lui doit également de la reconnaissance. La meilleure part en appartient à M. Col-
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las (Grégoire), alors maire. Etant à celte époque l'un de ses adjoints, j'ai été, plus que qui que ce soit, à même d'apprécier tout le zèle dont il a fait preuve dans la création des boulevards.
Il ne suffisait pas que nos rues eussent été pavées, il fallait que la propreté y fût entretenue. Cependant depuis leur pavage, et notamment depuis 1789 jusqu'à 1815, les habitants avaient perdu l'habitude du balayage et du nettoiement qui leur avaient été imposés par règlement de police jen 1784. C'est la même administration dont je viens de parler qui a fait revivre ce règlement et qui a tenu la main à son exécution. Je conviens, cependant, qu'il ne nous a fallu que peu d'efforts pour obtenir ce retour d'obéissance aux prescriptions de police. Maintenant l'usage du balayage et du nettoiement des rues, au moins une fois la semaine, est comme passé dans les habitudes et les mœurs des habitants. Aussi, nous osons féliciter notre commune d'être l'une des mieux tenues et des plus propres des environs de Paris.
On a pratiqué successivement des ruisseaux d'écoulement et fait caillouter toutes les flaques qui avaient besoin de l'être ; de sorte qu'à présent il ne reste presque plus d'eau dar>s les rues.
A cette propreté des places, des rues et des qu;iis de la commune, joignez celle des maisons, joignez-y l'agrément des boulevards de l'est et de l'ouest, celui
(les quais au midi , sur une belle largeur et sur une longueur assez étendue, le voisinage d'un beau quinconce, l'agrément toujours varié de la promenade le long de la rivière; la vue dans le lointain du pont de Bezons, celle du pont d'Argenteuil, sur lequel existe une circulation incessante, et vous vous ferez avec raison cette idée qu'il n'y a aucune comparaison entre la commune d'Argenteuil, telle qu'elle est aujourd'hui, et la même commune telle qu'elle était du temps des La Houssaye, des La Martinière, et de l'abbé Lebeuf, dont j'ai déjà plusieurs fois cité les écrits.
Cependant il est à regretter que la commune n'ait pas 3 à 4,000 francs de revenus de plus. On pourrait paver plusieurs rues, établir un trottoir d'un bout à l'autie du quai de Seine, et, sinon paver, du moins macadamiser toutes les parties de ce quai, depuis et y compris le quartier de Guienne jusqu'à la rue de la Voie- Verte.
Il convient aussi de décrire les avantages topographiques du territoire d'Argenteuil. Une grande partie s'étend, comme en amphithéâtre, sur une longueur de 6 à 7,000 mètres de l'est à l'ouest, et sur une largeur de 2 à 3,000 mètres. Il est borné au nord par une chaîne de montagnes, ou, pour parler plus juste, de collines, de l'intérieur desquelles on a tiré et on tirera encore bien longtemps du plâtre. Ses^ coteaux
sont garnis de vignes, autrefois bien productives et qui ne rendaient jamais moins, bon an mal an, de 300 francs de revenu net par chaque tiers d'hectare (ou arpent). Le bas de ses collines, autour de la ville et sur les bords de la Seine, est plante de figuiers, de cerisiers, de pruniers et d'autres arbres fruitiers d'un excellent rapport, à cause de la proximité de la capitale. Les asperges, qu'on y cultive avec beaucoup de soin et de succès, sont aussi d'un grand produit. Le bac d'Asnières et celui d'Argenteuil ont été remplacés par des ponts, et, grâce aussi à celui de Bezons, les communications ont été rendues bien plus faciles qu'elles ne l'étaient autrefois. La commune est traversée par la route départementale n° 48 ; l'ancien chemin d'Argenteuil à Sannois est devenu route annexe à la route royale n° 14, et le chemin de Cormeilles, maintenant chemin de grande virinalité, a été construit en cinq années, à partir de 1837. La route de Sannois a été construite la même année que le pont d'Argenteuil, c'est à-dire en 1832.
Enfin, le territoire est sillonné par quarante-deux chemins vicinaux et deux cent soixante-quatre chemins ruraux et sentiers d'exploitation, tant anciens que nouveaux, pour le passage des bêtes de somme; de telle sorte que l'on peut dire, à mon avis, qu'il existe bien peu de territoires aussi riches de leur fonds, et d'un accès aussi facile que le nôtre. Si donc
les historiens cités plus haut ont dit d'Argenleuil qu'il était le pins beau bourg de l'Europe, alors que ce n'était qu'un trou toujours sale et fangeux, que ne diraient' ils pas aujourd'hui?
Malheureusement pour ce pays on a trop planté de vignes en France. Les bonnes routes, l'ouverture des canaux, la liberté des mers, la navigation à la vapeur, les chemins de fer , enfin tous les perfectionnements apportés aux transports font que les vignes placées sous le climat de Paris ne peuvent plus soutenir la concurrence avec celles de tant d'autres départements, Les vignerons d'Argenteuil n'ont plus chance de succès comme ils l'avaient avant 1815, On est mieux nourri, mieux logé, mieux habillé aujourd'hui que du temps de nos pères ; cependant il y a moins d'aisance qu'autrefois. Le prix de la propriété rurale n'est pas près d'atteindre son ancien chiffre. Aussi aujourd'hui, sans la ressource de la consommation de nos vins, qui a lieu spécialement chez les débitants proches des barrières de Paris, à l'extérieur desdites, on ne pourrait plus continuer de cultiver la vigne sur le terroir d'Argenteuil.
Quand cette ville était, comme je l'ai décrite, sans routes ni chemins, et que les habitants n'avaient que des bêtes de somme, ce n'était qu'avec peine et grande perte de temps qu'on allait faire moudre le grain à Pontoise; aussi avait-on des moulins à vent sur toutes
les bailleurs. J'en ai vu deux à la porte Saint-Denis, un troisième un peu plus haut, dans le canton dit le Moulin-des-Rucliettcs ; celui d'Orgemont, l'un des plus anciens et qui existe toujours; trois sur la montagne de Sannois, un autre au château de Mai; trois sur la montagne ue Cormeilles, un à Houilles, un à Bezons et un à la Grand'Tour.
J'avais vu construire trois de ces moulins, mais depuis une dizaine d'années en voilà six que je vois démolir. Ces machines, mues par le vent, ne peuvent plus, non plus, soutenir la concurrence avec les moulins à eau que les bonnes routes et les moyens de transport de chaque cultivateur semblent rapprocher de notre localité. Si je parle de ces moulins à vent, c'est parce que je crois que nos arrière-neveux n'en verront plus dans ce pays.
Nous avons vu daus la notice de l'abbé Lebeuf (pages 34 et 35) qu'en 1411, lors de la guerre des Armagnacs et des Bourguignons, Argenteuil a eu beaucoup à souffrir de ces guerres, ainsi qu'à une époque plus rapprochée (1565 ou 1667), des guerres de religion : disons quelques mots sur le sort que lui ont fait en 1814 et I8i5 les guerres de l'invasion étrangère. Je n'ai vu nulle part, et aucune tradition ne nou? a appris qu'on se soit jamais battu dans nos environs depuis les temps cités par l'abbé Lebeuf. Pendant les guerres de la Révolution et de l'Empire nous
n'avons jamais vu d'ennemis que quelques prisonniers que l'on envoyait en Normandie par Saint-Germain. A l'époque de l'invasion de 18U nous avons eu à loger les lanciers du 2« régiment de la garde de l'empereur Napoléon, tous Polonais. Leur présence nous a préservés des invasions des Cosaques qui étaient campés dans le bois de Boulogne, et qui commençaient à venir fourrager chez nous avant l'arrivée de ces Polonais. Comme l'occupation de i8l4 n'a pas duré bien longtemps, nous n'avons point eu à souffrir du maraudage des Cosaques, ni des exigences de notre garnison qui avait d'ailleurs un service de vivres et de fourrages assuré. Mais en i8i5, dix jours après la défaite de Waterloo, Montmartre et Saint- Denis ayant été mis en état de défense, les armées ennemies, pour tourner Paris par Versailles, se sont dirigées par Gonesse, Montmorency, Argenteuil, le Pecq et Versailles. L'avant-garde étant arrivée dans les fonds de Rocquencoitrt, rencontra quelques bataillons français qui lui opposèrent de la résistance; une affaire assez grave, où le fils (on a dit depuis le neveu) du maréchal Bliicher fut tué, eut lieu en cet endroit, et les grilles de Versailles furent fermées pendant deux nuits et un jour. Cet incident suspendit la marche de la première division de l'armée prussienne, dont ia tête se trouvait entre Bezons et Argenteuil. Ce corps d'armée, s'étant serré eïi masse au lieu même où il avait été arrêté, fournit le soir à loger plus de
40,000 hommes qui n'avaient avec eux ni vivres Di fourrages. Qu'on juge de l'embarras! On avait cora- i mencé à donner des billets de logement, mais les officiers, impatients, finirent par loger leurs soldats militairement, c'est-à-dire qu'ils les plaçaient par 10, 16 ou 20, suivant l'apparence de la façade de la maison. Il y a eu des habitants qui ont eu jusqu'à 50 hommes à loger et à nourrir.
Cependant le lendemain ce corps d'armée reprit sa marche, et l'on n'eut point à se plaindre d'exactions commises dans la nuit. Mais le deuxième, le troisième et le quatrième jour qui suivirent, tout le gros de l'armée prussienne passa par la ville (infanterie, cavalerie, artillerie, caissons, arrière-garde, traînards, etc., etc.), ensemble 150 à 200,000 hommes. Alors plus de moyens de s'entendre, ni de répondre aux nombreuses réquisitions qui nous étaient faites, non plus que de mettre de l'ordre dans les billets de logement qu'on ne demandait même plus; alors, usage de la force brutale, invasion entière par les troupes, et désertion complète par les habitants des quartiers de Guienne, de la porte Sannois, de la rue de Carême- Prenant et de la Grande-Rue jusqu'à la rue du Port. Nous eûmes à déplorer le meurtre de quatre propriétaires restés sur place; les blessures plus ou moins graves faites à coups de sabre à une vingtaine d'autres; le viol de plusieurs femmes, et le pillage complet des
maisons, dont les habitants s'étalent réfugiés où ils avaient pu, dans l'intérieur de la ville. Une douzaine de ménages de ces quartiers s'étaient retirés et campés chez moi; ils y trouvèrent sûreté et protection, grâce à la circonstance suivante : Le quatrième jour de l'occupation, un généra! anglais, commandant 2 à 3,000 hommes et chargé de jeter un pont de bateaux à la chaussée du bac, vint se loger chez moi militairement. Je n'eus point à me plaindre des procédés de mon hôte ni de ceux de sa suite, formant une escorte de 40 hommes, composée de soldats, de cuisiniers, de palefreniers, etc. Ce général étant venu lui-même me chercher à la mairie, où j'étais depuis quatre jours et quatre nuits sans avoir pu rentrer chez moi, j'y rentrai enfin, et je me couchai dans mon lit, où je dormis bien, ce dont j'avais grand besoin.
