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Notions de chorographie du Brésil

Pierre-Alvarès Cabrai fut choisi par Dom Manuel-le-Fortuné, roi de Portugal, pour continuer l'œuvre de Vasco da Gama qui, le premier dans les temps modernes, doubla le cap de Bonne-Espérance et, après avoir fait le tour de l'Afrique, établit la domination portugaise dans l'Inde. Il partit du Tage le 9 mars 1500 et, afin d'éviter les calmes de la côte de Gainée, il s'éloigna de la côte d'Afrique; mais les courants océaniques, encore ignorés à cette époque, le poussèrent fort loin vers l'occident, et le 22 avril il découvrit une nouvelle terre: deux jours après, il entra et mouilla dans un port qu'il nomma Porto- Seguro (Port -Sûr), et le 1er mai il fit ériger sur le continent une grande croix en bois, à l'ombre de laquelle fut célébré le saint sacrifice de la messe. Il fit graver sur cette croix les armes du roi de Portugal, comme un signe de sa souveraineté sur le pays nouvellement découvert, qu'il crut être une grande île, et qu'il nomma Vcra-Cruz (Vraie Croix); quelque temps après, ce nom fut changé en celui de Terra de la Santa-Cruz (Terre de la Sainte Croix), et enfin quelques années plus tard cette contrée prit le nom de Brésil, qui s'est perpétué.

Bien que trois autres navigateurs espagnols eussent débarqué sur le continent de l'Amérique du Sud avant le célèbre capitaine portugais, Alonso de Hojeda en juin 1499, Vincent- Yanez Pinçon en janvier 1500 et Diego de Lepe en février ou mars de la même année, l'histoire attribue avec raison à Pierre- Alvarès Cabrai la découverte du Brésil qu'il fit réellement, attendu que personne ne la lui contesta et que l'Europe entière

reconnut immédiatement les droits de la couronne portngaise sur cette nouvelle contrée.

Les portugais trouvèrent le Brésil peuplé de nombreuses tribus sauvages qui semblaient appartenir à deux nations distinctes, l'une desquelles, la tapuya, semblait s'avancer du nord vers le sud à la poursuite de l'autre, la tupy ou guarany , qui dominait encore sur presque tout le littoral et les parties méridionales du continent. Mais ces peuples étaient entièrement sauvages: ils vivaient dans une nudité plus ou moins complète, portant à peine quelques ornements en plumes et d'autres bien plus grossiers; ils vivaient presque errants, se nourrissaient de chasse, de pêche, de fruits et de racines; n'avaient ni gouvernement régulier, ni religion, ni liens sociaux, ne connaissaient pas le droit de propriété, étaient fréquemment en guerre les uns avec les autres; leurs armes étaient l'arc et les flèches, la massue, qu'ils nommaient tacape ; ils étaient anthropophages, les uns par goût horrible et tous par vengeance, et dévoraient leurs prisonniers. Ils étaient jaloux de leur indépendance, mais incapables de la maintenir, à cause de leur profonde ignorance, de leur subdivision en petites hordes et des haines profondes qui les séparaient.

Le roi Dom Manuel s'occupa fort peu du Brésil et, à l'exception de quelques explorations peu connues et insignifiantes sur le littoral, des visites passagères de quelques navigateurs qui se rendaient aux Indes, et d'autres, plus prolongées, de certains armateurs français qui commencèrent aussitôt à faire la contrebande du bois qui a donné son nom au pays, cette contrée fut négligée et oubliée pendant un quart de siècle.

Dom Joào III, successeur de Dom Manuel, commença et développa la colonisation du Brésil. En 1534, deux ans à peine après que Martim Aîfonso, sur l'ordre de ce monarque, eut fondé les colonies de Saint -Vincent et de Piratininga dans la province actuelle de Sâo-Paulo, il divisia cette immense contrée en vastes capitaineries héréditaires qui furent données en fief avec des pouvoirs et des privilèges extraordinaires et une indépendance absolue les unes des autres, à des hommes influents, nobles ou non, qui s'engageaient formellement à les coloniser à

leurs frais, les gouverner et les défendre comme des fiefs relevant des rois de Portugal.

L'expérience montra bientôt, même dans les capitaineries les plus prospères, les graves inconvénients de ce système, et le môme roi créa, en 1549, un gouvernement général du Brésil dont la capitale fut la ville de Salvador qu'il fit fonder dans la baie de Tous-les-Saints.

L'organisation administrative de la grande colonie fut d'abord fort simple: un gouverneur - général était le chef du gouvernement colonial, un auditeur -général distribuait la justice, un grand -provéditcur dirigeait les finances, un grand -capitaine de la côte et un grand-alcade étaient chargés de la défense du littoral et de la police de la capitale. Eu 1551, les affaires ecclésiastiques furent commises à un évêquc du Brésil. Les capitaineries, gouvernées par les donataires, leurs héritiers ou successeurs, avaient, en outre, des autorités subordonnées à l'administration civile, militaire ou fiscale de la capitale. L'élément municipal, transporté de la métropole, avait aussitôt pénétré dans la vie intime de ces foyers naissants de population.

Plus tard, en conséquence des événements, des circonstances et de diverses autres causes, la plupart des capitaineries héréditaires retournèrent au domaine de la couronne, et les autres retournèrent également à la couronne, moyennant une indemnité qui fut accordée à leurs possesseurs privilégiés, d'après les sages conseils du célèbre ministre, arbitre de la politique portugaise sous le règne de Dom José Ier, ce roi qui, par sa patriotique faiblesse, rendit de si grands services au Portugal.

Pendant plus de deux siècles ce système de centralisation dans le gouvernement des colonies subit de grandes variations et de profondes altérations; la ville de Rio de Janeiro fut érigée deux fois en capitale d'un gouvernement général des capitaineries du sud; les capitaineries de Cearâ, Maranhào et Para formèrent également un État de Maranhâo exclusivement sujet à l'action suprême de Lisbonne; et, en diverses circonstances, on vit des capitaineries avec des gouverneurs indépendants du gouverneur général de Bahia.

