DÉ L EPITHELIUM INFILTRE DANS LES TISSUS
Traiter d’une manière complète l’infiltration épithéliale avec ses modifications ses diverses manières d’être, et les altérations qu’elle détermine aussi bien sur les org*anes qui l’environnent que sur rorg*anisme en g’énéral, serait faire l’histoire anatomique du cancer et de l’épithélioma. Je n’ai pas, comme on le comprend, la prétention de présenter ici cette histoire, cette tâche serait bien au-dessus de mes forces. Du reste, cette histoire est faite et bien faite; et si rarement on la trouve exposée d’une manière didactique, et systématiquement présentée, du moins les matériaux divers qui peuvent servir à édifier cette anatomie sont-ils assez répandus pour qu’il soit possible d’en acquérir une idée exacte. Je me contenterai donc dans ce paragTaphe d’aborder quelques points relatifs à la cause de l’infiltration épithéliale, aux modifications que subissent ces éléments quand leur nutrition est g’ônôe par cette anormale situation, et aux lésions qu’ils impriment aux tissus voisins. Enfin je parlerai de quelques expériences qui ont
(I) Cil. Robin, Mémoire sur les modlftcalions de la muqueuse utérine, avant, pendant cl après la grossesse, in il/ émoires de l’Académie de médecine t. XXV, 140 cl passim.
eu pour but d’éclairer la question du transfert épithélial, et par contre la g’énéralisation des tumeurs c[Lii reconnaissent l’épithélium pour hase.
Les causes qui produisent l’infiltration épithéliale peuvent être g’roupées sous deux chefs principaux : en première lig’ne, l’ensemble des causes inconnues aux- ((uelles on a donné le nom de diathèse et qui -donne lieu à une production hétérolog’ue d’épithélium. L’ensemble de ces causes est encore enveloppé de bien des voiles, et l’hétérotopie épithéliale, pas plus que tous les phénomènes de cet ordre, n’a reçu d’explication conlirmée par les faits. En second lieu, l’infiltration épithéliale peut être produite par une surface épithéliale normale, qui par suite de modifications accidentelles, verse dans la profondeur des tissus les éléments qui d’habitude étaient isolés dans une g’aîne spéciale. Plusieùrs culs-de-sac g’iandulaires présentent parfois une hyperg-énèse de l’épitliélium contenu dans leur intérieur; ces culs-de-sac sont alors bourrés en quelque sorte de ces cellules, qui par leur production exag’érée, distendent la membrane anhyste constituant le réceptacle. Peu à peu cette enveloppe est tellement distendue qu’elle cède, éclate, et l’épithélium s’infiltre entre les éléments circbnvoisins ; souvent nombre de culs-de-sac ont ainsi répandu leur contenu au dehors et continuent à répandre des éléments de cette nature, car, bien que déchirée, elle est encore le siég*e des phénomènes de naissance épithéliale, et ces éléments, une fois nés, vont gTossir le nombre de ceux qui sont en dehors de la g*lande.
Telle est, d’une manière g’énérale, la manière dont se constituent plusieurs tumeurs épithéliales. Je dois, dire cependant fjue souvent une infiltration épithéliale, peut
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avoir lieu sans qu’il survieuue jamais la moindre tumeur. C’est un lait dont j’ai été plusieurs fois témoin, et que l’observation suivante met hors de doute :
Le IG juai, j’avais une chienne qui portait à la lèvre inférieure une tumeur du volume d’une noisette ; je lui enlevai cette tumeur, et j’en détachai un petit Iragauent qui me permit de constater ((ue cette production était de nature épithéliale. La tumeur fut un peu écrasée, puis placée sous la peau de la rég*ion dorsale d’uu autre chien, les lèvres de la plaie maintenues par des points de suture fermant bien la solution de continuité. — L’incision cicatrisa très-promptement. Ce ne fut que le 12 juin que je fis l’autopsie de ce chien, et il me fut impossible de trouver trace 'de la tumeur que je lui avais insérée sous la peau ; une cicatrice linéaire indiquait seulement la place qu’avait occupée le produit épithélial. Je ne pus rechercher dans d’autres org^anes les éléments constitutifs de la tumeur, cet animal m’ayant servi à une autre expérience, qui rendait cette investig’ation impossible.
