ÉTAT SOCIAL
Ordres et classes. Égalité croissante.
Tous les citoyens finlandais sont également libres et doivent^ sous la protection de la loi, jouir de droits égaux. — Ce principe d'égalité, ainsi formulé dans la loi fondamentale de 1789, en vigueur en Finlande, a été depuis les temps les plus reculés une des pierres fondamentales de l'édifice social tant en Finlande qu'en Suède.
Dans la complication graduelle des conditions historiques primitives et simples, on ne put éviter, pas plus en Finlande qu'ailleurs, la promulgation dérèglements spéciaux assurant à certains groupes de citoyens, à certains ordres ou à certaines classes, des privilèges sociaux ou politiques, ou dispensant ces groupes, ordres et classes de certaines charges sociales. Comme ils résiiltaient d'un développement historique graduel, ces privilèges ne froissèrent pas beaucoup la conscience juridique de cette épocpie, mais furent plutôt considérés comme une protection contre un exercice arbitraire du pouvoir pendant des temps agités. Car d'une part ils étaient une compensation réelle pour des services rendus à la société, de l'autre
les groupes de la société qui en jouissaient correspondaient effectivement aux -classes» dont l'ensemble constituait la société finlandaise. Aussi lorsque, en 1809, le peuple finlandais se vit garantir par l'Empereur Alexandre F' non seulement sa religion et ses lois fondamentales, mais aussi le maintien des privilèges et droits dont avait joui jusqu'alors chaque classe du Grand-Duché, cette ratification des privilèges des différents ordres fut-elle saluée comme une garantie nouvelle que l' ancienne liberté du peuple finlandais resterait intacte.
Les classes qui au commencement du siècle se trouvaient ainsi privilégiées étaient surtout la noblesse et la bourgeoisie, mais aussi le clergé luthérien et les paysans propriétaires. Le privilège le plus important, commun aux quatre »ordres», était le droit de représentation à l'assemblée législative, la diète. Mais en outre chaque > ordre» jouissait séparément de certains privilèges sociaux et économiques.
La noblesse, (pii se trouvait dans la position la plus favorisée, était, pour ses propriétés foncières et ses tenanciers, exemptée de divers impôts et charges: service et logement militaires, service des relais, etc. De plus, la noblesse jouissait de plusieurs privilèges directs en matière de commerce et d'industrie, métiers par ailleurs exclusivement réservés aux bourgeois des villes. Parmi les privilèges de la noblesse, il faut encore mentionner la faveur de n'être jugée que par une cour supérieure, le droit de recouvrer directement les redevances restantes des tenanciers, etc.
Les privilèges du clergé, tels que Texemptioii d'impôts pour les presbytères, etc. doivent en général être considérés comme des appointements pour l'exercice des charges professionnelles, en même tem^Ds (pi'ils assuraient la position de l'église luthérienne comme église d'État.
De même que dans d'autres pays civilisés, les théories mercantiles et protectionnistes avaient en Suède et en Finlande donné leur empreinte à la législation économique. Tout métier était rigoureusement locahsé et limité. Le commerce et l'industrie devaient être pratiqués par les habitants des villes et constituer leur privilège absolu, l'agriculture avec les métiers accessoires devait appartenir aux habitants de la campagne. En vertu des privilèges accordés à la bourgeoisie des villes, tous ceux qui n'avaient pas reçu »droit de bourgeoisie> dans une ville étaient par conséquent exclus de l'exercice du commerce, de la navigation, de la plupart des métiers et autres industries dites -bourgeoises». La seule exception à cette règle, comme on l'a dit plus haut, était faite en faveur des membres de la noblesse, mais il faut ajouter que les paysans étaient libres de vendie les produits de leur agriculture et de leur industrie domestique, ainsi que de celles de leurs voisins.
A la population des campagnes, aux paysans, était garantie, outre le droit de représentation politique, la possession immuable de leurs terres assujetties au cens, l'immutabilité de l'impôt foncier leur étant de plus assurée »à perpétuité».
Ces dérogations au principe général d'égalité consacré par les lois fondamentales étaient cependant, il faut le noter, beaucoup moindres que celles de »rancien régime» dans plusieurs autres pays, oii la grande majorité du peuple avait perdu même sa liberté indiAiduelle. Elles se maintinrent jusqu'à la seconde moitié du XIX^ siècle. Si l'ancien régime a subsisté aussi longtemps en Finlande, la raison en est que les privilèges des classes ne pouvaient être modifiés, d'après la constitution de Finlande, sans le commun accord des représentants des quatre ordres» réunis en diète: or celle-ci ne fut pas convoquée entre 1809 et 1863. Durant cette longue période de stagnation politique, qui paralysa aussi l'activité sociale et économique, on arriva peu à peu, sous l'influence des idées plus larges qui s'étaient fait jour dans l'Europe occidentale, et grâce à l'expérience acquise en Finlande même, à la conception nette de l'injustice sociale résultant des prérogatives personnelles et des privilèges de classe, et des entraves apportées ainsi au développement général. Lorsqu' enfin la vie politique reprit un cours plus libre, ce furent par suite les classes privilégiées elles-mêmes qui se firent les champions et les avocats de l'idée d'égalité. Sans doute les privilèges des classes ne furent pas abolis en Finlande comme ils le furent en France, tout d'un coup, en une seule séance de nuit, par la plus noble et la plus grandiose des démonstrations humaines. Cette" prompte manière d'agir ne serait pas conforme au caractère prudent et réfléchi des Finlandais. Mais la bonne entente, le
sentiment de la justice et le désintéressement dont firent preuve^ les représentants du peuple finlandais n'en méritent pas moins la reconnaissance.
Les députés à la diète procédèrent comme le cultivateur (\\n se hâte d'abattre les arbres trox> âgés, pour qiu) leurs hautes cîmes n'arrêtent pas les rayons du soleil et ne gênent pas la croissance des jeunes arbres. Le résultat de la première diète fut déjà (en 1864) une loi abrogeant le droit exclusif de la noblesse à la possession des terres auxquelles les privilèges de la noblesse accordaient des exemptions d'impôts plus ou moins grandes. Puis pendant la période de 1860 à 1870 furent supprimés l'un après tous les privilèges sociaux de nature personnelle, excepté ceux qui, comme les privilèges du clergé, avaient le caractère de traitements. En 1879 fut promulguée une loi réglant le travail industriel sur la base de la liberté de l'industrie. Les métiers, l'industrie manufacturière, le commerce furent affranchis des anciennes restrictions, le régime des corporations aboli et l'obligation d'acquérir le droit de bourgeoisie abrogée. Tout citoyen finlandais, homme ou femme, a, depuis lors, été libre de gagner sa vie par un travail honorable, où et comment que ce soit. Par là furent supprimés les privilèges de la bourgeoisie et de la noblesse, et la distinction entre l'industrie des villes et celle des campagnes disparut. Auparavant déjà, en 1873, le droit de participer dans les villes à l'administration communale, limité jusque là à l'ancienne bourgeoisie, c'est à dire aux industriels proprement dits
avait été étendu par la loi sur les communes à tous les contribuables de la commune.
