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CHAPITRE V

Province de Cearâ.

ESQUISSE HISTORIQUE

Ce territoire comprend la capitainerie donnée à Joào de Barros qui vit cette donation annulée par la fortune contraire. La province de Cearâ doit son nom à un de ses plus petits cours d'eau. Elle a été colonisée par des presidios (colonies pénitentiaires), mais jusqu'à présent on ignore quel fat le fondateur du premier. Ayres Cazal, suivant des informations peu avérées, dit qu'il y avait déjà des presidios sur la côte de Cearâ lorsque, sous le gouvernement général de Diogo Botelho et par ordre de celui-ci, Pero Coelho fit par terre une expédition en 1603 (Ayres Cazal dit par mer, lorsque, par cette voie, on n'expédia que deux grandes caravelles pour explorer et sonder la côte) à la tête de 80 colons et de 800 Indiens pour conquérir le Cearâ. On connaît le malheureux résultat de cette expédition ainsi que de celle qui, conduite par deux pères jésuites en 1607, fut entièrement frustrée et détruite.

Le gouvernement de la métropole et le gouvernement colonial du Brésil s'inquiétaient sérieusement des rapports que les navires français entretenaient avec les Indiens du Cearâ et, depuis quelque temps, avec ceux de Maranhâo. En 1610, Martim Soares, alors lieutenant de Rio-Grandc, fut envoyé pour élever sur la côte voisine de la pointe Mucuripe un presidio fortifié; il y fit bâtir aussi une petite chapelle sous l'invocation de Nossa- Scnhora do Amparo (Notre-Dame de bon secours).

En 1613, lorsque Daniel de la Ravardière occupait déjà,

à la tête d'une troupe de Français, l'île de Maranhâo, Jeronymo de Albuquerque fut envoyé, à la tête d'un certain nombre de colons, pour fonder, au-delà du Cearâ, une capitainerie dans le port de Camucim: soit que cette entreprise eût pour but l'expulsion de ces étrangers hostiles, soit que le chef brésilien prit de lui-même ces mesures, il est certain qu'il s'entendit, en passant au Cearâ, avec Martim Soares et, en même temps que celui-ci entreprenait un voyage malheureux sur mer pour reconnaître la côte sous le vent et les forces françaises établies à Maranhâo, Jeronymo de Albuquerque, trouvant peu convenable la situation du port de Camucim, jeta les fondements d'une bourgade qu'il nomma Nossa-ScnJiora do JRosario, dans la baie das Tartarugas ou de Jcricù-Codra en langue tupy.

En 1621, la capitainerie de Cearâ forma avec celles de Parâ et de Maranhâo l'Etat de ce dernier nom, indépendant du reste du Brésil. La guerre hollandaise qui, pendant plus de deux ans (depuis novembre 1G41 jusqu'en février 1644) fut également allumée à Maranhâo et au Cearâ , et ensuite l'irrégularité qu'on observa dans l'indépendance et les dépendances des capitaineries, sont les causes principales des doutes sérieux sur l'époque et l'occasion où cette dernière se sépara de l'Etat de Maranhâo pour se mettre sous la direction de la capitainerie de Pernambuco, dépendance qui fut confirmée plus tard par le décret du 17 janvier 1700.

Province de l'empire depuis la fondation de celui-ci, le Cearâ appartient au nombre de celles où se fit le plus sentir l'ardeur politique, quelquefois même au-delà des limites légales. Les révolutions de 1817 et 1824 étendirent leurs ravages dans cette province. En 1831, le colonel Pinto Madeira, ou forcé par une influence menaçante , ou poussé par une folle audace contre l'ordre de choses et de faits inauguré le 7 avril de la même année par l'abdication de Dom Pedro Ier, prit les armes et se mit à la tête de la révolte; il fut peu de temps après battu et fait prisonnier, et plus tard, au mépris de la Constitution de l'empire, mis à mort au nom de la loi!

Le Cearâ pourrait être aujourd'hui une de plus riches provinces de l'Empire si ce n'étaient les longues et désastreuses

sécheresses qui ravagent périodiquement l'intérieur de cette province. Disposant d'immenses ressources naturelles, d'une fertilité étonnante hors des époques, heureusement éloignées, de calamité brûlante et destructrice, le Cearâ deviendra une des provinces les plus riches et les plus florissantes, dès que la science aura complètement vaincu le fléau destructeur par la solution du problème de son irrigation dans les longs mois de sécheresse.

POSITION ASTRONOMIQUE ET DIMENSIONS

Latitude méridionale: entre le 2J 45' et le V 11'. Longitude orientale: entre le 1° 55' et le 6° 25'.

