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CHAPITRE IL

Province de Grào-Parâ.

ESQUISSE HISTORIQUE

Francisco-Caldeira-Castello Branco qui, sous les ordres de Jeronymo de Albuquerque, était venu en 1614 prendre part active à la guerre contre les Français établis à Maranhào, fonda en 1616, par ordre d'Alexandre de Moura, la ville de Nossa- Senhora de Belém (Notre-Dame de Bethléem) sur la baie de Guajarâ et la capitainerie du Para dont il avait reçu le titre de grand-capitaine. Il lui fut facile de battre et de repousser les Indiens qui étaient venus attaquer la colonie naissante; mais bientôt il se fit le protecteur aveugle d'un de ses neveux qui avait tué un colon très-estimé , et fut déposé et arrêté. Cet événement donna quelque espoir aux Indiens qui menacèrent de détruire la ville déjà prospère de Belém.

Jeronymo -Fragoso de Albuquerque fut alors nommé grandcapitaine du Parâ et chargea Bento-Maciel Parente d'une expédition contre les Indiens ennemis, mais celui-ci agit avec la plus grande cruauté dans l'exécution de sa mission et fit un horrible carnage des Indiens. En s'avançant de Maranhào vers le Parà, il en fit périr un si grand nombre par le fer ou dans les supplices, et réduisit les prisonniers à un si dur esclavage que Fragoso, voulant mettre un terme à cette œuvre de vengeance et de terreur, lui ordonna en 1619 de suspendre les hostilités, mais Parente, dans sa cruelle folie d'extermination, refusa d'obéir aux ordres de son chef.

Le gouvernement général de l'Etat de Maranhâo fut supprimé en 1652 et la capitainerie du Para resta sous une direction indépendante; mais en 1655 (d'après Berredo) l'ancien Etat de Maranhâo fut reconstitué sous le gouvernement d'André Vidal de Negreiros, et le Parâ resta, comme auparavant, sous l'administration des grands-capitaines jusqu'en l'année 1737 où le gouverneur José de Abreu Castello Branco transféra sa résidence officielle dans la ville de Nossa-Senhora de Belém, où se maintinrent ses successeurs. Le décret du 20 août 1772 sépara définitivement les deux capitaineries, et celle de Piauhy fut subordonnée au gouvernement de Maranhâo, tandis que le Parâ eut sous sa juridiction la capitainerie de Rio-Negro.

Depuis sa fondation, la capitainerie du Parâ fut agitée, d'abord par l'insubordination des colons et par l'ambition de quelques chefs, et bientôt commença dans cette capitainerie, comme dans celle de Maranhâo, la lutte avec les jésuites à cause de la réduction des Indiens à l'esclavage, et naturellement plus acharnée encore qu'à Maranhâo, parce que sur les rives de l'Amazone et de ses grands affluents il y avait un bien plus grand nombre de hordes sauvages qui furent horriblement exterminées par les colons, et les prisonniers réduits au plus dur esclavage. Ce fut en conséquence de ce système destructeur et barbare que les indigènes émigrèrent par milliers, soit en s'enfonçant bien loin dans l'intérieur du pays, soit en se réfugiant dans les territoires limitrophes du nord du Brésil.

Plus voisin du Portugal, ayant des rapports administratifs plus directs avec Lisbonne qu'avec la capitale de Bahia et une population née dans la métropole, proportionnellement plus nombreuse, le Parâ se figura pendant quelque temps être moins attaché à l'élément brésilien qu'au portugais; mais bientôt un grand changement s'opéra dans l'opinion publique, et cette capitainerie manifesta énergiquement ses aspirations à l'indépendance nationale.

Le Parâ fut la première capitainerie brésilienne qui adhéra à la révolution portugaise de 1820, et le 1er janvier 1821 les Portugais et les Brésiliens se réunirent pour faire une manifestation libérale; mais l'année suivante, depuis le premier mouve-

Mackdo, Brésil. 14

ment en faveur de l'indépendance et l'enthousiasme produit par le cri d'Ypiranga jusqu'au mois d'août 1823, l'élément portugais, soutenu par les troupes de la garnison, fit subir aux patriotes du Para les plus cruelles persécutions, des arrestations, et même les principaux d'entre eux furent envoyés à Lisbonne comme criminels d'Etat. Le capitaine Greenfeld, suivant l'exemple de lord Cochrane à Maranhâo à bord du vaisseau Pedro J, se présenta devant la ville du Parâ sur le brick Dom Miguel (pris aux Portugais et portant le nouveau nom de Maranhâo) et, se disant émissaire d'une escadre brésilienne sur le point d'entrer dans le port, il somma la Junte provisoire, maîtresse de la place et anti-brésilienne, de reconnaître l'indépendance du Brésil et d'adhérer au nouvel empire. La crainte de l'escadre, et la force morale que cet événement donna aux patriotes opprimés, anéantirent le pouvoir et la fermeté de la Junte; un gouvernement également provisoire la remplaça et les généraux, les officiers et les soldats de la garnison portugaise furent arrêtés et renvoyés en Portugal. La réaction exaltée et bien compréhensible qui se fit alors sentir dans cette province septentrionale de l'empire fut bientôt calmée, et les violences contre les Portugais furent bien infiérieures à celles qu'ils avaient fait souffrir aux patriotes.