Le droit de représentation politique, originairement basé sur les privilèges des classes, est maintenant réglé par une loi fondamentale, la Loi organique de la Diète de 1869, ainsi que la Loi organique de l'Ordre équestre et de la noblesse de la même année. La Loi organique de la diète a considérablement élargi la composition des ordres roturiers. Cette loi déclare aussi que: y les États du Grand- DueJiê de Finlande représentent assemblés en çliétey> non des intérêts de classe, mais y>le peuple finlandais.-
Il faut à ce propos mentionner qu'on remarque aujourd'hui en Finlande un mouvement actif en faveur de l'extension du droit de suffrage dans les ordres roturiers à certains groupes de citoyens, tels que les paysans non propriétaires, qui n'ont pas à présent ce droit, et en même temps à limiter l'échelle électorale en tant qu'elle est basée sur la situation de fortune. L'idée de remplacer à l'avenir la représentation par ordres par le système bicaméral, but futur de ces tendances, n'est pas nouvelle pour l'opinion publique.
Parmi les mesures qui ont contribué à augmenter l'égalité devant la loi, il faut citer aussi les actes législatifs qui obligent les tribunaux à prendre des arrêts dans la langue respective des plaideurs, finnois ou suédois (auparavant le suédois seul était la langue des tribunaux).
Enfin pendant les vingt dernières années l'instruction publi(iue a été réorganisée de telle sorte
<|iril n'y a i)liis d'obstacles au passage d'une classe à l'autre. x\utret'ois on regardait l'instruction supérieure comme destinée surtout à la jeunesse des classes cultivées, et comme celles-ci autrefois étaient exclusivement de langue suédoise, l'enseignement se faisait également en suédois. Il était donc impossible, ou du moins fort difficile pour les enfants du peuple proprement dit, qui parlait finnois, d'acquérir une culture supérieure. La modification de l'esprit général dans un sens plus démocratique amena entre 1870 et 1890 la création d'un nombre suffisant d'écoles de langue finnoise; par suite, aucune raison de langue n'empêche ceux qui le désirent de recevoir une instruction supérieure et de jouir des avantages (pi'elle assure.
En abaissant la taxe scolaire et en accordant des, places gratuites, l'État cherche en outre à faciliter même aux moins fortunés l'accès aux écoles supérieures. On voit donc à l'école les enfants du paysan et de l'ouvrier assis côte à côte avec les enfants du capitaliste et du fonctionnaire. Les établissements d'enseignement réservés exclusivement aux enfants d'une certaine classe sont inconnus en Finlande. Cet état de choses a, entre autres conséquences, donné naissance à une classe supérieure de langue finnoise, qui s'accroît rapidement par la montée des classes inférieures. De même des élèves de toutes les classes de la société affluent aux écoles suédoises. C'ette adjonction si prompte et facile de nouveaux éléments de culture aux anciens ne se voit pas dans les pays à civilisation plus ancienne, où les pasages d'une classe à l'autre sont beau-
coup plus lents, malgré l'absence d'obstacles artificiels.
Indiquons enfin brièvement la position sociale des fonctionnaires finlandais. Même les états à institutions libres sont exposés au danger de voir ceux qui exercent l'autorité administrative publique, les fonctionnaires, acquérir un pouvoir démesuré vis à vis des autres membres de la société. En Finlande les fonctionnaires de l'État ne jouent pas un tel rôle. Pendant la période de 1830 à 1850, sous le règne de Nicolas I"', où toute activité sociale libre était réprimée, et où le gouvernement prétendait pourvoir au bien public uniquement par l'entremise de ses fonctionnaires, les tendances bureaucratiques gagnèrent aussi du terrain en Finlande. Mais heureusement ces tendances furent étouffées dans leur développement par le revirement libéral qui s'opéra après l'avènement au trône d'Alexandre IL Les diètes et le développement de l'activité communale éveillèrent chez tous les membres de la société un sentiment plus fort d'indépendance et une conscience plus nette de leur propre valeur. Le bureaucratisme s'effaça devant l'application des principes de l'autonomie locale.
De nos jours le fonctionnaire finlandais n'est qu'un modeste chaînon dans le travail social. Des temps passés il a gardé en héritage une loyauté et une probité rigoureuses; les conceptions actuelles lui ont inculqué la notion qu'il est fait pour le peuple et non le ])euple pour lui. Sans rechercher les faveurs ni du souverain ni du peuple, il accomplit ses devoirs envers la patrie, dont les lois
trouvent eu lui un exécuteur consciencieux et un défenseur fidèle. Des plans de gouvernement incompatibles avec les lois ne pourraient compter sur une obéissance aveugle de la part des fonctionnaires finlandais.
Position de la femme.
Autrefois, la femme a été, en Finlande, comme dans d'autres pays, soumise à la tutelle de l'homme: la fille à celle de son père ou d'un autre parent, l'épouse à celle de son mari. Depuis que la tutelle masculine, considérée autrefois comme une protection pour la femme, est graduellement apparue comme une entrave injuste et inutile à sa liberté personnelle, la législation finlandaise l'a pourtant limitée sur des points essentiels. Un des premiers fruits de la renaissance du travail parlementaire fut une loi de 1864 accordant à la femme non mariée et âgée de plus de 15 ans l'administration du gain qu'elle se procure par son propre travail, et la déclarant majeure à l'âge de vingt-cinq ans, avec le droit d'émancipation à vingt et un ans, si elle en fait la demande devant un tribunal. Une loi postérieure a définitivement fixé l'âge de majorité de la femme non-mariée à vingt et un ans, c'est à dire au môme âge que pour l'homme.
Le droit en matière d'héritage favorisait autre fois les fils au détriment des filles, pour éviter une dispersion trop grande des biens de la famille, surtout des biens fonciers. Mais en 1878 il fut réorganisé sur la base de l'égalité des droits dans la succession pour la femme et pour l'homme. Si cependant
l'héritage consiste en biens-fonds qu'il serait difficile de partager, le frère reste autorisé à racheter la part de la soeur.
Le régime de la propriété entre époux légitimes est en général basé sur le principe de la communauté. Chacun des époux peut cependant, à côté des biens de communauté, posséder des biens propres. L'administration tant des biens de communauté que des biens privés de la femme appartient pourtant au mari, parce qull est resté le tuteur de la femme, et son représentant en justice. De là suit, entre autres conséquences, que la femme ne peut exercer de métier indépendant qu'avec l'autorisation de son mari. Pour protéger la femme contre les abus auxquels peut donner lieu le droit -d'administration du mari sur les biens de sa femme, la législation a cependant admis certaines exceptions à la règle générale concernant la tutelle du mari. Dès l'époque ancienne la loi accordait à la femme le droit de gérer la propriété commune du ménage, si le mari était aliéné ou absent. ITne autre loi interdit au mari de vendre ou d'hypothéquer sans le consentement de la femme, soit un bien foncier à la campagne appartenant à la femme, soit un immeuble de communauté situé dans une ville. La loi de 1889 accorde à la femme la libre disposition du produit de son propre travail. C-ette stipulation a mis fin à un abus assez fréquent dans les ménages d'ouvriers, où un mari porté à la boisson pourrait diss-ij)er- non seulement son propre gain, mais encore celui de la
Femme, même si cet argent était nécessaire à l'entretien de la famille.