Le titre ou la hiérarchie des chefs de la haute administration coloniale subit également des modifications et des altérations qui indiquaient une certaine indécision dans la politique de la métropole. Depuis l'année 1641 où le Brésil eut son premier vice-roi, ces hauts fonctionnaires se succédèrent, tantôt sous cette nouvelle dénomination, tantôt sous l'ancien nom de gouverneurs-généraux, et cela sans aucune raison apparente. Enfin commença la série non-interrompue des vice-rois du Brésil à Bahia jusqu'en 1763, et depuis cette époque, à Rio de Janeiro, où fut transporté le siège du gouvernement, et cette ville devint définitivement la capitale de la grande colonie jusqu'en 1808. En cette année, la famille royale portugaise, forcée par les événements politiques de quitter l'Europe, se réfugia au Brésil qui fut érigé en royaume, et pendant treize ans Rio de Janeiro fut le siège de la monarchie lusitaine.

La colonisation du Brésil, disputée aux portugais par les hordes sauvages indigènes, fut une œuvre difficile, longue et pénible a laquelle contribuèrent trois éléments importants, chacun dans un but spécial: l'action du gouvernement, les missionnaires jésuites, et le caractère hardi et entreprenant des (sertanejos) habitants de l'intérieur de Saô-Paulo.

La conquête et la colonisation officielle se firent au moyen d'expéditions militaires plus ou moins régulières qui, depuis le dernier quart du seizième siècle jusqu'aux vingt premières années du dix-septième, se dirigèrent vers le nord, en battant et refoulant les indigènes, et fondèrent les villes et les forts de Sergipe, Parahyba du Nord, Rio-Grande du Nord, Cearâ, Maranhào et Para.

Depuis 1680 les vues du gouvernement eurent un but différent; il s'occupa 'sérieusement de fixer la limite méridionale du Brésil sur la rive gauche de la Plata, et alors Santa-Catharina et Rio-Grande du Sud furent régulièrement colonisées.

Les jésuites remportèrent d'importantes victoires en catéchisant les indigènes; ils précédèrent souvent les conquêtes officielles, et toujours ils les suivirent de près; leurs collèges et leurs missions se multipliaient rapidement; et, pénétrant ainsi fort loin dans l'intérieur du pays, non-seulement ils humanisèrent

les sauvages, mais encore ils parvinrent à réunir et à soumettre à la plus sévère discipline des milliers de sauvages dont l'obéissance aveugle devint plus tard nuisible et dangereuse. D'abord il n'y eut aucune entreprise difficile ou périlleuse à laquelle ces prêtres ne se prêtassent, en rendant ainsi des services trèsimportants à la civilisation, mais plus tard ils commirent de grandes fautes et abusèrent tellement de leur autorité et de leur influence, qu'ils voulurent s'imposer comme un Etat dans l'Etat, ce qui rendit nécessaire leur bannissement.

Les colons de Sào-Paulo, ces hardis aventuriers, poussées par la cupidité ou leur tempérament ardent, incapables d'une vie calme et tranquille et toujours disposés aux actions les plus téméraires, furent les grands conquérants des espaces immenses de l'intérieur du Brésil. D'abord ils recherchèrent, combattirent et poursuivirent les sauvages pour les réduire à l'esclavage et les vendre, et plus tard, dans leurs aventureuses excursions à la recherche des mines d'or et des gisements de pierres précieuses, ils traversèrent de vastes territoires, de gigantesques cours d'eau et de hautes chaînes de montagnes et, toujours victorieux, arrivèrent dans les déserts de Minas-Geraes, Matto-Grosso et Goyaz où ils fondèrent les premières bourgades; leurs fameuses bandeiras (expéditions) pénétrèrent jusqu'à certaines régions de l'intérieur du Para et de quelques autres capitaineries du nord.

En exposant ainsi très-succinctement le système de l'administration coloniale et la concurrence souvent jalouse et inconciliable des trois éléments conquérants et colonisateurs du Brésil, notre esquisse historique sur ce pays devient beaucoup plus simple et facile.

Sous la domination des derniers rois portugais de la dynastie d'Aviz, le Brésil arrive jusqu'à l'année 1580 sans que les colons aient avancé leurs conquêtes ni vers le nord, ni vers le sud; ils font à peine leurs premières tentatives, sous le gouvernement de Laurenço da Veiga (1577 — 1580), pour conquérir sur les indiens Sergipe et Parahyba du Nord. Tous leurs efforts se bornent à organiser l'administration et à maintenir la sécurité dans les capitaineries établies. Avec le premier

gouverneur-général, Thomé de Souza, arrivent les jésuites (1549) qui s'appliquent immédiatement à enseigner aux sauvages les vérités de l'Evangile; mission difficile et très -périlleuse dans laquelle ils manifestent une habileté extraordinaire et un dévouement à toute épreuve. Il est vrai que les difficultés de leur mission évangélique furent sensiblement amoindries par la certitude qu'eurent les indigènes de trouver chez ces Pères des protecteurs naturels et des défenseurs de leur liberté contre l'ambition des colons qui s'étaient arrogé le droit de les réduire à l'esclavage. D'un tel antagonisme entre la religion d'un côté, et les intérêts froissés de l'autre, il devait résulter, entre les colons et les Pères de la compagnie, une lutte presque continuelle et souvent très-sérieuse qui commença aussitôt après l'arrivée de ceux-ci et dura jusqu'à la fin du dix-septième siècle. Sous le gouvernement de Duarte da Costa, deuxième gouverneurgénéral (1553—1558), les mamelucos (métis d'indienne et d'européen) de Sâo-Paulo attaquent en 1556 le collège des jésuites, qui défendaient toujours la liberté des indigènes, et sont repoussés ; mais la mésintelligence qui existait entre le gouverneurgénéral et le premier évêque du Brésil, Dom Pero-Fernandes Sardinha, qui maintenait également le droit des indigènes à la liberté, s'aigrit de plus en plus, et celui-ci quitte le Brésil pour aller porter ses plaintes au roi, mais il fait naufrage sur la côte de Pernambuco et est tué par les sauvages.

