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ENGRAIS CHIMIQUES

Le Figaro de Paris du 10 octobre dernier contenait un excellent écrit à propos de ces engrais et particulièrement sur la méthode de Georges Ville, Il prétend que les 200,000 espèces végétales, connues des botanistes, ont une identité absolue de composition chimique ; si elles diffèrent entre elles ce n’est pas en raison de la nature ou de la provenance des éléments qui les constituent, c’est en raison de l’ordre dans lequel ces éléments

sont associés, de leur proportions respectives et de leur mode d’agencement. Reste à savoir de quels éléments primitifs le travail mystérieux de la végétation se sert pour produire les diverses plantes ou végétaux. L'eau se compose d'oxygène et d'hydrogène ; l’air d'azote et d'hydrogène ; ce qui revient à dire: d'oxygène et de nitrogène ; (1) le sel de cuisine, de chlore et de sodium.

De quoi se compose un végétal ? De quatorze éléments, répondent les chimistes, dont voici l’exacte et définitive nomen:clature :

Eléments minéraux.

(Se dissipant quand on brûle ja plante, en vapeur, gaz ou fumées) : 1 Carbone, 2 Hydrogène, 3 Oxygène, 4 Azote=Quatre.

Eléments Organiques.

(Survivant, à l’état de cendres, à l’incinération du végétal) : 1 Soufre, 2 Acide phosphorique, 3 Chlore, 4 Silice, 5 Fer, 6 Manganèse, 7 Magnésie, 8 Chaux, 9 Soude, 10 Potasse=Dix.

Ces quatorze éléments ne se séparent jamais ; ils sont la trame essentielle de tous les végétaux. Mais les végitaux

(1) L’azote est un gaz incolore, sans odeur ni saveur, qu’en Allemagne, en Angleterre, en Danemark, aux Etats-Unis et quelques autre pays on appelle nitrogène, qui engendre le nitre, parcequ’il forme avec l’oxv. gène un acide, l’acide azotique, surnommé aussi acide nitrique, qui, en se combinant avec la potasse, forme l’azotate de potasie, appelé communément nitre ou salpêtre,

Ce sont les composés, dans lesquels entre le gaz azote qui s’y est incorporé, qui peuvent servir d’engrais pour la terre ou d’aliment soit pour les plantes soit pour les animaux. Par lui-même, comme corps isolé, Pazote ne peut servir à cette fin; il est inactif. Les sangs, la viande, les débris de laine, de peaux, les os non calcinés, les tourteaux oléagi. neux, le guano, sont des engrais azotés. Dans le cours de cet ouvrage l'auteur s’est plutôt servi du mot nitrogène que du mot azote, parce qu’en ce pays on a plus occasion d’étudier les livres et journaux d’agriculture anglais que français.

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n'étant pour ainsi dire que de l’humidité condensée et de l'air épaissi, le chimiste agriculteur en élimine, dans la réalité pratique, 97 pour 100 - ces 97 pour 100 se tirant de l’atmosphère, de la terre de quelque nature qu’elle soit et d’eau pure— pour ne s'arrêter, quand il s’agit d'engrais, qu'à QUATRE éléments : l'azote, l'acide phosphorique, la potasse et la: chaux — seulement TROIS pour cent! Mais de ces quatre éléments il n’y a pas, moyen de se passer ; ce sont les fertilisants par excellence, l'engrais complet, le véritable sel de la terre. Associées en doses convenables, ces substances fertilisantes nous donnent de quoi satisfaire pleinement aux exigences de la végétation. Nous pouvons fabriquer des plantes à volonté dès que nous connaissons les proportions exactes qu'il faut appliquer à chaque espèce.

Voilà en quelques mots la synthèse végétale, la doctrine des engrais chimiques.

