‹ Notices sur les chemins de ferChapitre 4 sur 4 · PAR MM. LAMÉ ET CLAPEYRON · texte numérisé non relu

PAR MM. LAMÉ ET CLAPEYRON

INGÉNTEVBd AU COBP» ROTAL DES MINES.

LU A LA980CIAT101I POLTTECHÏflQUB , DANS 9A f^AHCB DC 3Q JUIN.

Les chemins de fer ont été considërés jasqu'ici nniquemen t sous le rapport commercial et pacifique; cependant, dans la comparaison que Ton établit entre eux et les autres moyens de communication connus, on ne peut passer sons silence le parti qu'on en tirerait, eu cas d'invasion, pour la défense de Té* tat. Les derniers événements ont assez prouvé Timpuissance des places fortes pour assurer Tindépendance des nations , et tout prouve que ce grand prc^lème, « Mettre le faible àTabri de la violence du fort , » n'a pas de solution de nos jours. Pour éclaircir cette question et préjuger le rôle qae l'art de fortifier <.'st appelé à jouer par la suite , peut-être ne sera-t-il pas inutile de jeter un regard sur le passé, seul guide que nous ayons pour entrevoir l'avenir.

Sans nous perdre dans des discussions oiseuses sur l'état relatif de l'attaque et de la défense chez les peuples de l'antiquité et des temps héroïques , nous ferons observer seulement que le moyen- âge, qui, à tant d'égards, présenta un état remarquable d'organisation des peuples de l'Europe , offrit en même temps une solution de la question qui * nous occupe. Combien de fois ne vit- on pas un baron féodal renfermé dans son château flanqué de hautes tourelles braver les attaques

d'an vobin poissant 7 A l'approche des bandes dévastatrices qni battaient la campagne , les paysans se retiraient avec leurs bestiaux derrière l'enceinte fortifiée de la ville voisine. C'est là que l'industrie ) puissance inaperçue, mats pleine de destinées , essayait ses premiers pas à Fabri de la violence qui régnait au dehors. On a vu des armées conquérantes , conduites par des chefs habiles, se fondre devant les remparts d'Orléans, ^de Beauvais, de Malte, de Metz. Saint- Jean-d' Acre , Calab , Rhodes , succombèrent ; mais leur soumission exigea un temps précieux , énerva le vainqueur et coûta plus d'efforts et de pertes qu'une victoire long-temps disputée en rase campagne. Et ces innombrables châteaux dont les débris couvrent l'Europe , et ces immenses contruclions qui dépassent de beau* coup en grandeur les ouvrages élevés par notre moderne industrie, enfin, chaque page de l'histoire, attestent la supériorité que la défense avait conservée sur l'attaque pendant une lon<> gue période. Qui sait si ces tours et ces remparts vénérables par leur antiquité ne méritent pas encore nos respects par Futilité dont ils furent en mettant un terme à ces invasions de barbares qui désolèrent si long-temps l'Europe ébranlée par là chute de l'empire romain.

Cependant la même époque qui vit s'écrouler la féodalité fut aussi témoin de l'ascendant que l'attaque prit successivement sur la défense , et la poudre à canon commença dans Tordre matériel l'œuvre de destruction que Luther et Calvi» opérèrent dans les idées et que le dix-neuvième siècle devait accomplir dans l'ordre politique. Elle fait d'abord justice des armes défensives de nos anciens paladins. Les citadelles féodales s'écroulent devant la puissance des nouvelles machines de guerre ; les tours et les remparts , pour se dérober à leurs coups, sont forcés d'abaisser successivement leur relief, et de prendre la forme des bastions massifs de nos places modernes. Vauban porte le dernier coup au système défensif par l'invention du tir à ricochet. La durée moyenne des sièges est réduite par lui à dix jours de tranchée ouverte. En même temps le nombre des bouches à feu crott dans une proportion effrayante : porté par Henri IV à 400 pour l'armée dé terre , il était de 7) 191 à la mort de Louis XiV, de 8,685 sous Louis XV,

•9 de io»OD7 40tt8 Lotii$ XYI, et Jk ^j^giS lors de la campagne de i8i3.