Outre la guerre contre les indigènes, non-seulement dans les capitaineries des Ilhéos et de Porto -Seguro, mais encore dans celle de Sâo-Vicente, à Mem de Sâ, troisième gouverneurgénéral (1558 — 1572), appartient la gloire d'avoir vaincuUes Français qui, depuis 1555, occupaient la baie de Rio de Janeiro, et d'avoir fondé la ville qui est aujourd'hui la capitale de l'Empire (1567) et qui, six ans après (1573), devint le chef-lieu du gouvernement-général des capitaineries du sud. Cette division en deux capitaineries ne dura que jusqu'en 1576 ou 1577.

Le cardinal-roi Dom Henrique, mort en 1580, fut le dernier roi de la dynastie d'Aviz, dont quatre rois régnèrent sur le Brésil:

Dom Manuel (roi de Portugal depuis 1496), de 1500 à 1521.

Dom Joâo in, de 1521 à, 1557.

Dom Sebastiâo, de 1557 à 1578.

Le cardinal Dom Henrique, de 1578 à 1580.

La colonie portugaise d'Amérique suivit alors la destinée de sa métropole qui passa sous la domination de l'Espagne dont elle ne secoua le joug qu'en 1640.

Pendant ces soixante an#, la conquête et la colonisation avancèrent vers le nord en suivant le littoral, et gagnèrent la Parahyba, en 1585; le Sergipe, en 1590; le Rio-Grande du Nord, en 1599; le Cearâ, en 1610; le Maranhâo, en 1615, d'où l'on repoussa les Français qui l'occupaient depuis l'année 1612; et enfin le Para, en 1616, où fut fondée en cette même année la ville de Notre-Dame de Belem, chef-lieu de la nouvelle capitainerie qui constitua, avec la précédente, l'Etat de Maranhâo en 1621. Les habitants de Sào-Paulo s'avançaient en même temps, par l'intérieur, à la chasse des sauvages pour les vendre comme esclaves, et pénétraient jusqu'au Paraguay, ce qui provoquait les plaintes et les protestations des jésuites qui, non moins entreprenants, s'y trouvaient déjà et y établissaient, tout en catéchisant les indigènes, leur influence et leur autorité.

Ce fut également à cette époque de la domination espagnole que la cupidité de la métropole fut excitée par la nouvelle de la découverte de richesses aurifères, et qu'elle rétablit en 1609 le gouvernement-général des capitaineries du sud de Rio de Janeiro, lequel fut supprimé en 1617, parce qu'il n'avait pas produit les résultats qu'on en attendait.

Les querelles entre les jésuites et les colons devinrent tellement sérieuses dans le courant et principalement vers la fin de cette période, qu'elles provoquèrent à Rio de Janeiro et à Sào-Paulo de graves conflits. Mais une question bien autrement importante occupe l'histoire de cette époque : c'est l'affreuse guerre étrangère allumée dans le nord.

Les pirates et les corsaires anglais et français avaient déjà fait rigoureusement sentir à Sâo-Vicente, à Espirito-Santo, à Bahia et à Pernambueo les effets de l'inimitié générale de l'Europe contre l'Espagne de Philippe II; mais la Hollande, plus franche et plus hardie, recommençant, après la trêve de douze

ans, la guerre contre Philipp IV, attaqua et prit en 1624 la ville de Salvador qu'elle perdit l'année suivante; elle reprit l'offensive et, en 1630, une victoire facile la rendit maîtresse d'Olinda et de Recife, d'où, à la suite de luttes longues et acharnées, elle étendit la puissance de ses armes sur toute la côte depuis le fleuve Sào-Francisco jusqu'à Rio- Grande du Nord. La puissance hollandaise» au Brésil fut bien moins nuisible aux intérêts portugais que l'exemple de la sagesse politique et administrative , les travaux d'utilité publique , les sources de civilisation et de progrès qui se manifestaient dans les capitaineries conquises, grâce au gouvernement habile et prévoyant du prince Maurice de Nassau qui était le chef du Brésil hollandais à l'époque où le Portugal reconquit son indépendance (1640).

Pendant les soixante années de dominatiou espagnole, la colonie portugaise d'Amérique eut les rois suivants:

Philippe II (Ier de Portugal), de 1580 à 1598.

Philippe III (II de Portugal), de 1598 à 1621.

Philippe IV (III de Portugal), de 1621 à 1640.

Avec Dom Joâo IV en 1640, commença pour le Portugal, et par conséquent pour le Brésil sujet aux mêmes destinées, la dynastie de Bragance.

La guerre hollandaise continua encore quelque temps, mais elle entra bientôt dans son dernier période. Quoique Maurice de Nassau étendît sa domination jusqu'à la rivière Real et que ses lieutenants fissent, en 1641, la conquête du Maranhào et du Cearâ, d'un côté, l'égoïsme de la compagnie des Indes occidentales et les intrigues auxquelles ce prince fut en butte, le découragèrent et lui firent quitter la colonie pour retourner en Hollande, ce qui diminua de beaucoup la force et la puissance des conquérants; de l'autre, les sentiments profondément catholiques des portugais, froissés par l'intolérance de leurs vainqueurs et, en outre, leur patriotisme exalté par la révolution de 1640, les poussèrent à la révolte contre leurs vainqueurs: les hollandais furent chassés, en 1644, du Maranhào et du Cearâ, et en 1645 éclata à Pernambuco l'insurrection nommée des Indépendants qui combattirent sans trêve et dont l'héroïsme

remporta d'éclatantes victoires sur les hollandais, les chassant entin, en 1654, du Brésil qui resta tout entier sous la domination portugaise. La paix entre le Portugal et la Hollande fut célébrée sept ans après, en 1661, sous le règne d'Affonso VI.

