ILES
Les principales îles voisines de la côte septentrionale de la province et à l'embouchure de l'Amazone ont déjà été mentionnées. Au-dessus de Marajô, les îles sont innombrables, tantôt en groupes, tantôt séparées, sans parler de celles qui se trouvent à l'embouchure des grands affluents ou parsemées dans leur vaste cours; beaucoup de ces îles sont considérables pour leurs dimensions.
PRODUCTIONS NATURELLES
Règne minéral. Les études et les explorations font presque absolument défaut dans les deux provinces amazoniennes; tout est pour ainsi dire conjectural; on a de vagues informations sur des gisements de métaux précieux, mais il est certain qu'on trouve des cristaux dans le lac Apanigés, dans le Tocantins, dans les chaînes du Rio-Branco, dans celles de Cristal et en d'autres localités; des coquillages- de pourpre, de la pierre-ponce sur les bords des îles principales de l'embouchure de l'Amazone; des pierres meulières en beaucoup d'endroits des deux provinces; de l'émeri, du silex de diverses couleurs, du soufre, de l'argile excessivement fine, jaune, rouge, rose et blanche dont on fait de la poterie grossière colorée, du cuti ou argile tinctoriale, du talc, du sel gemme dans les plaines du Rio-Branco; on dit qu'il y a de l'or sur les versants des
chaînes de Japurâ, dans la rivière Içâ, dans l'intérieur de Mundurucania et en d'autres localités; quant au fer et à la houille, les conjectures deviennent une certitude.
Règne végétal. La variété et la richesse de ce règne sont incomparables. Parmi les végétaux connus, éprouvés et appliqués ou d'une application encore peu étendue, Baena et, après lui, Araujo et Amazonas les divisent en classes ainsi qu'il suit: médicinaux 64 espèces, — pour la teinturerie 23, — pour la construction navale 26, — pour la construction civile 30, — pour la menuiserie 13, et parmi ces derniers, les bois orangé, violet, rose et satin, — laiteux 12, dont deux vénéneux: Yarvoeiro et Yassacû, — oléagineux 7, — résineux 5, — cotonnigères 6, — fibreux 9, — vénéneux 9, — aromatiques 18, — fruitiers comestibles 55, — palmiers. Martius les a savamment décrits et en a donné une étude complète dans son magnifique ouvrage.
Les arbres spéciaux les plus remarquables sont: le caricd dont le fruit a naturellement des propriétés enivrantes (Araujo et Amazonas), et Yipadû dont les feuilles grillées réduites en poudre et mêlées à la cendre de celles de Y ambaubeira produisent une substance verdâtre que les indigènes mangent pour se procurer une délicieuse demi-ivresse.
La lecture de l'article respectif de YEssai chorographique de Baena est du plus haut intérêt à cause des détails sur les nombreuses et utiles applications que font les pauvres et sauvages Indiens des feuilles, du bois et des racines des arbres, des arbustes, des herbes et des lianes de ce merveilleux trésor végétal pour leurs besoins et leurs jouissances.
Au milieu de tant de richesse végétale spontanée, la plus importante pour l'homme est le résultat vraiment prodigieux qu'offrent la récolte et l'extraction du cacao, du caoutchouc, de la salsepareille, du roucou, du guaranâ, de l'huile de copahu, du cumari, du girofle, de la vanille, du poivre, des châtaignes, du pucheri etc., que la nature donne abondamment sans aucun travail ni aucun soin.
Bcgnt animal. C'est à peu près, sauf quelques variétés, le même que dans les autres provinces du Brésil: les quadrn-
pèdes sont ceux que nous avons mentionnés dans l'étude générale ; on distingue, pour la grosseur et l'abondance, les jacarés, et les tortues dont l'industrie tire un certain parti; les reptiles y abondent, quelques-uns très-venimeux, entre autres le serpent à sonnettes; les oiseaux aquatiques, riverains, chanteurs, gallinacés, noctivagues, de proie et d'innombrables à plumage éclatant; les insectes sont insupportables, principalement certaines espèces de mouches qui, par nuées, tourmentent les voyageurs, surtout de nuit sur les rives des cours d'eau. L'Amazone, ses tributaires grands et petits, les igarapés et les lacs de la vallée du roi des fleuves sont peuplés d'innombrables espèces de poissons fins et estimés.