La force nunërique des armëes suit la même progression. Les places fortes né sont plas qu'un point inaperçu au milieu des efforts des combattants qui envahissent une frontière. Sur cent batailles livrées de 1740 à 1785 il y eut 67 sièges; ce rapport ne fut plus que de a6;ioo pendant les guerres de la rëvo*^ Intion, 2i5;ioo sous le consulat , et se réduisit sous Tempire a i6yioo. De nos jours le nombre des combattants est le premier élément du succès d'une campagne } loin que celui qui se défend ait quelque avantage sur celui qui attaque, ce n'est qu'en prenant Tofiensive qu'une armée manœnvrière et conduite par un cbef habile peut trouver une compensation à son infériorité numérique. C'est ainsi que les grands capitaines de nos jours ont réduit l'art militaire à ces simples termes : Etre lé plus fort sur Us points d'attaque.

Pour atteindre ce but on a diminué autant que possible Tattirail pesant que les armées traînaient à leur suite ) mais Ici mobilité comme le courage , le talent militaire comme tous les moyens de succès , ne sont pas la propriété exclusive de celui qui se défend , ib ont autant de fois servi d'auxiliaires k la violence et è Taggression.

Ce simple exposé nous paraît démontrer que la force tonjours croissante des armées permanentes qu'entretiennent les états de l'Europe est une conséquence nécessaire de réqqilibre que les derniers événements militaires ont rétabli enVt^ l'offensive et la défensive , par suite desquels la fortune s est déclarée sans retour pour les gros bataillons ; que chercher dans Part de fortifier le moyen de prote'ger le faible contre le fort) c'est demander aux institutions du passé la solution des questions politiques qui partagent les peuples de notre âge.

Mais faut-il pour cela renoncer à l'espoir de mettre des bornes à l'ambition des conquérants? Non sans doute ; mais le remède au mal doit être puisé, à une source plus féconde que la pâle imitation d'un temps qui n'est plus.

L'étude des dernières guerres dont l'Europe a été le théâtre fait voir que , toutes les fois qu'une armée a pu tenir la campagne contre des forces disproportionnées , ce n'est qu'en se multipliant pour ainsi dire par des marches rapides, et en se

portant saccessivement sur des corps isolés que la difficulté de se procurer des subsistances contraint de faire agir séparément jusqu'à ce qu'on les réunisse pour frapper le coup décisif.

Or, il est un moyen de décupler et au-delà l'agilité de l'armée défensive : l'arme de guerre que nous proposons , instrument d'industrie pendant la paix , servirait an moment du danger à transporter d'un bout du royaume à l'autre avec une vitesse de six lieues à l'heure une armée entière avec tout son attirail de guerre. Les chemins de fer ou les railways , dans l'état de perfectionnement où les ont portés les Anglais ^ permettent complètement le but que nous venons d'indiquer.

Indépendamment des services qu'ils sont destinés à rendre à l'industrie pendant la paix , ils donneront en temps de gaerre au peuple qui défend ses foyers un avantage décidé sur l'armée envahissante.

Pour faire concevoir de suite le parti que Ton pourrait en tirer pendant une gaerre défensive, supposons les forces destinées à agir contre la France partagées en deux grands corps , dont l'un marcherait sur Paris et l'autre sur Lyon. Si ces deux villes sont jointes par un railway , de nombreux, corps d'élite pourront en vingt-quatre heures se transporter de l'un à l'autre des deux points menacés et faire successivement pencher en notre faveur les chances de la victoire sur les deux corps ennemis. Les gardes nationales de ces deux grands centres de population , celles des provinces traversées par les railways, pourront en quelques heures se porter au point décisif et appuyer les opérations de l'armée de ligne de leur courage et de leur patriotisme.

L'utilité militaire des railways résulte, comme on le voit, de l'extrême ropidité qu'ils permettent de donner au mouvement des troupes et du matériel; d'où il suit que la totalité des forces dont dispose la France pourrait être transportée en fort peu de temps en un point quelconque de soii territoire.

Cette vitesse, que nous évaluons à six lieues de 4 kilomètres par heure, pourrait être portée beaucoup plus haut ; mais nous nous arrêtons à ce chiffre, comme donnant une rapidité bien suffisante pour les combinaisons militaires. Elle est d'ailleurs inférieure à celle qu'on a adoptée pour le transport des mar-

cliandise^ et des voyageurs sar lé chemin de Liverpool à Manchester.

Comme en Angleterre » le transport se ferait à Taide de machines locomotives , qui , pouvant dans l'occasion travailler jour et nuit , permettraient de faire mouvoir une armée avec une vitesse de cent vingt lieues par jour, en admettant quatre heures de temps perdues sur vingt-quatre. Ce simple énoncé justifie ce que nous avons annoncé plus haut , et en dit assez pour ceux qui conçoivent de quelle importance est la rapidité des mouvements dans les opérations militaires.

