EN FINLANDE
APERÇU GÉNÉRAL DU DÉVELOPPEMENT DE L'AC TIVITÉ INDUSTRIELLE EN FINLANDE.
La Finlande n'est pas à proprement parler un pays industriel. Il lui manque plusieurs des conditions nécessaires, telles que la richesse en matières premières et en capitaux, et une population suffisante. Les immenses forêts qui couvrent 64 ^y,^ de la doute superficie totale du pays fournissent sans doute à l'industrie le bois sous toutes ses formes et en quantité plus que suffisante; mais en revanche le sol rocheux du pays est pauvre en minerais, et son rude climat s'ox)pose à la culture de la plupart des plantes textiles. Vu la faible densité de la population et sa pauvreté générale, la consommation intérieure est fort restreinte et dans bien des cas ne suffit pas à permettre à Tindustrie indioène de soutenir en Finlande même la concurrence avec l'industrie en gros des pays étrangers. Quant à une exportation des produits industriels du pays, il ne peut en être évidemment question que pour quelques rares industries, dont les conditions locales favorisent le développement d'une manière toute spéciale. Les seuls produits industriels que la Finlande exporte à Tétranger sont
ceux dont le bois forme la matière première, tels que bois sciés, bobines, goudron, pâte de bois, cellulose et papiers. L'exportation en Russie est un peu plus variée, et comprend, outre les produits de l'industrie du bois, certains produits de l'industrie du fer, des tissus, des cuirs, de la verrerie et de la faïence; cette exportation est toutefois, pour la plupart des produits, limitée à un certain maximum, et de plus fortement gênée par les tarifs douaniers. Citons encore, parmi les causes qui ont entravé le développement industriel du pays, l'état souvent plus que médiocre des communications et l'esprit généralement peu entreprenant du Finlandais.
Quoique la Finlande ne paraisse donc pas destinée à devenir un pays industriel dans les mêmes proportions (^ue certaines contrées mieux favorisées par la nature, ce serait une erreur de croire qu'aucune industrie spéciale n'3^ puisse prospérer.
La richesse forestière du pays provoqua dès les temps les plus anciens un développement considérable de l'industrie du goudron et des scieries; à ces branches pour ainsi dire primitives de l'industrie du bois est venue s'ajouter plus tard celle de la production de pâte de bois, de cellulose et de papier. L'énorme réserve de force motrice naturelle que renferment les milliers de rapides, et dont l'industrie n'a jusqu'à présent, par suite du manque de communications, tiré parti que dans une faible mesure, ne peut manquer d'exercer une grande influence sur l'avenir industriel de la Finlande. Les progrès réalisés dans le domaine de l'électrotechnie, la i^ossi-
bilité d'une transmission des forces à des distances croissantes, entraîneront inévitablement l'utilisation de la force motrice d'un bon nombre des rapides de l'intérieur. Enfin les progrès réalisés durant la seconde moitié du XIX"" siècle dans le domaine de l'économie nationale ont sensiblement diminué le manque de capitaux et provoqué un développement progressif de l'esprit d'entreprise; aussi la Finlande a-t-elle pu, en dépit de la modicité de ses ressources, réaliser dans le domaine de l'industrie des progrès qui ont permis à l'industrie nationale de suffire, non seulement aux besoins de la consommation intérieure, mais aussi, dans l'industrie du bois et du papier, à ceux d'une exportation relativement considérable.
En Finlande comme ailleurs, la forme la plus ancienne du travail industriel a été l'industrie domestique, n'ayant pour but que de satisfaire aux besoins de la famille. Il en est encore ainsi à l'heure présente pour certaines branches d'industrie, telles que la fabrication des instruments en bois et le tissage; on s'efforce d'encourager ces industries domestiques par la création en différents endroits du pays d'écoles de travaux manuels. A mesure (jue cette industrie domestique se montra impuissante à suffire aux besoins de la consommation, il se forma dans les Ailles des corps d'artisans, grâce à la protection que leur offrait le système des corporations fermées, qui ne fut aboli (pi'en 1879. Les principaux métiers qu'on rencontre maintenant
dans les villes et les campagnes du pa^^s sont ceux de forgeron, teinturier, tanneur, relieur, menuisier, ébéniste, peintre, boulanger, tailleur, cordonnier et d'autres encore. En 1897, le nombre des ateliers était d'environ 4,000 avec 13,800 ouvriers et une production de plus de 31 millions de marks. Dans ce nombre ne sont toutefois compris que les artisans employant des ouvriers à gages et travaillant dans des locaux spéciaux, c'est à dire, dans les campagnes, presque exclusivement les forgerons, teinturiers et tanneurs, mais, dans les villes, également les autres artisans.
Ce n'est guère (pi'à partir du commencement du XIX^ siècle que l'industrie manufacturière fit son apparition en Finlande. Il existait, il est vrai, dès le XYIl^ siècle quelques rares fonderies et quelques scieries à eau; au XYIIF siècle, on mentionne même une fabrique de papier et quelques verreries; mais ces fabriques n'étaient que des établissements tout à fait insignifiants, avec uneproduction des plus restreintes, en raison du manque de communications, des guerres et des disettes continuelles.