En 1835, la province fut ensanglantée par une révolte qui au commencement eut un certain caractère politique, mais qui fut plus tard deshonorée par l'assassinat du président et du commandant des armes de la province. Jusqu'en 1836 cette guerre qui avait pris un caractère sauvage et atroce par ses affreux et abominables attentats, ses cruautés et les ruines que les bandes armées répandaient partout sur leur passage, fut fatale à la richesse et au développement du Parâ et termina par l'action énergique, quelquefois arbitraire et violente, mais régénératrice de la paix, de la sécurité et de l'ordre publics du gouvernement du général Andréa, ultérieurement baron de Caçapava, homme éminent qui fut encore président de quelques autres provinces, toujours en des circonstances extraordinaires, et qui, sans se soumettre scrupuleusement à la loi, sut se montrer, tantôt ferme et arbitraire, tantôt modéré et conciliateur, et même

anti-réactionnaire, suivant le degré de civilisation, les circonstances politiques, les époques, les événements et leurs conséquences dans les provinces dont la présidence lui était confiée.

Depuis 1836, la province du Para a pris un développement progressif. Un avenir grandiose et splendide lui est garanti par l'opulence merveilleuse de son territoire, surtout depvis que la libre navigation de l'Amazone, décrétée et inaugurée en 1867, a appelé toutes les nations amies à venir partager ses richesses immenses.

L'église du Parâ a été séparée de celle de Maranhào en 1720 par la création de son évêché suffragant de celui de Lisbonne.

POSITION ASTRONOMIQUE ET DIMENSIONS

Entre le 4° 10' de latitude septentrionale et le 8° 40' de latitude australe, et entre le 2° 10' et le 15° 20' de longitude occidentale.

Cette province a de longueur du nord au sud 1840 kilom. depuis le cap Orange jusqu'à la rivière das Tres-Barras, et de l'est à l'ouest 1700 kilom. depuis l'embouchure du Gurupy jusqu'aux sources du Nhamundâ dans la chaîne de Tumucuraque. Sa surface est de 1,744,000 kilom. carrés.

BORNES

Le Para est borné au nord par YOcéan atlantique et les Guyanes française, hollandaise et anglaise; au sud, il est séparé de la province de Matto- Grosso par les monts Gradaûs, les rivières Fresco et Caray affluents du Tapajoz ; à l'est, des provinces de Maranhào et Goyaz par le Gurupy et YAraguaya; et à l'ouest, de la province d'Amazonas comme nous l'avons dit précédemment.

CLIMAT

Cette province se trouve à peu près dans les mêmes conditions que celle d'Amazonas. La même influence de ses cours d'eau gigantesques et de leurs crues périodiques, les pluies qui y sont presque quotidiennes et les brises de Test et du nord-est tempèrent et adoucissent la chaleur ardente du soleil; les soirées sont agréables, les nuits fraîches, et les matinées, jusqu'à

huit heures, délicieuses. En général, le climat est chaud et humide; les fièvres intermittentes sont endémiques sur les bords des rivières et des lacs où les eaux sont stagnantes; mais en dehors de ces localités et à des époques également indiquées dans le chapitre précédent, le pays est sain. Baena, l'auteur de V Essai cliorograplùque sur la province du Para, présente dans les notes prises en 1831 sur les régistres de beaucoup de villes, de bourgs et de bourgades de cette province le fait remarquable de nombreux cas de longévité.

ASPECT PHYSIQUE

Le sol est en général bas et plan, s'élevant légèrement vers l'intérieur; des forêts immenses d'arbres gigantesques occupent la plus grande partie du territoire: la production est merveilleuse; partout où les forêts ont disparu, croissent les plantations et les céréales qui couvrent un terrain négligemment labouré et qui pourtant produit deux et même trois récoltes par an. L'aspect physique de cette province est la promesse brillante, non de l'aisance, mais de l'opulence pour récompenser le travail de l'homme.

Selon M. Ferreira Penna, l'auteur consciencieux et distingué du précieux ouvrage: «La région occidentale de la province du Para » , une très-vaste plaine depuis le pied des Andes jusqu'à l'Atlantique est l'image du bassin de l'Amazone, avec quelques chaînes de montagnes qui s'élèvent dans une partie du district de Gurupâ et dans la Guyane, mais elles sont encore fort mal étudiées; les principales sont les suivantes: Tumucutnaque qui se dirige de bien loin au sud -est vers le cap Nord; Serra da Velha, presque toujours couverte de neige; celle de Paru, trèsélevée et sujette à de violents orages ; et après celles-là, diverses autres montagnes qui ne sont sujettes à aucun système. Au sud, se dessine la chaîne de Gradaûs et quelques autres peu connues,

HYDROGRAPHIE

Nous avons déjà rapidement étudié dans le Chap. VIII de la première partie de ce livre, le grand bassin de l'Amazone

et celui de l'Oyapock; mais nous nous bornerons à ces généralités pour ne pas trop étendre ce travail, car cent pages seraient insuffisantes pour développer la richesse fluviale du Parà. Outre les cours d'eau qui se dirigent vers ces deux bassins, il y en a d'autres indépendants qui portent directement leur tribut à la mer, mais ils perdent toute leur importance devant les géants tributaires magnifiques de la méditerranée d'eau douce du nord du Brésil.

Les lacs se multiplient à une plus ou moins grande distance de ces gigantesques cours d'eau; mais ces lacs qui au moment des crues acquièrent une largeur considérable, diminuent et même disparaissent en été.

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