La guerre contre les Hollandais avait fait mieux connaître l'intérieur et les ressources naturelles des capitaineries où l'on avait si longtemps combattu, et avait resserré davantage leurs rapports en facilitant les communications; les paulistas multipliaient leurs handeiras {expéditions) qui pénétraient jusque dans les déserts les plus éloignés ; l'or et les pierres précieuses attiraient de nombreux aventuriers vers les contrées les plus centrales de l'occident; des bourgades s'élevaient au milieu des forets et sur les bords des cours d'eau qui contenaient tant de richesses. Sous les règnes d'Affonso VI, de Pedro II et de Joào V, l'augmentation de la population et les progrès du Brésil se manifestèrent par de grands changements dans l'administration religieuse : la création des évêchés de Rio de Janeiro et de Pernambuco, l'érection de celui de Bahia en archevêché en 1676, et la création des évêchés du Maranhào en 1677, de Sâo-Paulo et Minas, indépendant de celui de Rio de Janeiro en 1709, de Minas -Geraes en 1720, de Goyaz en 1744 et de Cuyaba en 1748, démembrés de celui de Sâo-Paulo.

Cependant de regrettables discordes et d'autres événements troublaient la tranquillité de la grande colonie. Les querelles avec les jésuites, un peu réfroidies dans les capitaineries du sud, s'aggravèrent beaucoup dans l'Etat de Maranhào à cause de la juridiction temporelle qu'avaient sur les indiens ces Pères qui, deux fois, en 1661 et 1684, furent chassés par le peuple révolté, et deux fois furent rétablis dans leurs collèges. Une compagnie organisée au Maranhào, et qui avait le monopole de l'importation et de l'exportation, provoqua également une révolte en 1684, celle de Jteckman, du nom de son chef qui, l'année suivante, mourut sur l'échafaud ainsi qu'un autre de ses complices. A Rio de Janeiro, le peuple, pressuré par le monopole et les vexations d'une autre compagnie, la Générale du Commerce, s'était déjà soulevé en 1660, parce qu'on l'avait

écrasé d'impôts. Mais, beaucoup plus malheureuses que les précédentes furent les années 1708 et 1709 à Minas-Geraes, où l'ambition et les rivalités provoquèrent au combat les Paulîstas et les Forasteiros (étrangers), et les années 1710 et 1711 à Pernambuco, où éclata la guerre civile des Mascates, entre les colons nés au Brésil et ceux qui venaient de la métropole, au sujet des limites du nouveau bourg de Recife, séparé de celui d'Olinda; ces conflits et ces luttes plus ou moins violentes dans le nord et dans le sud excitèrent l'antagonisme et la haine entre les deux partis et creusèrent un abîme entre les Brésiliens et les Portugais.

Deux expéditions françaises, la première sous le commandement de Duclerc en 1710, et la seconde conduite par Duguay- Trouin en 1711, profitant de la guerre de la succession d'Espagne, attaquèrent la ville de Rio de Janeiro; la première de ces expéditions fut vaincue, et Duclerc ainsi que ses compagnons furents faits prisonniers, mais la seconde fut plus heureuse, elle prit la ville qui ne se racheta qu'après le pillage.

Le fait principal de cette période, qui comprend près d'un siècle, fut la fondation de la colonie du Sacramento sur la rive gauche de La Plata en 1680; on y trouve la preuve évidente des aspirations du régent et peu de temps après roi de Portugal, Dom Pedro II, aspirations qui se transmirent à ses successeurs , lesquels voulurent établir comme limite méridionale du Brésil la rive gauche de ce fleuve. L'importance de cette combinaison géographique et politique a été clairement prouvée par les guerres successives et prolongées qui eurent lieu entre la Banda Oriental et la colonie du Sacramento, point initial de l'antagonisme entre l'Espagne et le Portugal dans leurs colonies d'Amérique.

Les Espagnols de Buenos-Ayres s'emparèrent de cette colonie dans l'année même de sa fondation, mais elle fut rendue au Portugal en 1683; Valdez, gouverneur de Buenos-Ayres, la reconquit en 1705, et l'Espagne se vit de nouveau forcée de la restituer au Portugal par le traité d'Utrecht, en 1715; mais elle ordonna en même temps de fonder la ville de Montevidéo qui, par sa position, devait être une protestation vivante contre

Googi;

les aspirations géographiques et politiques des rois de Portugal. En 1735, en dépit du traité d'Utrecht, un autre gouverneur -de Buenos- Ayres , Dora, Miguel de Salcedo, essaya, mais en vain de s'emparer de la colonie du Sacramento dont la garnison lui opposa une vive et énergique résistance. Le traité de Madrid, en 1750, vint à propos mettre un terme, malheureusement éphémère, à cet antagonisme international ou intercolonial.

Par le traité de Madrid, l'Espagne rentrait en possession de la colonie du Sacramento, objet de toute son ambition, car il signifiait pour elle la possession des deux rives de la Plata, mais en échange, elle cédait au Portugal les Sete Povos de Missôes qui sont aujourd'hui brésiliens. Par leur traité diplomatique, les deux nations perdaient, d'un côté, des établissements pour acquérir d'autres limites moins menaçantes et moins sujettes à des conflits et à des guerres; mais, comme il était naturel, de part et d'autre, le sentiment ou la passion patriotique , ne voyant que les concessions sans s'apercevoir des avantages de la paix et de l'harmonie réciproques , les accepta avec répugnance et considéra comme déshonorantes les stipulations du traité de 1750.

La rivalité et les conflits entre l'Espagne et le Portugal, au sujet de la rive gauche de la Plata, eurent au moins pour résultat de pousser ce dernier à s'occuper sérieusement de la -colonisation de l'île et du territoire de Santa-Catarina et de Rio-Grande du Sud qui reçurent en 1739 un gouvernement distinct, mais subordonné à celui de Rio de Janeiro.

La période de 1750 à 1777 est remarquable par le développement économique considérable , les progrès et la prospérité du Brésil, mais cette dernière année fut des plus malheureuses. Cette période comprend le règne de Dom José Ier pendant lequel se fit sentir le génie politique et administratif du marquis de Pombal.

