CHAPITRE H
Position astronomique et limites du Brésil.
Le Brésil comprend dans son étendue la partie la plus orientale de l'Amérique du Sud, et dans sa position astronomique, calculée d'après le méridien de Rio de Janeiro, il se trouve entre le 5° 10' de latitude septentrionale et le 33° 45' de latitude méridionale, sans y comprendre les archipels de Fernando de Noronha et de la Trinité, et sous le 9e degré de longitude orientale et le 32 e de longitude occidentale, aux sommets des montagnes où prennent leur source les rivières Uaupés et Cumiary ou dos Enganos.
Cette vaste contrée présente sur l'Océan 8500 kilomètres de côte, y compris les baies et les ports, depuis le cap Orange jusqu'à l'embouchure du ruisseau Chuy; il a de longueur 5230 kilomètres du nord au sud, depuis la chaîne Pacaraïma, aux sources de la rivière Mahu, jusqu'à la frontière du ruisseau Chuy, et 5370 kilomètres de l'est à l'ouest, depuis le cap Frio jusqu'à la source de l'Uaupés; sa surface est de 12,033,200 kilomètres carrés.
Il est borné, au nord, par l'Océan Atlantique, les Guayanes française, hollandaise et anglaise et les Républiques de Venezuela et de la Nouvelle -Grenade, actuellement nommées Etats- Unis de Colombie; à l'est et au sud-est, par le même Océan; au sud, par la République de l'Uruguay et la Confédération Argentine; à l'ouest, par cette même confédération et les Républiques du Paraguay, de la Bolivie, du Pérou et de l'Equateur.
Le Brésil, malgré tous ses efforts, n'a pas encore des frontières définitivement fixées avec tous les pays limitrophes, mais partout où elles le sont, ce n'est pas l'épée de Brennus qui a tracé la ligne de démarcation de ses limites; c'est exclusivement à l'action pacifique, loyale et civilisatrice de la diplomatie qu'on doit la solution de toutes les difficultés et l'accord des intérêts réciproques.
Les guerres de la Plata, en 1851, et du Paraguay, de 1864 à 1870, furent immédiatement suivies des traités de limites avec cette république en 1872, et avec celle de l'Uruguay en 1851, et ce dernier traité fut modifié par celui de 1852. Ces guerres eurent des causes et des motifs tout-à-fait étrangers à la question territoriale ou limitrophe: la première, dont les conséquences furent si utiles à la liberté et à la civilisation des Etats de La Plata, fut entreprise par le Brésil précisément pour maintenir l'indépendance de la République Orientale, menacée par le dictateur de la Confédération Argentine; la deuxième fut une croisade patriotique et glorieuse pour venger l'honneur national, et dans les deux circonstances, le Brésil, loin d'abuser du prestige et de la force morale que lui donnaient ses victoires pour imposer des frontières à son gré, les négocia d'une manière si modérée et si généreuse, qu'il éloigna tout soupçon de vouloir abuser de ses victoires au détriment des vaincus.
En étudiant les limites du Brésil, à partir du nord, on trouve d'abord les Guyanes, avec lesquelles il n'y a pas de limites établies.
Relativement à la Guyane française, les droits du Brésil s'appuient sur le traité d'Utrecht en 1713, renforcé par celui de Vienne de 1815 et confirmé par la convention de Paris célébrée en 1817 entre la France et le Portugal. D'après ces traités et cette convention, appartenaient au Portugal et appartiennent encore au Brésil les terres connues sous le nom de Cap du Nord et situées entre le fleuve Amazone et VOyapock, ou Vincent Pinzon, dont Vembouchure est située entre le 46 et le 5e degré de latitude septentrionale, jusqu'au 322* degré de longitude orientale du méridnie de Vile de Fer, en suivant la pa-
Digitizecf bywCeis*
raîlèïe du 2° 24' de latitude septentrionale. La fidèle exécution de cette convention internationale, deux fois rapportée comme une loyale confirmation du traité d'Utrecht, est restée par cela même sous la médiation et la garantie de l'Angleterre.
Mais la clarté des traités et de la convention, ni l'importance et le devoir de la puissance garante et médiatrice, n'ont empêché la France de tirer parti des confusions et des doutes géographiques pour discuter, au moyen de sophismes, le droit établi par le traité d'Utrecht, droit évidemment et sérieusement démontré par l'ouvrage monumental, VOyapock, du savant Brésilien M. le docteur Joaquim Caetano da Silva.
Dans les questions internationales, on croit généralement que les intérêts de la patrie, même les plus illégitimes et les moins fondés, excusent et absolvent l'action injuste des gouvernements. La morale condamne, mais l'exemple absusif et souvent répété a favorisé ce principe faux et nuisible d'après lequel la France se dirige obstinément dans la question de l'Oyapock.
Nous passerons sous silence toutes les négociations entreprises, et toujours sans résultat, pour rappeler qu'en fait de limites avec la Guyane française il n'y a de positif, quoique avec un caractère essentiellement provisoire, que l'accord de 1841 par lequel les deux gouvernements intéressés ont considéré VAmapà comme neutre.
