QUELQUES MOTS ENCORE A PROPOS DENGRAIS
Des sols différents et des plantes différentes demandent un traitement différent ainsi que des éléments nutritifs différents, Une culture judicieuse du sol ajoute beaucoup à sa capacité productive, et une manipulation convenable découvre les trésors
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que contiennent les différents sols et font servir aux plantes les éléments qui constituent leur nourriture. On croyait autrefois qu’il fallait ajouter au sol tous les éléments qui les constituent, avant de pouvoir produire les plantes. Ainsi, pour produire du blé, il fallait, croyait-on, donner à la terre tous les constituants du blé. Si on désirait avoir des patates, il était nécessaire d'ajouter les éléments qui constituent la nourriture de la patate, Cela n’est plus maintenant considéré comme nécessaire, I'n faisant usage d’un engrais riche en nitrogène, en acide phosphorique, en potasse, en même temps que d’une rotation judicieuse, on peut non seulement avoir de bonnes récoltes indéfiniment, mais encore chaque année augmenter la capacité productive de sa terre.
Pour quelques sols on peut sans crainte épargner la potasse il s’en produit assez tous les ans par la décomposition des particules du sol ; car il s'y fait une désagrégation qui met à uu toutes ses richesses. Pour d’autres sols, peut être que le nitrogène ne sera pas nécessaire la première année, et pour d’autres terrains encore, mais plus rares ceux-là, il pourrait y avoir de l'acide phosphorique en quantité suffisante,
Les céréales, blé, orge, avoine, seigle, sarrasin, profitent surtout du nitrogène et des engrais nitrogéneux, Ilen faut ordinairement de 30 à 60 livres de l’arpent pour produire une grosse récolte. Le trèfle est le meilleur ingrédient pour la production du nitrogène dans le sol. C’est un piège facile à tendre et qui ne manque jamais son coup, On peut engraisser le trèfle surtout avec du plâtre. La potasse est de peu de valeur pour la production des céréales, et ces plantes ne demandent pas uon plus beaucoup d’acide phosphorique. Quand il y a assez de nitrogène dans le sol, une petite quantité d'acide phosphorique et de potasse suffit.
Pour le blé d'inde, l'acide phosphorique est peut-être le meilleur élément fertilisant spécial. Le plâtre rend souvent aussi beaucoup de service, et sur quelques sols la potasse aussi n’est-pas inutile au blé d'inde.
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L'herbe et le foin ont besoin de tous les éléments nutritifs des plantes, Le fumier d’étable bien pourri est probablement l'engrais spécial qui leur convient le mieux. La poudre d'os vient ensuite. On peut appliquer ces deux engrais soit lors de la semence soit plus tard, en couverture ; mais la règle générale veut que l'on étende le fumier d’étable à l'automne sur les prairies et les engrais chimiques ou commerciaux au printemps.
Le trèfle ne demande qu’une légère quantité de nitrogène et d'acide phosphorique ; la potasse et la chaux, voilà l’engrais qu'il requiert,
Les navets demandent du nitrogène et de l'acide phosphorique ; ce dernier à l’état soluble. Les superpho:phates sont des engrais spéciaux pour les navets.
Les betteraves ont besoin de plus de nitrogène et du moins d'acide phosphorique que les navets.
Les utiles ont les mêmes besoins que les navets, et dans presaue toutes les terres elles veulent un supplément de potasse, Nos fumiers d’étable contiennent ordinairement assez de potasse pour les patates.
Cent livres de bonne poudre d'os, trente-cinq livres d'acide sulfurique (huile de vitriol)'et treize livres d’eau, le tout mêlé dans une cuve ou un vaisseau quelconque de bois, formeront 148 livres de superphosphate sec. Pour les mêler, on s’apercevra peut-être qu’il est nécessaire de mettre un peu plus d’eau ; mais, si au bout d’une journée ou deux le mélange est trop humide, on peut y ajouter un peu de plâtre en poudre ou d’autres matières asséchantes. On imbibe d’abord la poudre d’os avec de l’eau, puis on ajoute de l’acide, peu à la fois ; en agissant ainsi le vaisseau dans lequel on fait le mélange souffrira moins, l’action de l'acide sur lesjos sera plus forte et leur incorporation sera plus parfaite, Brassez avec un instrument on une gratte de bois. N'essayez janais de dissoudre des os entiers par le moyen de l'acide sulfurique. L'avantage qu'il y a à dissoudre les os ét le phosphate en;pierre avec de l'acide sulfurique con-
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siste à les rendre plus solubles à l’eau quand ou les applique à la terre.