Par un contrat de mariage» dressé avant la <îélébration dn mariage, la femme pouvait déjà autrefois se réserver la propriété, si non l'administration de certains biens personnels. La loi actuelle lui reconnaît le droit de se réserver non seulement la propriété des biens qu'elle possède avant son mariage, ou qu'elle recevra pendant le mariage par héritage ou don, mais aussi le droit de gérer et administrer elle-même ses biens et le revenu qu'ils produisent. Cette loi, qui offre à la femme un moyen, si elle a de la fortune, d'assurer même pour l'avenir sa situation économique, n'a cependant pas été souvent mise en pratique. La raison en ^st surtout dans la conception toujours régnante qu'une demande de contrat de mariage implique un manque de confiance envers le futur mari, supposition naturellement pénible pour la jeune fille qui va se marier, et à laquelle par suite elle ne veut pas donner prise.
Le divorce est plus rare en Finlande que dans la plupart des autres pays. La séparation de corps se voit plus souvent. La femme divorcée recouvre sa majorité comme la veuve. D'après la loi, c'est le père (pii, dans le mariage, a le droit de décider au sujet des enfants; dans la réalité l'influence de la mère est égale à la sienne. Il en est de même dans plusieurs autres cas oii la loi assigne à la femme une position dépendante, mais oii l'usage l'a affranchie.
Pas plus que dans la plupart des pays, la
femme ne possède en Finlande de droits politiques ; mais elle y jonit de certains droits communaux. Le droit de vote cojnmunal appartient à toute femme majeure qui remplit les conditions générales requises pour l'exercice de ce droit. Elle est admise à prendre part aux discussions et arrêtés des assemblées communales, aux élections des administrateurs délégués de la commune (conseillers municipaux et commission communale) et à celles de certains fonctionnaires communaux: bourgmestre, échevins, médecins communaux, etc. Mais elle n'est pas encore éligible à l'administration communale ni aux autres postes administratifs communaux, bien qu'on ait déjà fait des tentatives pour lui donner à cet égard l'égalité avec les membres masculins de la commune. Pourtant elle peut occuper certains postes de confiance de la commune : dans les conseils scolaires, les directions des écoles (depuis 1893), de l'Assistance publique (depuis 1889), auxquels elle est éligible.
Encore plus que toutes ces réformes législatives, le progrès dans l'éducation de la femme a contribué à relever sa position et à augmenter son influence sur le développement de la société. Le chapitre sur l'enseignement montre que les jeunes filles finlandaises peuvent obtenir une instruction supérieure correspondante (ou identique) à celle des garçons, ou qu'elles peuvent aussi dans des écoles professionnelles se préparer à un métier spécial. En général, dans les familles finlandaises, le principe est de donner aux filles comme aux garçons une éducation solide (pii leur permette au besoin de gagner
eux-mêmes leur vie. La raiscm en est d'abord qu'on regarde comme humiliant pour la dignité féminine i{\\e les jeunes filles attendent dans le désoeuvrement un mari ((ui ne viendra peut-être jamais; ensuite les fortunes généralement modestes des familles obligent les filles adultes à contribuer à leur propre entretien. En Finlande tout travail jouit d'une entière considération; et nul ne s'étonne de voir même les filles des plus hauts fonctionnaires se livrer hors de la maison paternelle à des occupations salariées, comme l'enseignement etc..
Cet état de choses explique pourquoi l'on trouve aussi un nombre relativement grand de femmes suivant en (lualité d'étudiantes les cours de l'Université. Il est vrai qu'on exige toujours des femmes, outre l'examen ordinaire, une demande spéciale pour être inscrites à l'Université; mais pendant les vingt dernières années ces demandes n'ont jamais été refusées. Ce fut en 1870 que, pour la première fois, une femme passa l'examen d'étudiant, et depuis 1885 le nombre des étudiantes n'a fait que croître. Parmi les étudiants, actuellement inscrits à l'Université de Helsingfors, il y a 368 femmes, c'est à dire 15 ** ,,. Vue fois inscrites à l'Université, les étudiantes ont absolument les mêmes droits et devoirs que les étudiants. Entre étudiants et étudiantes règne la même estime mutuelle et naturelle qui, en Finlande, caractérise en général les rapports entre les jeunes gens cultivés* des deux sexes. L'administration et les professeurs de l'I^niversité ont suivi avec une bienveillance toute particulière les études universitaires des femmes.
Cependant à ce droit d'acquérir de l'instruc^ tion ne correspond pas pour les femmes un droit égal à en tirer profit. Toutes les fonctions publiques auxquelles les examens universitaires de^ vraient leur donner accès sont exclusivement réservées aux hommes. Il faut une dispense spéciale du gouvernement, difficile à obtenir, pour qu'une femme soit dans des cas exceptionnels nommée à de telles fonctions. C'est pourquoi les femmes qui jusqu'à présent ont subi les examens universitaires supérieurs ont été le plus souvent réduites aux » professions libérales > : médecine, enseignement littérature etc.
De ce qui précède, il ne faut pas conclure que l'État ne puisse employer de femmes à son service. Dans les administrations il existe une catégorie nombreuse de places inférieures, dites > auxiliaires», auxquelles les femmes sont aussi admises. Un grand nombre sont de la sorte employées dans l'Administration des postes (à la campagne la plupart des bureaux de poste sont administrés par des femmes), dans celle des télégraphes, aux chemins de fer de l'État en qualité d'expéditionnaires, de comptables, de distributrices de billets etc., ainsi que dans d'autres administrations en qualité de commis supplémentaires, dans les hôpitaux et les établissements de charité, en qualité de directrices et de gardemalades, etc. Les femmes ont obtenu aussi des postes semblables dans les services communaux.
L'expérience a montré que les femmes s'acquittent des fonctions qui leur ont été confiés avec conscience, soin et application. Ces qualités, jointes
ail chiffre modéré des salaires féminins, ont fait de^ plus en plus rechercher le travail des femmes même dans les professions pratiques. Une preuve éclatante de la confiance que se sont acquises les femmes, c'est que les places de caissiers, dans la plupart des banques de Finlande, sont occupées par des femmes. Un grand nombre de femmes font également du commerce pour leur propre compte.
La plus grande et la plus précieuse contribution au travail civilisateur est cependant pour les femmes finlandaises l'éducation de la jeune géné-^ ration. Comme mères, les femmes finlandaises accomplissent en général leurs devoirs avec beaucoup de conscience et de dévouement. C'est une exception de voir prendre des nourrices mercenaires. 11 est de même très rare de voir les petits enfantsconfiés aux soins de personnes étrangères.
L'ancienne épopée finlandaise, le Kalevala, célèbre l'amour maternel de la manière la plus sublime. La mère de Lemminkâinen apprenant que (pie son fils a été victime d'un accident, se met à parcourir le monde pour le chercher, sans reculer devant aucune peine ni aucun danger. Quand enfin elle a réussi à repêcher dans la rivière de la mort les morceaux de son corps dépecé, elle le fait revivre par la force de ses prières ardentes. La conduite des enfants envers la mère est également décrite d'une manière sympathique par les anciens chants populaires. C'est dans les termes les plus respectueux que les plus grands héros eux-mêmes s'adressent à leur mère, et l'homme au coeur le plus endurci par les batailles de la vie se laisse
attendrir en entendant la voix d'une mère retrouvée.
