‹ Notices sur la commune et sur l'hospice d'ArgenteuilChapitre 4 sur 17 · VIGNES, SANS EN AVOIR OBTENU LA PERMISSION · texte numérisé non relu

VIGNES, SANS EN AVOIR OBTENU LA PERMISSION

A l'égard de rimporlation, ce n'est pas sur l'Allemagne qu'il faut compter depuis la paix de 18 15. Ses vignobles se sont aussi considérablement augmentés. Que l'on parcoure ce pays, et l'on verra que les Étals qui avoisinenl le Rhin, sur la rive droite, depuis le lac de Constance jusque au delà de l'embouchure du Mein, ainsi que les pays de la rive gauche, depuis Landau jusqu'à Mayence, produisent une immense quantité de très-bon vin qui peut se garder trente ans. (J'en ai bu à Trêves dans les caves du couvent de Salnt-Maximin, au pied de la montagne verte, que l'on m'a dit avoir trente-deux ans.)

Les environs du Necker de la Lauter, du Mein; de la Moselle, au-dessus comme au-dessous de Trêves ; le grand-duché de Bade, lu Wurtemberg et la Bavière présentent de riches produits en vin, etc., dont plusieurs ont une ancienne renommée. Il parait que les vignerons de la Bourgogne ont appris aux vignerons allemands que l'on peut faire du vin de Champagne en tous pays. Il en serait de ce vin comme de l'eau de Seltz, que l'on fabrique partout et à bon marché.

La Hollande, la Prusse [et la Russie ne tirent de

notre pays que les vins les plus fins. Ceux de Bordeaux en particulier jouissent à leur entrée en Prusse d'un privilège, pour raison de santé, est-il dit dans le rescrit du Roi. Les Anglais, pour protéger leur parler, ne tirent aussi de France que des vins fins qui sont d'ailleurs imposés de 400 pour 100. Enfin, indépendamment des frais de transport, de coulage et ouillage, les Russes, comme les autres États du Nord, imposent des droits de douane qui empêcheront toujours le vin d'être, chez eux, à la portée de la masse des consommateurs ; conséquemment, d'une récolte de vin trop abondante résultent une baisse dans le prix, et l'impossibilité du retour de ces périodes de renchérissement où le vin d'Argenteuil s'est vendu jusqu'à 170 fr. la pièce, comme celui de I8i5 qui, vu la mauvaise qualité du vin de l'année suivante, a été vendu à ce prix.

Le territoire de la commune d'Argenteuil contient en tout, et renferme, dans les limites fixées à l'époque de la confection du cadastre, la quantité de 1,714 hectares. L'emplacement de la ville avec ses rues, ses maisons, ses cours et jardins, occupe une superficie d'environ 56 hectares; la rivière 43 hectares ; les chemins 52 hectares, ce qui forme un total de 151 hectares à déduire; il reste donc 1,563 hectares de terres labourables, dont il convient, à mon avis, de défalquer encore, comme terres de mé-

diocre revenu, le canton du Val-Notre-Dame, celui de Chattipioiix, de la Butte-Blanche, du Gibet, de Prunet et autres cii'convoisins, que j'estime donner une contenance de 50 hectares auxquels il faut ajouter les carrières de plâtre et le sommet des collines , formant ensemble 50 hectares , qui , avec la contenance précédente, sont encore à déduire, et réduisent le total des terres cultivables à 1,463 hectares ou en arpents, ancienne mesure, à peu près 4,200 arpents dont le revenu net est évalué, au rôle de 1840, à la somme de 136,958 fr. payant celte année une contribution de 29,056, 40 centimes.

Sur la quantité de terres labourables ci-dessus mentionnée, il y a toujours eu 1,800 à 2,000 arpents de vignes dont le produit ^net était avant I8i5 de 300 fr. par an, par hectare, environ 900 fr. et pour les 650 hectares 585,000 fr. Sur les 1,729 arpents qui restent, il y en a, à très-peu de chose près, 150 plantés, en figuiers qui, âgés d'environ 4 ans, produisent année commune, bon an, mal an et eu moyenne, 225,000 figues par hectare; au total 11,250,000 figues à raison de huit francs le mille, prix courant vendues sur l'arbre, ce qui fait une somme de 90,000 fr. de laquelle il faut déduire, pour prix de culture, environ 20,000 fr. ; plus 10,000 pour la valeur locative du terrain, soit 30,000 fr. Nous ajouterons donc 60,000 fr. aux 585,000 francs

formant le produit des vignes ; ensemble 655,000. II reste alors 525 hectares à peu près, cultivés eo céréales, fruits et légumes. Or, c'est caver bien haut que d'estimer le produit net de ces 525 hectares à 150 fr. Theclare, ce qui donnerait la somme de 82,500 fr. Le total de tout le rendement du territoire s'élevait doue, avant 1815, à 7o7,500 francs.