Chauler un terrain n’est pas y ajouter réellement es éléments nutritifs, mais c’est développer les éléments qu’il y a dans le sol par l'effet caustique et dissolvant que l’action de la chaux exerce sur les particules du sol ; elle les désagrège, les fait sortir de leur cachette et les force à livrer leurs trésors aux plantes.
Du sel. Onse sert beaucoup maintenant de sel comme engrais eu agriculture ; il a l’effet de rendre la paille des céréales plus raide et de lui donner une meilleure couleur; il détruit aussi les insectes. Saumurer la semence de blé détruit les petits insectes qui peuvent y être attachés, si l’on n’a pas de couperose verte à leur appliquer. Les effets du sel sont avantageux aux blé et aux betteraves. Quand on en répand sur la terre où l’on a semé du blé, on devrait y ajouter du nitrate de soude. Lorsqu'on veut l'appliquer aux terrains où l’on est pour semer des légumes, le sel doit être répandu à la volée avant de faire les sillons. On peut appliquer depuis 150 à 300 livres de sel par arpent. Le nitrate de soude, sel de nitre ou salpêtre, vient du Pérou et du Chili. C’est le plus puissant des fertilisants qu’il y ait sur le marché, vu qu’il contient une grande quantité de nitrogène ou d'azote qui est une matière dont presaue tous les sols ont besoin. On le sème de la même manière que le sel.
Engrais de sang. Cet engrais composé de sang et d’os en
poudre est très puissant et convient surtout aux plantes racines
etaux grains. Les prairies et les pacages s’en trouvent très bien aussi. Il coûte environ $1.50 par 100 livres. On le trouve,
‘ainsi que beaucoup d’autres engrais commerciaux ou artificiels,
chez les grands vendeurs de graines, à Montréal, Toronto et
‘ailleurs. Voir leurs catalogues que tout le monde consultera
toujours avec avantage et intérêt,
Des composts. Le mélange des fumiers d'étable avec d’autres fertilisants est une besogne dure et dégoutante, et ce serait perdre son temps que de la faire si on ne devait pas en profiter.
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‘On y gagne lorsqu'on change pour le mieux les matières employées, mais en même temps on y perd quand le mélange est mauvais. Mêler, par exemple, des substances telles que de la terre de savane, des débris de tanneries avec du fumier d’étable, ou mettre ensemble les fumiers des chevaux, des vaches, des porcs, des volailles, c’est faire de bons composts ; mais si vous mêliez de la chaux et des cendres de bois avec du fumier d’étable, ou surtout, si vous mettiez ensemble de l’engrais chimique avec du fumier de volailles et des cendres de bois, sans y ajouter du plâtre, vous éprouveriez des pertes d’engrais considérables. Dans le premier cas, la fermentation des fumiers des pores et des chevaux serviront à faire décomposer plus tôt les fumiers des bêtes à cornes qui sont plus froids et agiront aussi avec plus d'efficacité sur les litières abondantes et sur les autres matières qu’on a mises ensemble. De plus, quand tout le tas aura pris la même qualité, il sera devenu meilleur et donnera à tout votre champ un engrais d’une valeur égale ; vous n’en aurez pas mis trop sur une partie et pas assez sur l’autre. Il est donc avantageux de mélanger ces différentes matières et ces divers fumiers soit à l’étable soit dans le tas qu’on charroie aux champs ; on a par là beaucoup auginenté la valeur de certains fumiers sans en avoir enlevé à d’autres. Mais si nous agissons comme dans le second cas, nous diminuons la valeur d’une bonne partie de notre engrais en mêlant engemble certaines substances qui sont injurieuses à d’autres, comme, par exemple, ajouter de la chaux ou de la cendre de bois aux fientes de volailles ou au fumier d’étable ordinaire ; le mal sera d'autant plus grand que le fumier sera plus riche en ammoniaque. La chaux et la potasse sont des alcalis, et, si elles sont fraiches, elles sont caustiques ; cette causticité agit avec trop de force sur les fumiers, les consomme et leur fait perdre les matières ammoniacales qu'ils renferment, en les faisant s’évaporer et s'échapper en gaz dans l’air,. Il est facile d'éviter cette perte en appliquant la chaux et les cendres vives de bois directement sur la terre,
au lieu de les mêler au tas de fumier ; ou encore : en appliquant de temps en temps du plâtre sur le tas de fumier pour les y retenir.
