II. - ASPECT DU SOL
1 . — Région entre Luvituku et l'Inkisi, au Nord de la voie ferrée.
— La région qui s'étend de Luvituku à l'Iiikisi est à une altitude variant entre 400 mètres (vallée de la Lukunga) et 720 mètres (Gongo), au-dessusduniveaude la mer. Les rivières Pioka, Lukunga, Luaza, Gongo, Lunzadi et Muala y prennent leur source.
Luvituku et la vallée de la Lukunga se trouvent au pied du massif rocheux du Rangu. (Voir notice des feuilles 8 et 9.) La Lukunga, dans son cours supérieur, coule dans un terrain accidenté, sa vallée est généralement boisée et marécageuse.
« Une particularité géographique remarquable de cette contrée, écrit M. le lieutenant Ch. Lemairc, est le voisinage des rivières Pioka et Lukunga qui, vers Luvituku, ne sont pas distantes de plus de 1500 mètres, horizontalement, mais qui coulent, la première de l'Ouest à l'Est, la seconde de l'Est à l'Ouest, avec, entre les deux, la haute paroi rocheuse et à pic, formant comme une immense escarpe au Bangu. r, (Moux^ement géographique , 1891).
M. Vauthicr donne Icb renseignements suivants sur la région Luvituku-Inkisi :
Le village de Mawete est situé sur la ligne de faite des eaux de la Lukunga et du Kwilu. On rencontre, au N.-E., un affluent très important du Kwilu, la Gongo. A en juger par l'état des rives, elle est sujette à des crues de plusieurs mètres, et sa largeur, aux eaux basses, n'est pas inférieure à 20 mètres. A partir de Mawete, un ravin sans importance conduit à la vallée de la (iongo, qui coule au milieu d'ur.e végétatiori touffue. La vallée de la Buizi, affluent de la Gongo, est aussi très boisée.
A l'Est de la rivière Luvu, les montagnes s'élèvent davantage. Le point culminant se trouve au col de la Toba, qui sépare cet atlluent
du Lukasi de la vallée de la Lunzadi. Ce point se trouve à plus de 700 mètres au-dessus du niveau de Matadi. Non loin de là, se trouve la source de la Lunzadi ; le bras principal coule dans une vallée marécageuse, mais les autres bras traversent une vaste plaine aux larges ondulations. La région est en général marécageuse. »
La plaine de la Lunzadi est limitée au S. et au S.-E. par une ligne de faîte à peine sensible, que le tracé du chemin de fer franchit facilement pour arriver à l'Inkisi, Cette rivière, depuis le Congo jusqu'à Gongolo, coule entre des montagnes fort rapprochées dont les versants descendent rapidement vers le fond de la vallée ; à Gongolo, les deux rives s'élèvent à peine au-dessus de la rivière, et celle-ci, aux basses oaux, ne mesure pas plus de 50 mètres de largeur. Au delà de l'Inkisi, le pays est plus accidenté. (G. Vauthier.)
Le chemin de fer du Congo : kilomètres 180 d 265. — ïumba est situé sur un immense plateau, « absolument nu, entouré de brousses immenses, que dominent des horizons boisés. »» (Pierre Verhaegen, Au Congo.)