C'est seulement après que le pays se fut un peu remis des ravages causés par la guerre de 1808 et du chagrin qu'occasionna la séparation d'aA^ec la Suède qu'on s'occupa du développement industriel de la Finlande. En 1821 fut fondée à Tammerfors la filature de coton de Plnlayson. Sa situation centrale et l'énorme réserve de force motrice naturelle que présentaient ses rapides désignaient la ville de Tammerfors comme le centre industriel du pays, et, pour encourager son développement,
Alexandre F' lui accorda, après son voyage do 1819 en Finlande, les droits de ville franche, c'est à dire le droit d'importer sans frais de douanes toutes les matièi-es premières et les machines nécessaires à son industrie. Comme on le verra plus loin, le but poiu'suivi a été pleinement atteint, et Tammerfors, (pii jouit encore de ses privilèges (jusqu'en 1906), est actuellement un des centres industriels les plus importants de Finlande. Citons encore parmi les fabriques fondées dans la première moitié du XIX"" siècle les fonderies de Fiskars, qui, il est vrai, existaient déjà auparavant, mais qui furent alors considérablement agrandies par J. von .lulin, la fabri(pie de papier à machine fondée à Tammerfors en 1(S41 par F. von P>enckell, la filature de coton de Forssa, fondée en 1847 par A. W. Wahren, les manufactures de drap de Littois près d'Abo et les raffineries de sucre de Helsingfors, etc.
La guerre de Crimée arrêta momentanément le développement industriel du pays; le commerce et les communications avec l'étranger furent complètement interrompues, et la flotte marchande de la Finlande en grande partie brûlée ou capturée par les croisières anglaises. Mais dès que la paix fut conclue, l'empereur Alexandre II prit un certain nombre de mesures destinées à relever la prospérité générale du p^ys et à encourager entre autres le développement industriel. Telles furent, en premier lieu, la publication en 1859 d'un nouv(niu tarif douanier plus conforme aux intérêts du pays, Famélioration des communications, la création d'écoles techniques, la restitution pour une période de 50
ans à Tammerfors de ses privilèges de ville franche, retirés quelques années auparavant, F autorisation accordée en 1857 d'établir des scieries à vapeur et la suppression du maximum de production imposé aux scieries. Ces deux dernières mesures permirent enfin à l'une des industries principales du pa3^s, celle du bois, de se développer librement. L'abolition du maximum et la possiblité d'établir aux endroits les plus convenables des scieries à vapeur, en supprimant la nécessité de transporter les bois sciés, chose souvent fort longue et coûteuse, des scieries à eau, jusqu'alors seules autorisées, aux ports de décharge, imprimèrent à cette industrie une impulsion puissante et contribuèrent beaucoup à la prospérité économique du pays. L'ensemble de ces mesures provoqua aussi la création d'un nombre considérable de filatures, d'usines de pâte de bois, de fonderies, de hauts-fourneaux et d'autres établissements industriels. En revanche, une des plus anciennes industries de la Finlande, la construction des navires en bois, dépérit peu à peu, par suite de la concurrence victorieuse des bateaux à vapeur en fer sur les voiliers du bon vieux temps.
Après avoir ainsi décrit à grands traits l'origine et les conditions principales du développement de l'industrie en Finlande, on va, s' appuyant sur les données statistiques, examiner plus en détail les progrès réalisés par l'industrie en Finlande pendant la période de 1887 à 1898. Les données statistiques antérieures à cette période sont malheureusement incomplètes et peu sûros, et ce n'est que depuis la création en 1884 d'une »Di-
rection de l'industrie», ayant pour but, comme son nom l'indique, de travailler au développement de l'industrie nationale, qu'il a été possible d'établir des statistiques complètes et absolument dignes de confiance sur Tindustrie finlandaise. La période qu'on va examiner est, il est vrai, bien courte, mais, comme on le verra, elle n'en suffit pas moins à faire ressortir d'une manière indiscutable le remarquable développement général de la Finlande, et spécialement les progrès réalisés dans le domaine de l'industrie.
Laissons donc parler les chiffres.
On donnera en premier lieu une statistique du nombre des ateliers, embrassant les fabriques aussi bien que les ateliers des artisans, le nombre total des ouvriers, la valeur de la production annuelle et l'augmentation ou la diminution relative de cette production. Il est nécessaire d'observer que ce tableau, de môme que les suivants, comprend aussi l'industrie métallurgique et mécanique*); quant aux artisans, ces tableaux n'en tiennent comi^te que s'ils ont des ateliers et emploient des ouvriers à gages; elle néglige complètement l'industrie domestique dont l'objet n'est que de produire en vue des besoins personnels. En d'autres termes, on tiendra compte de tous les artisans des villes, mais dans les communes rurales seulement des forgerons, teinturiers et tanneurs.
■•') La statistique inclustriollc tiiilandaiso est public^e en deux parties, la j)remièrc eonceniant les mines et l'iiulustrie mécanique, la seconde les autres fabriques et les ateliers. Il n'existait j)as avant ce travail d'exposé embrassant toute l'activité industrielle.
Nonil)i-o (l'ateliors.
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