L'élément dominant pour le blé est l'azote, pour les patates, la potasse ; avec le maïs ou blé d'inde, c’est l'acide phosphorique. [Inutile ou à peu près de leur donner l'élément qui n’est pas leur élément directeur. Inutile, évidemment, de leur donner l'oxygène, l'hydrogène et le carbone qu’elle trouvent dans l'air : inutile également de leur donner du soufre, de la soude, de la magnésie, du chlore, du manganèse, de la silice où du fer, puisqu'il y en a toujours assez dans le sol ; mais il faut ajouter et rendre à la terre sous forme d'engrais complet, c’est-à-dire d’un engrais contenant les quatre substances épuisables — l'azote, la potasse, le phosphate et la chaux — les éléments que lui ont pris les récoltes antérieures, Si pardessus vous forcez la dose d’azote pour les plantes dont la dominante est l'azote — comme le blé — et qui en manquent; si vous forcez la dose de potasse pour les plantes dont la dominante est la potasse — comme la pomme de terre — et qui en manquent ; si vous forcez la dose de chaux pour les plantes dont la dominante est la chaux — comme le trèfle — et qui en manquent;

si vous forcez la dose de phosphate pour les plantes dont la dominante est l’acide phosphorique — comme le maïs — et qui en manquent .... vous aurez assuré aux plantes les conditions de développement les plus favorables. Vous les aurez contraintes à vous rendre au centuple l’avance d’hoirie que vous leur aurez faite. Vous aurez créé une véritable fabrique de produits végétaux de tous points comparable à la mieux ordonnée des manufactures de produits chimiques !

L’Azote, l’un des quatre facteurs cardinaux de la fertilité, présente cependant certaines anomalies qu’il est bon d’expliquer et d’éclaircir. Toutes les plantes, sans exception, ont besoin d'azote ; il est essentiel à la vie végétale, Il est même certaines plantes, comme le blé, la betterave, dont il est la condition sine quû non et la garantie d'existence. Mais il est, en revanche, d’autres plantes—dont le trèfle et la luzerne sont les spécimens les plus accomplis—auxquelles il n’est pas besoin de donner la moindre parcelle d'engrais azoté. Non pas qu’elles n’en aient pas besoin, mais parcequ’elles possèdent la singulière faculté de pouvoir puiser automatiquement et directement, leur azote, comme leur carbone, dans l'air ambiant, Tel est le cas du trèfle, de la luzerne ; tel est aussi le cas de toutes les légumineuses ; tel est le cas des arbres fruitiers. Il y a donc 1° les végétaux qui prennent leur azote dans l’atmosphère, 2° les véuitaux qui prennent leur azote, sous forme d'engrais, dans le sol où il s’épuise, et dont il faut, en consequence, au fur et à mesure de la consommation, reconstituer le stock. Les légumineuses et les arbres fruitiers ont la faculté de s’assimiler directement l'azote de l'air & l’état gazeux, tandis que l'azote, à l’état de nitrates ou de sels aumoniacaux, leur est indifférent, voire même nuisible. Puisque certaines plantes privilégiées sont en quelque sorte, des accumulateurs automatiques d'azote, on peut les utiliser pour en fabriquer économiquement à l’usage des plantes qui n’ont pas la même vertu; c’est ainsi qu’on peut rendre sans frais à la terre, en alternant ou en mélangeant les cultures

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des céréales et des légumineuses, par l'intermédiaire de celles-ci, l'azote consommé par celles-là, Ainsi prenez un champ pauvre en azote. Semez-y du trèfle, dont vous enterrerez la récolte en vert et semez du blé par dessus. Vous n'aurez pas alors besoin d'y mettre de l’engrais azoté : les trois minéraux complémentaires (potasse, phosphate et chaux) suffiront amplement et le trèfle qui justement signifie “argent ”’—fournissant au sol l'azote qui lui manquait et que la chaleur et la lumière du soleil auront fixé dans ses tissus à l’état organique. Dès lors le blé, qui est avide d’azote, poussera comme par enchantement sans azote, C’est le travail des astres, c'est le travail du soleil—que M. Georges Ville appelle la Sidération.

L'expérience et la science, la pratique et la thiorie ont établi que la composition et le dosage de lengrais doivent varier avec la nature des plantes, chaque espèce ayant sa dominante qui est la condition essentielle et régulatrice de sa végétation propre et sans laquelle les autres éléments n’agissent pas ou agissent mal. Au froment, aux betteraves, il faut de l'azote en surabondance ; au seigle, il en faut peu; aux légumineuses, il n’en faut pas du tout. Pour les arbresf ruitiers, les patates, pas besoin d’azote ; c’est à la potasse que revient la prééminence. Le maïs, au contraire, pour une dose modérée d'azote, reclame une forte dose de phosphate de chaux. Le sarrasin demande l’engrais complet —les quatre éléments — mais c’est la potasse qui en est la dominante. Là est, dans l’agriculture nouvelle, le secret du succès. —( Extrait passim ).

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