Deux jours après, le pont ayant été jeté, les Anglais passèrent dessus et s'en allèrent : un poste de troupes Brunswick ayant été placé pour garder le pont, le lieutenant, chef du posie, demanda à remplacer dans son logement le général anglais. Je l'ai gardé plusieurs mois. C'est ce qui m'a épargné le désagrément d'avoir à loger des Prussiens, qui n'étaient pas gens faciles à contenter. Argenteuil, devenu, à cette époque ville de passage, a été plus particulièrement occupé par les Anglais, dont on n'a point eu à se plaindre, non plus que des Prussiens quand ils marchaient en corps,
ce qui a duré jusqu'au mois d'octobre. Ces troupes suivaient toujours par Versailles pour se rendre à Paris. Mais quand c'étaient de petits détachements commandés par des soiis-of(iciers, ils se permettaient le maraudage et des vexations de tout genre que les Anglais blâmaient, mais qu'ils ne pouvaient empêcher. Enfin le traité du 25 novembre 18 15 fut signi ; les alliés commencèrent leur retraite, et, le 25 décembre, jour de Noël, nous vîmes partir le reste dis troupes anglaises, ainsi qu'un train d'équipages belges que nous avions aussi, et qui était sous leur commandement.
Quoique l'invasion ait coûté à la ville d'Ârgenteuil la perte de quatre de ses habitants; malgré les blessures de quelques autres et le déshonneur apporté dans quelques familles; bien que plusieurs maisons aient été livrées au pillage et entièrement dévastées; que bon nombre de chevaux et de charrettes aient été perdus, et que la ville ait eu à supporter sa part dans les charges de guerre imposées au département, c'e>tà-dire 25 francs pour cent à ajouter aux contributions pendant quatre ans; cependant on remarqua au printemps de 181G un sentiment de bien-être très-sensible dans la commune. Il était dû sans doute : r à l'abondance et à laqualitédcla récolte (dix-septà dix-huit pièces.l'arpent, en vin comparable à celui de l8l i) ;2"aux indemnités accordées aux villes qui, comme la nôtre.
avaient eu soin de faire constater les réquisitions, fournitures et dégâts supportés; 3° enfin à la retraite des troupes étrangères, et à la liberté dont on commençait à jouir.
Après avoir parlé des guerres, l'abbé Lebeuf énumère ce qui était relatif au temporel de la justice, dont les appels étaient du ressort du parlement de Paris. Voici comment était composé le tribunal d'Argentenil jusqu'à la loi des 16-24 août 1790.
Le bailly.
Le greffier.
Le procureur fiscal.
Quatre procureurs.
Deux huissiers.
Deux sergents de ville.
Le bailly rendait h justice au nom des religieux Bénédictins qui étaient les seigneurs du lieu. Son traitement fixe était de douze livres par an. Le procureur fiscal était chargé de la police de la ville, qu'il faisait lui-même ou qu'il faisait faire par ses sergenls. Il remplissait les fonctions du ministère public aux audiences. Son traitement était de six livres cinq sous ]^ar an. Le greffier était en même temps notaire ou tabellion pour recevoir les actes contractés parles particuliers. Jusqu'en l'année 1778, il n"y avait jamais eu à Argenteuil d'autre notaire que le tabellion. Ce tabellionnage se louait par bail de six, neuf ou douze
années. Il sufllsait d'être établi, de justifier d'un car- '^ tiûcat de bonnes vie et mœurs, de n'avoir jamais été » condamné à aucune amende de police, et de savoir bien lire et écrire pour être admis à enchérir. En 1713, le gretfe-tabellion fut loué à Coquelin, qui était mercier- ^ épicier et marchand de vin, moyennant 350 livres, j Sur l'état des revenus de la communauté des Béné- * dictins de l'année 1716, le produit du dit tabellionnage ' est porté à 425 livres (voir aux archives du département, liasse n» 1", première pièce des titres des religieux Bénédictins d'Argenteuil).
Je ne sais jusqu'à quel j)oint le bailly pouvait juger sans appel daqs les causes civiles, non plus que jusqu'à quel taux avec appel, ni jusqu'à quelles peines pécuniaires ou afflictives il pouvait condamner ; mais ce que nous savons, c'est que dans ces temps, les criminels étaient exécutés sur le lieu même du délit.
C'est ainsi qu'en 1771, un nommé Lenaut, vigneron, demeurant rue de la Dîme, depuis rue de la Liberté» ayant tué d'un coup de pistolet, sciemment et à dessein, son beau-frère, fut condamné à être rompu vif sur la place de l'Église, ce qui fut exécuté un an après. En 1782, une nommée Marie Malet, femme adonnée à la boisson et que j'ai bien connue, fut fouettée et marquée sur la même place de l'Église, pour un simple maraudage de regain de figues presque sans aucune
valeur. Ce qui annonce que les seigneurs étaient hauts justiciers, c'est qu'il y avait à la porte de l'ancienne geôle, alors place de l'Abbaye, vis-à-vis la rue des Saints Pères, un poteau scellé, de 2 mètres de hauteur environ et de 18 à 20 centimètres d'équarrissage, où était attachée une assez forte chaîne à laquelle pendait un fort collier de fer, qu'on appelait le carcan, à l'aide duquel on attachait debout, pour être exposés aux regards du public, les auteurs de certains délits qui sont maintenant du ressort de la police correctionnelle.
L'abbé Lebeuf parle (page 37) d'une Maison-Dieu, qui aurait existé à Argenteuil dans le xiv« siècle. Je suis complètement de son avis, et je pense qu'il en existait une, même avant ce siècle ; j'en parlerai en faisant l'histoire de l'établissement qui existe aujourd'hui.
Quant à ce qui concerne le couvent des Bernardines qui existait sur l'emplacement du fief RobioUes ou des Lombards, il ne nous reste rien à en dire, sinon qu'il a été vendu à divers acquéreurs et démoli en 1748 et 1749. A l'égard de celui des Ursulines, ce monastère existait rue de Pontoise et comprenait en façade, sur toute l'étendue de cette rue, l'emplacement des maisons à droite, depuis la septième jusqu'à la quatorzième inclusivement; le jardin s'étendait au nord jusqu'à la rue de Buant dans les deux tiers de sa Ion-
gueur, et en retour jusqu'à la moitié à peu près de la rue deBrault, y compris la petite maison qui est seule au milieu de celte rue, et qui faisait partie de la buanderie. Les bâtiments qui servaient à l'habitation des religieuses ont été démolis en l'an VII et VIII de la république (1799, 1800), mais l'église, qui était presque neuve, ne l'a été que plus de vingt ans après. En 18 15, elle a servi de magasin à fourrages.
Toute cette propriété était d'une grande valeur intrinsèque à cause de sa position au milieu de la ville, et de l'étendue des bâtiments dont un servait d'école de charité et donnait sur la Grande-Rue. Cependant, lors de la mise eu vente par voie d'adjudication, cette propriété n'avait pas trouvé d'acquéreur. Elle fut soumissionnée du temps du Directoire exécuiif (1796 et 1797) et donnée en assignats pour à peu près la valeur en argent des contributions qu'elle paye aujourd'hui, peut-être moins encore.
A la page 42 de notre extrait de l'ouvrage de l'abbé Lebeuf, il est dit que le vignoble d'Argenteuil est grand, que le vin en est estimé et qu'on aurait soutenu dans une thèse que nos vins devaient avoir la préférence sur ceux de la Bourgogne et de la Champagne.
Cette assertion, qui aujourd'hui pourrait paraître contraire aux faits, a pu être soutenue en d'autres temps ; car avant l'usage de la gadoue, il y avait beau-
coup iroins de viii;nes qu'il n'en existe aujourd'hui; ' lous les terrains hiimides, glaiseux ou trop calcaires, n'étaient sans doute pas plantés; il n'y avait donc que les terres à vignes proprement dites consacrées à celte culture. Or, dans les temps dont parle l'abbé Lebeuf, on tenait plus à la qualité ]u'à la quantité. Les plants étaient alors des meuniers, des mcliers, des morillons noirs et gris, qui sont tous très-hâtifs et dont le raisin est plus sucré, mais qui rapportent moins que les autres plants. Le gamet noir, qui rapporte le plus aujourd'hui, n'était pas connu alors; son introduction ne date que de la fin du xvii« siècle. Elle est due au nommé Simon Defresne, aïeul de ma grand'mère maternelle, qui, ayant été soldat milicien en garnison dans la Bourgogne, y retourna exprès, après l'expiration de son temps de service, pour en rapporter du plant. (Tradition de mon père, de ma mère et d'autres pareils.) Quoi qu'il en soit, il me semble que la qualité de nos vins n'a jamais pu être avantageusement comparée avec celle des vins de Bourgogne et de Champagne, si ce n'est avec celle des crus les plus inférieurs de ces provinces.
On lit dans les carlulaires de Philippe-Auguste que ce prince fit présent en l'an 1215 ta Guérin, évêque de Senlis, son chancelier, d'un champ de vignes qu'il possédait sur le territoire d'Argenteuil. Je ne sais où pouvait être cette vigne, mais, comme il existe sur notre
territoire, côté d'Epioay, près le treillage dit les Dec serfs, un canton qui se nomme Champ-Guérin, dont le sol est très-propre à la vigne, ne pourrait-on pas croire que les vignes données par Philippe-Auguste étaient dans ce canton, qui aura peut-être pris ensuite le nom de son principal propriétaire? D'ailleurs, nous avons plusieurs familles très-anciennes dans la commune, du nom de Guérin. Elles pourraient bien descendre de celle de l'évêque deSenlis, que l'on peut supposer raisonnablement être natif d'Argenteuil, ainsi qu'on verra qu'il en est, de M. l'abbé Cottret L'abbé Lebeuf, après avoir encore cité à l'appui de l'opinion favorable qu'il exprime sur les vignes d'Argenteuil un legs de celle nature, parle des insectes qui gâtaient la vigne, notamment en 1762. Ce fait mérite eftectivement une mention toute particulière, aussi en ai-je fait l'objet d'un travail spécial qu'on trouvera plus loin.
