‹ Notices sur les dictionnaires géographiques arabes: et sur le systèmeChapitre 4 sur 5 · tezzahat temerouin neuf-dix · texte numérisé non relu

tezzahat temerouin neuf-dix

M. Hanoteau , malgré la facilité de sa position et rétendue de ses recherches , n a pas eu connaissance du fait signalé par M. Letourneux. A son tour M. Letourneux, ne connaissant pas le système de numération employé maintenant par la nation berbère en général , n a vu dans le fait observé par lui qu'un fait isolé. Maintenant Ton peut se considérer comme fixé sur le système primitif des indigènes. Ce système était le système quinaire; il est encore employé chez les Wolofs ^ et d autres populations du Sénégal ^; il n a cédé qu'à la longue, sous la pression de t'influence arabe. Dira-t-on que ce sont les habitants des oasis, qui, sous l'influence des Wolofs ou de toute autre population nègre , ont substitué le système quinaire au système décimal? Mais alors pourquoi , chez les Touareg , les quatre unités qui suivent le nombre cinq sont>elles exprimées par des déno-

* Voyez la Grammaire de la langue woloffe, par M. Tabbë Boilat , p. 38 et suiv.

* Tels sont ies Poular du Fouta; mais on retrouve ie système décimal chez les Soninké de Bakel. (Voyez XAwmaire da Sénégal, par M. le colonel Faidherbe, pour Tannée 1860, p. 1 1 a et a^o. Saînt- Louis, 1 vol. in- 13.)

minattôns arabes , et {jourquoi n y en a-t-il aucune qui appartienne au langage des populations indigènes?

Maintenant qu*on a un exemple de faction exercée par les Arabes sur le langage ^es Berbers , sur lin point aussi essentiel que la numération, on aura nK>ins de peine à admettre un influence analogue sur d'autres points. Qu est-ce qui empêché d'admettre qu'à l'époque où les indigènes se civilisèrent, ils introduisirent dans leur langage des mots et des formes qui appartenaient au langage plus cultivé des vainqueurs? Mais si l'action étrangère est incontestable, on ne peut pas se refuser à croire qu'antérieurement à toute influence il y avait, dans le nord de l'Afrique , un langage propre aux indigènes , un langage plus ou moins imparfait , mais qui se sufiisait à lui-même.

J'ai dit ailleurs que cette influence , à laquelle j'ai toujours cru , remonte peut-être au temps du roi Massini5sa^ époque où les Numides se civilisèrent . et ^'elle s'exerça sous une inspiration carthaginoise. Ici l'Influence, est plus moderne ; c'est l'ouvrage des disciples de ]V^opQtet. ^n effet, si les mots sont sémitiques, les formes sont arabes.

Je ferai une autre observation ; mais ici c est une simple conjecture. Dans le tableau de M. Letourneux, le nombre deux est rendu par tzem, tandis que M. Hanoteau écrit 5m. Si la leçon de M. Letourneux est ia bonne , on peut supposer que la forme

* Voyez mon Rapport sur VEssai de Grammaire habile de M. Hanoteau.

J. As. Extrait n' 9. (1860.) à

touareg reproduite par M. Hanoteau en est une altération amenée par les rapports incessants avec les populations arabes. Quant au mot semmous , employé par M. Hanoteau pour exprimer le nombre cinq, au lieu de fous , dont M. Letourneux â fait usage , et qui , suivant la remarque de M. Hanoteau , exprime le nombre des doigts de la main , serait-ce aussi une altération de Tarabe khams ?

Lettre adressée a M. Rbiradd par M. Hanotbad , chef de bataillon du génie et commandant supérieur du cercle de Drâel-Mizan , en Algérie, au sujet de la notice qui précède.

Dr& el-Mizan , le 29 octobre 1860.

Monsieur,

J'ai reçu hier votre lettre du 17 octobre dernier; quelques jours auparavant j*avais trouvé ici , à mon retour d'un voyage à Alger, Dellys etTiziouzou , le programme du concours Vol< ney où il est parlé de moi et Tépreuve de votre notice..

Je suis heureux de pouvoir vous confirmer la vérité du fait observé par M. Letoumeux et signalé par vous à l'Académie des inscriptions; il m'avait échappé, comme bien d'autres , sans doute. Les indigènes ne vont guère au-devant des questions; le hasard seul aurait donc pu me mettre sur la voie ; mais il ne m'a pas servi en cette circonstance. Une fois mon attention éveillée , il m'a suffi d'interroger le premier Mozabî que j'ai rencontré, pour apprendre de lui que, dans son pays , lorsque les gens ne veulent pas être compris des étrangers , ils emploient pour les nombres cinq, six, sept, huit et neuf, les dénominations indiquées par M. Letourneux; ils disent donc :

Page 1