En même temps qu'elle veille en personne aux soins et au développement physique des enfants, la femme finlandaise, même dans les plus riches familles, est leur éducatrice et leur première institutrice. Dans les hautes classes comme dans les classes inférieures, c'est d'ordinaire sur les genoux de la mère que les enfants apprennent à lire et (ju'ils reçoivent les premières notions de la religion.
Quant aux femmes non mariées, un grand nombre s'occupent dans les maisons et les écoles de l'éducation de la jeunesse. Plus de la moitié du corps enseignant dans les écoles populaires se compose de femmes. De même l'instruction dans les écoles privées ou publiques de filles est pour la plus grande partie entre les mains des femmes. Dans les écoles mixtes, les écoles normales d'institutrices, les écoles d'infirmes etc., elles sont engagées comme directrices et institutrices. Dans les écoles privées, les femmes dirigent souvent les études jusqu'à l'entrée à l'Université; dans les lycées de garçons, elles ne sont en général employées que dans les classes inférieures. Le traitement des maîtresses est inférieur à celui des maîtres; en général du reste le travail des femmes est moins bien rétribué que celui des hommes.
Depuis les temps les plus reculés, le travail de la femme dans l'économie rurale a été en Finlande d'une grande importance. Les femmes du peuple ont soin non seulement du foyer et de toute l'économie intérieure, mais aussi du bétail. Les femmes
l)rennent aussi leur part de presque tous les travaux agricoles. Quand il s'agit de brûler une partie de forêt pour en faire un champ, on voit les femmes, au milieu de la fumée et des tisons ardents, travailler côte à côte avec les hommes. Elles ont leur place dans les travaux de la fenaison et de la moisson. Dans quelcpies contrées du nord de la Finlande, où les hommes ont coutume d'émigrer pour chercher du travail, on voit même les femmes s'occuper de travaux très lourds, tels que le labourage, le fossoyage, la construction de clôtures, qui sont en général exécutés par des hommes; et c'est alors sur les femmes que reposent tous les soins de la ferme. Les femmes prennent aussi part, à côté des hommes, à la iDêche au filet.
Il faut en Finlande un travail pénible pour tirer ses moyens de subsistance de la nature; et la femme du paysan supporte une grande part de <îe labeur. En revanche, elle est considérée comme l'égale de l'homme. »Un homme se repent de tout», dit un proverbe finnois, »sauf de s'être marié jeune».
Tandis que jjar des études plus étendues, et par les possibilités accrues de situation indépendante s'élargissait le cercle d'idées de la femme, son intérêt pour les questions générales grandissait ■dans la même mesure. Bien que n'ayant pas de droits politiques, les femmes finlandaises suivent avec ardeur et d'un esprit éveillé les affaires de la patrie. Il est vrai qu'elles ne se servent pas beaucoup de leiu-s droits communaux, mais, en revanche, elles se sont volontairement chargées de plusieurs des devoirs philanthropi(|ues de la société.
Voyant clairement l'impuissance du secours individuel dans la lutte contre les abus moraux et sociaux, les femmes ont suivi l'exemple des hommes en s'unissant, soit entre elles, soit avec les hommes, pour organiser des sociétés avec des objets déterminés. La plupart des sociétés créées par des femmes ont pour tâche de secourir les déshérités: malades, pauvres, enfants abandonnés, aveugles, infirmes etc. Elles ont constitué de ces associations non seulement dans les villes, mais aussi dans les communes rurales. Un grand nombre de femmes font aussi partie des sociétés de tempérance, ainsi que des sociétés travaillant pour l'instruction du peuple, pour des buts pédagogiques, littéraires, artistiques etc.
Deux sociétés, »L' Association des femmes finlandaises» et l'association féministe »Unionen» ont été fondées par des femmes pour le progrès intellectuel et moral de la femme et l'amélioration de sa situation économique et sociale. Par des discussions, des conférences et des publications, ces sociétés ont essayé d'agir sur l'opinion publique pour ouvrir la voie à des réformes des mœurs et de la législation. Il faut noter surtout les heureux effets de l'activité de ces sociétés féministes pour propager, par des cours et des conférences, les connaissances civiques générales et les occupations domestiques parmi les femmes de la classe ouvrière. L'Association des femmes finlandaises, qui a un grand nombre de succursales en province, s'est occupée aussi de trouver du travail aux femmes pauvres.
Par cette activité, dirigée dans un sens socialement utile, les femmes ont peu à peu fait taire les
critiques acerbes que les revendications théoriques pour l'émancipation de la femme avaient d'abord soulevées aussi en Finlande. L'expérience a montré que toute mesure qui contribue à élever la femme au point de vue moral et intellectuel sert en même temps à élever le niveau général de la civilisation du pays, que toute amélioration apportée à la situation sociale et économique de la femme contribue au bien-être général de la nation. xVussi le peuple finlandais compte-t-il beaucoup sur le concours éveillé et dévoué de ses femmes pour accomplir sa mission nationale dans la civilisation universelle.
Mœurs et usages, conditions économiques.
L'emploi de la vapeur dans les communications n'a fait qu'accroître la tendance générale de la civilisation à revêtir des formes identiques. Le genre de vie des classes cultivées, dans les différents pays, n'offre plus de nos jours de très grandes différences. Un Italien pourra, en Finlande, près du cercle polaire, se faire servir des sardines et des oranges de Messine, et un Finlandais trouvera peut-être en Italie le plancher de sa chambre fait de planches de sapin provenant de sa patrie.
L'Occidental qui, après un voyage par terre et par mer, débarque dans la capitale de la Finlande, s'étonnera peut-être d'abord de se trouver encore dans un miheu à peu près semblable à celui de son propre pays. Il trouvera peut-être, en se pro-
menant dans les rues, que les dames portent des toilettes moins voyantes et bigarrées qu'il n'est habitué d'en voir; il remarquera que la tenue du public est plus calme et plus réservée qu'ailleurs; il regrettera peut-être les cris bruyants des marchands des rues, la foule attroupée aux devantures des magasins et le roulement et le bruit des voitures, ce dont l'ensemble constitue le spectacle animé des rues d'une grande capitale. Mais pour le reste, ni dans la rue, ni dans les maisons, il ne pourra noter de très grande différence avec la vie de société européenne. Il en est de même des petites villes de Finlande, sauf cependant (pie les conditions d'existence y sont plus modestes et moins variées, qu'on y voit des maisons de bois à un étage au lieu des maisons de pierre à cinq étages de la capitale, des théâtres d'amateurs au lieu de théâtres permanents, etc.
Ce qui étonnera peut-être un étranger, ce sera de voir si souvent les divertissements en Finlande servir à un objet sérieux; à la ville comme à la campagne, on apporte le plus grand soin à l'arrangement des fêtes dont la recette est destinée à quelque oeuvre de civilisation ou de bienfaisance, et ces fêtes sont précisément les plus goûtées du public.