La province s'étend du nord au sud sur une longueur de 700 kilom. depuis la pointe Jericoucoâra jusqu'à la Serra-Araripe, dans le district de Jardim, près de la bourgade de Correutes; et de l'est à l'ouest, 600 kilom. depuis le haut de la chaîne Apodij jusqu'à celle û'Ibiapala, près des sources de la rivière Ubatuba. Sa surface est de 1 16,500 kilom. carrés, son littoral est d'environ 800 kilom.

BORNES

Elle est bornée au nord et au nord-est par l'Océan Atlantique; au sud par les provinces de Parabyba et Pernambuco; à l'est par celle de Rio -Grande dô Norte; à l'ouest par celle de Piauhy.

CLIMAT

Chaud et humide sur le littoral et dans le voisinage de celui-ci, le climat est dans l'intérieur sec et chaud, et en général salubre. Dans l'intérieur, comme sur le littoral, les chaleurs de l'été sont tempérées par une brise constante; beaucoup de localités de l'intérieur sont recherchées pour leur salubrité. Il y a deux saisons: la pluvieuse, nommée hiver, qui commence de janvier à mars et dure jusqu'en juin, et la sèche ou été qui va jusqu'à la fin de l'année. Mais il faut remarquer que la première saison est très-irrégulière , attendu qu'il se passe quelquefois deux ans et davantage sans pluie; de là proviennent des sécheresses périodiques qui dévastent cette province;

mais anx premières plaies la végétation reparaît partout avec une vigueur tellement prodigieuse qu'elle fait bien vite oublier les peines passées.

ASPECT PHYSIQUE

L'illustre sénateur M. Pompeo de Souza Brazil décrit ainsi l'aspect physique de cette province:

« L'aspect du terrain est , en général , assez irrégulier : bas et presque marécageux sur la côte, il s'élève graduellement jusqu'à la chaîne d'Ibiapaba, où il atteint la hauteur de deux à trois mille pieds au-dessus du niveau de la mer; la partie intérieure est formée de grands plateaux et de plaines, et hérissée de petites chaînes de monts et de collines rocheuses, avec quelques chaînes peu étendues de montagnes boisées.

«La constitution géologique est toute volcanique, en grande partie avec des couches calcaires et d'alluvion. Quant à la qualité du terrain, on peut le diviser en trois espèces: littoral (humide et cultivable); montueux (humide, fertile et couvert de forêts); intérieur (sec, divisé par des plateaux, de petites chaînes de monts et de rivières qui ne coulent qu'en hiver), produit de riches pâturages.»

La chaîne principale est celle d'Ibiapaba qui commence à la baie Timonha, sur la côte, près de Granja, limite la province du N.-O. au S.-E. et va enfin se relier à la chaîne Occidentale ou das Vertentes après avoir pris différents noms ; outre la chaîne d'Ibiapaba , on remarque les chaînes Maranpuàpc, Acarape, Aratanha, Baturitê qui, à peine séparées par des contreforts, constituent un groupe intéressant et se recommandent par la culture qui y est bien développée et par leur climat doux et sain. Machado, Uruburetama , Meruoca, Cosmos, Santa-Mita, Bastides , Boa-Yista, Brejo-Grandc et d'autres sont de modestes chaînes qui se relient avec de petites interruptions à la chaîne dlbiapaba.

HYDROGRAPHIE

Nous copierons encore ici, presque textuellement, la leçon respective de la Géographie de M. le sénateur Thomaz Porapeo de Souza Brazil, géographe distingué né dans cette province, et qui par conséquent a, plus que tout autre, droit à toute notre confiance.

Trois bassins portent à l'Océan les eaux pluviales de la province, mais aucun n'est permanent; celui de YAcaraci'i qui coule du sud au nord, grossi des tributs du Jacurutûy Groyaras, Macacos, Jatobd et Jaibôra; celui du Curû qui coule au milieu de la province et forme le j?ort de Parazinho; et celui du Jaguaribe, le plus important, qui s'avance de l'O. et du S.-O. vers l'E. sur une longueur de 800 kilom. et se jette dans l'Océan au-dessous d'Aracaty, après avoir reçu les eaux du Salgado, du Banabuia et du Quixeramobim.

Outre ces trois cours d'eau principaux, il y en a d'autres qui ne peuvent passer sous silence, tels que: le Camiicim dont l'embouchure au-dessous de Granja forme le meilleur port du Cearâ; V Aracaty-Assû qui traverse un territoire extrêmement sec et salpôtreux; le Mundahû, le Sào-Gonçalo, le Pacoty, le CJwrô et le Pirangy.