Mais l'avantage principal dont jouirait un système de railifays convenablement tracé sur la surface de la France serait de rendre réalisable la mobilisation de la garde nationale. Dans Tétat actuel des choses , cette mesure ne peut être effectuée sur une grande échelle sans entraîner de grandes destructions d'hommes et de richesses. On sait que, pour des troupes neuves , non -encore rompues au métier des armes , les fatigues , la longueur des marches , sont plus meurtrières que le canon ennemi. Les citoyens que les dangers de la patrie arrat:heraient à leurs travaux y après une marche de cent lieues , «uraieut laissé en arrière un tiers de leur monde } le reste , harassé , découragé y aurait perdu dans les fatigues la moitié de sa force morale. Que Ton calcule d'ailleurs les soufiSrances qu'éprouve l'industrie agricole et manufacturière par suite de Tabsence prolongée de la partie la plus active et la plus saine de la nation.

Tout change dans notre hypothèse. Quand l'instant du combat est arrivé , à un signal donné par l'autorité militaire , les gardes nationales sont transportées en un instant de toutes les parties de la France au lieu du danger ; elles y arrivent sans fatigue et sans avoir perdu un seul homme. C'est dans Tétat d'exaltation morale qu'aura développé la gravité des cifbonstances et que n*aura affaibli aucune douleur physique que Télite de la nation entrera dans la carrière des combats. Après une campagne de quinze jours elle reverra ses foyers. Ainsi s'évanouissent les principales difficultés qu'entraînent ces levées en masse , qui jusqu'ici n'ont pu être réalisées que sur une petite échelle, et qui , étendues à tout le territoire de la France, la mettraient en état de lutter contre le monde entier.

Mm» il sera rarement nécessaire de recourir à ce vaste déploiement de forces } les mêmes moyens de transport , aa ser* vice de l'armée de ligne , lai permettront de soutenir la lutte avec avantage contre des forces supérieures.

Pour développer cette idée il est nécessaire d'entrer dans quelques détails. Voici le plan que nous suivrons : nous supposerons des railways distribués sur la sur&ce de la France , conformément à Tensemblc des considérations commerciales et militaires qui dominent la question, et nous verrons le parti qae pourra en tirer l'armée nationale pour déjouer les plans d'invasion d'une puissante coalition.

Les lignes commerciales les plus fr^uentées sont dirigées de l'intérieur vers la capitale et les grandes villes du royaun^e; elles servent également de but aux entreprises de l'ennemi , et c'est d'elles que les armées nationales tirent leurs principales ressources. Les besoins du commerce et ceux de la guerre s'accordent donc pour faire diverger de ces points principaux les lignes de railways qui doivent sillonner la France. La défense de nos frontières en exige d'autres parallèles à leur développement 9 et qui étendront les relations commerciales qui existent déjà entre les riches départements du nord et de l'est.

L'ensemble de ces considérations nous a portés à proposer deux séries de railways t les uns convergent de Tintérieur du pays vers les villes principales , ce sont les railways du centre; Iqs autres sont parallèles aux frontières , ce sont les railways de la circonférence.

Les railways du centre joindront Paris au Havre et à Rouen, à Orléans , à Valenciennes « à Strasbourg ; Tours à Orléans , a Nantes , à Bordeaux et à Toulouse ; Orléans à Lyon et à Marseille. Les railwails de la circonférence joindraient Calais à Valenciennes ; Valenciennes à Verdun , sur le rail way de Paris à Strasbourg ; Strasbourg à Lyon; Marseille à Nîmes et Perpignan ; Toulouse à Baïonue.

Supposons maintenant les armées destinées à envahir la France pénétrant sur son territoire, comme en 1814, par Bâle, par Brisach, par Nanci, et menaçant la frontière de Flandre. L'armée française distribuée sur le rail way de la circonférencCi en regard des forces ennemiesi pourra en un din-d'œil se concentrer en un pointquelconque, et agir avec une supériorité décida con«

tre les corps opposes. Ici c'est l'armëe défensive qui prend sar son adversaire l'initiative des opérations; allure plus vive, plus hardie , tnieui en harmonie avec le caractère de la valeur nationale. Elle acquiert ainsi tons les avantages que Tëtat actuel de l'art de la guerre donne à celui qui attaque; rien ne peut faire prévoir le point de la frontière sur lequel porteront ses efforts , et dès Pouverture de la campagne les plans de l'ennemi se trouvent déconcertés par une série d'événements inattendus, dont il est impossible de prévoir les combinaisons, un jour il a toute une armée à combattre , le lendemain celleci est en mesure de livrer bataille à soixante lieues de là.