En 1757, fut créée dans le Haut-Amazone la capitainerie de Sâo-José de Javary ou Rio-Negro, subordonnée à celle du Para; en 1760, celle de Rio-Grande de Sâo-Pedro du Sud, dépendante de celle de Rio de Janeiro; et en 1763, on transféra de la ville de Salvador dans cette dernière la capitale du Bré-

Bil. Ce changement donna ane vive , impulsion h la navigation et au commerce : de nombreuses fabriques s'y établirent ; l'agriculture prospéra; la culture de l'indigo fut introduite dans le pays, celle de la cochenille et du chanvre se développèrent, les premiers caféiers furent plantés, quelques industries, principalement la corderie, firent des progrès considérables; l'instruction primaire eut un développement sensible et beaucoup de Brésiliens exercèrent des charges importantes, ce qu'on n'avait vu jusque-là que {bien rarement La liberté des Indiens fut efficacement protégée; les mariages entre Portugais et Indiennes devinrent plus faciles et communs, parce qu'ils furent encouragés par le gouvernement.

La haute administration coloniale et la perception des impôts réformées et réglées d'une manière plus juste et convenable, les forces militaires mieux disciplinées, améliorèrent beaucoup l'état de la colonie; les luttes et les querelles avec les jésuites cessèrent par leur bannissement en 1759, et le peuple respira plus librement en voyant disparaître le redoutable pouvoir de l'inquisition.

Cet agréable tableau n'exclut pas l'oppression, l'arbitraire souvent tyrannique des vice-rois, des gouverneurs et des commandants des places; mais ce mal n'était pas nouveau, il existait depuis longtemps dans les conditions du système de gouvernement. Les plus grands embarras et les plus affligeantes calamités eurent encore pour principe la question du sud.

Les gouvernements portugais et espagnol voulurent mettre à exécution le traité de Madrid; mais les efforts et les travaux pour la démarcation des frontières furent entièrement frustrés, d'abord par l'opposition des jésuites qui, dans le nord, multiplièrent toutes les difficultés matérielles et , dans les plaines du sud, insurgèrent les Indiens , et plus tard par le désaccord complet entre les commissaires chargés de ce travail. En 1761, les deux puissances annullèrent ce traité de 1750, et bientôt après, en 1762, recommencèrent les hostilités: les Espagnols s'emparèrent de la colonie du Sacramento et d'une grande partie de Rio-Grande qu'ils gardèrent abusivement lorsque, l'année suivante, ils rendirent cette colonie. La période de 1767 à 1776

fut une suite de luttes et de batailles dans lesquelles les Portugais reprirent tout ce qu'ils avaient perdu. L'Espagne, irritée, envoya une forte armée qui, en 1777, s'empara de l'île Sainte-Catherine et bientôt après de la colonie en litige dont elle fit sauter les fortifications, et elle aurait poussé plus loin\ ses conquêtes, sans la paix à laquelle le Portugal fut forcé de souscrire pour rentrer en possession de l'île Sainte-Catherine; mais par ce désastreux traité de Saint-Ildefonse , en 1777, il perdit son cher port sur la rive gauche de la Plata, les Missions de l'Uruguay et un assez grand territoire à Rio-Grande du Sud. Dom José Ier était mort et le marquis de Pombal n'était plus ministre!

Le Brésil sortait d'une époque de prospérité dans laquelle il avait commencé à sentir et à reconnaître les éléments naturels de sa grandeur future; la révolution et l'indépendance des Etats-Unis de l'Amérique du Nord, et les idées ainsi que les réforj^es régénératrices inspirées par les écrivains français, faisaient naître l'espoir dans le cœur de beaucoup de Brésiliens. Rêvée par des étudiants, caressée par des poètes, la première conspiration pour l'émancipation de la colonie portugaise d'Amérique fut organisée; mais cette œuvre généreuse était encore trop précoce, elle fut écrasée dans son foyer, à Minas-Geraes, avant son entier développement (1789); les principaux chefs furent arrêtés et condamnés à mort avec infamie; mais cet arrêt barbare fut commué en la peine d'exil pour tous les conjurés , à l'exception de Joaquim-Josè da Silva-Xavier, surnommé Tira-dentes (arracheur de dents) qui reçut, sur le gibet, la couronne et la gloire du martyre en 1792.

Cependant il est un fait incontestable et d'une grande valeur historique, c'est que quelques années avant ce mouvement révolutionnaire et même après cette conspiration avortée, les artistes et les poètes brésiliens s'attachaient à donner à leurs œuvres un cachet particulier à leur pays, ce qui prouve que le sentiment de l'indépendance était déjà dans les esprits et dans les cœurs lorsque Napoléon vint précipiter les événements.

Le prince-régent Dom Joaô, fuyant devant les armes victorieuses du nouveau César qui s'imposait à l'Europe et voulait

la tenir sons son sceptre, émigra au Brésil en 1808 et, établissant à Rio de Janeiro le siège de la monarchie, dut accorder à cette ville tous les titres et les institutions indispensables à la nouvelle capitale.

Le Brésil cessa d'être colonie depuis 1808 par le décret qui ouvrit ses ports au commerce de toutes les nations amies, et fut élevé à la catégorie de royaume en 1815. L'influence de la capitale dans une ville voisine et sœur fut très-favorable au développement de toutes les capitaineries, et la présence du roi dans son royaume américain enorgneillit les Brésiliens qui commencèrent à considérer Rio de Janeiro, la nouvelle capitale du royaume, comme la métropole de Lisbonne.

On peut longtemps refuser à un peuple les droits d'élévation et d'hiérarchie dont il n'a jamais joui, mais les lui reprendre après qu'il les a possédés, c'est une faute grave qui produit toujours les conséquences les plus funestes.

La fatalité obligea le Portugal à commettre cette faute, mais son intérêt, son honneur, ses droits de puissance européenne l'exigeaient. Le Portugal voulut avoir son roi à Lisbonne, il devait le vouloir et l'eut; mais cette exigence si naturelle lui coûta cher, car avec le retour du monarque il perdit le Brésil.