L'abbé Lebeuf nous a cité les noms de trois ecclésiastiques nés à Argenteuil et devenus curés de cette paroisse. A cette occasion, je crois devoir aussi citer les noms de quelques hommes de notre commune qui ont rempli des fonctions importantes soit dans l'ordre ecclésiastique, soit dans l'ordre civil, soit enfin dans le militaire. Depuis M. Guérard Dumontier, curé de 1746 à 1764, le premier que je trouve est un membre de ma famille maternelle, M. Cloud Chevillard, religieux de l'ordre des frères Rédempteurs de la
Merci, lequel a élé pendant longtemps et jusqu'à la Révolution de 1789, vicaire général de toutes les communautés de cet ordre résidentes en France. En 1778 et en 1784, il est allé, lui troisième de son ordre, dans l'État d'Alger, aujourd'hui l'Algérie, racheter les Français qui y étaient retenus captifs.
Le second est M. Pierre-Marie Cottret, quatrième fils d'un vigneron demeurant alors rue de Pontoise, en face de l'ancien couvent des Ursulines. Il écrivit assez longtemps dans la Gazette de France en qualité de rédacteur. Il fut successivement curé de Sannois et de Boissy-Saint-Léger, puis chanoine de Notre-Dame de Paris, conclaviste de M. de Clermont-Tonnerre, ensuite évêque de Caryste [in partibiis infidelium]^ enfin évêque de Beauvais, où il est mort en l'année 184 1 âgé de 73 ou 74 ans après avoir occupé ce siège pendant trois ou quatre ans.
Le troisième M. Louis-Olivier Chevillard, mon oncle né à Argenteuil en 1764, prêtre en 1788, licencié en théologie, curé de Sarcelles pendant vingt-cinq à trente ans, a résigné sa cure, en 1834, après quarante-six ans de ministère dans la même paroisse. Il avait refusé d'être grand vicaire du cardinal de La Fare, archevêque de Sens, préférant, malgré l'éminence de ses talents, une humble et modeste retraite à Villiers-le-Bel, qu'il ne quitta que pour aller se reposer éternellement au milieu de son ancien troupeau.
Dans l'ordre civil, M. Etienne Chevalier, jeune frère de mon père, qui a été de i789à 179 1 député aux états généraux devenus ensuite l'assemblée consliiuanle. Il fut, depuis, le second maire de la commune.
M. Jean-Jacques Collas a été, en 1789 le premier $ maire de la commune d'Argentcuil, en remplacement i de l'ancien syndic, puis en iT9l il fut nommé député à l'assemblée législative, qui fut remplacée par la convention en 1792.
M. Denis Roy, vigneron, nommé juge de paix, puis député à la convention nationale, de 1792 à 1795 (an I, II, III et IV de la République).
M. Gillet, ancien receveur au bailliage d'Argenteuil, étant accusateur public (aujourd'hui procureur du roi) à Versailles, fut nommé membre du conseil des cinq cents, puis tribun du peuple, et enlin maître des requêtes à la cour des comptes. Il est décédé dans l'exercice de cette fonction.
Dans la carrière militaire, M. Martinet, enfant d'Argenteuil, mérite aussi d'être cité. Devenu chef de bataillon et officier de la Légion d'Honneur, il est mort | le 12 juin 1834 à l'âge de 60 ans '.
' Le nom Clievalier est signalé dès le xv" siccle dans les archives des religieux lîéiiûdiclias d'Aryenleuil. J'y ai vu iliasse n" 2) que, le 5 novembre 1434 , tes religieux de Clialis ont donné à Zelsaumin Chevalier vingt-huit carreaux de terre, lieu dit Cliailiouer (aujourd'hui Chailiois) à titre de chef, cens et
Quelques jeunes gens, et en pai'licuiier, mon frère aîné Jean-Pierre Chevalier, sont parvenus au grade de capitaine, quelques autres ont obtenu la décoration de la Légion d'Honneur.
Maires depuis la Constitulion de l'an VIII ( 1 800) :
M. Jean-Baptiste Dulong, pendant trois périodes quinquennales.
M. Jean-Antoine Collas, pendant les cinq ou six premiers mois de 1815.
M. Jean-Grégoire Collas, de 1815 à 182I. Membre de la Légion d'Honneur.
renies, moyennant deux deniers parisis de chef, cens et deux sous parisis de rente, et que, le 20 août 1448, le nornmé Jean Polheron, accompagné de Jean Chevalier, son parrain et son tuteur, a rendu à Guillaume Guillemîère, Prieur d'Argeni.euil, foi, liommageet aveu pour raison d'une sergenline, fief consistant en une pièce de quatre arpenls de terre au lieu dit le Tronc que tenait ledit Polheron.
Mais le plus ancien de nos registres de l'état civil à Argentenil ne date que de 1597.
J'y ai trouvé Guillaume Chevalier, né le 2(i février 1618, fils de Claude Chevalier et de Delisaiu Duni, marié à Jeanne Roberge.
De ce mariage est né, le 30 mai 1640, Mathurin Chevalier, marié à Louise Mothron, décédé le 18 août 1698, et sa femme, le 8 avril 1703.
Leur nis, Etienne Chevalier, né le 8 septembre 1672, est mon bisaïeul.
M.Jean-Charles Maingot, de 1821 à \S>G.
M. Hyacinthe Bernier, de 1826 à 1831.
M. Isidore Récappé, du il décembre l83l au 29 avril 1835.
M. Maurice Beringier, du 29 avril 1835 au 26 novembre 1835.
M. Louis Olivier Dubaut, du 20 juin 1836 au 8 mai
M. Charles-Borromée Touzelin, du 8 mai 1842 au 7 septembre 1843.
M. Elienne-Olivier Chevalier, du 7 septembre 1843 au 25 mai 1847, et depuis le mois d'octobre 1847 jusqu'au 11 mars 1848. Membre de la Légion d'Honneur.
M. Jean-Jacques Collas, du il mars 18 48 au 12 septembre 1848.
M. Recappé, du 12 septembre i8i8au24juin 1831. OlUcier de la Légion d'Honneur.
El M. Charles-Borromée Touzelin, nommé maire pour la seconde fois le 24 juin 1851; il faut espérer dans l'intérêt de la commune qu'il continuera à l'être longtemps.
J'ai cru devoir faire connaître ici divers faits qui appartiennent à mon sujet d'une manière plus ou moins directe et que j'ai recueillis dans les vingt-six liasses formant la collection des anciens titres et registres de
la comptabilité des religieux Bénédictins. La huitième de ces liasses est presque entièrement consacrée à la Sainte Bobe. J'y ai vu qu'en plusieurs occasions on renvoie au registre des événements et faits mémorables arrivés en la paroisse d'Argenteuil. Ce registre, que j'ai demandé, a dû cire tenu pendant quatre ou cinq cents ans, mais je pense qu'il a disparu au moment du déménagement du couvent des Bénédictins d'Argenteuil, soustrait, à cause de son importance, ou par une main amie, ou par un incrédule, désireux de détruire les faits miraculeux qu'il contenait. On trouve égalem.ent dans les dites archives les titres et les papiers de l'ancien couvent des Augustins déchaussés et de celui des Ursulines. La plupart de tous ces litres sont d'une écriture très-ancienne, tant en latin qu'en vieux français, et illisibles pour les gens peu lettrés. Heureusement que, pour les litres des Bénédictins seulement, il y a une note explicative du contenu de chaque pièce. J'ai consacré cinq vacations de chacune quatre ou cinq heures à la lecture de ces notes, et, excepté pour ce qui concerne la Sainte Robe, où se trouvent des bulles des papes des xi* et xii^ siècles, je n'ai pas trouvé grand' chose de bien intéressant pour la commune. Cette recherche m'a pourtant fourni la preuve qu'il existait depuis bien longtemps un établissement de charité, une maison et un maître de charités.
Indépendamment des citalions que j'ai déjà pu faire
et de celles que je réserve pour ma notice sur l'hospice, . voici la note de tout ce que j'ai cru devoir recueil- j lir, comme ayant quelques rapports avec mon ouvrage 1 et pouvant ainsi piquer la curiosité de certains lec- » leurs. I
Dans la liasse n° 1" existe une charte de Suger, abbé de Saint-Denis, au xii« siècle, contemporain et ami de ! saint Bernard, par laquelle il fonde une messe des dé- ' funts dans toute la dépendance de l'abbaye de Saint- Denis, parce que, est-il dit, c'est cet abbé qui a restauré le couvent des Bénédictins d'Argenteuil, et qui a obtenu du pape Honoré II et du roi Louis VI, qu'il fût restitué au profit de la dite abbaye, après avoir élé aliéné et profané, l'espace de 300 ans, par la légèreté désordonnée de certaines religieuses [sic).
Même liasse, n» i", on lit une charte donnée par le roi Childebert en 697. Ce roi donne aux religieux Bénédictins une forêt dite le bois de Cormeilles et le bois de Mont-Féron, près le château de May (Montagne de Franconville près de l'Ermitage).
Dans la liasse no 8, relative à la Sainte Robe, on trouve une petite liasse contenant beaucoup de notes pourdes redevances au profit des charités d'Argenteuil des années 1266, 1271, 1283, 1297, 1301, et 1303, d'où il faut conclure qu'il y avait déjà dans ces temps un établissement de charité.
Dans la même liasse, n» 4, année 1195, donation de
cinq sous de rente par l'aumônier de Sainl-Denis aux charités d'Argenteuil à la charge de faire dire, tous les ans, après sa mort, lejour deSaint-Jean-Eaplisle, son patron, une messe d'anniversaire.
Liasse n° 1", cahier dit des donations, folio 3, u» 13, année 1272, une donalioR faite par Thomas dit de Moliac au monastère d'Argenleuil de deux maisons au lieu dit Richebord, tenant d'un côté à la maison des Charités d'Argenteuil. (Je crois que cette rue est aujourd'hui celle de l'Hôtel-Dieu.)
Même liasse, n^^.... année 1271, vente d'une maison rue Zacharie, à la charge de cinq sous de droits dus aux charités d'Argenleuil.
Même liasse, no 4, acte en date de 1303, du lundi d'avant les Brandons (premier lundi de Carême), par lequel Pierre Le Petit et sa femme vendent une île près d'Epinay aux charités d'Argenteuil. Dans ce siècle il y a encore beaucoup de reconnaissances de rentes au profit des charités d'Argenteuil.