« De Tumba, la seconde moitié du railway congolais descend, par de vastes fagnes encore tachées en noir de parties incendiées, la vallée de la Lambesa, jusqu'au passage de la rivière Congo.... La série des Ijassins hydrographiques secondaires, quo la ligne recoupe ensuite, sont d'une luxuriante fertilité; le profil en long est en pente continue; de part et d'autre de la voie, ondulent sous le vent des tourmentes de hautes herbes en désordre, de roseaux, d'arbustes sauvages à grandes feuilles étalées, un gaspillage d'énergie végétale y>
« Après Kunda, au kilomètre 210, aux abords de la Luvu, s'étendent éperdumentdes fagnes monotones,des herbes sèches et minces... L'immense pays de végétation pauvre donne l'impression d'une Campineéquatoriale. »
« La situation de la voie à flanc de coteau, a imposé la construction d'un long réseau de fossés de garde pour empêcher l'action ravinante des eaux pluviales.... »»
« Dans les tranchées qui suivent Kama, vers le kilomètre 217, le déblai paraît avoir été économisé; le profil en travers est resserré par des surfaces raides, bien loin du talus naturel de ces roches meubles.... »
« Dans la vallée que longe le train, des parties très boisées avoisinent la ligne ; entre les arbres s'embrouillent des réseaux de lianes longues et balancées, pendues à toutes les branches et semblant constituer un outillage de gymnastique pour les singes. «
« Après la Zumbula, au kilomètre 221, le pittoresque se reconstitue; les terrains se déforment, montent et descendent; l'aspect s'accidente en arrangements variés. La ligne gravit les rampes de Zona {Sona-Gongo).... »
« Devant la montée, où la locomotive dépense de la vapeur, les paysages se déploient et reculent jusqu'à l'infini, en plaines,enforéts„ en landes rousses, en steppes chiffonnées. »
« Par des ravins boisés, par des gorges vertes, par des détours à travers de fraîches arborescences, l'ascension se développe, se poursuit, vers des hauteurs sous bois. Les perspectives s'ouvrent et se dilatent vers un bel ensemble de sites forestiers; et au point culminant de la ligne, au col de Zona {Sona-Gongo), à la cote 745, la vue ombrasse immensément des échappées panoramiques sur les horizons de forêts... La descente s'opère devant cet étonnant tableau : des bruyères folles, des versants sauvages en bizarreries de combinaisons, des végétations venues en coup de tête, au hasard, semées par le vent, ravagées par place, — et le fond est constitué par un éploiement de la contrée. La vue porte jusqu'à Tumba, à quarante kilomètres... » {J.Vandi^unen, Heures africaines.)
Avant d'atteindre le kilomètre 240, le chemin de fer traverse une vaste plaine, qui s'étend à perte de vue.G'est la région des sources de, la rivière Lunzadi et de plusieurs de ses tributaires.
A Gongolo, près de Kisantu, la voie franchit l'Inkisi sur un pont de 100 mètres d'ouverture.
2. — Région traversée par la route des caravanes de Matadi- Luvituku-Léopoldville. — La route des caravanes venant de Kitobola (feuille 9) traverse plusieurs fois la Lukunga. De Luvituku, le sentier continue au N.-E. jusqu'à Lofo (feuille 14).
Le sentier, au pied du Bangu, est constamment horizontal, jusqu'à une journée au delà de Luvituku. Aux environs de la rivière Sengesi, la route parcourt un pays magnifique, puis atteint la zone où les hautes herbes diminuent de plus en plus, pour faire place à la brousse et puis aux bouquets d'arbres de plus en plus nombreux. {U Lemaire.)
