UN DE LA NOTICE SL'K LA VILLE D'ARGENTEUIL
NOTICE
L'HOSPICE D'ARGBNTBUIL
NOTICE
« Si vous faites du bien, sncliez à qui » vous le ferez, et vous en serez abon- » daniment récompensé dans vos propres » biens. »
« Faites du bien à votre ami avant votre » mort, et tendez au pauvre une main » secourable : Assistez -le selon vos » moyens. »
« N'est-ce pas à d'autres que vous lais-
» serez les fruits de vos travaux et de vos
» peines qu'ils se partageiont entre eux?»
(Ecclésiastique, ch. XII, f l^"" et
ch. XIV, f 13 et 15).
Ces préceptes, mis en pratique par nos aïeux, ont fait faire le premier fonds de l'hospice.
A la page 24 du IV^ volume de son histoire du diocèse de Paris, l'abbé Lebeuf dit qu'on ne voit point qu'il y ait eu de léproserie à Argcnteuil, parce que celle de Franconville lui en servait ; mais qu'il y avait sûrement, au xiv« siècle, une Maison-Dieu^ et que le livre
du visiteur des léproseries de l'an 1351 en fait mention.
« On la trouve ainsi noninice, dit-il, dans l'acte d'une donation qui lui fut faite en 147 5, par un habitant de ce lieu, et que l'évêque approuva. Le même auteur ajoute que les Frères de la Charité Notre-Dame, appelés les BilleUes, à Paris, furent reçus à Argenteuil au gouvernement d'un hôpital pour les pèlerins et pauvres passants, lequel fut cédé, l'an 1629, aux Augustinsdéchaussés, qui l'administrèrentjusqu'en 1672.
Donc, si nous en croyons l'abbé Lebeuf, auteur véridique, il y aurait plus de quatre cents ans qu'il existe un hôpital à Argenteuil; ei ce qui me porte à me ranger de son avis, c'est que la plus ancienne pièce que l'on trouve dans les archives de l'hospice actuel est une supplique adressée par M. Biaise Pierre, alors curé d'Argenteuil ', à l'archevêque de Paris, ayant pour objet l'institution d'une confrérie de charité pour soigner les pauvres malades, spirituellement et corporellement, est-il dit; et qu'on ne voit pas par cette supplique qu'il se soit agi de monter une maison pour recevoir les dits malades, d'où l'on doit conclure que cette maison existait déjà, et qu'il pouvait même y en avoir deux, dont une communale, et une tenue parles religieux des Billettes pour les pèlerins et pauvres passants, ainsi que l'indiquent d'ailleurs les actes de
' Voir page 73.
donations que j'ai cités à la fin de l'histoire de notre commune, pages 136 et suivantes, donations faites aux Charités d'Argenteuil dans les xii% xiii*, xive et xv" siècles. De plus, était-il possible qu'il en fût autrement dans celte commune, alors si malsaine et si sujette aux maladies endémiques,. Inhérentes à sa localité?
L'abbé Lebeuf nousa dit que, dans le xiv*' siècle, par suite des i;iierres et des mortalités, la population d'Argenteuil s'était trouvée réduite à 1,000 habitants. Cela se peut croire également quand on considère surtout qu'en l'année 1348 il y eut en France une peste générale qui fit une prodigieuse quantité de victimes' ! Que l'on consulte aussi tous les auteurs qui ont écrit l'histoire de notre pays! Il en est qui disent qu'à cette époque, en certaines localités, il est mort jusqu'aux dix-neuf vingtièmes de la population. Enfin on verra que jamais en aucun temps, la France n'a été aussi malheureuse qu'en ce siècle, où a commencé en outre avec l'Angleterre une guerre qui a duré, à plusieurs reprises, plus de 100 ans, et dans le cours de laquelle le roi Jean a été fait prisonnier ^.
Pour soutenir la guerre, ce monarque avait rendu
1 Alrégé chronologique de l'Histoire de France, par le président Hônault, tome I, page 296, édition de 1756.
- A la bataille dite de Poitiers oa de liîanperluis, qu'il livra au prince Noir, le 19 septembre 1356. Nous avions cependant 80,000 hommes contre 8,000 Anglais, (Président Hénault, tomel, folio 304.
une ordonnance qui prescrivait la levée du ban et de Varrière-ban. En 1358, le peuple se souleva contre la noblesse, et les Parisiens, ayant à leur tète Etienne Marcel, prévôt des marchands, se révoltèrent contre le dauphin Charles, qui, peu après, prit le titre de régent. Dans ce même temps encore, le pays était envahi par les Atigiais et par le roi de Navarre, Charles, surnommé le Mauvais. Ce roi, entré à Paris, y commit toutes sortes d'excès. Il en fut bientôt chassé; mais la ville était sur le point d'être livrée aux Anglais lorsque le régent parvint à rentrer dans cette capitale. On sait combien le peuple fut encore malheureux sous le règne de Charles YI, et pendant une grande partie de celui de Charles Vil. Il est donc raisonnable de conclure que c'est dans ces tristes circonstances qu'il a dû être établi à Argenteuil une maison de secours, quelle qu'ait été d'ailleurs sa dénomination.