En 1820 éclata dans le royaume portugais d'Europe une révolution politique à laquelle répondirent avec enthousiasme les provinces brésiliennes et même la capitale, Rio de Janeiro; la nouvelle de ce mouvement fut partout reçue avec la plus parfaite adhésion, et cela est d'autant plus étonnant que le manifeste du comité révolutionnaire établi à Porto indiquait parmi les principaux griefs du Portugal: la résidence de la cour loin de son sein, et la ruine de son commerce et de son industrie en conséquence de l'ouverture des ports du Brésil au commerce de toutes les nations du globe.

C'est une erreur que d'attribuer cette adhésion du Brésil exclusivement à l'influence des troupes portugaises en garnison dans les villes; il est hors de doute qu'elles y contribuèrent beaucoup, mais ce qui la détermina principalement, ce fut le -développement des idées libérales déjà tellement répandues dans

ce pays, qu'en 1817, il se manifesta à Pernambuco une violente émeute républicaine qui fut noyée dans le sang. La révolution triomphante en Portugal promettait un gouvernement constitutionnel et représentatif, et son premier résultat fut la convocation des Cartes constituantes; voilà pourquoi les Brésiliens y adhérèrent si facilement.

Mais l'antagonisme entre les Brésiliens et les Portugais se manifesta aussitôt après: le roi dut, malgré lui, partir pour Lisbonne et résolut de laisser au Brésil, en qualité de régent, le prince Dom Pedro, héritier du trône; mais cette mesure politique ne suffit pas pour apaiser le mécontentement de la capitale déchue, et les électeurs de Rio de Janeiro, réunis à la Bourse pour nommer leurs députés aux Côrtes, voulant, par des résolutions arbitraires et extravagantes, s'opposer au départ de Dom Joâo VJ, furent violemment dissous par la force militaire qui, sans aucune sommation préalable, fit feu sur les électeurs et envahit la salle, la baïonnette en avant.

Cet événement déplorable du 21 avril 1821 fut suivi de près par le départ du roi, le 26 du même mois; ce monarque quitta pour toujours le Brésil dont il prévit la prochaine indépendance, car, en faisant ses adieux à son fils Dom Pedro, il lui conseilla, le cas échéant, de prendre le sceptre du nouvel empire.

Au Brésil, la politique de Dom Joâo, prince-régent jusqu'en 1816 et ensuite roi sous le nom de Dom Joâo VI, ne fut pas toujours pacifique. Cayenne tomba au pouvoir des Portugais en 1809 , par suite de la capitulation de Victor Hugues, gouverneur de cette colonie française, mais elle fut rendue à la France par la convention du 28 août 1817.

Les Portugais, profitant des guerres en Europe, avaient pris, en 1801, leur revanche des désastres de 1777 en s'emparant des territoires espagnols de Sete Povos de Missôes, de Serro-Largo et pénétrant jusqu'au-delà de Jaguarâo et Santa- Tecla, à Rio-Grande du Sud. Sur ses entrefaites, eurent lieu les révolutions des Etats de l'Amérique espagnole, et Dom Joâo en profita pour mettre à exécution les aspirations politiques de Dom Pedro II.

Macldo, Brésil. 2

La campagne de 1812, fort heureuse au commencement, n'ayant pas donné les résultats qu'on en attendait, une seconde entreprise du même genre, avec des forces plus considérables, fut organisée en 1816 et, après trois ans de guerre et de brillantes victoires, l'armée portugaise occupa la Banda Oriental qui, en vertu d'une décision libre et spontanée du Cabildo de Montevidéo et des députés des diverses villes fut cédée, le 31 juillet 1821, au Brésil qui se l'incorpora sous le titre de province Cisplatine.

La régence du prince Dom Pedro, dans sa courte durée de seize mois et quelques jours, jusqu'au 7 september 1822, fut une époque de laborieuse transition pour le pays.

Les Cartes portugaises, comptant sur l'appui des troupes régulières et aguerries qui avaient été envoyées du Portugal en garnison dans les villes brésiliennes, lancèrent des décrets provocateurs contre le royaume-frère, en décentralisant ses provinces, en supprimant les tribunaux créés par le roi à Rio de Janeiro et enfin en ordonnant le retour du prince - régent en Europe.

Rio de Janeiro, Sào-Paulo et Minas s'adressèrent alors à Dom Pedro et le supplièrent de rester au Brésil: c'était lui proposer la désobéissance et la révolution; le prince, opposé à l'idée de l'indépendance dans les premiers mois de sa régence, hésitant plus tard, résolut enfin d'accepter les conséquences de la révolution et se mit à la tête du mouvement en déclarant, le 9 janvier 1822, qu'*7 resterait au Brésil.

Les garnisons portugaises essayèrent en vain de résister au mouvement brésilien : celle de Rio de Janeiro , après quelque opposition se soumit et fut renvoyée en Portugal; celle de Pernambuco fut chassée avec le commandant de la place, Luiz do Rego Barreto, haï de la population depuis la réaction cruelle de 1817; celle de Bahia, d'abord victorieuse dans la capitale, éprouva dans plusieurs combats la valeur brésilienne et, le 2 juillet 1823, évacua la glorieuse ville fondée par Thomé de Souza.

Dom Pedro, après avoir passé le Rubicon, le 9 janvier, se montra franchement et ouvertement révolutionnaire et, accé-

dant aux réclamations de la municipalité de Rio de Janeiro, il convoqua le 16 février 1822, un conseil des représentants des provinces et, le 13 mai, accepta pour lui et ses successeurs le titre et les fonctions de Défenseur perpétuel du Brésil ; il convoqua le 3 juin une assemblée constituante et législative pour le royaume du Brésil, déclara par le décret du 1er août ennemies et devant être traitées comme telles , les troupes qui du Portugal ou de toute autre nation seraient envoyées au Brésil sans son consentement préalable, et, après d'autres actes et décrets qui prouvaient sa complète adhésion à la révolution dont il acceptait toutes les conséquences, se trouvant à Sâo- Paulo, sur les bords de l'Ypiranga, il poussa le cri patriotique, solennel et historique : « Indépendance ou mort /...», le 7 septembre 1822, le premier dans les fastes de la gloire nationale brésilienne, et fut acclamé dans la ville de Rio de Janeiro, le 12 octobre de la même année, Empereur constitutionnel du Brésil.