Que les tumeurs épithéliales soient formées par un épanchement d’épithélium provenant d’un org-ane dans la texture duquel entrent ces éléments, ou qu’elles doivent leur orig*ine à l’ensemble de conditions non déterminées, réunies sous la dénomination de dialitèse, elles peuvent acquérir un volume considérable, et par suite des conditions nouvelles où ils se trouvent placés , les éléments peuvent subir diverses modilicatioiis. Un des chang’emeuts les plus importants est l’hypertrophie et la déformation. Les cellules épithéliales ainsi englobées dans les tissus ne peuvent plus se desquamer, et par suite présentent ces déformations de contours et de
structure que j’ai artificiellement reproduites en mettant un épithélium quelconque dans l’impossibilité de sortir de l’endroit où il se trouve. Ces déformations que quej’ai décrites dans le précédent paragTaplie,ont comme on le sait, très-vivement préoccupé l’esprit des savants qui pendant un certain tenq^s, ont fait des cellules ainsi altérées, l’élément caractérisque de l’affection cancéreuse.
Les éléments qui constituent ces tumeurs subissent des modifications d’une autre sorte et dont la cause doit être recberchée dans une nutritiou des cellules s’effectuant d’une manière incomplète; en effet un district de la nouvelle production peut se trouver assez éloigmé des vaisseaux sang-uins; et les principes du plasma ne pénétrer qu’avec difficulté jusqu’aux éléments qui le composent. Des gTaniilations g'raisseuses envahissent alors cet épithélium dont la nutritiou est en souffrance et quelquefois se multiplient abondamment; c’est ce ! phénomène qui a reçu le nom impropre de- rég*ressiou ; g'raisseuse, bien que cette épithète exprime une idée en opposition complète avec la réalité des faits. Quant aux cellules épithéliales dont la nutrition est tellement altérée que l’existence de ces éléments devient impossible, i après avoir subi plusieurs modifications dans leur forme ] et dans leur constitution, elles se liquéfient, la matière î qui la constitue fournit alors ce fluide si abondant 4 parfois dans les tumeurs épithéliales, et qu’on adésigmé. I sous le nom de suc cancéreux.
f C’est aux faits que je viens d’exposer, en tenant ^ compte toutefois aussi des éléments autres que l’épitbé- I lium entrant dans la constitution des tumeurs, qu’il if faut demander l’explication des divers deg'rés de cou-
sislance Cjue présentent les tnineni*s dites cancéreuses. Aux causes de cet ordre sont dus, les caractères de mollesse ou de dureté de ces tumeurs ; et par conséquent, au point de vue de l’anatomie, on ne doit ajouter que peu d’importance aux dénominations de squirrlie, encéplialoïde, colloïde, etc. (1). Je me borne à ces considérations qui rentrent plus spécialement dans la physiolog’ie des éléments épithéliaux. L’épithélium infdtré dans les tissus ne reste pas toujours dans les endroits où il est accumulé, fréquemment de là il est porté dans d’autres parties de l’org-anisme et il se dépose souvent en maints endroits, où il constitue des tumeurs analog-ues à celles d’où il provient. C’est ainsi que fréquemment on le voit transporté d’un point à un autre du corps sans qu’il soit possible de reconnaître par les traces qu’il laisse, les endroits où il a passé. L’étude de cette mig*ration qui touche de si près au phénomène connu sous le nom de g*énéralisation des tumeurs cancéreuses ou des épithéliums, m’a conduit à faire quelques expériences dont je vais rendre compte.
Ces expériences ont été faites tantôt avec de l’épithélium ordinaire, tantôt avec de répithéhum pig*menté. Les résultats ne sauraient être modifiés par la présence de ce pigment, il joue purement et simplement le rôle de substance colorante et permet de voir avec plus de facilité les endroits où se rendent les cellules épithéliales, en meme temps que la voie qu’elles ont suivie pour ai*river à leur nouvelle position.