Les villes de la P^inlande ne sont pas grandes; même la capitale, Helsingfors, n'a pas encore atteint le chiffre de 1()(),0()0 habitants. Cependant cette jeune capitale est assez animée. On y a deux théâtres permanents, un finnois et un suédois, de temps en temps un opéra italien, et des concerts en grand nombre, entre autres des > concerts popu-
laires», subventionnes par l'État pour offrir de bonne musicpie à bon marché.
Il faut encore noter les (concours populaires de chant et de musique, organisés tous les ans, tantôt dans une partie du pays tantôt dans l'autre, et qui ont pris le caractère de véritables t'êtes nationales. Au cœur do l'été, ({uand la nature du Nord a revêtu sa plus belle parure, des milliers de citoyens, venus de près et de loin, jeunes et Aieux, de toutes les classes, se réunissent sur une pelouse pavoisée entourée d'arbres. Les concurrents, chœurs et orchestres, tous composés d'amateurs, et appartenant pour la plupart à la classe ouvrière, entonnent à tour de rôle leurs mélodies, ou s'unissent pour former tous ensemble un seul et puissant choeur. Et de la tribune partent des discours pleins d'énergie, exliortant les citoyens à aimer la patrie et sa liberté constitutionnelle, à travailler sans relâche au bien-être du pays, discours prononcés par les hommes les plus éminents du pays, qui regardent comme un honneur d'être choisis pour porter la parole dans ces occasions. Quand enfin le jury de concours a prononcé son arrêt, ces milliers de citoyens retournent à leurs affaires pour remplir, chacun à sa place, avec encore plus de courage et de joie, leur devoir envers la patrie.
Parmi les distractions principales de hi jeunesse, il faut nommer les sports, bien qu'ils soient aussi d'une grande importance au point de vue hygiénique. La gymnastique trouve place, pour des raisons d'hygiène, sur le programme scolaire de toutes les écoles, aussi bien de garçons (pie de
filles. Pendant les vacances d'été, les mille lacs du pays invitent à des courses en bateau et en canot. Nombre de bateaux à voiles glissent le long des côtes et sur les grands lacs de l'intérieur. Les grandes routes, d'ordinaire assez bonnes, se prêtent aux courses en vélocipède, très aimées des deux sexes. La chasse est aussi un plaisir estimé, ainsi que la pêche dans les lacs et les rivières poissonneuses. En hiver le patinage et les courses sur raquettes (»skidor») sont des plaisirs aussi agréables que fortifiants. C'est un joli coup d'œil que de voir jeunes filles et jeunes gens, avec des mouvements gracieux et fermes, décrire sur leurs patins des figures élégantes ou A^oler rapidement sur la nappe de glace.
Les courses sur raquettes sont encore plus goûtées que le patinage, et constituent non seulement un sport, mais aussi un moyen de communication, dans un pays oii souvent les neiges s'amoncellent au point de rendre les routes impraticables. Il faut aA^oir soi-même ressenti le charme excitant d'une course sur raquettes, en descendant avec une vitesse vertigineuse une pente rapide où il s'agit d'éviter les obstacles en un clin d'œil, pour pouvoir apprécier complètement ce plaisir, qui n'a d'équivalent que la course téméraire du pilote descendant les rapides tourbillonnants d'une rivière. Avec de l'entraînement, on arrive sur raquettes à faire aisément 10 km. à l'heure en terrain uni, et dans une journée de 80 à 100 km. Le record jusqu'ici obtenu a été de 20 km. en 1 heure 17 minutes.
Les distractions proprement dites sont rares
parmi les paysans. C'est avant tout le point de vue utilitaire qui marque la vie et les habitudes du paysan finlandais. Les fermes sont disséminées, entourées de leurs propres terres, souvent séparées les unes des autres par de vastes solitudes ou de grands cours d'eau; par suite chaque famille mène une vie renfermée, souvent solitaire, interrompue seulement par la visite fortuite de quelque voisin, par les voyages à l'église, souvent accomplis, quand ils ont lieu par eau, par tous les habitants d'un village, dans des grands bateaux avec 10 à 20 paires de rames, par les fêtes des récoltes, (»talkoot») à la fois entreprises coopératives et festins, finissant souvent par des danses joyeuses. Dans ces derniers temps on a commencé à organiser à la campagne, dans un but de civilisation, des fêtes populaires avec discours, chants, concours de sport, etc.
La plupart des familles de paysans se contentent d'une seule chambre ou d'une cabane, construite en bois de charpente travaillé à la hache, et recouverte d'un toit de planches ou de bardeaux. Cependant cette cabane est d'ordinaire assez spacieuse, claire, et surtout chaude. Quelquefois la ferme se compose de deux grandes chambres séparées par une entrée et d'une petite chambre. Dans quelques contrées du pays, les paysans construisent de grandes maisons, semblables à des maisons seigneuriales, oii cependant la plupart des chambres et les meilleures ne sont pas habitées par la famille, mais servent de chambres de luxe pour loger les hôtes.
Aujourd'hui encore la plus grande partie des vêtements de la famille sont faits à la maison par les femmes. Cependant les étoffes manufacturées ont commencé pendant ces derniers temps à trouver beaucoup d'acheteurs dans le peuple. Quant aux meubles et aux instruments de travail, ils sont faits par les hommes de la famille.
La nourriture est simple. Du pain de seigle, du gruau, du poisson salé, de la viande salée, fumée ou cuite, des pommes de terre et du lait caillé constituent la cuisine journalière. On boit du café partout, même dans les plus petites chaumières. La Finlande vient au troisième rang en Europe, après l'Allemagne et la Suède, pour la quantité de café consommé par habitant. Les boissons alcooliques, dont la vente est en général interdite à la campagne, ne se trouvent qu'assez rarement dans la maison du paysan. Mais il emporte partout sa pipe, sauf à l'église et au bain. Ce n'est qu'en France que la consommation relative du tabac est plus forte qu'en Finlande.
Après une pénible journée de labeur, commencée à la campagne dès 4 heures du matin, c'est le bain dans l'étuve, le soir, qui constitue pour le paysan finlandais la jouissance la plus appréciée. Chaque ferme s'accorde le luxe d'une étuve, > sauna», l^lacée à quelque distance de la maison. Quand on construit une nouvelle ferme, c'est d'ordinaire par l'étuve qu'on commence. Voici comment on prend le bain. L'étuve étant bien chauffée et les baigneurs aj^ant pris place sur une espèce de soupente soutenue par des poteaux à une certaine liauteur du
])laiicher, on jette un peu d'eau sur le fourneau de i>ranite brûlant, d'où l'eau transformée en vapeur monte lentement, enveloppant de sa douce chaleur les corps des baigneurs assis tout nus dans la soupente. On ne saurait trouver de moyen meilleur ni plus simple pour rendre aux membres et aux muscles, raidis par le travail, leur souplesse et leur vigueur. Pour activer l'effet, les baigneurs se fustigent avec des verges de bouleau plongées dans de l'eau bouillante pour les assouplir. Un étranger ignorant des coutumes finlandaises pourrait en entrant dans l'étuve se croire transporté au milieu de fa- (juirs indiens se torturant eux-mêmes. Un des panneaux sculptés du pavillon finlandais à l'exposition de Paris représente précisément une scène d'étuve. Aguerris au froid et à la chaleur intense de l'étuve, les baigneurs rentrent dans la maison, par les froids les plus intenses, très légèrement vêtus, quelquefois même tout nus. Dans plusieurs contrées, hommes et femmes du peuple se baignent ensemble sans (pi'on y voie de faute contre les bienséances, ni qu'il en résulte de dangers au point de vue moral. Partout dans le pays on se baigne une on deux fois par semaine, dans quelques contrées même chaque soir.