Même liasse, n".... année i3i5, le samedi veille de Pâques Fleuries, ventefaite par Pierre Regnard, moyennant le prix de cinquante sous pariais \ d'une maison
1 Parisis, épiihète par laquelle on dislinguait la monnaie qui se frappait à Paris (fou parisis, livre parisis), et qui était plus forte que celle qu'on frappait à l'ours.
En l'rance, il y avait la livre lournois, originairement frappt^e à Tours, et la livre /jar('.siS frappée à Paris, 'foutos dyux se di-
dite la ruelle aux Prêtres, aujourd'hui ruelle de l'Église, chargée de dix sous de rente due aux charités d'Argenteuil.
Même liasse, n".... le 9 décembre 139G, titre nouvel de vingt sous de rente à prendre sur une maison rue l'Evoque, sise en face de l'église Saint-Pierre, et sur un étal de boucher assis aux boucheries d'Argenteuil, rue des Boucheries à côté de celle des Saints-Pères, faisant suite à celle dite de la Chaussée.
Cette désignation fait voir que les boucheries étaient réunies à côtelés unes des autres, comme il est encore en usage dans certaines villes, et que, la rue des Boucheries étant éloignée du centre de la commune, on doit en conclure que dans les temps primitifs, c'est-à-dire il y a six à sept cents ans, la plus forte partie de la population était dans le quartier sud-ouest de la ville.
Môme liasse. Le 27 octobre 1457, une vente par le doyen de l'église collégiale de Saint-Thomas du Louvre, au prieur d'Argenteuil, d'une maison sise rue aux Chérons (charrons) moyennant 14 livres parisis". Cette rue est celle de la Corne réunie à celle de l'Hôlel-Dieu.
Liasse no l«' du 27 juin 1466. Acte d'une donation faite par Guillaume Guillemère de trois cents livres en
visaient en 20 sous, el chaque sou en 12 deniers; mais la livre parisis, plus forte que la livre tournois, valait 2b sous tournoi*. Cette livre fut supprinire par Louis XIV, et la livre tournois eut seule cours; elle est un peu plus faible que le franc actuel,
écus d'or, pour acheter un fonds à l'avantage de roffîce des charités d'Argenteuil, moyennant l'obligation d'un service solennel, tous les ans à l'anniversaire de sa mort.
Liasse n» 8, du 5 novembre 1583, lettres patentes du roi Henri III, qui ordonne de délivrer une coupe de dix arpents de bois futaie, dans la forêt de Montargis, pour aider à réparer les dégradations faites à l'église des religieux Bénédictins. A défaut de fonds, cesjéparalions commencées en 15G0 ont duré jusqu'en 1600. En 1583 il y a été employé cinquante mille tuiles.
Même liasse du 15 juin 1584. Arrêt du Parlement qui ordonne qu'il sera fait un procès-verbal de visite
dont In valear fixée par la loi est de 98 c. 76. Si livres tournois font 80 francs.
Le sou tournois valait 12 deniers, et le sou parisis 15.
Le sou était, comme maintenant, une monnaie de cuivre.
Denier, petite pièce de monnaie dont la valeur a varié selon les lieux et les temps. Introduit par les Romains dans les Gaules, le denier contenait de 21 à 30 grains d'argent sous les rois des deux premières races ; mais peu à peu il diminua de valeur par une addition de cuivre de plus en plus forte, et finit par perdre toute valeur même comme monnaie de cuivre. Les premiers deniers de cuivre furent frappés sous Philippe L
On trouve souvent aussi le nom de denier appliqué à une monnaie d'or, sous les rois de la troisièhie race. Il est alors synonyme de florin, nom donné vulgairement en France à toutes les monnaies d'or parce qu'elles portaient une fleur de lis.
des réparations à faire à l'église brûlée, pour être en- I il suite ordonné ce que de raison. t
Même liasse. Un étal de ce qui a été cassé el brisé i par la chute du clocher, le ... avril 1699. |
Toujours même liasse, n" 8, se trouve un abrégé de S rhisioire du monastère royal de Saint-Denis, d'Argen- • teuil, el de la Sainte Robe de Noire-Seigneur Jésus- Christ ; plus un registre des miracles dont les premières inscri})tions sont d'une écriture très-ancienne en laiin et en français du temps (je n'ai pu lire que depuis 1G20 ou euviron).
Sous la date du 16 mai 1529 est un procès-verbal constatant que la Sainte Robe a été portée processionnellement d'Argcnteuil à Saint-Denis, et qu'elle a été reconduite par le Chapitre jusqu'au bout de la rue de l'Étrée, ainsi qu'il est raconté par l'abbé Lebeuf. Celte rue, ainsi nommée autrefois à Saint-Denis, est maintenant la rue Compoise, jusqu'à la prison, un peu avant la place. Celte [jrocession, dit le procès-verbal, était composée de tout le clergé des paroisses d'Argenteuil, de Bezons, de Houilles, de Sannois et d'Épinay, ainsi que d'un très-grand concours d'habitants de toutes les communes environnantes.
En 1680, la duchesse de Guise fait don d'une châsse en vermeil pour la Sainte Robe. La translation s'est failc le 22 octobre de ladite année. Mais comme celte châsse était d'un très-grand prix, elle a été volée. Les
voleurs ont cependant respecté la sainte relique, qu'ils ont déposée sur le maître-autel. Ils n'ont jamais été connus.
Un manuscrit de l'office de la Sainte Robe existe dans cette liasse de papiers, ainsi qu'une petite liasse intitulée : Pièces sur les nreuves de l'histoire de la Sainte Robe, et de très-anciennes bulles, scellées avec de gros cachets de cire verte, etc., etc.
On trouve aussi dans cette liasse plusieurs privilèges du Roi pour l'impression de l'histoire de la Sainte- Robe, en date de 1669, 18 mai 1724, 15 décembre 1730, 4 février 1746, et 20 avril 1768. J'ai trouvé encore un écrit qui constate que le 15 mai 1696, la communauté de Saint-Germain-des-Prés a accordé au prieuré d'Argenteuil un morceau de la vraie croix, pour être mis dans la petite croix au-dessus de la châsse de la Sainte Robe.
Voyons maintenant quels étaient les revenus du prieuré d'Argenteuil; non qu'il y ait beaucoup d'intérêt à savoir comment étaient composés les revenus d'un établissement qui n'existe plus; mais parce qu'il est assez curieux de connaître la nature de ces revenus des religieux Bénédictins, alors seigneurs d'Argenteuil (de 1712 à 1716).
Une ferme à l'Yonne, près de Monlereaa, loutîe.. . .3,000 !iv.
Un moulin à eau, à Meulan 300
Tout le Marais loué au célèbre Bossuet 850
- ji? -
Le tabellionnage, y compris le groire, loué en 1712, 350 fr,; en 1716, ii" ; en 1741, 850; soit en dernier lieu, et depuis l'inslitulion d'un nolnire royal 300 liv.
I.e droit de courlage et jaugeage à 6 sous la pièce da vin, imposé dans les communes de Sartrouville et d'Argenleuil, afiermé en 1716 à 2,030
Les droits de voirie d'Argenleuil et de Sartrouville
loués en 1706, 2G0; en 1716 230
Le droit de dépôt et comptage des marchandises sur le |iort d'Argenleuil, cesl-à-dire sur la petite [ilace (pii, il y a quelques années, se trouvait au bas de la rue de l'Hôlel-Dieu, au sud de la maison dite la Seigneurie , dont la partie est, qui formait équerre, et aboutissait à l'alignement actuel du quai, a été démolie 36
Le droit de pêche dans le bras de la petite rivière, depuis le ru de Bicheret ju<;qu'à la fontaine Ragaru 30
La dime de Sannois, alTermée en 1716 à . . . . 73
Moitié de la dîme de Saint-Ladre, l'autre moitié à
l'hospice d'Argenleuil, louée 1 GO fr 80
Moitié de (cllc de Saint-More, terroir de Francouvi!le,
année 1716 100
Le moulin de Bicheret, vendu à Toussaint de La
Place, moyennant une rente annuelle de. ... fO
Vingt arpents, ou environ, de terre de labour sur le terroir d'Argetilciiil, loués, en 1710, ù raison de 13 fr. l'arpent 200
Un moulin à vent existant alors à l'endroit dit la
r(.'/;7t'-7'our, près du canton (le Penousol, loué. . 2i
Quatre arpeiiLs du vij,'nes, lenoir d'Argenteuil, lieu
dil il/ormwa/, loués en 1710 501iv.
En outre, les religieux faisaient valoir dix arpents environ de terres et vignes, lieu dit le Clos-l'Abbé (aujourd'hui le Clos seulement) et six arpents, lieu dit Perrouset, provenant d'un nommé Dawedouin, achetés le 19 mars 1670, moyennant 4,200 fr., et donnés immédiatement à rente pour 200 fr. seulement. Le tout estimé d'un revenu, ensemble.. . 300 Ils avaient aussi, suivant le registre que j"ai parcouru, 250 à 300 parties de redevances sur particuliers, tels que cens et rentes, etc., toutes faibles sommes, depuis 2 sous jusqu'à 5 ou 6fr., et qui dataient de quatre ou cinq cents ans. C'est dans ce registre que j'ai trouvé que la rue de Pontoise s'appelait, il y a trois ou quatre cents ans, la rue des Demoiselles.
Comme c'est plus particulièrement pour mes concitoyens que j'ai réuni tous les renseignements qui composent cette notice, j'imagine qu'ils me sauront gré d'avoir ajouté ici ceux qui ont rapport à la date de l'ouverture des vendanges, à la quantité et à la qualité du vin, ainsi qu'à ce que j'ai pu observer siir la pyrale. Je me suis servi, pour ce qui regarde les vendanges, de la chronique laissée sur ce sujet par le sieur Valentin Gagnon depuis 1748 jusqu'en 1793.
Les vendanges ont eu lieu :
En 1748, le 25 septembre. Point d'hiver; vin très-bon.
1749, )> Bon vin, mais très-peu; du 5 juin
au 10 août il n'est pas tombé de pluie.
1750, (non qualifiée),
1751, (non qualifiée).
1752, 10 octobre. Beaucoup devin.
1753, 24 septembre. Très-bon vin; on atlenJ de la pluie,
il n'en vient pas.
1754, le 7 octobre. Vin de médiocre qualité; il n'y a pas
d'eau en rivière.
1753, 22 septembre. Médiocre; le 15 juillet on a vu du raisin dans les cbamps.
1756, 11 octobre. Mauvais vin.
1757, 3 octobre. Très-bon vin.
