‹ Notions d'agriculture [microforme]Chapitre 60 sur 139 · DE LA VARIÉTÉ DES ENGRAIS · texte numérisé non relu

DE LA VARIÉTÉ DES ENGRAIS

Le sujet des engrais est de la plus haute importance dans la culture pratique, car il est la base de tous les efforts qui tendent à l'amélioration, On le comprend mieux qu'autrefois, grâce aux efforts des agriculteurs scientifiques réunis aux essais des agriculteurs pratiques. Il y a cependant certains points dont on ne fait que peu de cas, bien qu'ils soient parfaitement établis. Un des plus importants c’est que pour l’engraissement du sol la quantité ne vaut pas la qualité. L'introduction du guano (fientes d'oiseaux de mer accumulées depuis de longues années sur certaines côtes ou certaines iles (les côtes du Labrador, l'ile aux Œufs etc., mais surtout dans l'Amérique du sud), et d'autres fertilisants similaires, comme les superphosphates (certains os et rocs pulvérisés et décomposés au moyen de l'acide sulfurique), les nitrates de potasse et de soude, ont merveilleusement contribué à l'éducation agricole sous ce rapport. Des habitants, dans les vieux pays, aux Etats-Unis, en Ontario et dans quelques parties de cette province de Québec, ont été tellement étonnés des résultats obtenus de quelques cents livres de ces engrais, que dans certains quartiers on leur donne en certains cas une valeur même plus grande qu’à celle des fumiers d’étable. Le fait que ces fertilisants concentrés, généralement appliqués avec la semence, ont des effets immédiats, ne démontre pas leur supériorité, excepté toutefois pour la seule récolte à laquelle on les a appliqués. Le cultivateur qui est, comme c’est presque partout le cas sur ce continent, propriétaire du sol qu’il cultive, est intéressé non seulement à en retirer des profits immédiats et à augmenter la fertilité de sa terre, mais encore à la maintenir

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dans cet état de fertilité, Il est donc à propos que ce cultivateur sache parfaitement quelle est la valeur comparative des fumiers d’étable résultant des différents aliments de ses diverses espèces d'animaux.

Il y a une plus grande diversité dans la valeur des fumiers d’étable qu'on le suppose généralement, et cela ne dépend pas seulement de la quantité ou de la qualité des litières qu'emploie le cultivateur, mais plutôt des déjections animales elles-mêmes. Un cheval qui ne fait rien et qui est bien nourri à l’étable fait passer plus de valeur fertilisante dans ses excréments que lorsqu'il est nourri de la même manière et qu’il travaille fort. Les matières nitrogéneuses et phosphatiques, qui sont d’une si grande valeur pour toutes les plantes, sont précisément celles que retient l'animal pour réparer les pertes que font ses muscles et ses os pendant le travail. Une différence égale et invariable existe dans le fumier, suivant la valeur et l'espèce de la nourriture dont il est fait usage. Il ne s’en suit pas qu’une nourriture qui engraisse beaucoup fasse toujours un fumier riche : il y a peu d'éléments plus propres à l’engraissement que le sucre ; mais eomme le sucre est seulement du carbone, il ajoute peu à la valeur du fumier, quoiqu'il aide beaucoup à la formation rapide du gras. Des tourteaux de lin font de bons fumiers, car non seulement l'huile qu’ils contiennent contribuent à l’engraissement, mais ils sont de plus riches en phosphate. Les cultivateurs en Angleterre sont devenus riches, ou, ce qui est la même chose, ont enrichi leurs terres, en nourrissant leurs animaux à l'engrais avec des tourteaux de lin. L'huile, qui est de peu de valeur comme fumier, forma le gras des moutons et des bêtes à cornes, pendant que la principale partie du meilleur des fertilisants fut rendue à la terre.

Nous avons d’autres espèces de nourritures qui coûtent moins cher que les tourteaux de lin, et qui, pour la production du fumier, ont presque on tout autant de valeur que ces tourteaux. Parmi toutes celles qu'on comprend le moins, il y a le son de blé et les grus, moulées ou farines grossières mélangées —