Il n'y a jamais eu de prince ni de citoyen dans un pays politiquement régénéré qui ait été proclamé avec un enthousiasme plus fervent et plus spontané que ne le fut Dom Pedro Ier, empereur du Brésil, par le peuple sur lequel il a régné; mais, dès 1823, il compromit tout son règne par l'acte de dissolution de la première assemblée constituante brésilienne.

La constitution de l'Empire, octroyée par Dom Pedro Ier, et jurée le 25 mars 1824, ne put vaincre le ressentiment qu'avait laissé la dissolution de la Constituante, et le 2 juillet de la même année, Pernambuco se déclara en révolution républicaine et engagea les provinces du nord à former avec elle une Confédération de V Equateur, ce en quoi elle fut aidée, moins cependant qu'elle ne l'espérait, par Parahyba, Cearâ et Rio- Grande du Nord. Cette rébellion facilement écrasée, le pouvoir légal réagit en répandant la terreur par les châtiments les plus sévères.

Le mécontentement général et les dissidences déjà profondes en 1823 et 1824 s'aggravèrent encore l'année suivante par le soulèvement de la province Cisplatine qui réclamait son indépendance. Le gouvernement de Buenos -Ayres, provocateur

de cette insurrection, déclara qu'il acceptait l'incorporation de la Banda Oriental à la République des Provinces-Unies de La Plata, ce qui fit que le Brésil se trouva également en guerre avec l'Etat voisin; cette guerre malheureuse se prolongea jusqu'en 1828 et termina par la convention préliminaire du 27 août, par laquelle la Banda Oriental restait indépendante pendant cinq ans, au bout desquels elle devait adopter un gouvernement à son choix.

Nous devons observer qu'en soutenant la guerre contre l'indépendance de la province Cisplatine, le gouvernement impérial ne remplissait que son devoir de travailler par tous les moyens possibles à la défense et au maintien de l'intégrité de l'empire dont elle faisait partie comme province sœur des autres, et comme telle ayant ses représentants; il n'y eut donc pas dans cette guerre uhq politique d'absorption, et depuis 1828, il ne s'est pas manifesté une seule fois, ni par des paroles, ni par des faits, l'idée d'incorporer la Banda Oriental au Brésil, au contraire la seule sollicitude politique de l'Empire, évidemment prouvée par des actes et des sacrifices souvent onéreux, est de maintenir l'indépendance de cet Etat, que la république voisine de l'autre rive de La Plata, avec une franchise souvent révélée par des paroles comme par des faits, désire absorber de même qu'elle ambitionne le Paraguay.

Depuis 1825, la régénération politique du Brésil avait été reconnue; mais l'année suivante, Dom Joâo VI étant mort, le conseil de régence proclama roi de Portugal Dom Pedro qui abdiqua ce nouveau trône en faveur de sa fille Dona Maria da Gloria; mais une réaction légitimiste et absolutiste mit Dom Miguel, le frère cadet de Dom Pedro, sur le trône de Portugal, au détriment de Dona Maria, et ainsi eut lieu en Europe une question dynastique très-importante pour l'empereur.

A ces graves difficultés il faut ajouter les contrariétés que Dom Pedro rencontrait dans l'opposition vigoureuse et systématique du parti libéral très-nombreux dans tout le Brésil. Ayant reconnu qu'il s'était rendu impopulaire dans l'Empire, fatigué de lutter, et, en outre, appelé en Portugal par d'autres devoirs d'intérêt et de gloire, l'empereur, au retour d'un voyage po-

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tique à Minas-Geraes, arriva triste et ennuyé à Rio de Janeiro en mars 1831, où il fut, environ un mois, témoin indifférent de l'irritation des esprits, des conflits entre les Portugais et les Brésiliens, et enfin en présence d'un rassemblement nombreux et menaçant de citoyens et de presque tous les corps militaires de la garnison de la capitale, qui dans la soirée et la nuit du 6 avril, réunis au Campo de Santa- Anna , exigeaient la démission du ministère organisé dans la matinée du même jour: l'empereur ne voulut pas céder à cette imposition, mais il sauva la monarchie en abdiquant, le 7 avril, la couronne impériale en faveur de son fils héritier présomptif du trône, Dom Pedro II, l'Empereur actuel , alors à peine âgé de cinq ans et quatre mois.

Le Brésil fut profondément ébranlé, surtout pendant les premières années de la minorité, mais le système monarchique constitutionnel et l'intégrité de l'empire se maintinrent, grâce à la promulgation de Y Acte additionnel de la Constitution, à d'autres institutions libérales, à la garde-nationale, immédiatement créée, et au patriotisme du peuple et du gouvernement; la révolte leva la tête dans plusieurs provinces, mais partout elle fut étouffée, à l'exception de la plus considérable, la rébellion de Rio-Grande du Sud qui avait éclaté le 27 septembre 1835 et qui se maintenait fort et active lorsque, le 23 juillet 1840, fut proclamée la majorité de l'Empereur Dom Pedro II.

De 1840 à 1872, sous le règne actuel s'est éteinte la rébellion de Rio-Grande du Sud et une amnistie générale est venue cicatriser les profondes blessures causées par les discordes civiles. En 1843, dans les provinces de Saint-Paul et de Minas- Geraes, et en 1848, dans celle de Pernambuco, se manifestèrent d'autres soulèvements qui furent dominés et, un peu plus de deux ans après, les chefs de chacune de ces révoltes furent amnistiés.

Le règne actuel a vu deux guerres étrangères : la première en 1851 contre ïlosas, le dictateur de la Confédération Argentine, qui armait et soutenait le général Oribe contre le gouvernement de Montevidéo, dans le but manifeste d'incorporer l'Etat Oriental à cette république; le Brésil, ayant pour alliés le général Urquiza, gouverneur d'Entre-Rios et de Corrientes, et

le gouvernement de la capitale menacée, remporta une victoire dont les généreux résultats furent la liberté de la Confédération Argentine et le maintien de l'indépendance de l'Etat Oriental de l'Uruguay.