Fermentation des fumiers. “ Le fumier de ferme frais ne contient qu’une faible proportion d'ammoniaque libre ; l’azote s’y trouve à l’état de combinaison insoluble ; c’est par la fermentation qu’il se transforme en ammoniaque soluble. Les phosphates deviennent également plus solubles avec la fermentation.
“ Le fumier décomposé est plus riche en azote, en matières organique: et en sels minéraux solubles que le fumier frais, et à poids égal, a plus de valeur. Pendant la fermentation, une quantité eonsidérable des matières organiques se dégage dans l'air sous forme d’acide carbonique et d’autres gaz. Le poids et le volume diminuent, On peut rendre nulle la fermentation et conserver le fumier sans rien perdre de sa valeur ni de son poids, en le privant d’eau. Les jardiniers maraîchers des environs de Paris conservent ainsi sans altération des masses de fumier pour l’usage des couches. On développe et on accélère la fermentation par des lessives ou de l'acide sulfurique étendu d'eau. Mais la fermentation même peut être conduite de telle manière que la perte d’azote et des substances salines soit très peu considérable ; il faut maintenir la masse dans un état de tassement et d'humidité convêhable, modérer la fermentation en couvrant la surface de terre ou d’une espèce de crépi de boue, en ajoutant du plâtre qui fixe l’'ammoniaque ; ce gaz, du reste, dans son passage à travers les couches humides supérieures, se dissout, se condense ou se combine avec les acides humique et carbonique.
“ Toutefois ces sels étant éminemment solubles, ainsi que partie des phosphates, il ést très important de soustraire le fumier à l’action des eaux et de recueillir avec soin celle qui s'échappe des tas. On se gardera surtout de remuer ces tas, soit pour déplacement soit pour mélange, si l’on ne veut pas. perdre une grande partie des principes fertilisants, En tous cas,
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il y a avantage à porter et à épandre sur le champ le plus tôt possible.” (1) (Je ne vois pas de grands inconvénients dans notre province à remuer les tas de fumier frais pendant l'hiver, car, à cette saison, le fumier est généralement en partie gelé ou ne fermente que bien peu.)
‘ La perte éprouvée par la fermentation prolongée, ajoute le même auteur, a été souvent constatée, De deux masses de fumier dont l’une était à l’abri sous un hangar et l’autre à l'air libre, la diminution en matière sèche a été, tas abrité : après six mois, 4 p. 100 ; après un an, 39; tas non abrité : après six mois, 30 p. 100 ; après un an, 50 ; l'augmentation en matières solubles, représentant les principes fertilisants, a été pour le us abrité, en six mois, de 13 p. 100; en unan, de 20 p. 100 ; pour le tas non abrité, augmentation de seulement 7 p. 100, dans les premiers six mois et perte de 6 p. 100, dans les six mois suivants.” (N'y a-t-il pas là une preuve évidente qu'il est important d’abriter 1: fumier, jusqu’à ce qu’on en fasse usage ?)
Valeur du fumier fait à la ferme.
Le fumier de vache est le plus pauvre ; celui du cheval vaut le double, et celui du porc vaut cinq fois celui du cheval ; c’est le mouton qui en produit le plus à raison de sa pesanteur. La fiente des poules et des pigeons mêlée avec deux ou trois fois son volume de terre noire où même de terre grasse (loam), est aussi bonne que le guano qu’on offre en vente, Les cendres, vives ou éteintes, sont excellentes. Le contenu des latrines peut aussi être rendu inodore et mis en œuvre très aisément en jetant souvent dessus du plâtre ou des poussières de charbon, jusqu’à ce qu’on le retire ; alors mêlez-y quatre fois autant de terre noire ou de terre grasse, et vons obtiendrez un engrais égal à la poudrette. Les os, les vieilles bottes et souliers, les soies de cochons, toutes les grattures qui autrement traîneraient et ne serviraient qu’à vous nuire et à crever les yeux de ceux qui s’approchent
(1) (Lfour : Sols et engrais.)