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(en anglais : coarsé middlings). Ces parties de grains sont très riches en phosphates et ont comparativement peu de valeur pour l’engraissement, mais elles en ont bien plus qu’on ne le croit généralement pour les bêtes de somme qui sont soumises au travail, L'expérience a démontré qu’un mélange de son de blé et de blé d'inde moulu forme une bien meilleure nourriture pour des chevaux de travail que le blé d’inde seul. Ce n’est pas seulement parce qu’il délaie ou affaiblit le blé d'inde, qui de sa nature est une aliment si bon mais si échauffant, que parce que le son de blé est plus riche en nitrogène et beaucoup plus en phosphate que la farine de blé d'inde. Le temps viendra certainement où, dans certaines parties du pays, les cultivateurs de progrès, non seulement mettront leurs soins à nourtir leurs animaux de manière à leur faire produire plus de lait, plus de laine, plus de graisse ou de viande, maïs encore à leur faire donner un fumier plus riche. Dans beaucoup d’endroits du pays le plus grand profit de la nourriture des animaux devra consister dans le tas de fumier. Plus ces faits seront mieux connus, plus la valeur de certains aliments propres à la production du fumier attirera l'attention ; car on fera alors la distinction de leurs qualités afin d'arriver plustôt et plus sûrement à l'ausmentation des produits de la ferme, et l’on reconvaîtra qu’une économie bien entendue demande une telle pratique.

Du son comme engrais. Ceux qui ont essayé le son appliqué directement comme engrais ont trouvé qu'il était aussi bon que les meilleurs engrais commerciaux pour les patates et le blé d’inde etqu’il coûte bien moins cher. J’en ai fait moi-même l'essai et j'ai constaté le même fait.

La sciure de bois employée comme litière pour les chevaux, fait un excellent engrais, particulièrement pour le céleri, certaines autres plantes de jardin et dans les terres fortes.

Des cendres de charbon répandues sur le pavé de l’étable absorberont les déjections liquides, empêcheront les animaux de glisser et de tomber, seront picorées avec délices par les

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poules et pourront ensuite être avantageusement seniées sur le sol. Elles vont aussi très bien avec les déjections humaines.

Des cendres et des os combinés. Le docteur américain Nichol donne les quantités exactes qu’il faut pour réduire en pondre les os avec de la cendre etc. ‘“ Concassez, dit-il, cent livres d’os en petits fragments, placez-les dans une boite ou une cuve étanche avec cent livres de bonne cendre de bois à laquelle vous aurez mélangé 25 Ibs de chaux éteinte et sèche et 12 lbs de sel de soude (salsoda) en poudre ; saturez la masse avec vingt gallons d’eau et plus, si c’est nécessaire. Au bout de deux ou trois semaines les os seront assez tendres et mous pour être étendus sur le plancher de l'aire ou de la battérie, à la grange, et pour être là encore mêlés à deux minots de bonne terre, ou, ce qui serait préférable, à de la poussière de chemin. Le tout formera un engrais.précieux et facile à employer.” ,

Engrais Jauffret. Cet engrais fut inventé par un nommé Jauffret, paysan français. “Cet homme, dit Joigneaux, se demandait s'il n’y avait pas moyen de faire artificiellement du fumier qui se rapprochât de celui que les bêtes font naturellement avec la litière. Ce n'était pas commode. Il essaya néanmoins : il mit dans un même tas des pailles, des herbes, des fougères, des genets, des balles de grains, des feuilles, tout ce qui lui tomba sous les mains, et, sur ce tas de végétaux verts ou secs, il versa de l’eau de sa composition, qu’il appelait sa lessive, Ainsi pour convertir en engrais 1000 livres de paille ou 2000 livres de végétaux de toutes sortes, il fit sa lessive avec 200 livres de matières fécales et d’urines, 50 livres de suie et 400 livres de plâtre en poudre, 60 livres de chaux vive, 20 livres de cendres de bois non lessivées, 1 livre de sel marin, 10 onces de salpêtre raffiné et 50 livres d’eau de fumier, Au bout de quelques jours les herbes s’échauffèrent et fermentèrent, donnant de la chaïeur à n’y point tenir la main, fumant et exhalant, dit-on, l'odeur du fumier tiède qu’on sort de l'écurie, Et à mesure que la fermentation augmentait, Jauffret arrosait pour s’en rendre maître. Une quinzaine de jours après, et même

moins, le fumier était obtenu bon à conduire aux champs. les essais de Jauffret réussirent ; on le flatta, on le vanta, on lui donna des médailles et on lui tourna la tête à force d’encens. Le brave homme recueillit beaucoup de gloire, mais son engrais convenait surtout aux terres légères et calcaires.”

Joigneaux offre une formule d’engrais plus facile :

“ Vous mettrez, dit-il, dans un baquet d’eau de fumier de la chaux, un peu de plâtre en poudre, de l’urine d'homme, des cendres de bois, quelques poignées de salpêtre et un peu de sang que vous prendrez chez le boucher ; un peu plus de lun, un peu moins de l’autre, c'est égal ; vous aurez une bonne lessive. Vous la remuerez avec un bâton et la verserez sur votre tas d'herbes après l'avoir serré, foulé de votre mieux. La fermentation se produira, les herbes s’échaufferont, la vapeur sortira, et quand votre main n’y tiendra plus, vous arroserez fort avec de l’eau de fumier tout simplement ou avec de l’eau de puits. Et au bout de quinze jours ca trois semaines, vous aurez l’engrais végétal Jauffret. Mais si vos terres sont argileuses, froides, fortes, humides, n’en faites pas.”