La seconde qui commença par une sérieuse et hostile démonstration militaire de l'Empire contre le pouvoir établi à Montevidéo sous la présidence d'Aguirre qui se refusait obstinément à réparer les violences, les insultes et les assassinats dont les sujets brésiliens avaient été victimes, fut provoquée en 1864 par le dictateur du Paraguay, Francisco-Solano Lopez, qui, sans déclaration de guerre préalable, saisit un navire brésilien sur lequel se trouvait un haut fonctionnaire et d'autres employés qui furent retenus et traités de la manière la plus barbare; ensuite il envahit les provinces de Matto- Grosso et de Rio -Grande, dans lesquelles il commit les plus atroces cruautés.

La Confédération Argentine et la République Orientale de l'Uruguay, également offensées et attaquées dans leurs territoires, s'allièrent au Brésil pour repousser et écraser l'ennemi commun. Cette guerre ne fut qu'une suite presque non-interrompue de violents combats et de batailles sanglantes; elle dura de 1865 à 1870 et finit par la destruction complète du pouvoir militaire du dictateur Lopez qui perdit la vie dans la dernière rencontre avec les forces brésiliennes qui le poursuivaient.

Cette guerre fut longue et pénible: le pays acheta chèrement la victoire au prix du plus noble sang et de capitaux considérables; l'armée et la marine du Brésil s'y couvrirent de gloire; l'une et l'autre supportèrent la part la plus pénible de la campagne, bien que les alliés de l'empire y contribuassent également par leur valeur et leur utile concours; mais ce fut le Brésil qui tira le plus grand avantage de la victoire: en coopérant à la libération du Paraguay, en respectant l'intégrité de cet Etat et en protégeant son indépendance, il fit un acte de générosité comme principe de politique internationale et, en même temps, de la plus haute importance pour ses intérêts de paix et de tranquillité.

Dans l'intérieur de l'Empire, l'abolition complète et absolue

de la traite criminelle des esclaves africains, depuis 1852 fit tarir la principale source d'une calamité très-honteuse et fatale sous tous les rapports, et le 28 septembre 1872, la loi qui a affranchi le ventre des femmes esclaves a fait cesser à jamais l'esclavage, et depuis ce jour mémorable le Brésil n'a plus la honte d'être considéré comme un pays esclavagiste, attendu que même les enfants des anciens esclaves y naissent libres.

L'abolition de la traite barbare des esclaves a dirigé la spéculation vers un emploi plus légitime et plus honorable du capital. Comme premier résultat bienfaisant de la suppression de ce crime affreux, les progrès matériels ont aussitôt commencé à se développer dans tout le pays: les chemins de fer et les télégraphes électriques étendent leurs rails et leurs fils civilisateurs des grands marchés du littoral jusqu'aux terres si fertiles de l'intérieur; la richesse y développe l'industrie; la lumière du gaz éclaire les villes principales qui gagnent de l'or et du temps par la facilité, la rapidité et la commodité des meilleures voitures de transport qui suppriment les distances entre ces villes et leurs environs; l'Amazone s'ouvre librement au commerce du monde; les lignes de navires à vapeur resserrent les liens entre les provinces et les municipes maritimes ou situés sur les grands cours d'eau; les entreprises se multiplient et, dans l'émulation, dans la lutte, dans l'avidité, si l'on veut, des gains convoités par elles, l'intérêt générai acquiert des avantages qui contribuent à l'agrandissement de l'Etat; l'instruction populaire reçoit une vigoureuse impulsion et la liberté de l'enseignement domine tous les esprits et entre peu à peu dans l'ordre des faits.

C'est peu, fort peu encore, relativement à ce qu'il reste à faire; mais surtout dans les deux questions de la solution desquelles dépendent le développement, la richesse et l'avenir du pays : l'émigration européenne et la décentralisation administrative plus large et plus vivifiante des provinces, les esprits sont tellement d'accord sur ces points qu'il est hors de doute que nous verrons bientôt des dispositions législatives accéder au vœu général par des réformes prudentes et des lois appropriées, assurer les droits des émigrants envers Dieu, la patrie et la

famille, et accorder aux provinces les droits d'administration, d'économie et d'activité particulière.

La partie précisément relative à la politique interne sous le règne actuel étant et devant être encore trop brûlante, attendu que chaque citoyen y est en même temps acteur et spectateur, et par conséquent suspect, n'est pas de notre compétence: elle appartient exclusivement au tribunal de la postérité qui, plus tard, prononcera son jugement dans le procès historique de l'actualité.

A nous, il n'appartient que le travail constant, légitime, indispensable et, pour ainsi dire, religieux de la vie civique et constitutionnelle; c'est avec un esprit sincère, un cœur patriotique et une conscience pure et honnête que nous devons exercer nos droits et remplir nos devoirs de citoyens brésiliens.

De 1640 à 1822, la dynastie de Bragance a donné au Brésil les rois suivants:

Dom Joào IV, de 1640 à 1656.

Dom Affonso VI, de 1656 (encore mineur) à 1683.

Dom Pedro II (prince-régent depuis 1667, en conséquence de la réclusion d' Affonso VI, son frère) de 1683 à 1706.

Dom Joào V, de 1706 à 1750.

Dom José Ier, de 1750 à 1777.

Dona Maria Ie, de 1777 à 1816.

Dom Joào VI (ce prince a d'abord gouverné comme héritier de la couronne, en conséquence de l'altération des facultés intellectuelles de la reine, depuis 1792, et sous le titre de prince-régent du royaume, par décret du 18 juillet 1799), de 1816 à 1822. Descendant du même tronc de Bragance, mais d'une dynastie déclarée et reconnue par la Constitution de l'Empire, nous avons les deux Empereurs suivants:

Dom Pedro Ier, de 1822 à 1831.

L'Empereur actuel, Dom Pedro II (mineur jusqu'en 1840), depuis le 7 avril 1831.

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