Le H. P. De Hert décrit comme suit le pays traversé par la route (les caravaiK-s, entre Luvituku et Lofo :
Partis de LuvituKu à 0 h. 20, « nous passons la Lukunga, traversons d'abord un bois, puis un autre bois marécageux, puis encore la Lukunga... Le sentier que nous suivons reste dabord à mi-cô'.e, puis va franchement d'un sommet à l'autre et il me semble certain que les éboulements dans le flanc des montagnes ^ont, en majeure partie, cause du changement de direction dans la route. Le pays est très accidenté, ce qui me procure parfois une vue assez étendue à droite, tandis qu'à gauche, je ne vois que le Bangu. Il est vrai que ce n'est plus le rocher de Luvituku, car je suis actuellement à la même altitude, 560 mètres à peu près. Vers 9 h. 45, je débouche sur le marché de Sona-Kula. Après avoir traversé une rivière, la Gongo, une demiheure plus tard, j'entre dans un beau bois, où je suis heureux et n'youi de trouver de belles fleurs rouges... «
« J'arrive vers 1 h. 15 au bord de la Sengosi, où il y a une petite clairière d'une diz-iine de mètres de diamètre... w
Le lendemain, « à 5 h. 40, je quitte la Sengesi, qui est un petit ruisseau fort sinueux, car en une bonne heure et demie, je la passe quatre fois. Plus loin, je me trouve devant un autre ruisseau, dont mes porteurs ne savent pas me dire le nom. Je commence h me demander si le pays où je suis aujourd'hui, est autrement constitué que celui que j'ai déjcà parcouru, car les éboulements dans les montagnes sont ici nombreux à mes yeux, dans chaque direction. J'en aperçois principalement à 1 h. 15 de distance de mon campement. Il y en a un autre, sur les bords duquel le sentier passe et que je puis, grâce à cette circonstance, examiner plus en détail ; un second, moins beau, quoique plus grand, se trouve de l'autre côté de la route. Le premier, dans sa section verticale, me semble formé, en commençant par le haut, d'un à deux mètres de terre brune, de G à V mètres d'une couche blanchâtre, renfermant peut-être bien du calcaire, puis de couches, plus ou moins liorizonlaUs et parallèles, d'un rouge sombre. L'épaisseur de ces couches n'est pas constante dans toute la section; le fond du précipice (car c'en est un) est en majeure partie recouvert de végétation... Le sentier, là où il passe entre ces deux éboulements, n'est guère large, et il est hors de doute que, dans pou de temps, cette bande de terrain va suivre le reste dans le fond... »
« Après m'étre arrêté pendant trois quarts d'heure, en cet endroit
(altitude 590 mètres), je continue ma route d'un sommet à l'autre; il y a ici beaucoup plus de végétation que je n'en avais vu les jours précédents, et, pour la première fois, je rencontre des fougères. Après trois queits d'heure, je longe un étang, que les indigènes me disent s'écouler à gauche... Vers huit heures, nous arrivons à une belle place défrichée, un marché, située au sommet d'un plateau (630 mètres), où il fait non seulement frais, mais vraiment froid. Nous mettons 1 h. 45 pour atteindre la rivière Luaza, au milieu d'herbes tellement iouffues, qu'on a beaucoup de peine à suivre la route. ï'ne fois la rivière traversée, on passe des vergers, c'est-à-dire des prairies à herbes moins élevées, dans lesquelles les arbres sont nombreux. En attendant, je ne vois apparaître aucun village». Vingt minutes plus loin, je suis obligé de passer un vilain marais, où il y a un mètre d'eau ; puis, après une heure et demie, je parviens enfin à Boko... »
« Quelle belle vue je pus contempler ici à loisir! Boko se trouve au fond d'une vallée, courte, il est vrai, mais rectiligne. J'y arrive parle flanc droit, à mi-côte, ayant, devant moi, le flanc opposé couvert d'une abondante et belle végétation... »
« Au sortir de Boko, je rencontre un ruisseau... Je le passe deux fois, et plus loin encore une autre eau plus large. A partir de là, la route est un vrai labyrinthe à travers champs, jusqu'à ce que nous entri(»ns dans un bois fort étendu, où tout indique la proximité d'un village que je ne parviens pas à apercevoir. »
« La rivière Lofo serpente dans ce bois, et, à trois reprises, nous sommes obligés de la passer ; heureusement que partout il y a des ponts. Nous gravissons la colline opposée, toute couverte de verdure, et, après dix minutes, nous entrons dans le village de Lofo. (/?. P. De Hert, commencement d'août 1894. Précis historiques, 1895.) (Voir notice des feuilles 9 et 14.)
3. — Région de l'Inkisi supérieur. — L'Inkisi, et son aftiuent, la Noa, coulent dans des vallées généralement boisées. Le pays qu'ils traversent ne constitue cependant pas une région forestière. Il est coupé de grandes étendues couvertes de hautes herbes. En général, les bords des rivières ainsi que les emplacements des villages sont boisés. (iJcleval.)