Engrais que peut faire tout cultivateur.

Ce qui suit est tiré de l'Ohio Farmer : Jetons un coup d'œil sur la cour etles étables en général, — sur une de celles qu’on voit le plus souvent. Ici, c’est un gros tas de fumier de cheval qui fume comme s’il était en feu. Là, c'est un tas de fumier de vache quiest tout gelé et où les litières ne pourriront pas avant l'été. Là encore, c’est un amas de tiges de blé d’inde sèches ou de vieilles pailles qui sont dans le même état qü’à l'automne. Dans un coin de la cour se trouve une meule de paille autour de laquelle se tient le bétail et qu’il tire à terre ; ane épaisse couche de paille est répandue tout autour et les animaux la foulent sous leurs pieds, quand, à une verge ou deux seulement de la meule, on voit la terre nue ou quelquefois de la neige. La seule place qui soit disposée pour le fumier est le

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coin de la cour où l’on donne à manger aux animaux dehors. Maintenant je laisse à mes lecteurs à juger si ce n’est pas là l'aspect de la majeure partie des devantures d’étables et des granges en hiver. C’est 1à que les cultivateurs sont blâmables. I] en coûte peu de tenir la cour de nos étables dans un ordre convenable quand on le veut. Demandez à ce propriétaire négligent s’il n’aurait pas le temps durant l’hiver de mieux ordonner le devant de ses bâtiments ? Il vous dira: non et que c'est assez bien comme cela. Un grand nombre de cultivateurs ont des jours de loisir en hiver ; ils pourraient certainement trouver quelques heures pour y mettre ordre. Consacrons de temps à autre une couple d'heures pour mettre nos cours en ordre et nous verrons à l'automne suivant que ce travail n’a pas été inutile. Prenez une fourche tous les deux ou trois jours, faites le tour de la meule et couvrez avec de la paille tombée les endroits où la terre est nue. Jetez-en où le fumier est mince ; les bestiaux le fouleront partout aux pieds, feront de cette paille un meilleur fumier et amélioreront la qualité de celui qu’il y a déjà à ces endroits...

(Ce systême de faire du fumier dans les cours, paddock, shelter shed etc., ne saurait être approuvé partout dans notre province, surtout par les grands froids et les neiges de nos hivers.) Jetons maintenant un coup d'œil sur Îa litière des vaches et des chevaux : Vous avez vu comment À & B, s’y prennent pour amasser les engrais liquides dans des tonneaux ou des réservoirs; mais vous dites que vous ne pouvez pas en faire autant, Voici alors ce que vous pouvez faire : allez à cette meule de paille et prenez-en abondamment pour en faire un bon lit à vos animaux. N'ayez nas peur; faites leur lit épais, surtout par derrière, afin qu’il recueille toutes les déjections. Quand vous nettoierez et ferez le train, vous n’ôterez pas toute la paille, mais seulement celle qui sera sale, et, à la place, vous mettrez de la nouvelle paille nette. Le résultat sera que vous aurez sauvé presqu'’autant d'engrais liquide que vos confrères A. & B.et vous n'aurez pas eu la peine de faire ce que vous

redoutiez tant, De plus vos animaux auront eu l'avantage d’avoir un bon lit pour dormir, et, au lieu de paraitre comme des masses de fumier ambulantes, comme c’est le cas pour ceux qui n’ont pas eu assez de litière dans l'hiver, ils sortiront nets de l'étable et généralement gras. Il y a bien des gens qui n’ont pas assez de paille pour en faire un aussi grand usage; à ceux-là je dis : allez au plus prochain moulin à scier le bois, ayez du bran de scie et servez-vous en comme litière ; cette sciure de bois absorbera les liquides presque aussi bien que la paille et fera une bonne litière. Combien d’autres choses pourraient encore remplacer la paille comme litière, si on regardait autour de soi l'automne, je parle des feuilles d'arbres, des fougères etc,

Maintenant, chers compatriotes, ceux qui parmi vous ne voudront pas où ne pourront pas avoir recours aux engrais commerciaux, essayez de mon plan quant au fumier d’étable, et voyez comme vous pouvez en auginenter la quantité et comme vous feriez par ce moyen croitre les profits de votre terre ! Ouvrons donc les yeux l'hiver et entourons nos animaux de soins constants jusqu’à ce qu’ils sortent de l’étable au printemps car d’autres soins reclameront alors notre attention.

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