Le train de vie dépend en grande partie des conditions de fortune. A ce point de vue, il faut noter que l'échelle des fortunes n'est pas aussi i!:rande en Finlande, ni la différence entre » riches» et »pauvres aussi considérable que dans bien d'autres pays. Les revenus de 20(),()()() à 300,000 francs sont rares; avec une fortune de 100,000 à 200,00(^
irancs on est déjà considéré comme riche; le millionnaire est richissime. Les plus hauts fonctionnaires du pays ont environ 20,000 francs d'appointements; mais une famille appartenant aux classes cultivées peut déjà » faire honneur à son rang> avec un revenu annuel de sept à huit mille francs. Cela tient en partie à ce que la vie est en général assez modeste, en partie à ce que les possesseurs des fortunes considérables s'abstiennent d'étaler un luxe contrastant par trop avec le train de vie de leur entourage. C'est donc le plus souvent dans l'embellissement artistique du »home», par de longs voyages à l'étranger et par une contribution plus forte aux entreprises d'un intérêt général que se manifestent les grandes fortunes.
Même les grands domaines fonciers sont rares. Environ 77 *^ ^, des propriétaires du pays ont moins de 25 hectares de terre cultivée. En raison de cette prépondérance des petites propriétés rurales, on peut comparer les paysans finlandais aux jeunes arbres, poussant de niveau sur les terres brûlées, se nourrissant à peu près au même degré du suc de la terre et jouissant dans la même mesure de la lumière et de la chaleur du soleil. La position des petits tenanciers (»torpare»), assez nombreux dans le pays, est moins avantageuse que celle des paysans propriétaires; mais à l'heure actuelle elle fait l'objet d'une réforme législative complète.
L'existence de la classe ouA^rière non propriétaire, encore plus nombreuse et qui ne vit que de travail accidentel, est naturellement la plus précaire, surtout à la campagne, oii cette classe ne peut
guère trouver que des travaux agricoles, qui font souvent défaut, et surtout pendant les années de disette. C'est alors que cette population dépourvue de terres, et qui d'ordinaire n'a pas fait d'économies, tombe dans le dénûment le plus complet, si elle n'arrive pas à se i^rocurer du travail dans quelque usine ou fabrique voisine, dans les coupes de forêts, les constructions des chemins de fer, etc. Beaucoup de ceux qui n'émigrent pas vers les endroits oii ils pourraient trouver du travail, surtout vers les villes, tombent alors, bien qu'ils soient capables de travailler, à la charge de l'assistance publique, du moins pendant les mois d'hiver. Ce triste état de choses, qui cependant ne prend d'assez grandes proportions que dans les parties septentrionales de la Finlande, a des effets d'autant plus sensibles que cette classe ouvrière, pour une grande part, manque d'habitations lui appartenent en propre.
Depuis longtemps déjà on a reconnu que l'amélioration de la position des paysans non propriétaires est une tâche sociale do la plus haute importance. La presse, le pouvoir législatif et le gouvernement ont sérieusement agité cette question. On a déjà pris plusieurs mesures pour arriver à une solution naturelle et heureuse de cette question. On ne saurait exagérer la portée morale (pi'a pour l'ouvrier la possession d'une maison lui appartenant, sur un lopin de terre à lui. La conscience que lui et sa famille profiteront de la peine qu'il se donne en cultivant la terre l'excite au travail, à l'économie et à la prévoyance. En même temps l'avantage d'avoir une propre maison épargne à la
famille les suites démoralisatrices crime vie errante. C'est pourquoi la législation, qui autrefois apportait des obstacles au morcellement de la terre, a été réformée sur ce point de manière à permettre à l'ouvrier de se procurer des terres et des parcelles de terrain proportionnées à ses modiques ressources.
Le gouvernement a lui aussi depuis 1888 tâché par de petits prêts directs de faciliter aux ouvriers des campagnes l'achat de petites terres. Jusqu'à i3résent, pour cet objet et pour d'autres mesures tendant à améliorer la situation économique de cette classe, l'État a alloué la somme totale de 2,700,000 marcs. Les prêts sont faits sans intérêts aux communes et à des associations, qui les distribuent à ceux qui en ont besoin par petites sommes et à un taux d'intérêt minime, destiné seulement à couvrir les frais d'administration.
En délivrant l'industrie de ses anciennes entraves, on a également eu pour but de multiplier pour les ouvriers des campagnes les occasions de gagner leur vie. L'accroissement, durant ces derniers temps, du nombre des établissements industriels à la campagne a déjà provoqué une amélioration sensible dans les conditions économie] ues de cette population.
Les ouvriers industriels et les corps de métiers ont en général, dans les villes comme à la campagne^ une situation plus favorable que celle des ouvriers agricoles. Leur salaire atteint souvent le double de celui des ouvriers agricoles; toutefois il faut tenir compte ■ de la cherté plus grande de la vie dans les centres industriels. La journée de travail
de roiivrier industriel est en général plus courte, (environ 10 à 11 heures) celle de l'ouvrier agricole montant à 12 ou même 13 heures, lorsque le travail presse. Les grandes usines des campagnes construisent en général pour leurs ouvriers des habitations spacieuses et propres avec école, salle de lecture et infirmerie. Dans les villes, où ils doivent eux-mêmes se pourvoir de logements, les ouvriers sont en général logés à l'étroit. De même i)our la nourriture, les vêtements et les jouissances intellectuelles, le standard of life de l'ouvrier industriel est de beaucoup supérieur à celui de l'ouvrier agricole. Ses enfants vont régulièrement à l'école, il est lui-même abonné à un journal, et le dimanche il n'est pas rare qu'il aille à quelque plaisir instructif: théâtres, concerts, conférences, réunions, organisés spécialement pour la classe ouvrière aA'ec des prix d'entrées très faibles.
A côté de ces occasions qu'offrent les villes de développer la culture et la politesse des mœurs, les associations ouvrières ont beaucoup contribué à élever le niveau intellectuel de l'ouvrier industriel. Dans toutes les villes, ainsi que dans la plupart des centres industriels des campagnes, les ouvriers se sont réunis pour organiser soit des associations par métiers, soit, dans les petits centres, une seule société. Même là où des associations i3rofessionnelles spéciales ont été organisées, on voit d'ordinaire les ouvriers entrer dans une » association ouvrière commune; en outre ils ont une administration centrale commune. Le lien qui rattache les associations professionnelles et ouvrières des
différents endroits est encore très lâche, mais on fait des efforts pour le consolider.