1758, 25 septembre. Bon vin; il y a des vers dans les vi-
gnes.
1739, 24 septembre. Bon vin ; il ne vaut que de 30 à 36 fr. le muid.
1760, 25 septembre. Beaucoup de très-bon vin.
1761, 23 septembre. Raisin pourri ; vin vert.
1762, 13 septembre. Très-bon vin.
1763, 10 octobre. Raisin vert; très-mauvais vin.
1764, !*'■ octobre. Bon vin.
1765, 23 septembre. Bon vin.
1766, 6 octobre. Assez bon vin.
1767, 19 octobre. Peu de vin, mauvais; il vaut 80 fr.;
cbaud.
1768, 0 octobre. Peu de vin; qualité médiocre; se veiul
cher.
1769, 2 octobre. Encore qualité médiocre ; cher.
1770, 15 octobre. Bon vin; peu et bien cher.
1771, 7 octobre. Peu, médiocre; il se vend 130 fr. la pièce.
1772, 30 septembre. Médiocre; beaucoup de raisin pourri.
1773, H octobre. Médiocre; toujours clier.
En 1774, 6 oclobre. Mauvais vin.
4775, 2o septembre. Grande année et bon vin.
1776, 7 oclolire. Keaucoiip de vin; bien mauvais ; très-vert.
4 777, 13 octobre. Bon vin.
1778, 28 septembre. Bon vin ; moyenne année.
1779, 27 septembre. Bon vin. et beaucoup; on a vendangé
deux semaines san=pbiie; beau temps pendant toute la durée des vendangea.
17S0, 23 sepleiid)re. Bon \in, et en abondance.
1781, 10 seplemlire. Grande qaanUlé de très-bon vin; on
ne sait où le mettre.
1782, 7 octobre. Mauvais vin ; il fait froid comme en hiver •.
1783, 13 septembre. Bon vin, mais petite récolte.
1784, 13 septembre. Peu de vin, mais bon; gri.r:des cha-
leurs ; il y a des marchands de coco dans les champs. ^173o, 22 sept. inbre. Jamais on n'a vu autant de raisin ; on a vendangé durant deux semaines ; il a plu tous les jours. Vin bien mauvais; il ne vaut que 13 fr. la pièce.
1786, 2S se[itembre. Assez bon vin, mais il y en a pou 2.
1787, 10 Octobre. Peu de mauvais vin.
1788, 13 septembre. Grande année; beaucoup de très-bon
vin.
1789, 3 octobre. Vin de médiocre qualité.
1790, 29 septembre. Bon vin; se vend bien cher.
1791, 26 septembre. Bon vin et toujours ciier.
> Commencement de l'usage de la gadoue par M. Noblet, plâtrier.
* Les adver.-iaires de l'usage de la gadoue sont convaincus que cet engrais remplacera le fumier de vaches.
En 1792, 8 octobre. Peu de vin ; mauvais el bien cher. 1793, 30 septembre. Médiocre qualité [plus d'argent). 17yi, H septembre. Assez bon vin; on f.iit des échanges pour du blé.
Sur cette série de 45 années, on voit qu'il y a eu 24 années tlebonvin, il de médiocre, et 10 de vin de mauvaise qualité. 2 années ne sont point qualifiées.
On reconnaît aussi que sur 44 récoltes, 24 ont été faites dans le mois de septembre, 20 dans celui d'octobre; la vendange la plus hâtive est celle du 10 septembre 1781 ; la plus tardive, du 19 octobre 1767.
Voici maintenant la seconde série d'ouverture des vendanges dei)uis 1795 jusqu'à 1848, dont j'ai fait le relevé dans les registres de la commune :
13 vendémiaire, au IV correspondant au o octobre 1795.
an V
an VI
septembre 1797.
an vil
octobre 1798.
an VIII
an IX
septembre 1800.
an X
3" jour supplém
an XI
6 vendémiaire,
an XII, bon
vin
peu.
anXllI
REPRISE DU CALENDUIER GREGOIUEN.
En 1806, 18 se[ae:nbre.
1807, 17 septembre.
Ea i808, 22 septembre. Le jeudi.
1809, 2 octobre. 15 à 18 pièces l'arpent; prix 40 à 45 fr.
1810, !*■■ octobre. 18 à 20 pièces; vaut 40 à 45 fr.; vin vert.
1811, 16 septembre, année dite de la comète ; très-bon
vin; 18 à 20 pièces, 36 fr.
1812, 5 octobre. 11 à 12 pièces ; 50 fr.
1813, 4 octobre. 8 pièces ; monte à 80 fr.
1814, 5 octobre. Qualité médiocre.
1815^ 25 septembre. Excellent vin: 17 à 18 pièces; prix, sortant de la cuve, 85 fr.; vaut l'année suivante 150 fr.
1816, 23 octobre. 4 pièces l'arpent; vert; il est surnommé
tord-boyaux.
1817, 9 octobre. 8 à 9 pièces; surnommé casse-poiirine :
72 fr.
1818, 21 septembre. .ïrès-bon vin; 20 pièces l'arpent;
50 fr. la pièce.
1819, 20 septembre. 24 pièces ; vendu, en 1820, 50 fr.
1820, 2 octobre. Mauvais vin; 9 à 10 pièces.
1821, 15 octobre. Vignes gelées l'hiver, et au printemps,
le 28 mai. 3 pièces et demie; mauvais vin ; 200 fr. de perte par arpent.
1822, 2 septembre. Bien bon vin ; 13 pièces l'arpent; prix
50 fr.
1823, 6 octobre. Mauvais vin; 16 pièces; 40 fr.
1824, 11 octobre. 11 à 12 pièces; mauvais; 40 fr.
1825, 15 septembre. Vin bien rouge, épais, résineux; ne
s'est pas conservé.
1826, 21 septembre. Médiocre pour la quantité et la qualité.
1827, 24 septembre. Idem.
1828, 25 septembre. Un peu meilleur.
En 1829, l" octobre. Médiocre encore.
1830, 27 septembre. Les vers rouges ont tout mangé ; 1 à
2 pièces l'arpent.
1831, 22 septembre. Anm'e médiocre en tout.
1832, 4 octobre. Idem.
1833, 19 septembre. Meilleur, sans être très-bon.
1834, 10 septembre. Bon vin par toute la France.
1835, 28 septembre.Vers blancs nomméspi/ralefdeia vigne.
1836, 26 septembre. Peu de récolte ; progrès eiïrayant de
la pyrale.
1837, 9 octobre. Peu, assez bon; toujours de la pyrale.
1838, 11 octobre. Idem; id.
1839, 26 septembre. La pyrale commence à dispirattre.
1840, 17 septembre. Beaucoup moins de pyrale ; médiocre
qualité.
1841, 27 septembre. Encore un peu de pyrale; bonne
r<!colte.
1842, 15 septembre. Récolte 15 à 16 pièces; bien bon vin.
1843, 9 octobre. Fortes gelées du printemps. Peu de vin ;
qualité médiocre; 40 à 45 fr. la pièce. Le vieux vin, CO à 70 fr.
Sur les 48 récoltes de celle seconde série, il y en a eu 28 failes dans le mois de septembre, et 20 dans le mois d'octobre.
L'année la plus hâtive a été celle de 1822 (2 septembre), la plus tardive, celle de 18 1 6 (23 octobre). Les récolles ont donc clé plus hâlives dans cette série que dans la première. C'est un avantage que l'on doit attribuer, non pas à un changement de température, mais
à la propagation du plant dit gamet noir, au déboisement des montagnes, à l'usage de la gadoue, introduite de 1782 à 1786, comme engrais plus actif remplaçant le fumier de vaches, qui est froid et conserve l'humidité; et enfin au renouvellement des provins, ainsi qu'à un quatrième labour d'été que ne donnaient pas nos aïeux qui laissaient leurs vignes plus longtemps en souches que nous ne les laissons aujourd'hui.
Commencement d'une troisième série :
Eu 1844, 23 septembre. Assez bon via; 10 pièces l'arpent; prix 40 IV.
1845, 9 octobre. Mcdioire qualité; prix 30 fr.
1846, 10 septembre. Qualité extraordinaire; surnommé
pur sang; meiifeur qu'en 1811 ; 9à 10 pièces l'arpent ; "ji à 75 fr.
1847, 3û septembre. Vin très mauvais ; quantité considé-
rable ; 20 fr.
1848, 18 septembre. Un quart du terroir grêlé ; 12 pièces;
bon vin; 35 à 36 fr.
1849, 27 septembre. Qualité médiocre.
1850, 30 septembre. Idem.
1851, 25 septembre. 20 à 23 pièces l'arpent ; assez bon ; 20 à 25 fr.; beaucoup de cidre.
1852, 23 septembre. Médiocre qualité; 5 à 6 pièces l'arpent;
cependant bonne vente à cause de la récolle précédente ; prix : s'élève de 45 fr. à 60 fr.
1853, 3 octobre. Qualité médiocre; 15 pièces l'arpent; t^
à 60 fr. la pièce.
Entrons maintenant dans quelques détails sur la pyrale, si funeste à la vigne. Le terroir d'Argenteuil, notamment dans les cantons de Vauginard, delà Folie, de Coudray, de Soulzard, des Champs-Montois, de Gaudon, de Vignoi, etc., dont le sol est plus favorable à la culture de la vigne que certiiins autres, est assez souvent atlaiiué par un ver qui nuit beaucoup à la vigne, ce qui l'a fait appeler la pyrale de la vigne.
Dans la partie est du même terroir il y a aussi des cantons où il semble qu'il y ait toujours eu des vers, ou du moins dans lesquels il y en a fort souvent. Les vignerons désignent entre eux ces cantons comme sujets à la verrure et donnent au sol le nom de terre verreuse, parce que, en effet, les vers ont bien souvent ravagé ces diverses parties du terroir, qui sont beaucoup plus infestées que partout ailleurs, soit par la pyrale, soit par le ver rouge, appelé aussi ver coquin, et iciQue de la vigne.
Tous ces insectes sont un grand Iléau quand ils atteignent à leur plus haut période de dévelo|)pement. Rarement il se passe une dizaine d'années sans qu'il s'en présente une, quelquefois deux, où ces vers se propagent d'une manière plus ou moins sensible. Toutefois, il convient de dire que des périodes d'invasion comme celles de 1837, I838et 1839 sont assez rares et qu'elles font exception. Fils, petit-lils, frère et neveu de vigne-
— \rA —
rons, et ayant fait valoir par moi-même pendant quarante ans une assez grande quantité de vignes, j'ai vu les vers causer du dommage dans bien des années, mais jamais comme dans celles ci-dessus mentionnées, oîi la propagation de ces insectes est arrivée à un tel point, et le dommage est devenu si considérable, que dans les cantons qui viennent d'être nommés, au mois de juillet, les bourgeons n'avaient plus ni feuilles ni grappes, et que leur longueur n'était que de trente à quarante centimètres.