Mais depuis celle époque le produit de la vigne a^ant diminué des deux tiers, le bénéfice net à espérer, année commune, ne peut plus être que de 347,500 fr. ce qui fait pour chaque hectare de terre labourable, eu moyenne, la somme de 238 francs de bénéfice net.

Sur les OGO propriétaires ou locataires de vignes faisant valoir, en déclaration au rôle du récolement pour la garde des portes, année 1842, il convient d'en déduire soixanie qui ne sont pas exclusivement vignerons. Il resterait donc 600 vignerons attachés au terroir d'Argenteuil avec un revenu net en moyenne de 585 par an, et comme, en terme moyen, chacun d'eux est appelé à faire valoir 2 hectares 50 centiares de vignes, liguiers, autres arbres à fruits et terres ensemencées en céréales et légumes, on voit que le revenu net doit être par an et par hectare de 238 fr., comme je l'ai dit plus haut.

Comme on le voit encore, la cullure à bras du terroir d'Argenteuil est des plus pénibles, et n'offre plus à ceux qui l'exercent que des bénélices bien

exigus. Ils se trouvent ainsi assujettis pour toujours à la plus sévère économie; vertu qu'ils mettent d'ailleurs depuis longtemps en pratique, et qui est commune à toute la population.

Nos habitants se distinguent surtout par un esprit particulier d'ordre, de travail et de parcimonie sans lesquels, il faut en convenir, leurs familles ne sauraient subsister. Je m'estime heureux de pouvoir rendre ici un public hommage à leurs vertus domestiques, et en particulier à cette moralité, à cette probité scrupuleuse qui fait qu'aucune atteinte n'est portée à la propriété d'autrui, quoique le territoire soit ouvert de tous côtés, et que les champs, les chemins et les quais soient constamment encombrés de bois, d'échalas, de souches, de sarments, de légumes et de fruits de toute espèce. J'ajouterai encore, à la louange de mes concitoyens, qu'ils comprennent beaucoup mieux que leurs ancêtres la nécessité de l'instruction, et que les générations que j'ai vues s'élever ont beaucoup gagné tant pour le langage que pour l'aménité des manières. C'est un témoignage que peut et doit leur rendre tout observateur impartial qui a suivi les progrès de la civilisation parmi nous.

Il me reste à parler des carrières.

Pour la dernière fois je reviens à l'abbé Lebeuf. A la fin de sa notice il parle des carrières de plâtre

{gypse) dont on fait coramerce. « On enlève, dit-il, beaucoup de plâtre en pierres dans de grands bateaux pour la Normandie et l'Angleterre. » Nous ne pouvons guère savoir en quelle quantité il s'exportait il y a un siècle; mais ce ne pouvait pas être dans les proportions d'aujourd'hui, car évidemment, si depuis un ou deux siècles on eût tiré autant de plâtre que maintenant, il n'y en aurait plus que dans les montagnes les plus éloignées. Ce serait une question assez ditlicile à résoudre que celle qui ferait connaître l'origine de l'exploitation des carrières de plâtre du terroir d'Argenteuil. Voici mon opinion sur ce sujet. Ce n'a dû être ni du temps des Romains ni même de celui du Bas Empire que cette industrie a pris du développement. Alors, et plusieurs siècles après encore, on ne devait extraire le gypse et cuire le plâtre à Argenleuil qu'en proportion des faibles besoins de quelques villages ou hameaux qui nous avoisinent au midi, et je pense que l'exploitation en grand et par bateaux ne date que du règne de François P"", surtout lorsqu'il fit augmenter le château de Saint-Germain, époque aussi d'agrandissement pour cette ville par la construction des hôtels des princes et seigneurs, et des maisons des particuliers, fournisseurs ou employés attachés à la cour.