Les associations organisées par les ouvriers sont des associations libres, avec statuts adoptés par les ouvriers eux-mêmes et sanctionnés par le gouvernement. Leur but est à la fois de veiller aux intérêts professionnels et économiques des ouvriers et d'élever le niveau de culture de leurs membres, elles y travaillent par des séances de discussion régulières, par la fondation de caisses de secours mutuels, l'organisation de cours tant élémentaires que professionnels, etc. La plupart ont un local de réunion à elles, avec salle de lecture et bibliothèque de prêts; dans plusieurs, les membres ont organisé des sociétés de chant ou des fanfares. Il y a cependant encore beaucoup d'ouvriers qui n'appartiennent à aucune association.
Depuis 1889 il existe en P^inlande une législation spéciale pour la protection des ouvriers industriels. Les prescriptions sur les mesures protectrices dans les salles de travail et ateliers sont à peu près les mêmes que dans la loi française. Les enfants au dessous de 12 ans ne peuvent pas être employés aux travaux manuels, les enfants au dessous de 15 ans et les femmes au dessous de 18 ans dans les travaux souterrains et le travail de nuit. Les enfants au dessous de 15 ans ne peuvent travailler plus de 6 heures et demie par jour, et les enfants entre 15 et 18 ans plus de 12 heures, avec des intervalles de repos. Quant à aux ouvriers majeurs, la législation n'a pas voulu, par des dispositions fixant la longueur de la journée
de travail, restreindre leur liberté de s'entendre à ce sujet avec les patrons. Une inspection du travail est établie pour veiller à l'observation de ces prescriptions.
L'assurance contre la maladie et la vieillesse, les caisses d'épargne dépendent de la libre volonté et de la prévoyance des ouvriers et des patrons; mais l'assurance contre les accidents du travail est obligatoire et réglée par une loi qui prescrit aux patrons d'assurer leurs ouvriers dans une compagnie d'assurances, ou de leur donner sous une autre forme la garantie d'une indemnité au cas oii l'ouvrier deveindrait invalide par suite d'un accident de travail, et si l'accident a été mortel, d'une pension viagère pour la veuve, et pour les enfants d'un secours annuel jusqu'à l'âge de 15 ans.
Les doctrines socialistes sont aussi, pendant ces derniers temps, parvenues jusqu'en Finlande, mais ne s'y sont guère implantées. Les grèves ont aussi commencé récemment à être employées comme moyen d'arriver à hausser les salaires ou à réduire la durée de la journée de travail.
Mais l'activité ne s'est pas bornée aux mesures législatives; celles-ci se doublent d'efforts assidus pour améliorer la situation des classes inférieures par le développement de l'instruction populaire. C'est à quoi tendent aussi les mesures prises en vue d'accroître l'habileté dans la fabrication d'ouvrages manuels, de répandre le système des caisses d'épargne etc.
Le soin des indigents est une affaire communale réglée par la loi sur l'assistance publique. En
vertu de cette loi, la commune est tenue de prendre la charge et l'entretien de ses membres indigents incapables de travailler: enfants abandonnés, aliénés, estropiés, infirmes etc., quand ils n'ont personne qui prenne soin d'eux. Les indigents aptes au travail n'ont pas le droit de réclajuer de secours; ils reçoivent un secours temporaire, si l'administration de l'assistance publique de la commune juge qu'il y a des raisons de le leur donner.
Toute commune est laissée libre d'organiser son assistance publique d'après les usages de la contrée. La coutume autrefois régnante était que les propriétaires fonciers prissent la charge de l'entretien des indigents; ceux-ci allaient d'une ferme à l'autre et passaient clans chacune un temps plus ou moins long, calculé sur la grandeur du domaine. Aujourd'hui cependant on a presque partout renoncé î\ cette manière de faire, reconnue inapplicable à l'entretien des malades et des vieillards. On a aussi placé les pauvres, surtout les enfants, en pension dans des familles qui se chargent de leur entretien pour un prix modique. Mais cette forme d'assistance publique est, elle aussi, en voie de disparition, et fait place au système cpii consiste à entretenir les indigents dans des établissements spéciaux appelés » asiles de charité >, où on leur donne un travail approprié aux forces de chacun. Les enfants ne sont cependant admis dans ces asiles que s'il y existe une section à part ou un asile d'enfants. L'administration de l'assistance publique de la commune est aussi tenue de veiller
à ce ({lie les enfants entretenus par la commune soient, autant que possible, envoyés à l'école.
Ce système est le plus humain, puisqu'il procure un bon traitement aux indigents qui en ont réellement besoin; c'est en même temps le plus avantageux pour les communes, parce qu'il les délivre d'individus que leur paresse seule réduit à la misère, et qui cessent de demander des secours par crainte d'être mis au travail dans l'asile. La mendicité est interdite. La surveillance de l'assistance publique des communes est confiée à un inspecteur spécial pour le pays entier.
En 1897, il y avait environ 75,000 personnes, soit 2,9 ^^ Q de toute la population, entretenues ou secourues par l'assistance publique, et 8,206 personnes étaient logées dans les asiles de charité. Les frais de l'assistance publique se montaient pour la même année à la somme d'environ 3,200,000 marks pour tout le pays, soit une moyenne de 1 mk 24 pennis par habitant.
Activité philantropique.
A côté de l'assistance publique légale, il y a la bienfaisance privée. Des donations et des cotisations annuelles permettent d'entretenir des asiles pour les indigents, les malades, les enfants abandonnés, les vieillards sans famille, les prisonniers libérés. La plupart de ces établissements ont des locaux spacieux et confortables, construifs spécialement pour ces usages, et où les exigences de l'hygiène moderne ont été dûment observées. C'est
ainsi que l'établissement des Diaconesses à Helsinglors, fondé pour élever des garde-malades, contient, à côté de l'internat des diaconesses, de logements pour le directeur et la directrice et d'une église, une infirmerie modèle qui peut recevoir environ 100 malades, soignés par les plus habiles médecins de la ville. Dans le même parc où s'élève le magnifique établissement des Diaconesses, bâti en style gothique, se trouvent également les »asiles» élégants et confortables réservés aux dames âgées et seules, aux malades incurables, aux filles aveugles et aux estropiés. Ce dernier établissement comprend une série de maisons de bois à un étage, réunies, selon le système des pavillons, par des corridors bien éclairés. Dans l'école de l'établissement les élèves infirmes de nature ou par suite d'accident reçoivent une instruction professionnelle, et arrivent rapidement à une habileté technique souvent surprenante, si l'on tient compte de leur infirmité corporelle. Parmi les autres villes de Finlande, c'est surtout celle d'Àbo (jui se distingue par ses institutions philantropiques.
Beaucoup de ces établissements sont entretenus par des sociétés organisées à cet effet. D'autres sociétés travaillent pour des oeuvres de bienfaisance analogues. Dans la plupart des grandes villes de Finlande, il existe des sociétés ayant pour but de distribuer aux pauvres du bois de chauffage à un prix moins élevé que dans le commerce, secours souvent très iftiportant pendant les hivers rigoureux. Disons encore (qu'une association de jeunes dames a pris Ti tâche d'écrire pour les aveugles, en se ser-
vaut du système d'écriture ponctuée, toute une collection de livres qui augmente chaque année. Dans une foule de cas où la bienfaisance officielle est impuissante ou ne peut intervenir, c'est la bienfaisance privée qui tend une main secourable, main plus douce et plus discrète que celle qui distribue les » secours officiels-.