Les lacs sont peu nombreux dans cette province, les plus remarquables sont: les lacs d'Aguatû, de Barro-Alto qui se jettent dans la Telha; ceux de Macejana et Encantada dans l'Aquiraz; YUruhahy dans le Cascavel; le Jaguaraçû dans le Simpé, et le Camorapim da l'Acaracû.

Règne minéral. On trouve de l'or en diverses localités, notamment à Ipû, Battirité et Lavras; de l'argent, de la plombagine, du plomb, du fer, de l'antimoine, de l'amiante, des cristaux, des chrysolithes, de l'alun, du salpêtre, de la céruse, du marbre, etc.

Règne végétal. Les bois de construction tels que le tatajuba, le cèdre, le pâo d'arco, la palissandre, etc. Uoiticica est l'arbre le plus grand et le plus touffu de l'intérieur. La me-

PRODUCTIONS NATURELLES

nuiserie et la teinturerie y rencontrent des bois et des végétaux précieux. La médecine y trouve l'ipécacuanha, la gomme copale, le mastic en larmes, etc. Dans les environs de Granja, se trouve en grande abandonce le végétal nommé arbre à suif dont le fruit contient une substance analogue au suif animal. Parmi les innombrables palmiers, le plus utile et le plus abondant est le carnahûba; aucune des parties de cette plante précieuse n'est perdue, comme nous l'avons déjà vu au chap. IX de la première Partie. Parmi les arbres et les arbustes fruitiers nous indiquerons: les attas du Cearâ qui passent ponr les plus délicieuses du Brésil, les cajueiros, les ananas-abacaxis et d'autres variétés; les mangabeiras , les araçazeiros et d'autres végétaux estimés abondent dans cette province.

Règne animal. Il ne diffère pas de celui des provinces voisines, sauf que la partie hydrographique étant peu développée, il y a beaucoup moins de quadrupèdes et d'oiseaux aquatiques, et même quelques-uns de ces derniers manquent au Cearâ.

AGRICULTURE, INDUSTRIE ET COMMERCE

L'élève du bétail, principalement des races bovine et caprine, la fabrication des chandelles et de fromages dont on fait un grand commerce d'exportation , de chapeaux et de nattes de carnahûba, de savon et de tabac en poudre résument la principale industrie du Cearâ; mais cette province possède des éléments de richesse bien plus importants, ce sont: la culture de la canne à sucre, du coton, du tabac, du café et l'exportation du caoutchouc , des cuirs et des légumes. Son commerce se fait directement avec l'étranger par le port de la capitale, et avec les provinces voisines par ceux d'Arac*aty, d'Acaracu et de Granja. Des compagnies de navigation à vapeur entretiennent les communications entre le Cearâ et Pernambuco, Maranhâo et Parâ. La navigation de cabotage, faite par de petits bâtiments , développe encore plus les rapports économiques entre ces quatre provinces.

On établit actuellement un chemin de fer d'après le système tram-road qui s'étendra de la ville de Fortàleza (capitale) jus-

qu'au municipe de Baturité. On vient également de formuler les bases pour la construction d'un chemin de fer entre cette même capitale et Macejana.

STATISTIQUE

Population: 53,0000 habitants dont 510,000 libres et 20,000 esclaves.

Représentation nationale et provinciale: 4 sénateurs et 8 députés à l'assemblée générale et 32 à la provinciale.

La province se divise en trois districts électoraux avec 1261 électeurs et 66,836 citoyens qualifiés votants.

Force publique. Garde nationale: 18 commandements supérieures, 52 bataillons et 3 sections de bataillon d'infanterie, 8 corps et 2 escadrons de cavalerie en service actif; 5 bataillons et 14 sections de bataillon de réserve; avec un effectif de 57,089 gardes-nationaux de la force ^active et 9231 de la réserve, total 66,320.

Corps policial: 308 hommes (état effectif).

Instruction primaire et secondaire. Primaire publique: 174 écoles dont 112 pour le sexe masculin fréquentées par 5079 élèves, et 62 pour le sexe féminin avec 2350 élèves; particulière: 49 dont 28 pour le sexe masculin avec 4562 élèves et 21 pour le sexe féminin avec 2220 élèves. Secondaire pu- Nique: 5 établissements, tous pour le sexe masculin, fréquentés par 100 élèves; particulière: 16 établissements dont 5 pour le sexe masculin, fréquentés par 166 élèves, et 11 pour le sexe féminin avec 43 élèves.

Dans ces établissements, nous ne comprenons pas la maison des élèves-artisans.

Division civile, judiciaire et ecclésiastique: La province de Cearâ se divise et se subdivise en comarcas (districts), municipes et paroisses ainsi qu'il suit:

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