Le 10 mai 1866, on sectionna le bulbe à un chien de forte taille, j’ouvris immédiatement son abdomen et
fl) Notes iiiéililos des cours de M. Kobiii, 1864-1 865.
j’enlevai son pancréas. La g'iandc fut mise dans un pilon, après avoir été sectionnée en petits morceaux; une très-petite quantité d’eau fut ajoutée, et je broyai fortement ces frag’ments. Quand l’org*ane fut réduit en une sorte de bouillie assez fluide, il fut placé dans un ling’e (in et solide, et là fortement pressé de manière à en exprimer tout le liquide. J’obtins ainsi environ un petit verre d’une liqueur brune roug-eâtre. Cette liqueur, que j’examinai au mieroscope, contenait en suspension une multitude eonsidérable d’épithéliums nucléaires, d’un volume assez considérable, et ne présentant pas traces d’altérations. Je mis de eôté un peu de ce liquide que je eonservai dans un tube bien bouehé, le reste fut injecté sous la peau de plusieurs animaux. Deux cochons d’Inde et une chienne en reçurent une quantité proportionnée à leur volume ; l’injeetion fut faite sous la peau qui recouvre la faee interne de la patte.
Le lendemain, un de ces cochons d’Inde mourut, environ trente-six heures après l’injection.
Je fis l’autopsie immédiatement après la mort. L’injection faite sous la peau avait produit un déeollement assez considérable s’étendant jusqu’à la moitié de la face interne de la cuisse. Les muscles sous-jacents, de môme que les tendons étaient pâles et parfaitement disséf{ués; une certaine portion du liquide injecté se retrouvait encore sous la peau et dans les interstices que les muscles laissaient entre eux. Les g’angJions lymphatiques du pli de l’aine étaient très-volumineux et se prolong-caient assez loin de leurs limites habituelles; ils ne présentaient pas de chang-ements de coloration.
Examinées au mici’oscope, je les trouvai remplis d’épithélium nucléaire considérablement plus volumineu.x que
d’aulres élémenls aussi nucléaires (|ue j’y rcuconli-ais. Le premier de ces épithéliums possédait un fliajiiètrc deux ou trois fois plus considérable que le second. Ces gTos noyaux étaient accumulés en gTande rpiantité dans toute l’étendue de la gdande lyjuphatique et dans tous les points de sa masse. Examinés comparativement avec ceux que tenait en suspension la portion du li(juide qu’liiei" j’avais mise de côté, je les trouvais entièrement semblables, et n’eus plus de doides sur l’orig’ine de ces volumineux élémeuts ; inalgTé leur similitude, ils présentaient cependant une différence insigaiifiante. Les épitbéliums contenus dans les g'angdions étaient moins foncés et moins gTanuleux (pie- ceux du flacon. Quant au liquide contenu dans les interstices muscidaires, c’était bien évidemment du liquide injecté la veille. Seulement, comparé g’outte à gmitte avec la li([ueur conservée , il montrait beaucoup moins d’épithéliums en suspension que cette deniière. Les autres g-ang'lions lymphatiques : de l’aisselle, broncbiques , et mésentériques, ne présentaient rien de particulier ; ils ne renfermaient que de l’épithélium nucléaire analogaie au.x éléments peu volumineux des g’angdions ingadnaux. Ces noyaux, qui sont les épithéliums nucléaires normau.x des g'iandes lymphatiques du cochon d’Inde ne possèdent (pi’un faible volume; leurs contours sont brillants et leur centre lég*èrement foncé.
Le deuxièine cochon d’Inde ne succomba (pic dans la nuit du 12 au 13. 11 présentait aussi un décollement assez considérable, mais pas de liipiide sous la peau. Les g’ang-lions ing’uinaux présentaient alisohimeid les mêmes pai-ticniarilés ijue ceux (pie je viens de décrire. Seulement, chez celui-ci, on tro.uvait de l’épithéliinn
paiici‘éîili(|üe, non-seulemenl dans les g‘ang*lions iiig’innaiix, mais encore dans les inésentéri(jiies, qui étaienl devenus très-volumineux, et qui se montraient composés de la même façon. Les g'ang’lions bronchiques et axillaires n’avaient rien de particulier.
Quant à la chienne, le lendemain du jour où fut faite l’injection, une tumeur du volume d’une noix existait encore au point où elle avait été pratiquée. Le lendemain tout le membre était g'onflé et empâté. Quelques jours après, la tumeur était diminuée, mais l’animal ne posait passa patte à terre. Les g’angdions du pli de l’aine étaient Ibrtement eng*org’és, et même douloureux, si bien que non-seulement la chienne tenait sa patte constamment relevée, mais encore elle la maintenait dans l’abduction. Malheureusement cette chienne disparut du laboratoire, et je n’ai pu savoir ce qu’elle était devenue.