de votre cuisine ou qui vieunent dans votre cour, peuvent être convertis en excellent fertilisant, en les enterrant, comme on l’a déjà vu, sous des cendres vives. Arrosez la masse ensuite de temps en temps, remvez-la et ajoutez-y de nouvelles cendres, jusqu’à ce que tout le tas devienne parfaitement pulvérisé. Mettez dans le petit enclos de vos porcs toutes les mauvaises herbes que vous arracherez avant qu’elles soient à graine, de la terre noire ou de savane, des tourbes, des gazons etc., et les porcs vous fabriqueront de toutes ces matières une quantité considérable de fumier. Un porc peut vous en confectionner ainsi une dizaine de charges,
Les savonnures. On ne saurait trop apprécier la valeur de cet article comme stimulant pour la vie des plantes. Les savonnures contiennent des aliments tout préparés, et, quand on les applique, elles n’agissent pas seulement immédiatement et, d’une manière évidente, mais encore avec l'énergie persistante qui v’appartient qu'aux meilleurs engrais concentrés. Quand on ne peut pas en faire usage de suite, le moyen le plus économique de les rendre utiles est de les faire absorber par les matières qui servent à former des composts. Des gazons ou couennes de friche, de la terre noire, d’autres matières de ce genre, devront être déposés là où sont versées les eaux sales et les balayures de la maison, ainsi que les eaux des lavages. Vous ferez du tout par ce moyen plusieurs charges d’excellent engrais à peu de frais. Versez ces différents liquides sur le tas de composts, et vous verrez quelle richesse vous leur ajouterez, le tout à votre plus grand profit.
ENGRAIS À BON MARCHÉ. (Animaux morts).
S'il vous meurt un animal — disons un cheval — ne laissez pas son corps en putréfaction empester l'atmosphère, après l'avoir trainé dans un bois voisin ou dans un endroit où l'on passe souvent; mais transportez-le à une petite distance
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seulement de votre étable ; faites un lit de quatre ou cinq charges de terre noire ou de gazon; placez la carcasse sur ce lit, jetez dessus de la chaux vive, puis couvrez de suite encore avec du gazon, de la terre ou du terreau en quantité suffisante pour faire avec la terre qui a déjà été mise, une vingtaine de charges ou voyages, et au buut d’un an vous aurez un tas d’engrais qui vous vaudra vingt piastres et que vous pourrez employer à n'importe quel usage. Si l'animal est petit emvloyez un peu moins de terre, mais jamais moins qu’une vingtaine de charges pour la carcasse d’un chaval; et si les chiens ont l'air de manifester une trop grande attention pour cette carcasse enterrée, servez vous du fusil.
La fiente des poules. — Cinquante poules feront, seulement dans leur poulailler, dix quintaux par année du meilleur engrais qu'il y ait dans le monde. Ainsi cinquante poules feront plus d'engrais qu’il en faut pour fumer un arpent de terre, puisque généralement on ne met pas plus de cinq quintaux de guano à l’arpent, sans compter que le fumier de poule ou de pigeon est même plus riche en ammoniaque et en sels fertilisants que le guano du commerce. Aucune autre espèce d’animal de la ferme ne saurait autant donner à cet égard et ces chiffres doivent appeler sérieusement l’attention des grands cultivateurs. Avant de se servir de ce fumier, on devra y mêler deux fois son volume de terre, le laisser en tas recouverts de terre assez longtemps pour que le tout se décompose parfaitement; c'est alors que vous aurez le meilleur fumier qu’on puisse trouver.
VALEUR DE CERTAINES sUBSTANCES VEGE- TALES COMME ENGRAIS,
Les feuilles de navets, de betteraves, de carottes, de panais et les fanes des patates, sont d’une grande valeur et ne devraient jamais être gaspillées. Celles des bettes sont très riches
en nitrogène et les fanes des patates contiennent une grande quautité de potasse. Tous ces feuillages renferment ces éléments en plus ou moins grande quantité ; ils pourrissent très vite et on devrait les ajoüter au tas de composts quand on ne peut pas les faire servir à un meilleur usage,
ENGRAIS CHIMIQUES. (Certains faits).
Trente minots de blé tirés d’un acre de terre lui enlèvent 51 Ibs de nitrogène, 24 Ibs d'acide phosphorique et 39 Ibs de potasse. Pour remplacer cette perte, il faut mettre à cet acre de terre 60 Ibs de sulfate d’ammoniaque, 171 ibs superphosphate de chaux et 77 Ibs de chloride de potasse.