DES PRAIRIES ET PATURAGES
On a dû remarquer que tout cultivateur qui a de nombreuses et belles prairies est toujours un cultivateur à l'aise. Avec beaucôup de foin on nourrit beaucoup d'animaux ; les animaux donnent des engrais, les engrais, des légames ;la culture des légumes nettoie la terre ete. Le foin finit toujours par se vendre et c’est la récolte qui coûte le moins, surtout quand on a comme aujourd'hui à de si bonnes conditions les faucheuses, les rateaux à cheval, les chargeurs et les fourches mécaniques, Nous devons donc faire des prairies ; tous nos efforts doivent done tendre à rendre notre terre propre à produire le foin en plus grande quantité de jour en jour. Quand notre terre sera en cet état, nos autres récoltes seront bonnes, généralement, si
nous sommes diligents et si nous suivons de bons assolements : |
car qui dit prairie dit foin, et qui dit foin dit tout. C’est l'opinion de tous les peuples jusqu’à ce jour.
Tous les sols peuvent faire des prairies, si on les traite convenablement, quoique à ‘rai dire ils n’y soient pas tous également disposés. Sont-ils légers ? il faut les fouler par la culture et le bétail et les rendre plus humides, Sont ils trop humides ou trop tourbeux ? il faut les dessécher, Sont-ils argileux ? chaulez, drainez, mettez des matières propres à les diviser, à les rendre plus friables, plus amoureuses, comme disent les Allemands, Nettoyez-les des mauvaises herbes, fumez, cultivez, puis semez. C’est de la dépense, du travail, il est vrai, mais le résultat vous paiera amplement,
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Les prairies demandent plus de fraicheur que les terres arables, et les terrains de plaine produisent plus en fourrages que les autres ; aussi est-ce dans les vallons, dans les coteaux garnis de sources, qu'en cherche généralement à établir des rrairies, le long des cours d’eau et là où le terrain est bas et humide ; mais il faut cependant que l’eau puisse s'en aller facilement.
Quelques-uns s’en rapportent aux inondations, aux égouts qui descendent de chez le voisin, pour l’engraissement de leurs prairies naturelles ; ils n’ont jamais d'engrais pour ces terrains ; suivant leur manière de voir, ce serait du luxe que de les fumer, Quand le troupeau d'animaux qui va paitre après la récolte rest pas très grana, les bestiaux fument et l'herbe se soutient ; mais il serait bien mieux d’y laisser pousser et pourrir le regain ; ce qui formerait un fumier et une protection contre les gelées. Nous l'avons déjà dit : mettons de temps en temps, même sur nos prairies naturelles, un peu de fumier pourri et grattons-les à la herse de fer pour détruire les mousses et rafraichir la terre,
Les terres sablonneuses, argileuses et d’alluvion, qui se sont déposées à la longue dans le voisinage des rivières (mais je ne parle pas de sables secs le long du fleuve, en bas de Québec) sont, dans mon opinion, les meilleures entre toutes pour faire des prairies naturelles. Les terrains calcaires brûlants ne conviennent aux prairies qu'autant qu’on y peut faire passer de l’eau ; elles donneront alors une herbe excellente : les sables un peu humides poussent quelquefois très bien le foin.
Pour faire une prairie permanante, c’est à dire de plusieurs années (car il y a peu de terrains qui puissent être constamment en prairie sans labour) il faudrait observer les prescriptions suivantes :
Quand votre terre sera bien assainie et bien égouttée, mettez-là en parfait état de culture, Si elle est enfriche, vous lui donnez un labour peu profond sur lequel vous semez du lin ou de l'orge; une seconde année, un labour plus profond avec
orge ou avoine et graine de foin. Vous herserez énergiquement et roulerez afin de bien unir le terrain, Une récolte de patates avant l’avoine serait aussi L bon moyen de nettoyer le terrain æ de l’'ameublir.
Sur les coteaux sujets à se laver, sur les terrains bas le long des rivières où l’eau du printemps peut raviner (miner) ou enlever le labour (et c'est là qu'il faut généralement faire la prairie permanente), je mettrais par arpent les graines suivantes : 4 à 5 livres de mil (Timothy) 2 à 24 livres de trèfle rouge commun, une livre et demie de trèfle alsique avec quelques livres de poa ou patuwrin des prés et aquatique (blue grass et water meadow grass), de paturin des bois (wood meadow), et de fétuques. C'n aura ces graines chez tous les grainetiers des grandes villes, s on ne peut pas en faire de bonnes soi-même. Quand on sème des graines de prairies, on doit semer d’abord les graines pesantes comme les trèfles, puis les légère: car les pesantes et les légères semées ensemble ne se répandront pas conuveuablement,.
Vos graines, comme vos animaux, doivent toujours être de bonnes espèces ; ne répandez jamais sur vos prairies les poussiers de foin que vous tirez de vos granges ou de vos fenils ; il s'y trouve toujours trop de manvaises graines, Voyez toujours à ce que la graine de foin que vous semez soit nette, car une fois votre champ empesté vous en pleurerez. Ceux qui peuvent récolter eux-mêmes leur graines de mil et de trèfle s’épargnent beaucoup d'argent.