En vain objectera-t-on que l'ennemi pourra réunir toutes ses masses en un seul corps , car alors toute Tétendue des frontières occupées par l'armée offensive sera livrée sans défense aux courses de quelques corps détachés de îa garde nationale ou de l'armée de ligne , qui battront la campagne , lèveront partout des contributions , et, ayant une retraite ouverte sur les railways de la circonférence, seront en mesure de se trouver réunies aux masses principales sur les points décisifs. Il est impossible d'ailleurs de pourvoir long-temps à la subsistance de 600,000 hommes réunis en un seul corps d'armée , et cette considération contraindra toujours l'armée envahissante à partager ses forces eu plusieurs corps agissant séjiarément, et qu'il sera toujours possible de battre en détail.

L'importance militaire des railways delà circonférence portera peut-être à la rapprocher davantage du centre, afin de conserver plus long-temps à l'armée défensive les avantages qu'ils lui offrent , dans le cas où quelque échec l'aurait contrainte à rétrograder. Nous avons cependant préféré les faire circuler au milieu de la ceinture des places fortes qui garnissent la frontière , à cause de la facilité qu'ils donneront de les approvisionner et de faire concourir leurs garnisons aux opérations de l'armée active , et parce que leur position, plus rapprochée du territoire ennemi, rendra plus énergiques les moyens d'aggression qu'ils fournissent contre les forces dispersées de l'armée envahissante.

Pourtant , à moins de circonstances particulières , il sera bon de les placer à deux ou trois journées de marche de la frontière , afin de méhager au besoin le temps de réunir des

forces suffisautes pour 9'opposer aax inoursions des corps légers que l'enpemi ppuirr^t lancer pour détruire ou po«r détériorer les railwajssur quelque portion de leur étendue.

Autant que possible on les couvrira par des rivières « s'il en existe qui coulent à peu près parallèlement à la frontière. Le railway qui joiut Lyon à Strasbourg suivra le cours du Rhin jusqu'aux frontières de Suisse. On sent que le passage du fleuve deviendra presque impossible devant un corps d'observatioUv qui , à cheval sur le railway , pourra 9 au premier signal , se transporter en une ou deux heures sur le point où l'ennemi tente le passage , et jeter dans le fleuve les corps qui l'auront déjà effectué.

Revenons maintenant au système général de défense ^ et supposons que l'armée nationale , après avoir tiré tout le parti possible des moyens offensifs dont nous avons d^à parlé ^ soit contrainte de se retirer devant des forces supérieures : elle pourra d'abord courir les chances d'un combat , ayant à dos et à une petite distance le railway de la circonférence. Un jour de bataille , ce moyen rapide de communication lui donnera , sur une petite échelle y les mêmes avantages qu'il lui donnait a l'ouverture de la campagne sur les corps dispersés de l'euDe* mi. La distribution des forces sur toute la ligne de bataille pourra changer en un clin-d'œii; des corps considérables! transportés en un instant d'une aile à une autre , pourront fixer la victoire sur le point décisif. En cas d'échec , l'armée nationale, certaine de pouvoir prévenir Tennemi sur les points menacés de l'intérieur de l'état , en courant sur l'un des raiiwaysdu centre, effectuera sa retraite parallèlement à la frontière. Alors l'armée envahissante aura le choix, ou de pénétrer dans l'intérieur du royaume , en abandonnant ses communications , ou de suivre l'armée nationale dans sa retraite. Le premier parti n'est proposableque dans le cas où l'ennemi,, vainqueur en bataille rangée , et attendu dans la capitale par un parti puissant prêt à lui ouvrir ses portes, serait certain de terminer la guerre en quinze jours. Le succès d'un moyen quelconque de résistance suppose la bonne volonté de se défendre ; si elle n'existe pas , il faut courber la tête sous le joug.

Le second parti aura pour effet d'attirer l'ennemi le plus loin possible du centre de Tétat , sur un terrain couvert de

pUc9s fortes , qiiî oorriront «n vaste champ aux oombinaisons défensives , et perotettront de tnâner la guerre en longueur ^ en offrant à Tannée nationale des chances toajonrs renaissantes de soccès.