Lors donc que le curé Biaise Pierre présenta sa supplique (1634), il devait exister à Argenteuil une Maison-Dieu, un hôpital ou Hôtel-Dieu; mais où et dans quel quartier était cet établissement? C'est ce que l'on ne pourra probablement jamais savoir. Quels étaient ses revenus? Comment étaient-ils administrés? C'est encore ce qui nous échappe et ce qui se perd dans la nuit des temps. Evidemment l'hôpital, que je crois qui a existé dans ces temps déjà reculés, n'était pas dans la rue de l'IIôtel-Dieu, où la tradition nous
a fait connaître que celui qui existe aujourd'hui, quartier de Guienne, a été établi et existait déjà en 1634. En faisant des recherches dans les titres de plusieurs maisons de la rue de l'Hûtel-Dieu, et dans l'étude de M. Binard, notaire, j'ai reconnu que jusqu'à l'année 1620, cette rue se nommait rue des Charrons; et qu'en 1640, elle avait changé de nom et se nommait rue de l'Hùlel-Dieu, ci-devant appelée rue des Charrons; d'où je conclus que ce n'est que dans l'intervalle de 1620 à 1640 que la Maison-Dieu (comme elle fut d'abord appelée) fut fondée dans cette rue des Charrons, dite ensuite rue de l'Hôtel-Dieu. Cet établissement était dans les bâtiments existants entre cours et jardins de la 3^, 4e et 5^ maison, à gauche, en descendant la rue, lesquelles maisons portent aujourd'hui les D°^ 12 bis et 10. Le jardin de l'établissement donnait sur la rue Sainte-Garde, que nous confondons maintenant avec la rue de Traverse, laquelle ne s'étend que du carrefour Sainte- Garde au bas de la rue des Vaches, jusqu'aux rues de la Corne et de l'Hûtel- Dieu, tandis que la dite rue Sainte-Garde ne va que du carrefour Sainte-Barbe à la rue des Vaches, aujourd'hui rue Centrale. Les maisons construites sur le terrain du jardin dont ilest question n'ont été bâties que depuis soixante à quatre-vingts ans et sont d'un parfait alignement. Toutes ces conjectures de ma part sur
la première maison hospitalière sont cependant sus-
ceptibles de se modifier par le peu d'importance que pouvait avoir cet établissement, dont les plus grands revenus étaient fondés sur la charité publique. Je rappelle ici que la commune d'Argenteuil avait d'ailleurs 4e droit de faire transporter ses malades à la maladrerie ou léproserie de Franconville, et c'est sans doute l'espèce d'abandon ou de mauvaise administration de la Maison-Dieu d'alors qui aura déterminé le curé Biaise Pierre, originaire d'Argenteuil, secondé par l'illustre et vénérable saint Vincent de Paul, ancien curé de Clichy, à provoquer l'établissement d'une confrérie de femmes de charité pour soigner les pauvres malades. Cette supplique, écrite sur un parchemin de la grandeur d'une peau de mouton tout entière, n'étant bientôt plus lisible à cause du changement d'orthographe, j'en ai fait faire une copie que voici textuellement :
A Monseigneur, Monseigneur l'Illustrissime et Révérendissime Archevêque de Paris ou Mons. son Grand Vicaire.
Supplie humblement Messire Pierre (Biaise), prêtre, bachelier en droit canon, curé d'Argenteuil, disant qu'ayant su les grands biens qui arrivent de l'établissement de la Charité des pauvres malades aux lieux où elle est établie, désirerait la faire établir en la paroisse dudit Argenteuil, selon les règlements ci-
dessous, et ce considéré, Monseigneur, il vous plaise permettre l'établissement de la dite confrérie au dit Argenteuil, et d'approuver les dits règlements, et de commettre maître Vincent de Paul, supérieur de la congrégation des Prêtres de la Mission, pour former le dit établissement, et le dit suppliant et ses paroissiens prieront Dieu pour votre heureuse et longue vie.