N'ayant aucune récolte à espérer, la plupart des vignerons ont retiré, dès le mois de septembre, les échalas de leurs vignes et les ont mis en tas comme on fait après les vendanges. Enfin le fléau était tel qu'on a diî écrire au préfet du département et, en même temps, au ministre du commerce et de l'agriculture; au premier pour obtenir des secours pécuniaires pour les pauvres vignerons ; au second pour que MM. les membres de l'Académie des sciences naturelles fussent consultés à l'etfet de savoir s'ils ne connaîtraient pas quelques moyens de faire périr les vers. Tandis que notre terroir était aussi malheureusement infesté , beaucoup d'autres cantons du Maçonnais l'étaient également, ce qui fit que le ministère nomma une commission pour s'occuper de ce fléau, sur lequel il n'existait aucune note dans les archives de l'Académie, et pour donner son avis sur les moyens de le
faire cesser. Tous les membres de la Société entomologique (qui s'adonne à la connaissance des insectes) vinrent visiter le terroir d'Argenteuil. Une commission dont je faisais partie lut composée pour accompagner ces Messieurs, dans leurs visites, et pour les seconder dans les expériences qui devaient être tentées. De leur côté, les conseils généraux du département du Rhône et de Saône-et-Loire votèrent simultanément chacun une somme de 3,000 francs, pour être employée aux expériences à faire, alin de diminuer les progrès de la pyrale.
M. Duméril, l'un des membres de l'Académie ayant reconnu que les vers passaient leur temps d'hibernation sous l'écorce des souches et dans les fissures des échalas, proposa de faire enlever tous les échalas d'une certaine étendue de vignes, et ensuite de faire brosser le plus soigneusement qu'il serait possible toute la souche de chaque cep, et d'enlever au furet à mesure toutes les parcelles d'écorce dans lesquelles les vers auraient pu s'être réfugiés. Celte opération paraissait devoir être efficace, mais la pratique en était trop coûteuse; on a diiy renoncer. Cependant on doit dire qu'à la récolte, la vigne, ainsi nettoyée, a produit deux tiers de plus que celles du voisinage et, qu'à rébourgeonnement, il n'y a eu presque aucun faux bourgeon à retirer. Malgré ces soins, dans le cours de l'été suivant, on rencontra encore* deux ou trois
vers dans chaque cep; ce qui aurait été plus que sullisant pour infester toute la partie de viyuc l'année suivante.
Après l'expérience ci-dessus, d'autres essais ont également été tentés. Ainsi on a badigeonné avec des liquides plus ou moins corrosifs des ceps de vigne; mais la difficulté d'introduire ces liquides dans les angles tortueux de la souche a fait échouer ce moyen; de sorte qu'au printemps on ne voyait presque pas de dilférence entre les ceps badigeonnés et les autres. Cependant un badigeonnage à un simple lait de chaux a produit un effet assez remarquable, quoiqu'il soit resté encore beaucoup de vers.
Dans plusieurs pièces de vignes, quelques vignerons, qui en avaient le temps et la patience, ont entrepris d'écraser les vers en les cherchant les uns après les autres, et à trois ou quatre reprises. Cette méthode de destruction n'a amené aucun résultat sensible, tant était prodigieuse la succession des insectes dont on avait à arrêter les ravages incessants. L'inutilité de cette mesure vient, comme je le dirai en traitant des métamorphoses de ces insectes, de ce qu'il en existe de plusieurs âges; de telle sorte que les premiers et plus gros vers sont bientôt remplacés par des vers nîoyens qui le sont ensuite par de plus petits.
Quelques" autres vignerons, après avoir ébour-
geonné leurs vignes avec soin, après avoir porté au loin les faux bourgeons abattus; ont, quelque temps après, coupé à un ou deux yeux au-dessus delà grappe tous les maîtres bourgeons dans les bouts desquels se trouvent les vers, et ont emporté hors de la vigne toutes ces rognures. Il semble que, après une telle opération, il ne devait plus rester de Ncrs. Vaine espérance! il en restait moins; mais il en restait encore. Monsieur Roberjot, alors curé d'une paroisse de la Bourgogne et devenu ministre plénipotentiaire à Rastadten l'an VII (28 avril 1799, époque à laquelle il fut assassiné avec son collègue Bonnier ', a laissé un petit écrit par lequel il conseille, pour détruire le papillon de la pyrale, de faire dans la vigne de petits feux qu'il nomme crépusculaires à cause des heures auxquelles on doit les faire. On a essayé de ce moyen, mais très-peu de papillons venaient se brûler les ailes à la flamme de ces feux dont au contraire ils paraissaient s'éloigner. Ce moyen n'est pas d'ailleurs facile à employer dans les vignes d'Argenteuil.
M. Audouin, membre de l'Académie des sciences (section de l'agriculture) et professeur d'entomologie au Muséum d'histoire naturelle, et M. Payen, l'un
> Jean de Bry, leur collègue, échappa à la mort comme par miracle.
de ses collègues, ont été chargés de suivre et de diriger les expériences qui ont été tentées ici. Parmi toutes ces expériences, il y en avait une à laquelle M. Audouin tenait beaucoup : elle consistait à faire enlever au fur et à mesure toutes les pontes que les papillons déposent sur les feuilles de vigne. Un essai eut lieu sur plusieurs points diflerents par des femmes que l'on a occupées pendant tout le temps de la ponte, et qui tour à tour ont passé quatre fois dans le même chantier d'expérience, pour enlever toutes les feuilles ou parties de feuilles maculées de larves, ce que nous avons appelé la cueillette des pontes. Eh bien ! quoiqu'elle ait été faite le plus exactement possible, et sous la surveillance de quatre des commissaires, l'année suivante ces vignes étaient tout aussi infestées que les vignes voisines.
Plusieurs autres expériences ont encore été tentées par divers propriétaires, mais comme elles n'ont amené aucun résultat favorable, je m'abstiendrai d'en parler. Je n'en citerai plus qu'une qui a produit un effet sensible, celui de la destruction radicale de la moitié des vers. Comme je l'ai déjà fait observer, il avait été reconnu que les vers se logent dans les fissures des échalas et sous l'écorce du cep. Or, M. Payen, pour purger les échalas a fait construire en tôle galvanisée un cylindre de la grosseur et presque de la longueur d'un gros tonneau, appelé
barbaniam, pouvant contenir 250 échalas. L'un des fonds de cet appareil était mobile et à rocouvrernent, comme sont les tonneaux à farine dans les ménages des vignerons. Ce cylindre était élevé sur quatre pieds, à la hauteur de 25 à 30 centimètres du sol; à l'un des fonds était pratiquée une petite porte semblable à celle d'un très-petit poêle; à l'extrémité du haut de l'autre fond, c'esl-à-diie du fond mobile, il y avait un trou rond de cinq à six centimètres de diamètre pour favoriser la dilatation de la vapeur dans l'intérieur et son dégagement à l'extérieur. Cet appareil étant rempli d'échalas, on introduisait par la petite porte une mèche de grosse toile soufrée, dont le prix revenait à dix centimes. Le feu ayant été mis à celte mèche, après 15 ou 20 minutes de combustion, tous les vers logés dans les fissures des échalas avaient péri.
Ayant introduit moi-môme des esquilles remplies de petits vers par les trou d'où sortait la vapeur, et m'élant aperçu qu'ils étaient morts, au bout de 2 ou 3 minutes, je conclus que c'était plutôt par l'effet de la chaleur que par l'influence de l'acide sulfurique. A la récolte suivante les vignes dont les échalas avaient été ainsi purgés ont rendu plus de deux fois autant que les vignes voisines.
Si on "avait pu atteindre les vers logés dans les souches, comme on avait atteint ceux qui étaient
dans les fissures d'échalas, nul doule que l'on aurait singulièreuicnt diminué !e nombre des insectes, si même on ne lui parvenu à en opérer la deslruciion entière.
Enfin, aucune expérience n'ayant produit un résultat peu coûteux et assez efficace pour être adopté, on a renoncé à en tenter de nouvelles, et on a laissé au temps le soin de faire périr les vers. C'est ce qui est arrivé, comme je vais le raconter après avoir décrit les phases de cet insecte.
Comme chacun le sait, il n'y a rien de nouveau dans la nature : dans le règne animal comme dans le règne végétal , les races et les espèces sont fixées et ne varient que suivant les zones sous l'influence desquelles elles existent; et toujours des conditions de température plus ou moins favorables déterminent un développement plus ou moins heureux ou une propagation plus ou moins grande. C'est donc h la succession des années froides et humides de 1835, 1836, 1837 et 1838, qu'on doit attribuer l'extrôrae multiplicité des vers qui ont existé pendant ces années, tant sur noire terroir que sur beaucoup d'autres vignobles de la France, et qui ont fait tant de tort aux récoltes de ces années.
Ainsi la pyrale n'est pas, comme beaucoup de vignerons l'ont cru, un insecte, un volatile fugace, à passage plus ou ""moins fréquent, comme les saute-
relies, par exemple. Non certainement; cet insecte est plutôt comparable à une maladie endémique ' pour une localité; il ne lui faut qu'un temps favorable l pour se développer. 1
Il y a toujours eu, et il y aura toujours des vers \ dans les vignes. Le plus souvent, fort heureusement, i ils sont en si petite quantité qu'on ne s'en aperçoit i pas, mais comme la pyrale est à sang froid et que, conséquemment, la chaleur kii est contraire, quanl il se rencontre plusieurs années dont le printemp:^ est froid et humide, ce ver pullule; il n'en périt pas et comme chaque femelle du papillon pond de 40 à 60 et même 70 œufs, deux ou trois printemps froids suffisent pour que les vignes en soient bientôt infestées et ravagées.
Au printemps, alors que la chaleur est assez forte pour faire commencer la pousse de la vigne et que l'œil est, comme on dit, en bourre, les vers logés dans le cep ou dans l'échalas, du côté du soleil du midi, sortent les premiers de leurs coques et viennent se loger dans cette bourre de l'œil, qui n'est encore qu'une sève coagulée, et si tendre qu'elle lient lieu, pour ainsi dire, de laitage au ver, qui n'a que deux millimètres de longueur. Bientôt cependant le bourgeon se forme et se développe; mais bientôt aussi le ver grandit, acquiert de la force, ses mandibules prennent de la consistance et il suit les progrès du
bourgeon, en montant au fur et à mesure avec lui, et en ne quittant pas son extrémité, qui est toujours la partie la plus tendre à ronger.