INDUSTRIE, AGRICULTURE ET COMMERCE
La province du Para, beaucoup plus peuplée que la précédente et ayant dans sa capitale l'entrepôt du commerce de toute la vallée de l'Amazone, recevant, en outre, les produits d'une partie des provinces de Goyaz et de Matto- Grosso, en rapport fréquent avec l'Europe et l'Amérique dont les navires développent considérablement son commerce d'importation et d'exportation, cette province éprouve cependant le même mal déterminé par la même cause déjà observée dans celle de l'Amazone, la décadence de l'agriculture qui y a tant prospéré autrefois. La merveilleuse richesse naturelle de cette province nuit à son avenir: la population qui s'appliquait autrefois à l'agriculture, sous prétexte du manque de bras, abondonne maintenant l'ancien travail qui rendait jadis les bourgs et les bourgades du Para si riches et si florissants, pour s'attacher à la récolte des produits naturels et a l'extraction du caoutchouc. Ainsi, tandis que la capitale et quelques villes et villages augmentent à vue d'œil par le développement commercial, d'autres au contraire, qui exportaient autrefois à Belém du café, du sucre, de la farine de manioc, des céréales, n'en produisent plus assez pour leur consommation et sont obligés de les importer. Ce fait, qui manifeste l'opulence spontanée du sol, afflige mais ne décourage pas, car la cause même du mal est un puissant encouragement à l'immigration qui le fera
disparaître lorsque l'augmentation de la population fera qu'on exploitera les diverses industries.
A l'exception de cette considération d'un caractère purement économique et politique, le Parâ voit s'ouvrir chaque jour de nouveaux horizons de prospérité et de splendeur commerciale. Pour le prouver, il nous suffira de rappeler le développement et l'importance des compagnies de navigation à vapeur subventionnées par la province: de V Amazone, qui étend son mouvement commercial jusqu'au Pérou et la Bolivie ; Fluviale Paraense, avec sept lignes qui en 1871 ont fait cent huit voyages; Côtière du Maranhào et Fluviale du Haut Amazone, dont les dénominations indiquent suffisamment l'utilité et la valeur économique.
Outre ces lignes, celle de Navigation du Tocantins et de VAraguaya, entreprise par M. le docteur José Vieira do Couto Magalhàes, lutte encore avec les difficultés du commencement, mais elle s'annonce comme devant excéder les calculs des intérêts des provinces de Parâ, Goyaz et Matto- Grosso, tout en entrant dans des plans de haute convenance pour l'empire et permettant de réaliser la communication intérieure des deux principaux bassins, de La Plata et de l'Amazone, sur une étendue de plus de 7000 kilomètres.
Enfin, il est probable ou, pour mieux dire, presque certain que la communication entre la capitale du Parâ et Cayenne sera bientôt définitivement établie par le prolongement de la ligne des vapeurs transatlantiques français jusqu'au Parâ.
En terminant ces informations, il nous semble convenable d'indiquer les trois principaux produits d'exportation du Parâ: le caoutchouc, le cacao et les châtaignes du pays.
Population: 320,000 habitants dont 290,000 libres et 30,000 esclaves.
Représentation nationale et provinciale : 1 sénateur et 3 députés à l'assemblée générale, et 30 à la provinciale.
La province forme un seul district électoral avec 12 collèges électoraux, 573 électeurs et 35,353 citoyens qualifiés votants.
Instruction primaire et secondaire. Primaire publique: 80
écoles publiques du sexe masculin avec 3778 élèves, et 27 pour le sexe féminin avec 882 élèves; particulière: 70 écoles avec 745 garçons et 280 filles. Secondaire publique: 1 établissement public pour le sexe masculin avec 83 élèves; particulière: 5 du sexe masculin avec 531 élèves, et 4 pour le féminin avec 270 élèves.
Nous devons ajouter qu'en 1870, on a institué dans la capitale une école normale pour les professeurs d'instruction primaire, et qu'on observe dans la province, par disposition législative, la liberté de l'enseignement.
Force publique. Garde nationale: 9 commandements supérieurs, 41 bataillons et 6 sections de bataillon d'infanterie, et 2 bataillons d'artillerie en service actif, et 2 bataillons d'infanterie de réserve; avec un effectif de 32,189 gardes nationaux de la force active et 3985 de réserve, total .... 36,174. Corps policial: 325 hommes (état effectif).
Division civile, judiciaire et ecclésiastique: La province du Parâ se divise et se subdivise en comarcas (districts), municipes et paroisses, ainsi qu'il suit:
Comarcas. Municfpes. Paroisses.