Dans le courant du mois de février 1867, mon ami, le 1)'' Goujon fit plusieurs expériences avec le pig'ment énaroïdien provenant des yeux très-frais de lapin ou de bœuf, d'oii comme on le sait, on peut ei\ extraire une assez gn*andc fluanlité en râclant avec la pointe d’un scalpel. Du pig*ment ainsi recueilli, additionné d’une faible r|uantité d’eau, fut injecté dans une veine de la patte d’un jeune cliien, qui fut sacrifié trois semaines après. Voici en f|uelques mots ce que son autopsie permit de constater : Les poumons avaient à l’intérieur l’aspect normal, mais en fléchirant leur tissu, on observait contenues dans les vaisseaux, de petites masse's noires, et cela surtout aux points fie bifurcation. Ges masses étaient composées d’une g-rande quantité de g*ranulations pig’ineiTtaires retenues dans du tissu lamineux provenant très-probablement de (juelques débris de la choroïde, qui étaient Cabadé. (i
venus faire de véritables embolies dans les vaisseaux de petit calibre. Les g’ang’lions bronchiques étaient trèsvolumineux et complètement noirs, imprég*nés par des g'ranulations pig*mentaires retenues dans leur intérieur. Cet animal était très-jeune, et ses poumons qui ne contenaient de matière noire que dans les vaisseaux, n’avaient nullement l’aspect de ceux des personnes qui ont été exposées aux poussières de charbon, La quantité de pig’ment qui se trouvait épars chez cet animal, était de beaucoup plus considérable que celle qui lui avait été injectée.
Le même jour, un lapin à qui on avait injecté sous la peau du dos, trois semaines auparavant, le pig*ment contenu dans un œil de bœuf, fut mis à mort. On trouva alors une g-rande quantité de pigmient s’étendant sous forme de fausse membrane dont on pouvait enlever des lambeaux avec une pince à dissection. L’injection avait été faite au niveau du sacrum, et cette fausse membrane noire s’étendait depuis ce point jusqu’au cou. On ne trouvait pas de pig-ment ailleurs.
Des g-renouilles à qui pareille injection avait été faite ont donné les mêmes résultats. Le pig’inent s’était étalé sous la peau, et les vaisseaux environnants étaient remplis de g’ranulations pigmientaires ; plusieurs g’angdions étaient aussi noirs et volumineux. La fîg\ 5 de la Planche II montre une de ces g*Iandes lymphatiques ainsi remplie de matière noire. On sait qu’il est fréquent de trouver du pig’inent noir à l’état normal sur divers org’anes des batraciens, mais jamais il ne se montre en aussi g-rande quantité.
Le 28 mai 1867, M. Houel apporta au laboratoire d’histolog-ie de la Faculté une tumeur mélanif|ue volumineuse, que le matin même il avait enle-
vée dans l’aisselle d’un malade à l’hôpital des Cliniques (Ih
Cette tumeur est, selon toute apparence, un g'ang-lion lymphatique de la rég’ion, hypertrophié à la suite de son envahissement par les g’ranulations pig*mentaires. l^a tumeur est assez ramollie pour qu’en la comprimant après l’avoir incisée, on puisse en faire sortir une bouillie épaisse d’un brun foncé, qui est entièrement constituée par un liquide dans lequel entrent en très-g*rande quantité des granulations piganentaires, puis des cellules d’épi thelium distendues par ces mêmes g’ranulations qui les ont pénétrées et leur ont fait prendre les formes les plus diverses en les forçant de se comprimer les unes contre les autres dans différents sens. On trouve encore le noyau au centre ou sur le bord de quelques cellules épithéliales; mais, dans d’autres, il est impossible de le voir, il a disparu ou se trouve complètement masqué par les g’ranulations. J’ai fait représenter, fîg\ 5, pl. II, les éléments histolog’iques qui à eux seuls constituaient presque entièrement la tumeur.