Nous n'avons pas non plus de traité de limites avec la Guyane hollandaise: le Brésil considère comme frontière commune la chaîne de Tumucuraque, mais si l'on admettait les prétentions de la France, il perdrait en même temps le voisinage de cette possession de la Hollande.
Les frontières brésiliennes avec la Guyane anglaise sont au nombre de deux: une septentrionale et l'autre orientale; dans la première, comme pour la Guyane hollandaise, le droit de l'Empire est disputé par la France; dans la seconde, c'est l'Angleterre qui le lui dispute. Cette réclamation inattendue, suivie de discussions diplomatiques, a eu pour cause le renvoi, par le président de la province du Parâ, d'un missionnaire anglais qui catéchisait les Indiens dans un territoire, en tout
temps considéré comme brésilien, en deçà de la chaîne Pacaraïma, limite reconnue. Après des négociations entre les deux gouvernements, le terrain entre les rivières Tacntu et Bepunury a été neutralisé jusqu'à ce que des explorations et des examens nécessaires aient définitivement établi la vraie limite.
Dépendant à peine des travaux de démarcation, les limites de l'Empire avec la République de Venezuela sont fixées par le traité du 5 mai 1859, conçu en ces tenues:
«La ligne de démarcation commencera à la source de la rivière Memachy et, longeant la partie la plus élevée du terrain, elle passera par les sources des rivières Aqaio et Tomô, et des rivières Guyania et Iquiare ou Issana, de manière que toutes les eaux qui se jettent dans VAquio et le Tomé appartiennent à la Venezuela, et tous les affluents de la Guyania, du Xié et de V Issana au Brésil; et traversera le Rio-Negro vis-à-vis de Vile Sào José qui est voisine de la pierre de Cucuhy.
«De Vile Sào -José, elle suivra en droite ligne en coupant le canal Maturacd par son milieu, ou au point que désigneront les commissaires chargés de cette démarcation, de sorte qu'elle divisera convenablement ledit canal, et de là, passant par les groupes des montagnes Cupy, Imery, Gvay et Urucusiro, elle traversera la route qui fait communiquer par terre la rivière CastanJw avec le Marary et, passant par la chaîne Tapir apecô, elle ira rejoindre les sommets de la chaîne Parima, de manière que les eaux qui coulent vers le Padauiry, le Marary et le Calaboris appartiennent au Brésil, et celles qui se jettent dans le Turuaca, ou Idapa, ou Xiabâ, à la Venezuela.
a Elle suivra le sommet de la chaîne Parima jusqu'à l'angle qu'elle fait avec la chaîne Pacaraïma, en sorte que toutes les eaux qui coulent vers le Bio-Branco appartiendront au Brésil* et celles qui se dirigent vers YOrénoque, à la Venezuela; et cette ligne suivra les points les plus élevés de la chaîne Pacaraïma, afin que les eaux qui vont vers le Bio-Branco appartiennent, comme il a été dit, au Brésil, et celles qui coulent vers VEssequibo, le Cuguny et le Carony, à la Venezuela jusqu'où s'étendront les territoires des deux Etats dans leur partie orientale. »
La République de la Nouvelle-Grenade (actuellement Etats- Unis de Colombie) n'a pas voulu accepter les propositions qui lui ont été faites en 1853, pour un traité de limites par le gouvernement brésilien qui, d'ailleurs, cédait beaucoup de son droit d'itti possidetis, et ainsi continue le règlement déjà évidemment affaibli de celui-ci jusqu'à ce qu'ils arrivent à un accord pour lequel le gouvernement brésilien semble tout disposé à accorder à la Nouvelle-Grenade ce que n'avait pu obtenir l'Espagne par les traités de Madrid en 1750 et de Saint- Ildefonse en 1777.
Le Brésil, déjà séparé en partie de la République de l'Equateur par le traité qu'il a célébré avec la République du Pérou, le sera totalement dès que les Etats-Unis de la Colombie adopteront la ligne de division qu'il leur a proposée.
La frontière de la République du Pérou avec l'Empire du Brésil, réglée d'après le principe uti possidetis par le traité du 23 octobre 1851, a été respectivement reconnue par le convention du 22 octobre 1858: elle commence au bourg de Tabatinga et va de là vers le nord en droite ligne jusqu'à sa rencontre avec la rivière Japurâ, vis-à-vis de l'embouchure de YApaporis, et dç Tabatinga vers le sud elle remonte la rivière Javary depuis sont confluent avec V Amazone. — Une commission mixte nommée par les deux gouvernements et chargée de reconnaître , d'après le principe — uti possidetis — la frontière et de proposer Véchange des territoires qu'elle jugera nécessaires pour fixer des limites qui soient plus naturelles et convenables aux deux nations, a posé le 28 juillet 1866 la première borne au coude de YIgnapê de Santo- Antonio, affluent de la rive gauche de l'Amazone et éloigné de 2,410 mètres de Tàbatinga, et de là doit partir la ligne vers la rive droite du Japurâ, visà-vis de l'embouchure de VApaporis.
