CHAPITRE IV
Province de Piauhy.
ESQUISSE HISTORIQUE
Le Piauhy était autrefois habité par de nombreuses tribus que quelques-uns supposent de tupinambâs et de potyguares, et peut-être d'autres encore qui fuyaient devant la persécution et la captivité. En 1674, ou quelques années auparavant, un aventurier nommé Domingos-Affonso Mafrense, avec quelques parents et d'autres Portugais qui se réunirent à lui, s'enfonça dans l'intérieur du pays, dans le but de s'établir dans ces plaines du nord; en route, il rencontra le pauiista Domingos Jorge qui, à la tête d'une troupe de scrtanejos, s'avançait à la chasse des Indiens. Ces deux troupes se réunirent et attaquèrent les indigènes; après avoir fait un grand nombre de prisonniers destinés à l'esclavage, Domingos Jorge les amena à Sâo-Paulo, tandis que Mafrense, plus connu sous le nom de Sertâo, fit de nombreuses invasions dans l'intérieur de Piauhy où il conquit de vastes terrains et fonda des / aeendas (établissements) d'élève de bétail; il en posséda un si grand nombre qu'à sa mort il légua trente fazendus aux pères jésuites, ses exécuteurs testamentaires, sous la condition qu'ils en emploieraient les revenus pour doter des jeunes filles, secourir des veuves et des orphelins, et que, quant à l'excédent, il servirait à augmenter le nombre de ces fazendas, pour le même but charitable.
Les jésuites, héritiers conditionnels, exécutèrent littéralement le dernier article des volontés du testateur, car ils fondèrent encore trois f amendas avec les revenus du legs; mais rien ne prouve ni ne fait présumer qu'ils aient doté de jeunes
filles ou secouru des veuves et des orphelins, et l'on ne peut dire que le bien qu'ils ont fait soit resté secret, puisque les dispositions du legs testamentaire échappaient au précepte évangélique de l'aumône volontaire et spontanée qui doit sortir de la main droite sans que la gauche le sache; malgré tout, il est possible et môme présumable que les pères jésuites aient rempli secrètement toutes les dispositions de ce legs qui resta en leur possession jusqu'en 1759 où, par suite de la confiscation de tous les biens de cet ordre, trente-trois établissements d'élève de bétail au Piauhy entrèrent dans le domaine de la couronne.
Cette richesse colossale appartenant à un seul homme et, plus tard, entre les mains d'une compagnie religieuse dont l'égoïsme et les prétentions à l'influence et au pouvoir sont connus, expliquent le peu de développement de la population du Piauhy jusqu'à la fin du dix-huitième siècle.
D'abord, le Piauhy fut soumis à la juridiction de Bahia; mais il passa sous celle de Maranhào le 11 janvier 1715 par décision du conseil d'Outre-mer. En 1718, il fut constitué en capitainerie également subordonnée à celle de Maranhào, et reçut dans cette même année son premier gouverneur nommé par le roi. Par décret du 1er octobre 1811 cette capitainerie fut déclarée indépendante. Sa bourgade de Mocha fut reconnue bourg en 1712 et élevée à la catégorie de ville et capitale de la capitainerie en 1762 en prenant le nom tfOeiras; elle fut sur le point d'être nommée Pombal, en mémoire du célèbre ministre de Dom José Ier. Le 21 juillet 1852, en vertu d'une loi de l'assemblée provinciale, la capitale de la province de Piauhy fut transférée d'Oeiras à Tlieresina, ville qui doit son nom à notre vertueuse et très-aimée impératrice. Cette nouvelle capitale qui deviendra une ville trés-florissante , est située sur le bord du Parnahyba.
La province de Piauhy fut longtemps oubliée, et même après la promulgation de la Constitution, elle a eu pendant plus de vingt ans un gouvernement vraiment féodal, sous la domination presque absolue de son président Manuel de Souza Martins, plus tard vicomte de Parnahyba.
POSITION ASTRONOMIQUE ET DIMENSIONS
Cette province est située entre le 2° 45' et le 11° 40' de latitude australe , et entre le 3e 5' de longitude orientale et le 5° 30' de longitude occidentale.
La plus grande étendue de la province est de 1400 kilom. du nord au sud, depuis le Pontal da Iîha- Grande jusqu'aux sources du Parnahyba^ et de 520 kilom. de l'est à l'ouest depuis le confluent de l' Urussuhy-Assû avec le Parnahyba jusqu'à la Serra dos dons Irmâos, près des sources de la rivière Piauhy. Sa surface est de 465,000 kilom. carrés, et son littoral de 33 kilomètres.
BORNES
Elle confine au nord avec l'Océan Atlantique; au sud, avec les provinces de Bahia et de Goyaz; à l'est, avec celles de Cearâ et de Pernambuco; a l'ouest, avec celle de Maranhâo.
La limite de cette province avec le Maranhâo est le cours du Parnahyba; avec le Cearâ, la petite rivière ou igarapë Iguarassû qui se jette dans le bras le plus oriental du Parnahyba, et par la Serra-Grande ou Ibiapaba; avec Goyaz par la Serra do Duro; avec Bahia et Pernambuco par la Serra-Grande ou Ibiapaba qui prend différents noms.
CLIMAT
Il est chaud et humide: les pluies qui commencent ordinairement en octobre et continuent jusqu'en avril, accompagnées de violents orages, indiquent l'hiver, mais elles ne sont plus aussi copieuses qu'autrefois. Les fièvres intermittentes sont endémiques sur les rives du Parnahyba et de quelques autres cours d'eau; à l'exception de ces localités, le territoire de la province est salubre.
ASPECT PHYSIQUE
Le sol se compose en grande partie de vastes plaines couvertes d'herbes et de pâturages, de palmiers et de piassâbas,
avec quelques chaînes de collines. Les montagnes se développent aux extrémités du sud et de l'est.
La principale chaîne est celle à'Ibiapaba qui se réunit à celle das Ycrtentes; la chaîne de Piauhy , à l'ouest, et celles à'Imperatriz et de Gurgueia au S.-O. sont, après celle-là, les plus importantes.
HYDROGRAPHIE
Le Parnàhyba représente le seul bassin important de la province et reçoit le Balsa ou Rio das Balsas et les autres que nous avons déjà mentionnés au Chap. VIII de la première Partie.
Le lac le plus important est celui de Parnaguâ, avec 25 kilom. de long.
PRODUCTIONS NATURELLES
Règne minéral. On trouve de l'argent, du fer, du plomb, du sulfate de fer, de l'alun, du sel gemme, de l'aimant, du talc, du plâtre, de la pierre calcaire en abondance et beaucoup de salpêtre.
Règne végétal. Les forêts sont relativement peu étendues, mais on y trouve de bons bois de construction ; dans les plaines voisines de la mer, les cocotiers abondent et, en différents endroits, les carnaûbas et les piassâbas sont fort communs; elle produit beaucoup de jalap, d'ipecacuanha et de cakinanna; Vambuzeiro, le jaboticabeira , le mangabeira et d'autres arbres à fruits savoureux et principalement les attas y abondent; mais ce qu'on y voit principalement ce sont les excellents pâturages qui couvrent une grande partie de la province.
Règne animal. Il est, en général, semblable à celui des provinces précédentes; les cerfs et les aras y abondent.