La trame de la tumeur est très-peu abondante, elle se compose seulement de quelques cloisons fibreuses qui caractérisent des cavités dans lesquelles se trouve la bouillie épaisse dont il est question plus haut, ces cloisons qui forment la charpente de la tumeur sont ég’alement noires, parce qu’une g’rande quantité de matière pig’inentaire les imprèg’ne. Mais les fibres lamiueuses qui les constituent reprennent bien vite leur caractère si l’on a soin de les laver et de les soumettre aux réactifs. Elles se débarras.sent complétementdu pig’ment, qui n’est
(I) On trouvera l’observation de ce malade dans la Gazette des liôpitaux, juillet 1807. n" du mardi 23,
qu’interposé entre elles. C’est avec cette tumeur que mon ami Goujon et moi avons tenté plusieurs expériences sur les animaux suivants : deux jeunes chiennes que je possédais, et qui me servaient à quelques-unes des expériences dont j’ai rendu compte dans ce travail, un lopin et un g*ros rat blanc. Voici comment nous avons procédé. En exprimant au travers d’un ling’e quelques frag’ments de la tumeur, il était facile de recueillir plusieurs grammes de liquide tenant en suspension des gTanulations pig’inentaires et des cellules qui en étaient remplies. C’est le liquide ainsi obtenu que nous avons injecté sous la peau des divers animaux dont j’ai parlé. Le lapin et le rat blanc nioururent deux jours après l’injection qui leur fut faite sous la peau du dos. Leur autopsie ne présentait pas autre chose qu’une tuméfaction très-gn’ande de toutes les parties voisines du point où nous avions introduit la matière étrang’ère, et un liquide séreux et roug'eâtre dans lequel se trouvait une très-g*rande quantité de leucocytes volumineux, et quelques cellules épithéliales pleines de pigmient, qui n’étaient autres, du reste, que celles qui avaient été introduites.
Des deux chiennes, l’une, dont l’histoire est rapportée plus haut, mourut par le chloroforma le 12 juin, au moment où je voulais pratiquer une expérience sur elle. Elle succomba quinze jours après l’injection que nous lui avons faite, et les différentes productions patholog’iques qu’on trouva à son autopsie furent présentées à la Société de Biologâe, le samedi suivant, 15 du meme mois. L’injection avait été pratiquée à la partie interne de la cuisse g'auche et dnns le voisinag-e des g-ang-lions ing-uinaux.
Voici ce que son autopsie nous permet de constater :
Sur le lieu même où a été pratiquée l’injection, il s’est développé une tumeur noire, aplatie, dont l’étendue est ég’ale à une pièce de 5 francs en arg’ent; elle est un peu saillante sous la peau ; la matière noire qui la constitue a envahi la peau, le tissu cellulaire, et a pénétré les aponévroses et les espaces intermusculaires dans une assez g’rande étendue. Les g'ang’lions lymphatiques voisins sont très-volumineux et de coloration noire très-foncée; en disséquant avec soin, on peut suivre les vaisseaux lymphatiques de la tumeur aux gdandes ingaiinales, on rencontre sur eux de petits renflements analog'ues à des g'ang'iions, et cela dans des points où l’on n’en trouve pas ordinairement. Ces petites tumeurs sont ég’alement noires. Les g'ang'lions lymphatiques des réglions éloig’iiées sont ég'alenient très-volumineux, et leur forme est ou arrondie ou allong*ée, leur volume varie de la g’rosseur d’un pois à une noisette, mais tous présentent la coloration noire à des degTés divers. Un seul, à la régnon cervicale, était indemne conservant son volume et sa coloration normale. Deux autres, à la régnon axillaire du côté droit, n’étaient noirs que sur la moitié de leur étendue.
Les g’angdions hronchiques sont volumineux et forment une couronne complète autour de la trachée; ils sont tous envahis par la matière noire, et cette coloration paraît bien déterminée par les même causes que pour ceux des autres rég’ions, car les poumons ne contiennent pas de charbon.
La deuxième chienne fut sacrifiée le 12 juillet, quarante-cinq Jours après l’injection que nous avions faite dans la cavité al)dominale à l’aide d’un trocart fln. La santé de l’animal n’en a paru jamais altérée.
En incisant la paroi abdominale dans le point où a été faite l’injection , on trouve une g*rande quantité de matière, qui forme une couche d’un demi-centimètre d’épaisseur, et qui va en s’amincissant à mesure qu’elle g’ag-ne en étendue, et cette étendue est de 8 à 10 centimètres; cette matière noire est surtout répandue à la surface des aponévroses et dans les g'aînes qu’elles forment aux muscles abdominaux. On n’en trouve cependant pas au milieu des muscles; l’orifice qu’a fait la canule en pénétrant dans l’abdomen est resté ouvert à l’intérieur, et l’on trouve dans ce point un petit mamelon noir, qui fait saillie dans le ventre par cette ouverture. Une trèsg'rande quantité de matière noire dessine sur le mésentère des arborisations nombreuses. Dans l’une des cornes de l’utérus se sont développées à trois centimètres environ l’une de l’autre deux petites tumeurs noires qui distendent cette cavité. Plusieurs g’angdions ont une coloration noire, mais qui n’est pas aussi prononcée que sur le précédent animal; un seul g’ang'lion à la rég’ion lombaire est très-noir et tres-volumineux.