Dans cette seconde hypothèse le but de la défense est parfaitement atteint , l'intérieur de l'état est préservé des maux de la guerre. Indépendamment des dî£Eîcnlt& que rencontre Tennemi sur son front d'opération » sa ligne d'opération , parallèle, à la frontière II est menacée par les railways du centre et par ceux de la circonférence qu'il n'a pas encore occupés ou détruits.

Pour ajouter à l'évidence des considà^tions qui précèdent, nousaltons les appliquer à un nonvel exemple. Supposons que, malgré les difficultés que présente l'entretien d'une armée immense concentrée sur au seul point, et le danger de livrer sans défense une grande partie de ses frontières , l'ennemi réunisse toutes ses forces et pénètre sur le territoire français par Sarrebruck , se dirigeant sur Nanci. L'armée française, après avoir épuisé les moyens de ràistance qoe nous avons indiqua, effectuera sa retraite , à cheval sur le railway de Strasbourg à Paris, jusqu'à Verdun; si l'ennemi possède des machines locomotives, à l'aide desquelles il puisse utiliser 4es railways qu'il aura occupa , l'armée française les détruira en se retirant , sinon il est probable que l'ennemi ne manquera pas de le faire pour ôter à ses adversaires les moyens qu'ils lui donneraient d'agir plus tard sur ses communications. Arrivée à Verdun, où le railway de la circonférence venant de Valenciennes s'embranche sur celui du centre qui mène à Paris, l'armée de ligne , dans le cas où la disproportion de force ne serait pas trop considérable et où la capitale offirirait des chances de résistance, jetterait un corps^léger sur le railway du centre qui se dirige vers Paris , et effectuerait sa retraite sur le railway de la circonférence. L'ennemi serait obligé de la suivre , et lu guerre continuerait au milieu d'un pays couvert de places Ibrtes. Toutes les garnisons depuis Verdun jusqu'à Dunkerque appuieraient les opérations de l'armée de ligne, qui communiquerait avec elles et recevrait ses renforts et ses munitions tant par le railway de la circonférence que par celui qui va de Paris à Valencieunes. D'autres corps lancés sur les railways

de la circonférence > allant de Lyon à Strasbourg, composa de gardes nationales des provinces qu'ils traversent, et appuyés par les garnisons des places fortes , auraient ordre d'inquiéter ses communications et de se retirer devant des forces supérieures. Enfin , les gardes nationales de Paris , de la Normandie et des provinces de l'Ouest , réunies sur le raîlway de Paris à Verdun , auraient les mémfss instructions. L'armée ennemie serait donc obligée de détacher deux grands corps , l'un vers Strasbourg, l'autre vers Paris, pour couvrir ses communications, et de gaerroyer avec le reste contre l'élite des forces nationales avec les chances les plus défavorables.

Si l'ennemi, se confiant sur des forces immenses, après avoir détaché deux corps, l'un sur Strasbourg, l'autre sur Mézières, marchait résolument sur Paris, l'armée de ligne le suivrait par une marche parallèle , ayant sa retraite ouverte sur le railway de Yaleuciennes à Paris, le préviendrait sur ce point décisif, et, au premier échec éprouvé par l'ennemi, se trouverait en 24 heures transportée par le même chemin sur ses communications, battrait le corps d'observation , et, s'établissant sur la ligne de retraite , ne laisserait à l'armée envahissante aucune chance de salut.

Ici se présente la question souvent agitée par les militaires et presque toujours résolue par l'affirmative : Est-il nécessaire de fortifier Paris? Quant à nous, nous ferons remarquer seulement que les railways qui joindront Paris aux provinces, permettant aux nombreux corps de garde nationale qu'ils four* nissent de se porter rapidement sur le point menacé, offrent un moyen nouveau de défense qu'il faut faire entrer en parallèle avec des citadelles , des redoutes , des camps retrancha. Les avis peuvent être partagés sur leurs avantages relatifs. Nous croyons que les services que les railways sont appelés à rendre pendant la paix doivent les faire préférer. Il faut observer en outre que, si les environs de Paris devenaient le théâtre d'une lutte sérieuse, les nombreux railways que les besoins du commerce doivent faire circuler autour de la capitale pour établir une jonction entre ceux qui divergent de ce point central donneront à un général habile, chargé de la défense, des chances immenses de succès, en lui permettant de transporter en quelques instants de nombreuses réserves sur les points décisifs.

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