Par le traité du 27 mars 1867, les limites du Brésil avec la République de la Bolivie ont été établies de la manière suivante:
«A partir du fleuve Paraguay, sous la latitude 20° 10', • où il reçoit la Bahia-Negra, la ligne de division suivra le milieu de celle-ci jusqu'au fond, et de là en ligne droite jusqu'au
lac Caceres, le traversant par le milieu, d'où elle ira jusqu'au lac Mandiorc qu'elle traversera également par le milieu ainsi que les lacs Gayba et Uberdba en autant de lignes droites qu'il le faudra pour que les terres hautes de Pedras de Amolar et Insûa restent du côté du Brésil.
«De l'extrémité septentrionale du lac Uberaba, elle ira en ligne droite jusqu'à l'extrémité méridionale de la Corixa Grande, en exceptant les bourgades brésiliennes et boliviennes qui resteront respectivement du côté du Brésil ou de la Bolivie; de l'extrémité méridionale de la Corixa Grande, elle suivra directement au Morro da Boa-Vista et aux Quatro Irmôos; de ceuxci, également en droite ligne jusqu'aux sources du Bio-Verde; elle descendra le cours de cette rivière jusqu'à son confluent avec le Guaporé, et par le milieu de celui-ci et du Mamoré jusqu'au Beny, où commence la rivière Madeira.
a De cette rivière vers l'ouest, la frontière suivra une parallèle tirée de sa rive gauche, sous le 10° 20' de latitude jusqu'à sa rencontre avec le Javary.
« Si les sources du Javary sont au nord de cette ligne est-ouest, la frontière se prolongera en ligne droite depuis cette même latitude jusqu'à sa rencontre avec la source principale dudit Javary. »
Ayec la République du Paraguay, les limites de l'Empire ont été déclarées, définies et reconnues le 9 janvier 1872, ainsi qu'il suit:
«Par le lit de la rivière Pavana, depuis l'endroit pù commencent les possessions brésiliennes à l'embouchure de YIffuassû jusqu'à Salto Grande das Sete Quedas, dans la môme rivière Paranâ.
«De Salto Grande das Sete Quedas , la ligne de division suit le point culminant de la chaîne de Maracajà jusqu'à son extrémité.
«De là, elle suit en ligne droite, autant que possible, le long des terrains les plus élevés jusqu'à la chaîne Amambahy.
«Elle continue le long des plus hauts sommets de cette chaîne jusqu'à la source principale de YApa et redescend dans
le lit de cette rivière jusqu'à son embouchure sur la rive droite du fleuve Paraguay.
« Tous les versants qui se dirigent vers le nord et l'est appartiennent au Brésil, et ceux qui coulent vers le sud et l'ouest sont sous la domination du Paraguay.
« L'île de Fecho dos Morros appartient au Brésil. »
Les travaux de démarcation de la frontière de l'Empire avec le Paraguay, d'après ce traité, sont en voie d'exécution.
La ligne de division entre l'Empire du Brésil, et la Confédération Argentine avait été réglée par un traité de limites négocié le 14 décembre 1857; ce traité a reçu l'approbation du Sénat et de la Chambre des représentants de la république, mais il a été annullé par défaut de ratification dans le délai fixé, et, postérieurement, le gouvernement brésilien, malgré ses meilleures intentions, n'a pas pu le renouveler.
Enfin, avec la République Orientale de l'Urugay, le Brésil a des frontières établies et fixées selon le traité de limites du 13 octobre 1851, modifié par celui du 15 mai 1852, ainsi qu'il suit:
a Elle commence à l'embouchure de YArroyo Chuy dans l'Océan, sous le 33° 45' 0" de latitude méridionale et le 53 0 25 ' 5 " de longitude occidentale du méridien de Greenwich, remonte ce ruisseau jusqu'à son Passo gérai et de là suit en ligne droite jusqu'au Passo gérai du ruisseau San- Miguel et ressort par celui-ci dans la Lagôa-Mirim; ensuite elle accompagne le bord méridional de ce même lac et de la rivière du Jaguarâo.
«En remontant le long de la rive droite du Jaguarâo, la ligne de division continue jusqu'à l'embouchure du Jaguarâo Chico et remonte celui-ci jusqu'au ruisseau de Mina. La ligne remonte le ruisseau de Mina jusqu'à ses versants les plus élevés et de là par une ligne droite à VAceguâ jusqu'à l'embouchure du ruisseau San-Luiz dans le Rio-Negro. Elle remonte ensuite le ruisseau San-Luiz jusque près de la Cochilha de Santa -Anna, suit une direction rectiligne entre ses deux branches principales et arrive à cette même Cochilha par le mont nommé Cemiterio.
« En suivant la partie culminante de la Cocliilha de Santa- Anna, la ligne de division passe près du bourg brésilien de Santa- Anna do Livramento, accompagne cette même Cochilha jusqu'à celle de Haedo par la ligne culminante de laquelle elle continue jusqu'à sa rencontre avec la Cochilha de Beléni. Près de cette jonction se trouvent les versants du ruisseau Manecos, affluent de YInvernada dont elle accompagne le cours jusqu'au Quaraïm ; enfin elle redescend le Quaraïm jusqu'à VUrugiuay.»
Digitiz«