Quant à la matière qui produit les colorations anormales sous-cutanées, je l’ai toujours vue, soit libre, soit contenue dans des cellules d’épithélium criblées ellesmêmes de pig-ment.
Il se trouve encore, au moment où j’écris, dans le laboratoire de M. Robin, plusieurs animaux qui vivent et auxquels il a été injecté du pig’inent ; l’un .d’eux, entre autres, porte à la partie inlerne de la cuisse une petite tumeur noire qui n’est apparente que depuis quelques jours, bien que l’injection lui ait été faite depuis plusieurs mois. Ce que l’antopsie de ces animaux présentera de curieux sera nltérieurement publié.
Ainsi donc, voilà des faits qui peuvent se présenter chaque fois que l’épithélium sera infiltré dans les tissus. Répandu au sein des éléments anatomiques, il peut être transporté au loin, s’accumuler dans certains org’anes et envahir spécialement les g’ang*lions. Mais une fois sorti des limites qui normalement le contiennont, non-seulement l’épithélium peut être transporté, mais il peut aussi se g'refîer sur place, et la masse épithéliale, placée à un certain endroit, acquérir un volume parfois considérable, et aussi, en même temps que se montre cet accroissement de volume, peuvent se passer des phénomènes de diffusion, à la suite desquels les divers g’ang’lions, ou même divers points de l’org^anisme, se trouveront atteints et charg-és de matière épithéliale. Ce fait est démontré de la façon la plus manifeste par une expérience que mon ami Goujon a faite au laboratoire.
Le 7 février 1867, sous la j^eau du dos d’un cabiai fut placé un fraganent de tumeur épithéliale provenant du péritoine d’un animal de même espèce, dont la mort était causée par une g’énéralisation de semblables productions. Le 22 février, le jeune cochon d’Inde succomba quinze jours après l’inoculation. Au point de la rég-ion dorsale, où on avait inséré le fraganent du produit patholog'ique, existait une tumeur de la gTosseur d’une amande; tous les viscères étaient ég’alement envahis par des petites tumeurs d’un volume variable. Le foie surtout contenait une multitude d’excroissances analogies. La rate, les poumons, le cœur, les reins et le péritoine présentaient aussi de petites masses s’imp'antant directement sur leur face extérieure. Les g’ang'iions lymphatiques étaient assez volumineux, et sur
plusieurs d entre eux, le centj*e était siu^j’ulièreinent ramolli et même contenaient du pus. Toutes ces tumeurs étaient constituées par un élément anatomif[ue fondamental, l’épithélium nucléaire qui seulement se présentait avec des dimensions variables ; ces noyaux libres, très-abondants, n’étaient pas les seuls éléments : des corps fusiformes, et dans les g-ang'bons des leucocytes, se montraient çà et là, mais dans aucune des masses pathologiques, ils n’étaient aussi abondants que l’élément épithélial.
Tels sont les faits que je tenais à exposer, car ils ont, je crois, une certaine importance au point de vue de la g’énéralisation de l’affection cancéreuse. Je tiens aussi à ne les faire suivre d’aucune théorie sur ce gTand fait pathologique. Les expériences que je viens de rapporter sont, je crois, indiscutables, et c’est sur des faits bien établis qu’il faut seulement établir des interprétations; toutefois il serait, je pense, prématuré de vouloir, dès aujourd’hui, fournir la solution du problème, des faits plus nombreux et plus variés sont nécessaires pour cela. Quand ils auront parlé, quand plusieurs expériences auront été faites, la théorie des phénomènes se montrera claire et indiscutable, coi-ollaire oblig’é des résultats expérimentaux. Je serais troj) heureux si les expériences que je A’iens de rapporter, contribuaient pour une partie, même très-minime, à l’explication de ce. g’rand fait patbolog’ique : la g*énéralisation du cancer.
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