Pour faire des prairies artificielles ou temporaires devant faire partie des rotations dont nous avons parlé plus haut, j'adopterais les graines suivantes, si je voulais faire du foin pour le marché, à part celui qui se dépenserait à la ferme, savoir : 5 à 6 livres de mil (Timothy), 2 Ibs de trèfle rouge et une couple de livres de trèfle alsique par arpent. La première année, le trèfle dominera ; mais la seconde et la troisième, ce sera le mil, Si le foin est pour être tout employé à la nourriture de mes animaux,
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aux grains que je viens de nommer je mêlerais soit du trèfle jaune soit du paturin des prés (Blue Grass). Employez un minot de dactyle pelotonné (orchard grass), avec 4 à 5 livres de trèfle rouge, si vous voulez faire un excellent pacage ; ces deux espèces de grainés réunies feront aussi un excellent foin bon à couper de bonne heure, car ils murissent ensemble avant les
autres et demandent à être coupés quand ils sont encore en fleurs. ï
Dans les terrains plus propres à l’avoine qu'à toute autre.
semence, où ce grain vient très fort et où par conséquent il nuit à la pousse de la graine de foin, je n’ai eu qu’à me féliciter, pour ma part, d’avoir, en été, semé du mil, du trèfle et de l’orchard grass ensemble, après avoir fait un bon hersage et, pardessus la graine, un bon roulage, mais sans grain. La première année j'ai récolté, fiu de septembre, une excellente herbe que je dorinai à mes vaches matin et soir, pour suppléer aux herbes tendres qui manquaient dans les pacages ; l’année suivante, le mil devint superbe, et il l’est encore. Il faut ajouter aussi que ‘avais mis en couverture la première année une légère couche
le fumier pourri que j'avais étendu avec une herse de broussaili:s et écrasé avec le rouleau.
Pour l'usage des animaux de la ferme, je suis convaincu que les foins mêlés (et quand je dis mêlés, je ne parle pas seulement du mil et du trèfle, mais de plusieurs autres espèces qui poussent naturellement ou qu’on y peut ajouter), sont préférables au mil seul, quoi que pour le marché cette dernière espèce de foin soit bien plus en vogue, surtout dans les villes. Y a-t-il, par exemple, un foin sec plus succulent et qui puisse mieux entretenir les vaches à l’étable que celui qu'on appelle {a rouche, quand elle est sauvée en bon ordre ?
Je crois ne pouvoir mieux faire ici que de citer M, de Dombasle dans son Calendrier du Cultivateur :
“ Le premier soin doit être d'amener le sol, par des engrais, au meilleur état de fertilité possible, et de le nettoyer parfaite-
ment des plantes nuisibles ; sans cela, il n’y a aucun succès à espérer. Cette condition n’est pas onéreuse à remplir puisque dans presque tous les cas on peut y parvenir par la culture des récoltes préparatoires qui payent bien elles-mêmes les engrais et les soins qu’on leur consacre. C’est toujours dans la récolte de grains qui suit immédiatement une récolte sarclée et fumée qu'on doit semer la nouvelle prairie. Si la culture qu’a précédé la récolte sarclée a été bien dirigée, de manière à ne pas trop épuiser le terrain et à ne pas le laisser infester d’herbes nuisibles, le succès est à peu près infaillible ; on aura dans peu de temps une aussi bonne prairie que la situation du terrain peut le permettre. On peut semer la graine de pré, soit à l’automne, soit au printemps ; dans le plus grand nombre de circonstances, le moment le plus favorable est au mois de mars ou d'avril (en France) avec l’avoine ou l'orge, etc, ou en février ou mars sur un blé d'hiver, en enterrant très peu la semence dans tous les cas. Cependant si l’on veut semer la prairie seule, il vaut mieux le faire dans le mois de septembre....(Ici, au Canada je choïisirais août au lieu de septembre.) Mais comme on doit supposer qu’il est question d’un terrain fort riche, puisqu’on le destine à former un pré, on doit prendre des précautions pour éviter que la céréale ne soit trop épaisse, ce qui pourrait étouffer les jeunes plantes, et surtout qu’elle ne verse, ce qui les ferait infailliblement périr, On doit donc semer très clair la céréale qu'on destine à être associée à une jeune praitie. Un, très bonne combinaison consiste à faucher pour fourrage vers l’époque de la floraison, l’avoine dans laquelle on a semé des graines de prés. Le terrain offre aussi une production abondante de fourrage dès la première année, et la jeune prairie, ayant de l'air de bonne heure, se garnit bien à l'automne.
Les graines de pré étant en général très peu volumineuses, ne veulent être que très peu enterrées ; ainsi, si on les sème seules, on égalisera bien d’abord la surface du terrain par des hersages ; on répandra ensuite les semences qui ne seraient cou-
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“ Avec ces soins, on est à peu près sûr d’avoir, dès l’année suivante, une prairie garnie. Soit qu'on la destine à être paturée ou fauchée, on fera bien de la faire pâturer par les moutons la première année, c’est-à-dire celle qui suit celle de la semaille ; il ne faut pas craindre qu’ils y fassent de tort ; au contraire, rien no contribue plus à faire taller les graminées et à épaissir l'herbe, que de la faire brouter bien ras par les moutons : si on les y mettait l’année même de la semaille, on ferait an grand tort à la prairie, dans beaucoup de cas ; mais, l’année suivante les plantes sont assez fortes pour n'être pas déracinées, et alors plus elles sont broutées près du collet, plus elles repoussent de tiges. On doit considérer cette pratique comme le meilleu moyen de former de bonnes prairies. Les années suivantes, on fauchera ou on pâturera cette prairie, selon les ennvenances de l'exploitation,” (Dans ces cas je ne ferais pas pacager les prés
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de mil tard à l'automne).
être utile à plusieurs :
Voici une nomenclature qui devra