Si le printemps est froid, la végétation est lente, et, cette température convenant parfaitement à l'insecte, il fait autant de progrès que la vigne en fait peu.
Bientôt les autres vers logés au nord du cep et de l'échalas sortent aussi de leurs coques et parviennent à dominer la végétation du bourgeon, qu'ils rongent, corrodent et bouclent (bourgeons et grappes^, pendant les mois d'avril, mai, juin et juillet. Vers la fin de ce mois et le rommenceraent d'août, le ver ayant atteint une longueur de quinze millimètres environ, jaunit et se retire dans la partie la plus touffue du cep, particulièrement dans la liasse, si la vigne est assez forte pour être liée, et se forme en chrysalide. Il reste une quinzaine de jours dans cet état, d'où il sort transformé en un joli papillon à ailes fond jaune-Isabelle et barrées, couleur de feu, ce qui explique l'étymologie du nom de pyrale, car ce mot dérivé du grec signifie feu. Dans les deux ou trois premiers jours de la sortie de la chrysalide, le papillon n'est pas très -vif, mais vers le 7^ ou le S'" jour, l'abdomen de la femelle grossit, et du 16« au 20^ jour, elle dépose sa larve, toujours sur le côté luisant de la feuille de vigne Cette larve est plate, de la largeur d'une grosse lentille, d'une forme
lire en avoir vu en i| lait naturellement,
assez irrégulière, et d'un blanc sale : chaque larve con- ti ,,i lient de 40 à 70 œufs. Je crois qu'elle renferme en elle les germes de sa fécondité; car, malgré toute la surveillance que j'ai pu y a|. porter, je n'ai jamais surpris l^| un papillon en copulation, et aucun des vignerons auxquels j'en ai parlé, n'a pu me d cet étal. L'incubation des œufs se la et ne dure jamais plus de 15 à20 jours. Quelque temps avant l'éclosion, on remarque, à l'aide de la loupe, de : petits points noirs qui sont les têtes des petits vers prêts à percer leurs œufs; immédiatement après leur sortie de l'œuf, les petits insectes cherchent à se loger; et, de la feuille où ils sont éclos, ils gagnent avec une rapidité vraiment éloniianie, soit l'échalas, soit le cep sous l'écorce ou dans les fissures desquels ils se cachent et s'enveloppent dans la petite coque soyeuse que chaque ver a eu soin de se filer, et où il passe l'hiver qu'il alfronte, à quelque degré que descende le thermomètre. Pour en donner une idée, il suffira de dire qu'on en a tenu enfermés dans la glace pendant 15 jours, et qu'après que celte glace a été fondue avec précaution, les vers ont surnagé; et enfin que, recueillis ensuite avec une plume sur un linge blanc, ils ont repris l'animation. Que l'on ne compte donc pas sur les grands hivers pour faire périr les vers quand les vignes en seront infestées; car il a été fait trop d'expériences qui toutes ont donné la preuve que l'insecte
qui nous occupe ne craint pas les froids les plus rigoureux.
M. Audouin, dans sa persévérance pour que la cueillette des feuilles ou parties de feuilles maculées des |)onles des papillons fût imposée à tous les propriétaires de vignes du terroir, prétendait que les papillons ne pondaient jamais que sur le côté luisant de la feuille de vigne et non ailleurs. Comme j'étais d'un avis contraire, j'ai administré la preuve, que, soulevées par ks vents, ou sorties de la vigne par suite de petites courses vagabondes et pressées de pondre, les femelles déposaient leurs larves indifféremment sur toutes les feuilles ou corps luisants. C'est ainsi que j'en ai trouvé beaucoup sur des feuilles de regain de luzerne, sur des feuilles de haricots, de fèves, de lentilles, de groseilliers, de cerisiers; sur le liseron, le lasson,surles chardons de vignes et de terres, et même sur ceux de grands chemins. J'en conclus que dans les années pareilles à celles que j'ai citées, c'est-à-dire 1835, 1836, 1837 et 1838, tout le terroir en a été infesté dans la proportion d'un cinquième au moins. En labourant les terres, on les enfouissait, mais ils reparaissaient au printemps suivant, et quand même on se serait appliqué à purger une vigne, ce qu'il est impossible de faire parfaitement dans la même année, les papillons des vignes ou des terres voisines joints à ceux qui proviennent des larves déposées sur les feuilles d'her-
l)es ou sur les cailloux luisants de chaque pièce de vigne, auraient plus que suffi pour l'infester de nouveau. Comme on le voit, j'ai rais toute l'application que j'ai pu pour étudier la pyrale. Après avoir parlé de son incroyable reproduction et des moyens tentés pour opérer sa destruction, il nous reste à dire comment ! i nature parvient à la faire disparaître. C'est la clialciu soutenuo, au printemps, de 18 à 20 degrés, et, aux époques des diverses métamorphoses, de 5 ou 6 degrés do plus. Un temps d'orage est aussi très-contraire aux vor^ et les tue, ainsi que cela s'est déjà vu bien souvent. En 1839, nous avons eu, dans le commencement du mois d'août, beaucoup d'orages qui tous se sont diiigés du sud-ouest à l'est-nord-est et qui ont occasionné de bien grands dégâts. Les pertes dans le seul département de Seine-et-Oise ont été estimées à plus de cinq millions de francs. Il n'a point grêlé sur notre territoire; cependant, soit par l'influence de la chaleur, très-forte cette année-là soit par celle des nuées d'orage, beaucoup de vers ont péri ; on les trouvait gonT.és dans les feuilles et comme appointés par les deux bouts; la ponte était déjà commencée, et déjà aussi il y avait assez de semence pour que les vignes fussent infestées. L'année suivante, i840, vers la mi-avril, la chaleur a été jusqu'à 18 degrés ; la vigne, parla grosseurdes bourgeons, s'annonçait comme disposée à une grande force de développement, mais, dans toute la première quin-
zaine de mai, le temps s'est remis au froid et à l'humidité, et déjà les vers dominaient le bourgeon d'une manière inquiétante lorsque, à partir du 14 mai, le temps s'est remis à la chaleur de 20 à 25 degrés Réaumur. Dans ces circonstances atmosphériques, comme le fond de la terre avait été fortement trempé par les pluies de février et de mars, la vigne a poussé avec une force et une promptitude presque sans exemple, car à la fin du mois les bourgeons avaient acquis une hauteur de 60 à 70 centimètres. Comme en juin et en juillet la chaleur est montée jusqu'à 28 degrés, de telle sorte qu'en se baissant dans la vigne on y respirait une chaleur suffocante, les vignes ont très-bien et irèspromptement poussé; il en est résulté que les grappes se sont elles-mêmes aussi très-bien développées; que le bourgeon, en gagnant de la hauteur, acquérait de la force et de la dureté, et que, le ver étant obligé de suivre les progrès du bourgeon s'éloignait d'autant de la grappe, d'où il est aisé de conclure que la chaleur est nuisible aux vers. Il en est mort les neuf dixièmes, et au mois d'août on ne voyait que fort peu de papillons dans les vignes. Cette année les vendanges ont été ouvertes le iT septembre. Les vignes étaient d'une beauté admirable; aucun insecte n'a attaqué le raisin, et les vignes des cantons que j'ai signalés comme ceux où elles étaient le plus infestées, et dans lesquelles on n'avait rien récolté depuis plusieurs années, étaient les
bes ou sur les cailloux luisants de chaque pièce de vigne, auraient plus que suffi pour l'infester de nouveau. Comme on le voit, j'ai mis toute l'application que j'ai pu pour étudier la pyrale. Après avoir parlé de son incroyable reproduction et des moyens tentés pour opérer sa destruction, il nous reste à dire comment !a nature parvient à la faire disparaître. C'est la chalein soutcnud, au printemps, de 18 à 20 degrés, et, aux époques des diverses métamorphoses, de 5 ou 6 degrés de. plus. Un temps d'orage est aussi très-contraire aux vois et les tue, ainsi que cela s'est déjà vu bien souvent. En 1839, nous avons eu, dans le commencement du mois d'août, beaucoup d'orages qui tous se sont dirigés du sud-ouest à l'est-nord-est et qui ont occasionné de bien grands dégâts. Les pertes dans le seul département de Seine-et-Oise ont été estimées à plus de cinq millions de francs. Il n'a point grêlé sur notre territoire; cependant, soit par l'inlluence de la chaleur, très-forte cette année-là soit par celle des nuées d'orage, beaucoup de vers ont péri ; on les trouvait gonf.és dans les feuilles et comme appointés par les deux bouts; la ponte était déjà commencée, et déjà aussi il y avait assez de semence pour que les vignes fuFsent infestées. L'année suivante, i840, vers la mi-avril, la chaleur a éléjusqu'à iSdegrés; la vigne, parla grosseurdes bourgeons, s'annonçait comme disposée à une grande force de développement, mais, dans toute la première quin-
zaine de mai, le temps s'est remis au froid etàThumidilé, et déjà les vers dominaient le bourgeon d'une manière inquiétante lorsque, à partir du 14 mai, le temps s'est remis à la chaleur de 20 à 25 degrés Réaumur. Dans ces circonstances atmosphériques, comme le fond de la terre avait été fortement trempé par les pluies de février et de mars, la vigne a poussé avec une force et une promptitude presque sans exemple, car à la fin du mois les bourgeons avaient acquis une hauteur de 60 à 70 centimètres. Comme en juin et en juillet la chaleur est montée jusqu'à 28 degrés, de telle sorte qu'en se baissant dans la vigne on y respirait une chaleur suffocante, les vignes ont très-bien et irèspromptement poussé; il en est résulté que les grappes se sont elles-mêmes aussi très-bien développées; que le bourgeon, en gagnant de la hauteur, acquérait de la force et de la dureté, et que, le ver étant obligé de suivre les progrès du bourgeon s'éloignait d'autant de la grappe, d'où il est aisé de conclure que la chaleur est nuisible aux vers. Il en est mort les neuf dixièmes, et au mois d'août on ne voyait que fort peu de papillons dans les vignes. Cette année les vendanges ont été ouvertes le 17 septembre. Les vignes étaient d'une beauté admirable; aucun insecte n'a attaqué le raisin, et les vignes des cantons que j'ai signalés comme ceux où elles étaient le plus infestées, et dans lesquelles on n'avait rien récolté depuis plusieurs années, étaient les
née 1785, il dit : « Aujourd'hui 13 juin, l'on a com- » niencé une neuvaine pour demander à Dieu la grâce » d'élre délivré des vers qui mangent la vigne; le 31 » on a fait encore une procession pour conjurer les vers » qui ruinent toutes les vignes, nous avons sans cesse » des pluies abondantes et point de chaleurs. »
Je prie le lecteur de remarquer que je ne fais ces citations que pour appuyer de preuves ce que j'ai avancé : que le froid est favorable à la pyrale et la fait pulluler considérablement.