C'est un fait constaté que l'ivrognerie est une des causes ordinaires de la misère physique et morale. Bien que la Finlande occupe la dernière place dans les pays d'Europe pour la consommation relative de l'alcool, les déplorables suites de l'ivrognerie y sont pourtant assez sensibles pour susciter une lutte contre ce vice. La propagande en faveur de la tempérance a pris en Finlande une intensité et une étendue considérables. Les sociétés de tempérance sont à la tête de ce mouvement et s'efforcent, par des conférences, brochures et revues, par la fondation de restaurants de tempérance, de maisons de correction pour ivrognes, etc. de propager l'abstinence partielle ou complète d'alcool. L'association des »Amis de la tempérance» qui compte euAiron 200 sociétés locales et plus de 10,500 membres, publia l'année dernière, outre une feuille hebdomadaire, près de 80,000 brochures populaires. Un des moyens les plus efficaces employés par les sociétés de tempérance pour combattre la consommation de boissons alcooliques, a été d'organiser, pour les membres et d'autres personnes, des soirées où les assistants pouvaient se convaincre ({u'il n'est pas besoin pour s'amuser de prendre de liqueurs fortes. Un autre résultat de cette campagne a été de faire
supprimer en Finlande les boissons fortes dans les fêtes et réjouissances arrangées pour le peuple.
Depuis 1885 la législation tend à laisser aux communes le droit de se prononcer sur la licence ou l'interdiction de la fabrication et de la vente des boissons fortes dans la commune. Les communes rurales sont déjà en possession de ce droit pour la vente de la bière: le résultat est qu'à présent la vente n'en est autorisée que dans un nombre très restreint de communes rurales. La vente de l'eau-de-vie et d'autres boissons fortes est légalement défendue à la campagne. Dans les villes, la vente de l'eau-de-vie est conférée à des compagnies, soumises au contrôle de la commune, et qui, ne gardant que 6 ^ ,3 de leurs bénéfices, doivent abandonner le reste à l'État et à la commune. Le produit en est employé à quelque objet d'utilité publique, surtout au développement de l'instruction populaire. Beaucoup de voix se sont même élevées pour demander l'interdiction par la loi de toute fabrication et vente de boissons fortes.
De même que le mouvement de tempérance tend en définitive à fortifier l'énergie morale du peuple, un autre mouvement social d'une grande puissance tend, par l'extension de l'instruction, à augmenter sa force de résistance intellectuelle dans la lutte pour son existence nationale. »Lumière à notre peuple», c'est la devise de ce mouvement, qui compte des partisans dans toutes les classes de la société.
De nombreuses associations libres se sont organisées pour aider l'État et les communes dans le
travail d'instruction du peuple par les écoles populaires. La société des »Amis de l'école populaire suédoise» et celle des »Amis de l'école populaire finnoise > entretiennent ou subventionnent des écoles dans les communes où la population suédoise (ou finnoise) est trop peu nombreuse pour payer à elle seule les dépenses de ces écoles. Partant du principe que la grande masse du peuple doit pouvoir elle aussi connaître les résultats de la science dans tous les domaines importants, la » Société d'instruction du peuple», fondée' dès l'année 1874 et qui compte aujourd'hui 18 succursales, a énergiquement travaillé à répandre des écrits populaires à bon marché, traitant des sujets historiques, géographiques, d'histoire naturelle, économiques, sociaux, etc., qu'on peut regarder comme rentrant dans la culture civique. Ces publications sont d'ordinaire tirées à un nombre considérable d'exemplaires. C'est cette Société qui organise les grandes fêtes musicales dont il a été question plus haut; elle a également édité à bon marché et par milliers d'exemplaires des livres de chants et de musique d'un contenu patriotique. Elle a enfin établi des bibliothè(iues de prêts pour le peuple; il y en a aujourd'hui dans la plupart des communes rurales.
La jeunesse universitaire prend une part très active à ce travail d'instruction du peuple. Quand arrivent les vacances, un grand nombre d'étudiants s'en vont dans les campagnes propager parmi le peuple, par des conférences, une partie des connaissances qu'ils ont eu l'occasion d'acquérir euxmêmes. Sur l'initiative des étudiants, de nombreuses
bibliothèques populaires et salles de lecture ont été fondées, et c'est surtout leur enthousiasme juvénile ([ui a contribué à la fondation des premières écoles supérieures populaires. Outre les 21 écoles de ce genre établies dans les campagnes, les amis de l'instruction populaire ont organisé, dans plusieurs des grandes villes du pays, des cours supérieure périodiques pour l'instruction de la classe ouvrière.
Les professeurs de l'Université ont eux aussi considéré comme un devoir civique d'étendre leur domaine d'enseignement au delà des murs de l'Université. Suivant l'exemple de plusieurs universités d'Amérique, d'Angleterre et aussi de Suède, les professeurs de l'Université de Helsingfors ont déjà depuis plusieurs années organisé, dans différentes branches scientifiques, des » cours populaires de vacances», auxquels était invité le grand public. Dans ces cours, une grande partie de l'ai^ditoire qui emplissait les salles de l'Université se composait de gens du peuple.
Mais le peuple, même dans ses couches les plus profondes, ne se borne pas à suivre passivement ces efforts faits pour l'instruire. Souvent les gens du peuple eux-mêmes déploient une grande activité pour élever le niveau de leur culture intellectuelle. Par la lecture des journaux, ils suivent le développement des affaires du pays avec une attention encore accrue par les événements de ces derniers temps. Les communes font de grands efforts pour augmenter le nombre des écoles populaires et pour entretenir des écoles supérieures populaires. Il faut enfin mentionner les sociétés
appelées » sociétés de la jeunesse», composées essentiellement de jeunes gens du peuple, et dont le ])ut principal est d'éveiller l'intérêt de la jeunesse pour des buts nobles et élevés. C'est surtout par des réunions dont le programme comporte des conférences instructives, des discussions et des plaisirs propres à élever l'esprit (chant, déclamation, spectacles d'amateurs, etc.), ([u' elles tâchent d'atteindre leur but. Ces sociétés, qui, au nombre de 150, sans €ompter les nombreuses succursales, sont dispersées sur tout le pays, ont des sociétés de chant, des ouvroirs, des clubs de discussion, leurs bibliothèques de prêts, des journaux propres.
Tous ces efforts accomplis en vue d'instruire le peuple sont très importants pour le développement de la société en Finlande dans un esprit sainement démocratique. Les différentes classes de la société entrent en rapports de plus en plus intimes les unes avec les autres et apprennent à mieux se comprendre. C'est ainsi qu'une entente cordiale s'établit sur les intérêts de la patrie commune, entente ({ui ranime et redouble les forces, travaillant à maintenir la position du peuple finlandais dans la grande famille des nations civilisées.
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