On lit dans l'ouvrage de l'abbé Lebeuf, tome VH, page 219, qu'en l'année 1346, Edouard III, roi d'An-

gleterre, se disant roi de France, vint à Saint-Germain, qu'il le pilla et le brûla aussi bien que la maison royale; mais comme la continuation de la guerre et la captivité du roi Jean ne lui permirent pas de rebâtir celle maison royale, Charles V, son fils, en prit le soin. « Moult il fit réédifier notablement le cliastel de Saint-Germain-en-Laye. » Ce roi en posa la première pierre le 25 mai 1363. C'est sous François I" que la ville du Havre a été bâtie, et comme les premières carrières de Vaux et de Triel ne datent que de 1760 à 1770, tous les plâtres qu'on employait précédemment à Rouen et au Havre, de même que ceux qu'on transportait par le cabotage pour les autres ports de France ou à l'étranger, devaient provenir des carrières d'Herblay, de Montigny et d'Argenteuil. Voilà, suivant moi, les appréciations qu'on peut former sur les premiers débouchés de nos plâtres. Depuis , sous Louis XIV, qui a fait construire Versailles, et sous Louis XV, qui a fait bâtir les casernes de Courbevoie, de Rueil et de Saint-Denis; ainsi que le pont de Neuilly, lequel a donné lieu à toutes les constructions neuves qui précèdent ce pont et qui y font suite, il a été employé considérablement de plâtre provenant d'Argenteuil. Quoi qu'il en soit, et quelle qu'ait pu être l'importance progressive du débouché, je pense qu'en aucun temps il n'a pu être comparable à ce qu'il est devenu depuis 1818 et surtout depuis 1832. L'établis-

sèment des routes nouvelles et la construction de plusieurs nouveaux ponts sur la Seine ont favorisé le transporl du plâtre en poudre jusqu'au pied même de la butte Montmartre; et dans la partie ouest de la banlieue de Paris, jusqu'aux murs de cette capitale. Des environs de Versailles on vient aussi chercher du plâtre à Argenteuil, de manière que l'on pulvérise aujourd'hui trois fois plus de plâtre qu'avant l'établissement des routes et ponts dont il vient d'élre parlé; et que j'estime pouvoir évaluer celte quantité de plâtre à 2,500 décastères, ce qui, avec 3,000 décastères de plâtre en pierre qu'on peut mettre chaque année aux ports, ferait 5,500 décastères qu'on exploiterait annuellement des carrières d'Argenieuil, commerce triplé depuis vingt-cinq ans pour ce qui est du plâtre en poudre, et seulement doublé pour celui du plâtre en pierres '.

Autrefois le plâtre se vendait sur le port à une mesure de convention nommée cent, et qui était de 640 pieds cubes, 16 pieds de longueur sur 10 de largeur et 4 de hauteur. L'intérieur du toisé était rempli de cages ou vides à qui mieux mieux et de la manière la plus frauduleuse. Sur les plaintes portées par les marchands acquéreurs, du temps de la mairie de M. Dernier, dont j'étais le premier adjoint, les abus en question ont été réformés, non sans beaucoup de diffi-

I Compte approximatif tail en 1843.

cuUés, et le système métrique a été adopte et mis en us.ii^e avec rétablissement d'un juré toiseur responsable de la fidélité de l'intérieur des toisés (année 18:>8).

Quoique l'exploitation des carrières de plâtre d'Argcnleuil ait eu un temps de ralentissement de 1790 à 1818, on peut cependant se former une opinion du terrain que l'on bouleverse au fur et à mesure, par l'étendue de la grande carrière de M. Jean-Jacques Collas, sise terroir de cette commune, lieu dit les Closviers. Cette carrière n'a été ouverte qu'en l'année 1775, et aujourd'hui les éperons et les vides de son exploitation n'ont pas moins de 4 hectares.

Jetant un dernier coup d'œil sur notre commune et revenant aux temps contemporains, je me plais à répéter, et on le reconnaîtra comme moi, que beaucoup d'améliorations s'y sont opérées depuis quelques années, notamment dans les voies publiques, une principalement (l'élargissement du quai de Seine depuis l'axe de la rue de l'Hôlel-Dieu jusqu'à l'angle le plus saillant de l'hôtel de la mairie) : un arrêté du conseil municipal (18 septembre 1851) prescrit que toutes les maisons, cours et jardins devront au fur et à mesure prendre cet alignement.

J'aurais encore bien des choses à dire, mais je laisse à d'autres ce soin s'ils le jugent utile, et je termine en signalant l'inauguration de la station du chemin de

fer, qui date du dimanche 27 avril 1851. Cet heureux événement a fondé pour noire commune une ère de prospérité. Les propriétés construites et les terrains propres à bâtir y progresseront en valeur, en même temps que les carrières de plâtre y gagneront de nouveaux débouchés.

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