Nos deux chroniqueurs ne nous disent rien sur l'efficacité des prières et des processions qui ont été faites. Mais il est un fait que toute la commune peut attester, les uns pour l'avoir vu (je suis de ce nombre), les autres pour l'avoir entendu raconter par leurs pères; c'est que, à partir du jour de la procession du 21 juin 1785, le temps a changé tout à coup et, la chaleur ayant succédé au froid, tous les vers ont péri. C'est ce qui a fait appeler celte procession, la procession de la conjuration des vers. Il existe encore dans la commune des hommes que je connais, qui sout toujours sous celte impression morale et religieuse que, si les vers ont péri spontanément, c'est que les prières avaient clé exaucées et que Dieu l'avait ainsi ordonné.
Tout en respectant l'action de la divine Providence en toutes choses, et les croyances religieuses qui la
font intervenir, avec juste raison, dans les moindres événements, nous admettons aussi, dans un ordre inférieur, des causes secondaires, dépendantes des lois générales qu'elle a établies : par exemple l'extrême chaleur, l'intempérie des saisons, etc., auxquelles nous croyons qu'il faut attribuer certaines maladies, certains fléaux qui de temps en temps frappent les hommes, les animaux et même les productions végétales , et dont laguérison ou la disparition n'a rien de plus surnaturel que l'origine. Ainsi, parmi les animaux, un précieux insecte, le ver à soie est, on le sait, sujet à plusieurs maladies, notamment lorsqu'il change de peau, car dans cet état il est très-sensible au froid ou à toute autre intempérie. Ainsi encore pour la pyrale, ne serait-il pas possible d'expliquer sa complète destruction en 1785 par la chaleur toute naturelle au 21 juin, époque à laquelle cet insecte subit deux métamorphoses à 15 ou 20 jours d'intervalle, sa transformation en chrysalide et son passage à l'état de papillon? Le même fait, d'ailleurs, s'est renouvelé, sans intervention divine apparente en 1840, comme nous l'avons raconté ci-dessus.
A l'occasion de ce qui précède sur la pyrale, et quoique je n'aie pas toujours été du même avis que M. Victor Audouin de regrettable mémoire, décédé à Paris le 11 novembre 1841, je dois ici rappeler qu'il a laissé une histoire des insectes nuisibles à !a vigne, et parti-
culièremenl de la pyrale. C'est un in-quarto, publié sous les auspices du ministre de l'agriculture et du commerce. Il contient 349 pages et 22 planches représentant toutes les phases ei les métamorplioses de la pyrale. Les planches sont si bien faites et si bien coloriées, I qu'elles représentent parfiiitement la nature. M. le mi- |i nistre en a envoyé un exemplaire à la commune d'Argenteuil. Il est déposé aux archives et mérite d'être conservé soigneusement. En consacrant un si long article à la i)yraie, nous avons cru travailler au bien de nos concitoyens. Mu par le même sentiment, nous allons dire quelques mots sur les causes de l'abaissement des revenus de la vigne. C'est un sujet non moins intéressant que le précédent pour les habitants d'Argenteuil. *
' Dans le Dicliunnaire des sciences de M. Bouillct, voici ce qui est dit de la pyrale :
« Pyrale (de pyralis, dérivé ànpyr, feu), nom grec d'un payiilion qui se brûle à la cliandelle. Genre de lépidoptères nocturnes, ailes enlières ou sans fissures, en toit plus ou moins écrasé dans l'état de repos ; antennes filiformes, corselet ovale, lisse ; abdomen conico-cylindrique, tirminé par une pointe cliez les femelles et par une houppe de poils chez les mâles; pulpes de trois articles ; trompe membraneuse très-courle; pattes courtes. Les chenilles des pyrales ont seize pattes dégale longueur et toutes [ropres à la marche ; le corps ras ou garni de poils courls et isolés. Ces insectes sont fort nuisibles aux r.rlires fruitiers, surtout à la vigne. Ils habitent pour la plupart dans
La France est, comme on le sait, divisée en 86 départements, mais la vigne n'est cultivée que dans G5 ou environ, des plus méridionaux. Le nôtre est dans les derniers de celte catégorie ; car on ne cultive plus la vigne dans les départements limitrophes, au nord. Nous avons donc d'abord contre nous la température; ce n'est que grâce à la chaîne de nos coteaux, et à la qualité de notre sol, qui est généralement calcaire et gypseux; grâce aussi à nos engrais, à nos soins et à notre travail que nous avons pu obtenir quelques bénéfices de la culture de la vigne. Ces bénéfices étaient assez élevés autrefois pour que le propriétaire de 7 à 8 arpents déterres (34 ares 18 centiares) et de 3 à 4 arpents (1 hectare 02 ares 36 centiares) qu'il faisait valoir par lui-même, pût élever convenablement sa famille et doter ses filles. Sans entrer ici dans de nouveaux détails', il suffit de répéter que, jusqu'à 1815,
les feuilles roulées en cornet ou plissées sur leurs bords ou réunies en paquets ; quelques-uns seulement vivent dans l'intérieur d^s liges et des fruits à pépins et à noyaux, ou bien se nourrissent aux dépens des bourgeons de la vigne. M. Y. Au* douin a fait une étude approfondie de cet insecte. M. B. Roclet, vigneron de la Romanèche, en Bourgogne, a trouvé, eu 1841, un moyeu infaillible de détruire la pyrale de la vigne ; il suffit d'ébouillanter les souches et les échalas pour empêcher l'éclosion des œufs de cet insecte.
» Voir pages 118, 128, 129, 143, etc.
un arpent (34 ares 18 centiares) de vigne assurait, bon an, mal an, en moyenne un revenu net de 300 francs par an ; ou bien un loyer ou fermage toujours de 90 à 120 francs par an, ce qui, à 4 pour cent, donnait, pour les fonds, une valeur de 2 à 3000 francs.
Mais depuis les traités de 18 15 qui, en mettant fin à la guerre, ont fait rentrer beaucoup de bras dans les campagnes et rendu la liberté des mers, si longtemps interdite, le commerce a repris un essor, une vigueur sans exemple dans l'histoire des temps modernes. Il en est résulté un bien-être général qui a porté atteinte aux intérêts particuliers de notre commune. Qu'est-il arrivé, en etfet? Des inventions, des découvertes, des perfectionnements en toutes choses et notamment dans la navigation, ont fait baisser le prix du fret pour le transport des marchandises, au point que maintenant une pièce de vin est transportée du port de Bordeaux dans celui de Bercy pour la faible somme de quinze à dix-huit fr. et aujourd'hui même moyennant G à7 fr. par les chemins de fer. lien résulte un grand moyen d'écoulement pour les vignobles du Midi qui, jouissanten outre d'un soleil plus actif, pUisgénéreux, d'un fermage à plus bas prix, d'une main-d'œuvre à meilleur marché et d'une réduction dans les façons et le prix des engrais, font à nos vins une concurrence qu'ils ne peuvent soutenir, sans parler
de celle que leur font aussi les proilnils œnophiles de la Champagne, de la Bourgogne et du Maçonnais.
Cette concurrence est d'autant plus redoutable et devra durer d'autant plus longtemps, qu'on a planté considérablement de vignes en France.
Voici dans quelle propor.'ion :
En 1809, d'après les ordres de l'empereur Napoléon, l'administration des contributions indirectes avait cherché avec le plus grand soin à connaître au juste l'état des vignobles de la France (le pays de Trêves jusqu'à Cobleniz compris) et le vin qu'on en récoltait. La quantité de vignes a été reconnue être alors de 1,613,939 hectares, et le produit moyen de la vigne a été calculé, pendant une période de cinq années, à 35,358,890 hectolitres par an.
Depuis cette époque, jusqu'en I8i7, on a planté une si grande quantité de vignes que l'administration du cadastre a trouvé que l'étendue du terrain occupé par la vigne était de 1,977,000 hectares déduction faite, bien entendu, du pays de Trêves, etc., et seulement dans les limites de la France telles que les ont fixées les traités de i8l5.
En 1820, une grande quantité d'oliviers ayant été gelés, ces arbres ont été remplacés par des vignes. C'est donc avec quelque apparence de vérité que le Consiiiutionnel du 11 avril 1838 avance, dans son supplément, que la statistique territoriale fait mon-
ter le nombre d'hectares de vignes en France, àJ 2,135,000 hectares; c'es^-à-dire plus de six millions d'arpents (mesure d'Argenleuil) ; ce qui fait un sixième de plus qu'il n'en existait en i809. Or, le produit ■ d'alors ayant été fixé à 19,000,000 de pièces, jauge d'Orléans, on doit, en suivant la proportion de l'angmentalion des vignes, reconnaître que le produit annuel est aujourd'hui, à très-peu près, de 24,000,000 de pièces de vin, dont le prix, calculé par M. le Comte Chaptal, est en moyenne de 7 fr. 50 c. l'hectolitre, ce qui met à 17 fr. 10 c. la pièce d'Argenleuil, de 2 hectolitres 28 litres.
Ajoutez à cette augmentation dans les produits celle de cidres de la Normandie, de la Bretagne et de la Picardie, et celle des différentes bières, et vous serez surpris de l'énorme quantité de liquides qui se fabriquent en France. Aussi, en 1809, l'Empereur disait-il qu'il y avait trop de vignes en France, quoiqu'il y en eîit alors beaucoup moins qu'aujourd'hui.
Cependant il y aurait encore lieu de dire la même chose de notre temps. Oui, il y a trop de vignes, et c'est une des causes de l'abaissement du prix du vin, dont les vignerons se plaignent. Cette surabondance s'est déjà rencontrée, car nous voyons que le considérant d'un arrêt rendu par le conseil du Roi, en date du 7 juin 1731, expose que, vu l'abondance du tin
qui regorge dans tous les vignobles de France, tandis qu'il ny a pas assez de terre lobourables, pour fournir tout le blé dont le peuple a besoin, il ne sera plus planté de